lundi 29 février 2016

Évaluations


Voilà,
de plus en plus je suis sommé, par des questionnaires que je reçois dans ma messagerie internet, d'évaluer des chauffeurs de taxi, des vendeurs d'aspirateur ou de vêtements, des installateurs de câbles de fibre optique, des sites de réservation, des loueurs d'appartement, des stagiaires en recherche d'emploi, des réceptionnistes d'hôpital, des voyagistes, des téléconseillers de toutes sortes, des applications informatiques, bref, des gens, du matériel, des services, soi-disant pour mesurer et améliorer la satisfaction client. Parfois même on m'envoie un questionnaire pour évaluer un autre questionnaire et je suppose que moi-même je dois être évalué comme client : suis-je très satisfaisant, satisfaisant, moyennement satisfaisant, pas du tout satisfaisant ?  A vrai dire je m'en fous. Je constate juste que les hommes sont évalués comme des produits et que lorsqu'ils ne font pas l'affaire, on les jette. C'est la tendance. "Ce dispositif permanent d'évaluation impose à l’humain de se transformer en ressources pour faire fructifier le capital en ingurgitant de nouvelles règles de conduite, une nouvelle langue et de nouvelles valeurs. Souvent installées au nom même de la liberté et de la transparence démocratique, ces nouvelles servitudes (Zarka, 2007 ; Gori, 2009) exigent un consentement plus ou moins volontaire des sujets à incarner les dispositifs de la censure sociale et des normes morales confondues avec le consumérisme de masse".(Roland Gori et Marie-José Del Vogo)
première publication 29/2/2016 à 8h36

vendredi 26 février 2016

Bus Stop


Voilà,
comme ça bêtement se termine comme ça soir pluvieux / par terre pas vraiment mal non mais / l'instant se déploie / lentement se déploie comme éventail / comme éventail géant / comme la queue d'un paon / bientôt n'aura plus sa place / dans ce paysage / ni celui-là ni aucun autre / plus sa place / en vain cherche en vain à recomposer le visage / cette femme / son absence son silence si pesants depuis tant de temps / que font-ils donc les gens que font-ils alentour / ombres à présent / billets d'avions réservés et voilà / expire maintenant expire avant son passeport / joue humide sur bitume soir pluvieux c'est encore la vie / en profiter faut en profiter / mieux qu'une chambre d'hôpital après tout / dernières secondes c'est sûr / ah merde promesse au petit garçon promesse de promenade à bicyclette dimanche prochain / le mot en tête bicyclette / mais à quoi ça peut bien ressembler déjà bicyclette bicyclette / le sol tremble bientôt saura enfin / comme un lavabo qui se vide disait le personnage dans ce film / vraiment ça oui c'est vraiment ça et toutes ces voix affolées au dessus / nul besoin pour moi de faire la koré autour du mont Kalash / pourquoi cette phrase pourquoi / et le mot proférer qui revient  / détestait ce mot / toujours l'a détesté / ne la verra plus cette / femme / j'ai trop envie avait-elle dit / l'avait embrassé / pluvieux / mais pas lui jamais plus vieux / partir fâché partir en froid grelottant maintenant / c'est peut-être ramadan mais qu'est ce que j'ai envie de faire l'amour / se souvient de cet homme qui avait dit ça dans la rue / était attablé à une terrasse avec quelqu'un dont il cherchait à deviner les intentions / c'était un été maussade / se souvient de ça / gaîté c'est écrit / devient flou puis plus rien.

jeudi 25 février 2016

Le Bar du Cirque Électrique


Voilà,
un soir, c'était avant le massacre du 13 novembre, je suis allé au cirque électrique. Il y avait une sorte de cabaret, animé par Kiki Picasso qui autrefois, (j'écris ça pour les plus jeunes) participait à un groupe de graphistes nommé "Bazooka". Allez pour simplifier on dira que c'était les tenants d'un graphisme "punk". J'aimais bien d'ailleurs à l'époque. Donc ce soir là, c'était plein de vieux punks. Il n'y avait pas que ça mais il y en avait beaucoup. C'est assez pathétiques les vieux punks, ceux qui disaient "no future" qui trouvaient marrant de balancer des croix gammées quand leurs dessins passaient dans un journal gauchiste parce que c'était provoc, et qui sont là malgré tout et qui ont survécu, et qui essaient de ne pas faire trop vieux, qui s'accrochent difficilement, qui se traînent parce quand même, à une époque ils ont beaucoup brûlé, mais maintenant, ils ont du mal : ils ont toujours la révolte, mais plus l'énergie de cette révolte. C'est un peu comme les vieux rockers. Sauf les Stones bien sûr. Les Stones n'ont jamais triché. Dans des interviews où ils ont vingt ans, on leur demande s'ils se voient jouer du rock à 60 ans, et ils disent oui. Rétrospectivement c'est dingue. Ils ont toujours vécu sur le mode Sex Drugs et Rock et Roll en se disant qu'il n'y avait aucune raison de ne pas faire ça tout le temps, et, à l'exception de Brian Jones, ils ont quand même survécu. Peut-être parce qu'au fond, durant toute leur vie ils n'ont été mus que par le principe de plaisir.

mercredi 24 février 2016

Les Bourgeois de Calais

Grues sur le port de Calais
Voilà,
la première fois où j'ai entendu parler de Calais, c'était en cours d'histoire, avec l'épisode des bourgeois qui se rendent pour sauver la ville. Je rappelle l'affaire  en citant wikipedia : "en septembre 1346, Édouard met le siège devant la ville de Calais dont la garnison commandée par le chevalier Jean de Vienne résiste héroïquement à l'armée du roi d’Angleterre. Après onze mois de siège, la cité affamée négocie sa reddition. Édouard III, fatigué et énervé par la longue résistance calaisienne, accepte que six bourgeois lui soient livrés afin d'être exécutés. C'est à ce prix qu'il laissera la vie aux habitants toutefois contraints de déserter leur ville une fois les Anglais arrivés. Son épouse Philippa de Hainaut parvient cependant à le persuader d'épargner la vie de ces six malheureux, désespérés, venus devant le souverain en chemise, la corde au cou, les clefs de la ville et du château en mains. Par ce geste d’amour chrétien, Édouard épargne la vie d’Eustache de Saint-Pierre et de ses cinq compagnons d'infortune devant une reine en pleurs. Calais devient anglaise le  et le demeure jusqu’au  lorsque Henri II de reprend la ville à Marie Tudor"


illustration extraite de "L'Histoire de France racontée à tous les enfants"

