vendredi 30 janvier 2015

A travers la matière


Voilà,
"La vie est un voyage expérimental, accompli involontairement. C'est un voyage de l'esprit à travers la matière et, comme c'est notre esprit qui voyage, c'est en lui que nous vivons. Il existe ainsi des âmes contemplatives qui ont vécu de façon plus intense, plus vaste, plus tumultueuse que d'autres qui ont vécu à l'extérieur d'elles-mêmes. C'est le résultat qui compte. Ce qui a été ressenti, voilà ce qui a été vécu. On peut revenir aussi fatigué d'un rêve que d'un travail visible. On n'a jamais autant vécu que lorsqu'on a beaucoup pensé." Fernando Pessoa
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mercredi 28 janvier 2015

Encapuchonnée


Voilà,
solitaire et patiente juste une silhouette dans cet hiver doux et pluvieux. Qui est elle ? À quoi rêve-t-elle ? Comment fait-elle pour s'arranger de ce monde qui à présent m'échappe et où un jour je ne serai plus quand elle y sera encore ? 

lundi 26 janvier 2015

Le véritable poppers


Voilà,
tout à l'heure j'ai découvert avec étonnement que l'on vendait du poppers au bar tabac qui se trouve près du terminus de bus 58 au Châtelet

dimanche 25 janvier 2015

Miroirs encore


Voilà,
"Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez vous toute votre vie dans une glace et vous verrez la mort travailler comme les abeilles dans une ruche de verre." Ouais, ouais sûrement tu as raison Jean Cocteau, mais franchement qui est assez con pour se regarder toute une vie dans un glace ? En plus maintenant il y a les smartphones...  
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mardi 20 janvier 2015

Photo, photo, photo


Voilà,
un jour j'ai photographié un homme photographiant des photos. Il était appuyé contre un mur de photos et sur l'une de ces photos il y avait une femme qui prenait une photo. Peut-être quelqu'un était-il aussi en train de me photographier sans que je ne me rende compte que moi aussi j'allais devenir une silhouette sur une photo. Tout cela est totalement absurde. Cette profusion d'images, ce besoin d'être image ou de faire image, auquel je participe grandement, est sans doute le symptôme, ou peut-être même la maladie d'un monde où le sens des mots s'est perdu. Oui le poids des mots est, la plupart du temps bien léger comparé au choc des photos. Par exemple, cherchant sur internet des éléments relatifs à la notion de pardon dans le coran  —car en ce moment je me me demande pourquoi bien des musulmans modérés s'offensent plus particulièrement du fait que l'image du prophète soit sur la dernière couverture de Charlie-Hebdo et jamais ne commentent de la phrase qui est au-dessus "Tout est pardonné" — je suis tombé, dérivant de lien en lien au gré de la sérendipité, sur les images atroces de décapitations et d'exécutions sommaires commises par les membres d'ISIS ou (Daech en français). Que peut la raison face au dégoût que ces images suscitent ? Que peut la pensée quand il est vraisemblable que les actes qui ont précédé ces images fascinent certains au point qu'ils désirent en faire de même ? Les images s'inscrivent avec plus de persistance dans la mémoire que les mots qui pourraient les suggérer. Je me souviens avec précision de choses vues au début des années soixante en Algérie. je pourrais les décrire, les raconter (j'ai tenté parfois de le faire dans ces pages), mais quel impact à côté d'une image ? J'ai réouvert hier le livre de Bernard Wallet "Paysage avec palmiers" où il évoque en une séries de brèves notations les horreurs vues pendant la guerre du Liban. Ce livre m'avait terriblement impressionné sur le moment, tout comme celui de Velibor Čolić "Chronique des oubliés", évoquant la guerre civile intercommunautaire dans les Balkans. Mais le relisant, je m'aperçois que je n'en ai pas retenu grand chose, en dépit de  son incroyable précision et de sa qualité d'écriture, si ce n'est un malaise persistant et des images mentalement reconstituées, et quelques phrases. Pourtant le livre n'est pas un livre de réflexion, mais plutôt de sensations. J'ai même d'une certaine façon oublié les horreurs qu'il évoque. Sa relecture rappelle juste que ce qui se passe aujourd'hui, hier est déjà advenu pour d'autres mensonges, pour d'autres idées folles, pour d'autres conquêtes du pouvoir... Et puis les mots choisis avec précision, les phrases, leur agencement fluide, tout cela s'effacera de nouveau. Alors que les "folles" hurlant dans les rues de Djelfa, ou bien le corps mutilé de celui dont la grenade tout juste dégoupillée avait aussitôt explosé dans sa main plutôt qu'au restaurant qui en était la cible, ou encore l'image du petit cireur abattu Darse de l'Amirauté parce qu'on le soupçonnait de dissimuler une bombe dans sa boîte à chaussures, ces images-là restent inscrites dans ma mémoire, comme une empreinte photographique.

samedi 17 janvier 2015

Au souvenir de qui je fus

                                                                               
 
