Voilà,
une version du mythe — que d'aucuns considèrent comme apocryphe, mais cependant non dépourvue d'intérêt — colportée croit on, depuis Thèbes (mais dont on trouve aussi quelques traces en Épire) raconte qu’Apollon, dieu des clartés exactes et des prophéties impeccables, fut condamné à une tâche dont l’humilité défie toute théologie sérieuse : arroser un arbre.
Cet arbre, on le sait, était Daphné.
Il existe des récits où la métamorphose marque un triomphe de la pudeur ; d’autres où elle constitue une fuite élégante hors du désir. Il n'en est guère, toutefois, qui mentionnent ce détail tardif et sans doute essentiel : le petit arrosoir.
Apollon, désormais, chaque matin traverse une forêt qui ne lui doit rien. Il remplit son récipient dans un modeste ruisseau — il y a quelque ironie à ce que le dieu qui a joui d'étancher sa soif aux plus secrètes sources, dépende d’une eau sans légende — ; puis il s’approche du laurier.
Il verse. Verse. Verse.
Parfois, par habitude ou par mégarde, comme si la parole pouvait encore atteindre ce qui s’est retiré dans la fixité végétale, il parle. Daphné, pour sa part, persiste obstinément dans le silence, chose que les oracles n’avaient pas prévue.
Certains exégètes mineurs ont considéré ce rituel comme une punition. D’autres, plus subtils ou plus acharnés, ont reconnu là, sinon une manifestation de sagesse du moins une forme de connaissance sur le point d'être acquise ; Apollon apprend enfin ce que les dieux ignorent depuis toujours : la répétition.
Quant à l’arrosoir, les commentaires divergent. Une hypothèse suggère (elle a ma préférence) qu’il n’était, à l'origine, destiné à personne, — ni au dieu ni à l’arbre — mais qu'en secret, implorant Artémis il réclama d’être rempli chaque jour afin d'épargner au monde de plus amples malheurs.
Il est ainsi devenu le premier objet à participer de ce que depuis l'on nomme la force des choses
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