Une célèbre statue de Rodin, illustre cet événement, qui suggère à la fois le courage, le sacrifice, la piété chrétienne, le sens du pardon et de la charité. Oui, le roman historique de l'Ecole républicaine exaltait aussi ces valeurs qu'elle désignait ainsi comme constitutives de l'esprit de notre Nation. Aujourd'hui ce qui caractérise ce pays, c'est que ses dirigeants se gargarisent de l'énoncé des grands principes, sans agir conformément à ceux-ci, mais c'est une autre histoire. 
Plus tard, au milieu des années soixante dix, Calais était surtout l'endroit d'où l'on embarquait à bord du Ferry en partance pour Douvres. On croisait dans les rues des hordes d'Anglais ivres et pas toujours sympathiques, mais les commerçants étaient contents ça faisait marcher le commerce. Depuis quelque temps l'évocation du nom Calais a quelque chose de triste et de sinistre. C'est un lieu de fracture de notre histoire contemporaine. Les gens qui vivent dans cette petite ville sans grand charme à part son beffroi, se retrouvent comme autrefois leurs ancêtres de "la guerre de cent ans" dans la tourmente de l'histoire et les tumultes du monde. Le XXI ème siècle sera celui des grands exodes, des pauvres vers les contrées riches. Dans un monde où selon l'organisation OXFAM, 62 personnes possèdent autant que la moitié de la population mondiale on ne peut s'étonner que de grands bouleversements sont amenés à se produire. Pourtant sur place des réseaux de résistance de soutien d'entr'aide s'organisent. et ce ne sont pas les plus riches qui paient de leur personne.

dimanche 21 février 2016

Trouver du réseau


Voilà,
sur ce remblai deux hommes recherchent un peu plus de réseau pour leur téléphone portable. Derrière, en contrebas une vie précaire et provisoire s'est, depuis quelques mois, organisée en un village devenu de plus en plus vaste de planches et de bâches. À cette frontière, au bord d'une mer froide et sans vagues mais parcourue de dangereux courants, respirant un air toxique à cause des usines chimiques alentour, des réfugiés ayant fui les guerres du Darfour, d'Érythtrée, d'Afghanistan, d'Irak, de Lybie, de Syrie, d'Afrique centrale et tant d'autres encore ont échoué là dans l'espoir de se rendre en Grande-Bretagne pour un jour y trouver du travail. Tout autour de cette population en majorité constituée de jeunes adultes ont été érigées de hautes barrières métalliques surmontées de barbelés afin de barrer les accès à l'autoroute, au port, aux aires de parkings des poids-lourds, aux voies ferrées, aux usines situées non loin. On croise parfois dans les parages des policiers lourdement armés, en faction. Google street view ferait bien d'ailleurs de réactualiser ses panoramas qui ne correspondent plus en rien à la réalité actuelle.


Ces paysages se multiplient dans le monde entier. Ici, les conditions d'hygiène sont déplorables, intolérables dans un pays qui pourtant prétend être civilisé. Il y a une volonté politique évidente de rejeter ces gens. Je suis sûr que bien des dirigeants de ce pays pensent que la solution serait de les balancer à la mer ou les gazer. Bientôt on va les parquer dans des containers par groupe de dix. On va organiser la concentration de ces migrants. C'est à cela sans doute que ressemblera notre futur. D'un côté, une minorité de nantis surprotégée et paranoïaque avec des armées et des polices à leur service, de l'autre une population de déshérités sous-alimentés, confinée à l'intérieur d'enceintes plus ou moins salubres. Cette "jungle" de Calais compte environ 3500 migrants qu'une soit-disant grande nation comme la notre est incapable d'accueillir et d'héberger décemment. La Grèce, que les puissances européennes et bancaires ne cessent d'humilier, d'asservir recueille pourtant depuis des mois plus de 5000 migrants par semaine. 

vendredi 19 février 2016

Tourisme culturel à Westminster Abbey


Voilà,
c'est un doux souvenir que ces quelques jours à Londres la dernière semaine d'Aout. Et cette visite imprévue à l'abbaye de Westminster, où ces touristes au pied de la statue de Shakespeare, m'ont rappelé Gertud, Claudius, Ophélie et, un peu à l'écart Hamlet téléphonant à Horatio ou au fantôme de son père. Mise en scène avant-gardiste et désargentée bien sûr. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 18 février 2016

Kafka et Chaplin


Voilà,
souvent ces temps-ci, je repense au fait que Franz Kafka, dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il vivait à Berlin a peut-être vu avec Dora Diamant (la seule femme, en dehors de ses sœurs avec qui il a partagé un toit) le film de Charlie Chaplin "The Kid". Il écrit dans une carte postale adressée à sa sœur "je ne sais même pas ce qui passe dans les salles de cinéma — et puis on n'en apprend guère ici à ce sujet, Berlin a si longtemps été pauvre, c'est tout récemment qu'on a pu s'y offrir The Kid. Il est donné ici pendant des mois entiers". La formule est ambigüe. A-t-il assisté ou non à une projection ? Quoiqu'il en soit — c'est du moins ce que rapporte Gustav Janouch dans son livre "Conversation avec Kafka" — ce dernier aurait vu des films de Charlot : Je le cite : Quand apparurent à Prague, après la Première Guerre mondiale, les premiers grands films américains, et avec eux les courts films burlesques de Charlie Chaplin, je reçus de Ludwig Venclick, alors jeune cinéphile enthousiaste et aujourd'hui journaliste de cinéma, tout un paquet de revues américaines de cinéma ainsi que quelques photographies publicitaires des films burlesques de Chaplin. Kafka, à qui je montrais les photographies, les accueillit d'un sourire amical. Vous connaissez Chaplin, demandai-je. "De loin", répondit Kafka. "J'ai vu un ou deux de ses burlesques". Il examina très gravement et attentivement les photographies que j'avais disposées devant lui et dit alors pensivement : "C'est un homme très énergique, un fanatique du travail. Dans ses yeux brûle la flamme du désespoir face au destin invariable des faibles, mais il ne capitule pas. Comme tout véritable humoriste, il possède une dentition de fauve et s'élance avec elle sur le monde. Il le fait d'une manière qui n'est qu'à lui. Malgré son visage blanc et les sombres cernes de ses yeux, il n'est pas un Pierrot sentimental ni non plus un critique hargneux. Chaplin est un technicien. Il est l'homme d'un monde de machines, dans lequel la plupart de ses semblables ne disposent plus du sentiment ni des outils mentaux nécessaires pour s'approprier vraiment la vie qui leur est accordée. Ils n'ont pas d'imagination. Chaplin commence alors à travailler. Comme un prothésiste dentaire fabrique de fausses dents, il fabrique ainsi des prothèses de l'imagination. Ce sont ses films. C'est en général cela, le cinéma". L'ami qui m'a donné les photographies m'a dit que toute une série de films burlesques de Chaplin vont passer à la Bourse du cinéma. Ne voulez-vous pas y aller avec moi ? Venclick nous y emmènerait certainement avec plaisir. "Non, merci. Je ne préfère pas", dit Kafka en secouant la tête. "Le divertissement est pour moi une affaire beaucoup trop sérieuse. Je pourrais facilement me retrouver là comme un clown entièrement démaquillé.". Mais revenons au dernier séjour berlinois de Kafka. Je ne peux m'empêcher de penser que l'anecdote de la poupée que j'ai déjà évoquée ici a quelque chose de très chaplinesque. Pour ma part je me souviens avoir été submergé par l'émotion lorsque nous étions allé voir le film en version restaurée au Cinéma Champollion avec Agnès et Delphine. Nous avions dix huit ans. Je l'ai revu il y a peu de temps et j'étais sensiblement dans le même état.

mercredi 17 février 2016

Une Mort stupide


Voilà,
Lee Morgan dont je viens de découvrir ce disque a été tué à 34 ans par son ex-femme. Selon Wikipédia, la légende veut que, un soir de concert, à la suite d'une altercation avec son fournisseur d'héroïne, il ait demandé à son ex-femme de lui apporter son pistolet. Lorsqu'elle arriva, elle le trouva en compagnie d'une autre. Une dispute s'ensuivit, et elle le tua. 



mardi 16 février 2016

Le bleu du ciel dans le jour froid




Voilà
J'en ai déjà parlé dans ce blog, ce temps là, je veux dire ce ciel bleu et pur avec ce froid sec, tout cela me rappelle des souvenirs de poussette quand j'étais enfant. Oui ce sont là sont doute les premiers qui se sont inscrits dans mon corps : je suis emmitouflé dans des vêtements chauds, assis dans la poussette quelqu'un la guide et le monde bouge autour de moi. Souvent je me dis que j'aimerais de nouveau éprouver cette sensation, mais aussitôt je me ravise, car cela signifierait que je suis vieux impotent, incapable de me déplacer seul autrement que dans une petite chaise roulante. On ne rechigne pas à sortir les enfants dans leur poussette car on les conduit vers l'avenir alors que les petits vieux dans leur chaise roulante d'une part sont beaucoup plus lourds et encombrants et d'autre part nous rappellent notre condition de déchets à venir. Et puis si les enfants babillent n'oublions pas que les vieux radotent. Donc si un jour je suis incapable de me déplacer seul, qu'on me laisse m'effacer de ce monde, je ne supporterais pas d'être un poids pour ce qu'il me restera d'entourage. Mais c'est une autre histoire. Bref, cette lumière me donnait une sorte de sensation de plénitude. D'ailleurs j'ai eu tendance ce matin à avoir envie de tout photographier : les arbres se découpant dans le ciel, la fille près du kiosque à journaux, le pigeon près de la flaque où se reflétait un auvent à moitié abandonné. Généralement je ne suis pas un photographe avec un sens aigu de la lumière comme peuvent l'être Bill ou Laura peut-être parce que ils vivent dans la nature, j'ai plutôt tendance à photographier les objets les murs les environnements urbains et j'aime traficoter les images. Mais aujourd'hui cette lumière franche, crue, magnifique m'exaltait. Évidemment comme je suis un type pas vraiment porté sur l'optimisme, je me suis méfié me demandant si je serais aussi sensible à une telle lumière et si les souvenirs remonteraient avec autant d'intensité en suscitant une telle joie si je vivais à Fukushima ou Tchernobyl. Oui cette lumière, elle me rendait heureux — enfin n'exagérons rien — disons que j'éprouvais un plaisir d'être là, vivant, au monde, qui n'est pas si fréquent — du moins quand je marche dans la rue, pour me rendre d'un point A à un point B. J'ai repensé à ces phrases de Jankélévitch dans un entretien où il évoque la réminiscence "touche fugitive qui nous effleure". Les instants qui servent d'occasion à la réminiscence peuvent n'avoir eux-même rien de poétique, mais l'étincelle qu'ils font jaillir telle une étoile filante nous laisse éblouis. Et cette étincelle est d'autant plus fulgurante, que ces réminiscences ne font allusion à rien d'important, à rien de mémorable, ni ne suggèrent rien de grandiose. elles nous renvoient simplement à quelque chose qui ne sera plus, et dont le jamais-plus fait tout le prix" 

lundi 15 février 2016

Mauvais Signe


Voilà,
D'où vient que certains matins il se réveille avec la peur au ventre comme s'il avait treize ans et que la journée entière allait être consacrée à une composition de mathématiques ? (Linked with weekend reflections )

vendredi 12 février 2016

Économie de la Catastrophe


Voilà
On leur dit que s'ils ne consomment pas les fruits et légumes qui ont poussé dans la zone, ils manqueront à leur devoir de solidarité et de civisme. Bien sûr, c'est un peuple qui, par le passé, a montré une certaine propension au suicide collectif ; mais tout de même... Cependant rien n'empêche de penser qu'en de semblables circonstances, de pareilles injonctions pourraient nous être adressées. D'ailleurs cela n'a-t-il pas déjà commencé ? "Puisqu'il y a des terroristes, il est nécessaire d'accepter le paradoxe d'un état d'urgence permanent ; comme l'ennemi n'est identifiable nulle part, alors sans doute est il partout invisible, peut-être même êtes-vous l'ennemi — ou tout le moins son complice sans toutefois le savoir. Alors acceptez dans un premier temps que soient réduites vos libertés ; bientôt nous augmenterons vos contraintes. Il est de votre intérêt de dire oui. Cela dit si vous en éprouvez le besoin vous pouvez encore vous indigner sur les réseaux sociaux, il n'y a aucun mal à se soulager". Cela peut même créer de la marchandise.
D'autre part il semblerait qu'on soit entré dans une économie de la catastrophe. Non de ces catastrophes épisodiques que sont les guerres, mais de la catastrophe comme produit durable générateur de profits à court et moyen terme. Pour faire passer le message — ou mieux pour le brouiller ce qui revient exactement au même — on noie l'information dans des programmes, des applications ou des logiciels de divertissement. Ce qui importe, n'est pas de retenir l'attention du spectateur fixé à son écran, mais de faire en sorte au contraire de créer de la perpétuelle distraction afin qu'il s'accommode du bruit du monde sans quitter son smartphone sa tablette ou son ordinateur. On fait en sorte de gommer toute possibilité de penser autrement les faits, la réalité sociale, l'expérience du monde. Tout fait écran, au sens ou ce que s'y projette est précisément destiné à dissimuler. L'événement advient mais il doit toujours être sans conséquence. Plus précisément sans conséquence critique de trop haute intensité car cela pourrait nuire au fonctionnement de l'économie qui se nourrit de la catastrophe qu'elle génère. J'y pense souvent quand il m'arrive de traverser le paysage urbain encore préservé du Quartier d'Affaires. À chaque fois d'ailleurs il me semble irréel, artificiel, pareil à un décor et dénué de sens. Et toujours je me demande "Est-il possible que ça dure encore longtemps tout ce mensonge ? Est-ce donc vraiment la vie que tout cela qu'on nous propose ?" (Linked with The Weekend in Black and White)

mercredi 10 février 2016

Roosevelt Island


Voilà,
je me souviens du vieil hôpital de Roosevelt Island photographié au printemps 1994, depuis un ferry de la Circle Line lors d'une excursion en compagnie de Jean-Paul, Christelle, Pascal, Catherine et leurs enfants Michel et Marguerite qui venait tout juste de naître. Nous en avions profité pour nous rendre aux Cloisters, qui est un endroit que j'aime particulièrement à la pointe nord ouest de Manhattan et où se trouve un objet sculpté parmi les plus émouvants qu'il m'ait été donné de voir. 

mardi 9 février 2016

Jour de pluie


Voilà,
en écoutant la radio ce matin, où pêle-mêle — mais au fond c'est du même problème dont il s'agit — étaient évoqués, la guerre en Syrie, l'implication des Russes et des Iraniens qui soutiennent le régime de Bachar (qui a fait ses études à Londres, ne l'oublions pas) si acharné à exterminer son propre peuple, Daesch, les tensions entre la Russie et la Turquie, entre le gouvernement turc et les Kurdes, l'Arabie Saoudite (alliée aux Etats-Unis par des accords de défense) qui commet des massacres au Yémen et dont quelques oligarques par ailleurs soutiennent financièrement Daesch, les luttes croissantes entre sunnites et chiites, les réfugiés qui affluent en Europe et qui dans le fond embarrassent tout le monde, les terroristes islamistes infiltrées en Europe, j'ai eu la sensation d'être dépassé par les événements et impuissant face aux tempêtes qui se préparent sur fond de crash boursier et de désastre écologique. J'aimerais bien voir la vie plus légèrement, être capable d'optimisme, mais c'est difficile. Cependant la vie continue, on fait des projets comme si de rien n'était, il faut songer aux vacances, organiser son emploi du temps, donner des dates de disponibilité pour ceci ou cela, prendre des rendez-vous... Dehors le ciel est si bas qu'on le croirait au rez-de-chaussée comme disait Léo Ferré. Il pleut, je me souviens d'une chanson de la fin des années quatre-vingts. (Linked with weekend reflections)



vendredi 5 février 2016

Vitrine de coiffeur sur Broadway


Voilà,
je me souviens de cette vitrine en haut de Broadway, je crois. C'était en 1985. J'avais pris cette photo en pensant à Jacques Nolot qui avait écrit une pièce "La Matiouette" où il évoquait le salon de coiffure de son père à Marciac. Mais je crois finalement que je ne la lui ai jamais montrée. Cela avait été un étrange promenade. Nous avions, avec Agnès, pris nos quartiers chez Philippa Wheale, 105 St, upper west side entre Broadway et West end Avenue. Nous nous étions ensuite promenés le long de Riverside jusqu'à Grant's tomb, en passant devant l'Université Columbia. Ensuite on était entrés à Riverside Church, une église en béton où l'on pénètre par des portes tournantes et qui abrite la plus grosse cloche du monde. Je me rappelle qu'il y avait beaucoup de sonneries de téléphone dans cette église. Continuant notre parcours nous nous étions engagés dans la 121ème rue jusqu'à Broadway que nous avions redescendue pour rejoindre St John the Divine sur Amsterdam Ave. Je n'avais pas tout de suite remarqué que nous étions les seuls blancs et qu'on était un peu déjà dans le Spanish Harlem. A ce moment là je me suis senti terriblement touriste avec mon appareil photo. J'essayais de faire comme si de rien n'était, mais tout de même je n'étais pas vraiment à l'aise. (Linked to  the weekend in black and white)

jeudi 4 février 2016

Leurs Pas


Voilà
vont leur chemin. Le martèlement de leurs pas je l'entends. Mes frères ils étaient mes frères autrefois, la tribu de mes semblables. Du moins étais-je enclin à le croire. Aujourd'hui, certains parmi eux prononcent encore mon nom, mais pour la plupart m'ont oublié. Vite oublié. Ceux qui, cependant que je m'efforçais de donner le change - car il faut bien faire bonne figure n'est-ce pas ? - se réjouissaient d'un sourire quand je n'étais déjà plus qu'une plaie, eux aussi m'ont effacé. Ne seraient pas allés chercher plus loin. S'en tenaient aux apparences. Qu'ils continuent donc de s'agiter, de se précipiter. Ils ont encore un futur, pas moi, une histoire à construire, pas moi, ou simplement l'obligation de survivre à leurs renoncements leurs échecs ou leurs illusions qu'ils s'obstinent à travestir en vérité. Leur vie continue la mienne a cessé. J'en sais un peu plus qu'eux désormais. Je suis dans les refrains qui hantent leur mémoire, mais ils n'en savent rien. Je suis le mot qu'ils ont sur le bout de la langue et qu'ils ne retrouvent pas. Je suis dans leur maladresses, leurs faux-pas, leurs moments d'absence ou d'inattention. Je suis le chat dans leur gorge, leurs colères leurs éternuements. De leurs petits tracas j'ai fait mes escales. Je vais de l'un à l'autre, comme un fripon fantôme. Et c'est très bien comme ça.
shared with sunday postcards

lundi 1 février 2016

De lointains souvenirs remontent à la surface


Voilà,
Paul Kantner l'ancien leader de Jefferson Airplane est mort. Encore des visages rattachés à des souvenirs qui s'en vont, pas les souvenirs les visages, quoique les souvenirs aussi finiront par s'effacer, c'est probable, pas forcément certain mais probable (j'ai le sens de la nuance à cette heure c'est fou on se demande ce que ça cache). 
En fait ça va devenir de plus en plus fréquent, les idoles d'autrefois qui cassent leur pipe à cause de la vieillesse. Si ça continue je vais peut-être bientôt devenir comme le petit monsieur que j'avais autrefois photographié à l'enterrement de Tino Rossi. Non je déconne. Mais quand même ces voix, convoquent quelques images du passé. Je me souviens que parfois, c'était vers 76, je passais chez Nicolas le fils de Pierre Guyot  — le parrain d'Agnès, si gentil et trop tôt disparu —. Nicolas habitait au métro Félix Faure, dans un appartement communautaire (maintenant on appelle ça une coloc). Il y avait toujours quelques substances illicites à consommer, et beaucoup de disques des groupes de la West Coast. C'est là que j'ai entendu pour la première fois l'Airplane. Nicolas travaillait à l'occasion. il faisait des renforts dans des théâtres, à Chaillot, au Théâtre de la ville, pour démonter et monter des décors. Ça payait bien à l'époque. Et quand il avait un peu d'argent, il partait avec ses potes faire la route comme on disait alors, au Mexique, en Amérique latine, un peu en Asie. L'un d'eux travaillait dans une boutique d'import de disques chez Gévaudan, Bd St Germain, non loin de Sciences-po et c'est là que j'ai acheté le livre Filipino food de Ed Badajos. Nicolas était toujours un peu à la ramasse. (trop d'acide, trop de drogues), un peu paumé, paresseux. Je crois qu'il est mort assez jeune avant la fin du XXème siècle. Du coup j'ai scanné cette photo prise à Châteaudouble, dans les premières années avec un vieil appareil  reflex allemand. C'est d'ailleurs la seule que j'ai de lui. Je me souviens aussi qu'un été (était-ce celui de la photo je n'en suis pas sûr), alors qu'il squattait la maison de son père avec ses copains, il y avait un chien qu'ils avaient baptisé "Chilom". Monsieur Peyre le vieux voisin, qui ne savait pas ce qu'était un chilom, comprenait "HLM". Il trouvait que "Achélèm", vraiment, c'était un drôle de nom pour un chien. 

  

samedi 30 janvier 2016

Cuir


Voilà,
Montée de la grande côte sur la Croix rousse à Lyon, l'odeur du cuir de cette boutique me rappelle l'odeur de l'atelier de celui qui, à cause de ses grandes moustaches et de ses cheveux roux avait été surnommé Vercingetorix à Châteaudouble. À l'époque il y avait plein d'artisans qui exposaient sur tous les marchés de Provence. Cette odeur était très présente sous les remparts d'Avignon pendant le festival. D'ailleurs quand j'ai fait ma fugue à 17 ans j'avais le vague projet d'apprendre à travailler le cuir avec Vercingetorix. Finalement je me suis fait gauler par les flics à Gardanne. Le cuir, comme un parfum d'adolescence. Du mal à réaliser que tant d'années ont passé.

vendredi 29 janvier 2016

Centre culturel italien


Voilà,
celle-ci aussi je l'ai prise il y a très longtemps, au centre culturel italien, au tout début des années quatre-vingts avec l'appareil que je m'étais acheté, un olympus XG1, après avoir joué "Prométhée Porte-feu" mis en scène au festival de Nancy par André Engel car j'avais regretté de ne pas avoir pu prendre de photos lors de cette épique aventure. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 28 janvier 2016

Hutte en Kabylie


Voilà,
c'était en 1983 juste au dessus de Ziama Mansouriah en Kabylie. Je m'étais un peu promené dans la montagne et j'étais tombé par hasard sur cette hutte. Je ne sais pas si c'était une simple grange ou une habitation précaire. Ce qu'on m'avait dit c'était que l'hiver était rude dans la région. A l'époque on ne parlait pas encore d'islamisme. C'était les premières années de présidence de Chaadli, et après les années Boumedienne, on espérait que cela se libéraliserait un peu. 21 ans après en être parti dans les bagages de mes parents, j'étais revenu voir ce pays qui avait tant marqué les premières années de ma vie. (linked with The Weekend in Black and White).

mercredi 27 janvier 2016

Une Tentation de plus


Voilà 
des années que je voulais moi aussi m'y essayer.
C'est donc ma première tentative de la Tentation de Saint Antoine

lundi 25 janvier 2016

Autre train autre reflet


Voilà
les reflets nous renvoient à notre inéluctable et plus ou moins lointaine condition de fantômes. C'est inévitable un jour viendra où la transparence sera devenue notre seul et définitif territoire. Parfois peut-être entre pupille et paupière viendrons-nous roder dans le songe de tel ou telle qui se souviendra encore de nous et puis peu à peu on finira par glisser dans l'oubli comme un paysage qui s'efface à la vitre du train.

vendredi 22 janvier 2016

Solitude


Voilà,
désormais je ne traînerai plus aussi souvent dans les parages ou alors à des heures différentes et avec d'autres contraintes. De toute façon il faut que je trouve un autre travail. (the weekend in black and white)

jeudi 21 janvier 2016

Trouble de la mémoire devant un paysage connu


Voilà
Dans une chambre d'enfant d'un appartement inconnu,
Du nouveau m'apparaît
J'imagine des perspectives différentes, plein d'idées me traversent.
J'entrevois autre chose qui me pourrait vraiment me plaire
Et peut-être me désennuyer de moi

mercredi 20 janvier 2016

Nu penché sur un guéridon


Voilà,
j'essaie juste de donner un sens au jour qui vient ou à celui qui va. J'avance en solitaire parce que je ne peux faire autrement. Je me réfugie dans cet incessant travail de transformation des images parce que c'est ce qui me tient – du moins en ai-je l'illusion – à l'abri du monde extérieur tout en ayant la possibilité de communiquer avec lui. C'est ma façon à moi d'aller vers les autres et de m'en protéger à la fois, de me trouver une place dans la communauté des Hommes qui me fait pourtant si peur parfois. Tout me semble si souvent compliqué, les uns les autres et tout ça. Je suis un vieil enfant qui bricole et grafouille. Je me fatigue un peu plus chaque jour, parfois je bougonne et taciturne en rond. J'ai une sale gueule je sais, mais je ne suis pas bien méchant au fond. J'essaie juste de faire des trucs qui tiennent la route. À ma façon, discrète et déterminée.

mardi 19 janvier 2016

Antrelieu


Voilà,
Parfois je ferme les yeux.
Antrelieu n'est jamais loin, c'est là que je me retire parfois
Pour réfléchir au cours des choses, au tour qu'elles prennent ou pourraient prendre

lundi 18 janvier 2016

Infiniment mystérieux


Voilà
souvent je reviens à ce lieu, à l'image de ce lieu qui m'intrigue me fascine sans que je ne sache pourquoi. Il y a des endroits qui laissent entrevoir leur envers. La pensée le regard s'y émerveillent  car ils sont comme la promesse d'un monde meilleur, enchanté. Ils expriment la possibilité d'une réalité parallèle et rêvée obéissant à d'autres lois physiques où la vie serait plus douce et plus sereine.

dimanche 17 janvier 2016

La femme la dune le parasol



Voilà,
c'était au siècle dernier, un été à Leffrinckoucke. Bien qu'il y fit souvent soleil, je ne m'aventurai pas à me baigner tant la mer me semblait un peu trop fraîche à mon goût. J'étais venu accompagner une femme à qui des amis avaient prêté un appartement sur cette côte qu'on dit, je crois d'opale. Pour des raisons professionnelles, elle passait beaucoup de temps au téléphone (les portables n'existaient pourtant pas à l'époque) et moi pendant ce temps-là, je vaquais à l'extérieur, photographiant des blockhaus affaissés sur les dunes, des éoliennes qui ne rentraient pas dans le cadre, des cheminées de raffineries au loin ou bien des joggers sur les plages désertes, ou encore des poupées cassées dans des brocantes locales. C'est dans ces circonstances que j'ai aperçu cette jeune femme près de son parasol

vendredi 15 janvier 2016

Porteurs d'eau


Voilà,
je me souviens des porteurs d'eau de la casbah d'Alger "vieille dame délabrée confite dans sa crasse et croulant sous les oripeaux de sa splendeur ancienne" comme la qualifie Jérôme Ferrari. C'était en en juin 1983. Je me rappelle aussi qu'un an après la victoire historique de l'équipe de football d'Algérie contre celle de l''Allemagne en 1982, le match avait de nouveau été retransmis, et que les gens avaient longtemps parcouru les rues de la ville en klaxonnant comme si la rencontre venait juste de se terminer. (linked with The Weekend in Black and White)

jeudi 14 janvier 2016

A la tombée de la nuit


Voilà
Ce soir je voudrais être auprès de ma fille et la serrer très fort dans mes bras,
car pour elle c'est un jour particulier et pour moi aussi sans doute.
Elle me manque. 
Entre Rhône et Saône j'ai le le blues de la presqu'île.
linked with weekend reflections

lundi 11 janvier 2016

Black Star


Voilà,
ça me revient, l'exposition Bowie l'année dernière au mois de mars

ça me revient, "Loving the Alien" en novembre 1984. J'avais acheté une cassette de l'album "Tonight" (c'était à l'époque des premiers Walkman), et je l'avais emmenée à Strasbourg où nous étions venu jouer le spectacle "Rêves de Kafka" durant deux semaines. J'associe en partie ce séjour, les souvenirs  que j'en ai et les photos que j'ai prises alors, à ce morceau, mon préféré de l'album.

ça me revient, Lucy et sa sœur chez elle, vers Pâques 1976, à Hatfield in the North, racontant que lorsqu'elle était allée voir un concert de Bowie avec ses copines, elles s'étaient toutes maquillées comme sur la couverture d'Aladdin Sane 

ça me revient, Didier après qu'on soit allé faire des courses dans un supermarché de St Raphaël qui allume l'autoradio, et dit en entendant Bowie "A chaque fois il se remet en question" c'était au moment de "Lodger"

je n'ai jamais oublié ce chagrin d'amour où j'écoutais en boucle "Wild is the wind" chanté par Bowie

ça me revient j'ai acheté le double album live "Stage" à Rome l'été 1979 alors que nous étions en tournée avec les zeppelins

ça me revient "let's dance" et les fêtes au théâtre de la tempête. Je dansais beaucoup à cette époque.

ça me revient Philippe D. qui écoutait "Heroes" dans son appartement des Olympiades

ça me revient "Sufragette city" et "Hang on to yourself" entendus la première fois un soir tard au pop club de José Artur et aussi "John I'm only dancing" et comme ce dernier morceau avait quelque chose d'angoissant surtout le refrain avec sa ligne de basse et ses guitares stridentes

ça me revient "space oditty" en italien devenu "ragazzo solo, ragazza sola" qui raconte tout autre chose que la version originale, et transforme Bowie en chanteur de charme italien, et ça me plaît quand même

ça me revient "Modern Love" et Denis Lavant courant le long des palissades dans le film "Mauvais Sang" de Léos Carax

ça me revient la comédie musicale "Absolute beginners"

ça me revient Isabelle Adjani chantant "Beau comme Bowie"

ça me revient qu'on disait qu'il avait un œil perpétuellement dilaté à cause d'une bagarre avec une fille quand il avait quinze ans

ça me revient, une émouvante reprise d'une chanson de Georges Harrison après sa disparition sur l'album "Reality" je crois

ça me revient, chez Jean-Jacques, l'album Station to station et sur la chanson qui donne le titre à la l'album, la rupture après 6 mn qui commence par "it's not the side effect of the cocaïne / I'm thinking it's must be love" qui était dans un tempo très speed mais qui me convenait bien à l'époque, et qui continuait par it's to late to be grateful / it's to late to be late again / it's to late to be hateful / the european canon is here / et là vraiment c'était mon tempo de l'époque

ça me revient golden years wap wap wap

ça me revient Bowie et Jagger dansant et sautant comme des cabris défoncés au maxiton dans le clip "Dancing in the street"

ça me revient que j'aimais son accent "so british" dans les interviews et que j'ai souvent pensé que l'excentricité qui était la sienne était un reflet de la culture anglaise

ça me revient mais tant d'autres choses m'échappent par ailleurs
shared with sunday postcards

dimanche 10 janvier 2016

Ce qui tient les gens


Voilà,
ce qui tient les gens, je veux dire ceux qui ont quand même la sensation que ça ne tourne pas rond, c'est sans doute cette croyance qu'un miracle va malgré tout advenir et changer le cours des choses. On avance vers la nuit en espérant que le jour sans cesse va durer. On ne parvient pas à concevoir que la prospérité, le rayonnement intellectuel, le savoir l'innovation, la jeunesse et l'audace, ne sont plus de mise dans ce pays. Plus aucune aptitude à la révolte à l'insurrection. Une population de petits propriétaires enchaînés à leurs crédits, une foule d'esclaves aliénés par le flux continu d'informations de jeux et d'injonctions diverses dont les écrans nous abreuvent jusqu'à l'écœurement. Cela occupe ainsi notre temps et notre cerveau et nous donne l'illusion d'être dans l'action, de participer au monde simplement parce que nous tapotons des écrans tactiles. On s'accroche à l'illusion d'un monde meilleur pendant que l'Europe politique se suicide en se soumettant à la loi des multinationales et des banques, pendant que les réacteurs de Fukushima continuent de disséminer leur poison..., pendant que des fous des fanatiques religieux massacrent tout ce qui ne leur ressemble pas et détruisent ce qui reste d'antiques civilisations où leur dieu n'existait pas encore, pendant que les grands trusts industriels saccagent des forêts des sols des sous-sols, polluent des fleuves des océans, les vident de leur biodiversité, pendant que la bêtise et la mesquinerie s'installent peu à peu au pouvoir dans certaines de nos régions, pendant que les pauvres s'appauvrissent encore plus, que la misère essaie de trouver le sommeil dans les rues en grelottant  etc... etc... La liste si longue de ce qui ne va pas en devient presque banale et lassante.
Pourtant parfois on veut se persuader qu'ici on peut encore espérer, à cause d'un paysage que l'on croit pérenne, d'une lumière singulière, de la forme des nuages qui nous donne l'illusion que la beauté des choses constitue un refuge contre le spectre de l'adversité. On les regarde au ciel passer les nuages, on les voit se faire et se défaire comme de furtifs poèmes qui un instant prennent forme pour aussitôt se perdre en un songe sans consistance. On est seul on ne fait qu'un avec la nature, et c'est une illusoire sensation d'éternité qui nous étreint dans ces moments là. (Linked with skywatch friday)

mercredi 6 janvier 2016

Cafeteria la Merced


Voilà,
le jour où nous sommes allés à la cafétéria la Merced (j'avais tout de suite repéré que les gens qui venaient manger ici n'étaient pas des touristes) fut entièrement dédié à Picasso. De ce séjour à Malaga, je garde un souvenir mitigé car, j'avais toujours la tête plus ou moins ailleurs et des pensées chagrines. Heureusement le sourire de ma fille, sa main menue dans la mienne, ses mots tendres et rassurants, ses blagues et ses questions, atténuaient mon tourment. Les larmes cependant n'étaient jamais loin. Je me sentais tellement démuni, si étranger au monde, si peu capable de le comprendre. Je ne trouvais pas les mots. A ce moment là, je me suis rappelé – je me demande bien pourquoi – comment j'attrapais les papillons, enfant. De mes paumes je faisais une cage. Et c'était doux de sentir les ailes du captif chatouiller le creux de mes mains, avant de les ouvrir pour le rendre à ses voyages. (linked with The Weekend in Black and White)

mardi 5 janvier 2016

L'Heure clandestine


Voilà,
hier soir sans m'en rendre compte j'ai donné forme à mon inquiétude. Je n'avais pas prévu qu'elle serait ainsi. Je cherchais tout autre chose. Je crois que j'avais besoin de me divertir au sens pascalien du terme, d'échapper à cette conscience du Néant qui me submerge parfois. J'essaie alors de créer des formes qui me procurent du plaisir, ou du moins de suivre un chemin qui me mène vers l'apparition de ces formes, et me soustraient de la conscience du temps. De prime abord je n'avais pas l'intention d'introduire des silhouettes dans mon dessin. Je voulais m'en tenir à une abstraction. Je crois m'en être déjà expliqué, cela a quelque chose d'apaisant l'abstraction, ou peut-être même m'arrêter à un graphouillage,  Mais voilà, je n'ai pas osé, je n'ai pas pu m'empêcher. Et tout à coup l'image s'est imposée sans que je ne parvienne à la réfuter. Sans doute a-t-elle une nécessité puisque je ne la détruis pas, puisque même je la donne à voir. Elle me plaît malgré tout. En dépit de son imperfection de son côté sombre. Même si elle me fait aussi regretter ne ne pas être capable de tracer un autre chemin, plus léger, plus tendre.

lundi 4 janvier 2016

Après-midi Beaubourg


Voilà,
cet après-midi j'ai vu l'exposition des photos qu'Agnès Varda avait faites lors d'un séjour à Cuba en 1963, ainsi que celle, magnifique, consacrée à Wifredo Lam et, au cabinet graphique du Musée d'Art moderne, les œuvres sur papier de Dieter Appel. Je pourrais rester des heures dans les musées. Autrefois je m'y sentais en sécurité. Mais depuis la tuerie du Bardo à Tunis en mars dernier, je ne peux m'empêcher de penser que des crétins décérébrés, peuvent à n'importe quel moment surgir dans de tels endroits, simplement parce qu'ils exècrent tout ce qui ne leur ressemble pas et qu'ils ne comprennent pas. L'exposition sur Cuba, évoque une époque chargée d'espoirs et de croyances en un monde meilleur et une grande joie se dégage de ces images du socialisme tropical. Pourtant je me souviens qu'à l'époque les gens craignaient une guerre nucléaire et que Bob Dylan chantait "A hard rain's A-gonna fall". (Linked with the weekend in black and white

samedi 2 janvier 2016

Aux vieux garçons


Voilà,
entre la station Solferino, et la station Rue du Bac, dans la partie la plus mélancolique du Boulevard St Germain où l'on trouve assez peu de commerces, existe néanmoins un café dont le décor n'a guère changé depuis 1902. Il est doux, surtout en ces moments troubles, de s'y attarder et de se laisser gagner par la rassurante illusion que le temps n'a pas passé. Le vieux percolateur doré qui trône au fond du bar est paraît-il toujours en état de marche.

jeudi 31 décembre 2015

Le Jour du brunch


Voilà,
cette photo, je l'aime bien. Je l'ai prise cette année le premier dimanche de février, au commencement de l'après-midi ; c'est la gare de Pantin ; j'y passe assez souvent en train depuis deux ans et demie, sans jamais m'y arrêter et et là j'avais l'occasion de prendre un peu de hauteur. 
Les paysages ferroviaires me fascinent. Enfant j'ai cru à une promesse ; un jour on installerait un train électrique dans un grenier ; il n'y a jamais eu de grenier. 
Je ne traîne pas souvent dans ces parages. Je me suis retrouvé là parce que j'étais invité non loin, chez une amie, jeune et brillante professeure d'Université qui organise de temps à autre des brunches le dimanche. C'est sympathique. Il y a ses amis, ses voisins. Parfois je connais certains d'entre eux. D'autres fois j'ai du mal à les reconnaître (je ne suis pas très physionomiste et de plus en plus miro). Il suffit de venir avec quelques victuailles pour socialiser...
C'était plutôt joyeux convivial et détendu. Il y avait du vin bio, des huîtres, des délicieux chocolats de chez Auger dont la boutique est à Lodève et assez de sièges pour s'asseoir.

Et puis à un certain moment la conversation a pris un tour étrange.

Il a été question de viande halal, puis très vite du "prophète", de l'islam, des arabes athées, des juifs, de Dieudonné de "nous sommes ou nous ne somme pas Charlie", du frère de quelqu'un qui vivait avec une musulmane assez rigoriste, de bouffer du porc, de Vergès, de l'antisémitisme de la guerre d'Algérie, du ressentiment, d'Aubervilliers le 7 janvier dernier où paraît-il bien des gens se sont réjouis des attentats. J'ai essayé de faire de l'humour là-dessus, façon Charlie-hebdo, de l'humour noir et parfois trivial comme j'aime bien, mais il y avait trop de passions dans ces conversations et ça ne passait pas trop. Comme tout ça était plutôt déprimant quelqu'un a demandé s'il pouvait allumer la télévision pour voir le match de hand avec le son coupé. Je crois que c'était la finale du championnat du monde et que c'est la France qui a gagné.

Au retour je me rappelle avoir eu un coup de mou, parce que j'avais été étonné par la violence de certains propos. J'ai commencé à écrire ce post et puis je l'ai laissé en plan. C'est étrange aujourd'hui de repenser à tout cela, après tout ce qui s'est passé depuis....

Jamais je n'aurais autant publié sur ce blog au cours d'une année. Je ne sais pas quelle conclusion en tirer. Vraisemblablement cela ne se reproduira plus. Enfin ça ne devrait pas. Il faudrait que je me calme avec ça. Que je passe à autre chose. 2015 à bien des égards n'aura pas été une année fameuse.  On ne va pas s'exalter sur la suivante. Franchement il n'y a pas de quoi. Rien n'incite à l'optimisme. Parce que vraiment la bêtise gagne partout du terrain. On va vers des temps difficiles c'est sûr. Souhaitons nous quand même d'heureuses surprises, du bonheur partagé, de l'inspiration, de l'amour.
(link the weekend in black and white)

lundi 28 décembre 2015

Reflets dans un train


Voilà,
dans le train à étage, debout dans l'escalier, alors que nous nous approchions du terminus je songeais face aux reflets, à cette affirmation de Xavier Mauméjean "la vérité est une possibilité du réel, en aucun cas sa mesure" que j'avais entendue dans une émission consacrée à Philippe K Dick. Si je trouvais la formule assez jolie, j'aurais toutefois été bien en peine de disserter dessus au cas où on me l'aurait demandé. Mais qui d'ailleurs aurait pu me demander une chose pareille ? J'étais seul, grippé, sans consistance, incapable de penser. Je voulais rentrer chez moi au plus vite. Et dormir, dormir, ne plus avoir de compte à rendre..

vendredi 25 décembre 2015

mardi 22 décembre 2015

Une étrange coïncidence


Voilà,
je connais une femme qui immédiatement après la mort de sa mère a rompu une longue liaison pour se mettre en ménage avec un homme qui réunissait deux traits distinctifs de ses parents à elle. En effet l'homme portait le même prénom épicène que cette mère et son jour anniversaire coïncidait avec celui de son père. J'ignore si c'était de sa part un choix conscient ou une coïncidence et je n'ai d'ailleurs jamais osé le lui demander.

dimanche 20 décembre 2015

Une Découverte


Voilà,
Je viens de découvrir Jeanne Lee et Ran Blake que je ne connaissais pas. J'adore sa voix à elle, et son jeu de piano à lui froid et sec m'évoque celui de Thelonious Monk. L'image me rappelle une jolie ballade que j'ai faite récemment à Amiens. Je lui trouve les même tonalités que cette interprétation de "Laura". Bah oui c'est comme ça. Je fais les associations que je veux. D'ailleurs nul autre que moi n'aurait pu imaginer ce lien.



vendredi 18 décembre 2015

Grande Roue


Voilà,
un soir, il n'y a pas si longtemps j'ai vu cela. J'étais sans mot sans perspective. 
je me souviens avoir envié ces personnes dans le cadre
qui prenaient le temps de s'attarder à la buvette pour boire du vin chaud

jeudi 17 décembre 2015

Dormir pour oublier (20)

 

Voilà,
ce matin redescendant la rue St-Denis vers les Halles, j'aperçois l'impasse St-Denis que je n'avais jamais auparavant remarquée. Il me semble apercevoir une peinture murale au fond et je décide d'aller y voir de plus près, car je n'en perçois pas bien le motif.


Ce n'est qu'à quelques mètres que je distingue la masse informe au pied du dessin. Un corps sans doute emmitouflé, dissimulé sous les couvertures. Quelqu'un que je suppose en train de dormir, mais qui pourrait aussi bien être mort. Il fait un temps excessivement doux sur Paris pour la saison. 13° centigrades à midi. (Linked with Monday mural)

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