                                                                                    Voilà,
                                                                                    "Au souvenir de qui je fus, je vois un autre 
                                                                                    Et le passé n’est le présent qu’en la mémoire. 
                                                                                    De nostalgie blessée mon âme se languit 
                                                                                    Non pas de moi-même, ou du passé que je vois, 
                                                                                    Mais de celui que j’habite 
                                                                                    Derrière mes yeux aveugles. 
                                                                                    Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi. 
                                                                                    Même mon souvenir n’est rien, et je le sens bien 
                                                                                    Que celui que je suis et ceux-là que je fus 
                                                                                    Sont rêves différents."
                                                                                    Fernando Pessoa
                                                                                    shared with midweek muse challenge 

jeudi 15 janvier 2015

Nouvelles tentatives


Voilà,
dehors il fait froid il pleut il y a du vent je n'ai pas envie de sortir. J'écoute distraitement des jeunes acteurs parler à la radio de la notion de personnage. J'essaie de mettre à profit le temps libre que je n'ai pas eu depuis longtemps. Je fais de nouvelles tentatives dont je ne sais si je les prolongerai ou si ce sont que des impasses. J'y pense depuis des semaines et je m'aperçois que c'est beaucoup plus laborieux que je ne l'imaginais. Je n'ai parlé à personne depuis des heures. Il faudrait que je fasse du ménage, que je range des papiers. J'ai la flemme. J'ai envie d'expédients, j'ai envie de sexe, j'ai envie d'être une fiction. J'ai envie de n'importe quoi qui m'arracherait à la pensée consciente. Peut-être vais-je dormir. Où aller au cinéma. Ou regarder un vieux film à la maison. "Demon seed" par exemple...

mercredi 14 janvier 2015

S'émerveiller quoiqu'il en soit


Voilà,
je m'arrête encore pour regarder le dompteur de bulles. Pendant quelques minutes je m'attarde. Même si les mots ne viennent plus, même si je suis incapable de formuler la moindre réflexion, au moins ai-je encore des dispositions à m'émerveiller de choses simples et enfantines. Ces derniers jours tant de gens autour de moi ou sur les réseaux sociaux développent des analyses subtiles, affirment leur point de vue, se révèlent avoir des considérations très pertinentes à exprimer au sujet du drame qui vient de secouer ce pays et à propos du malaise qui gagne notre société. Au moins tout cela me donne-t-il l'occasion d'éprouver mes limites. Sans doute suis-je ce qu'on appelait autrefois un honnête homme. J'ai un peu de culture générale et suis aussi capable de réaliser un certain nombre de choses plutôt bien, sans pour autant avoir de don précis ni de disposition particulière. Parfois je ressens la nécessité de parler ou d'écrire alors qu'il suffirait simplement de se taire. Ces derniers temps les mots me fatiguent considérablement. Ils ne me sont pas d'un grand secours. Les pensées sont un peu comme ces bulles qui éclatent à peine formées....

lundi 12 janvier 2015

Impuissante Colère


Voilà,
Je dois à Murièle Modély  — dont je recommande par ailleurs la consultation du site "l'œil bande" et la lecture de ses recueils de poésie — , la découverte de ce texte, qui me semble d'une effroyable actualité : "Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la passivité et les peurs. Elle tend à être dominée par le ressentiment, qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement l'action sur elle même. Elle doit en effet sans cesse simplifier et caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à la vie des gens. C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise etc."
Le parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (Raconter la vie), Seuil, 2014
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dimanche 11 janvier 2015

Le 11 janvier 2015 à Paris


Voilà,
ça c'était hier soir, l'hommage discret de quelques anonymes, place de la République. Aujourd'hui une foule immense, incroyable... Bien des gens qui ne lisent pas Charlie-Hebdo ce journal libre et sans publicité ont marché dans la rue. Peut-être le temps d'un après-midi, les français se sont-ils surpris à être capable de se rassembler pour une juste cause : celle de la liberté d'expression. Après, reviennent les émissions compassionnelles, l'obscénité des bons sentiments jetés en pâture à la radio à la télévision, le festival des ego, les tentatives de récupération politiques, le mercantilisme... Pour l'analyse, la réflexion et l'intelligence on repassera. Je n'ai pas pris beaucoup de photos aujourd'hui. les foules ne m'inspirent pas. Et puis je n'avais pas trop envie. Mais tout de même il y avait cette fille qui tenait absolument à être visible et qui a beaucoup été photographiée sans doute, et cette pancarte en hommage à Georges Wolinski. J'ai déclenché.

vendredi 9 janvier 2015

La statue de Vulpian


Voilà,
entre 1793 et 1796 cette rue fut appelée rue de l'Ami-du-Peuple parce que l'imprimerie où Marat éditait son journal se trouvait à proximité. Cette voie dit-on a été ouverte en 1671. Je ne sais si les escaliers existaient alors, — en tout cas pas la statue de Vulpian c'est sûr — mais j'aime l'idée que le fantôme de Marat puisse encore parfois rôder par là... Ici aussi c'est un endroit où j'aime bien passer. En dépit de la tristesse et du chagrin, flâner quand même. Oui flâner malgré cette impression que tout ce à quoi je crois compte pour bien peu dans le monde où je vis.

mercredi 7 janvier 2015

Un sale jour


Voilà,
ça a commencé comme un jour pas tout à fait ordinaire. Ces dernières semaines on a beaucoup parlé - même François Hollande l'a évoqué au cours d'un entretien radiophonique - du bouquin de Houellebecq "Soumission" qui sort aujourd'hui et dont le pitch décrit par le journal les Inrocks est le suivant : "Ce roman d’anticipation sociale, nous plonge dans la France de 2022 : François Hollande arrive à la fin de son second mandat, et au premier tour de l’élection s’affronteront le Front national et la Fraternité musulmane (le parti des musulmans de France, pure invention de l’auteur). Ce dernier remportera la présidence en se ralliant le PS et l’UMP, et en nommant François Bayrou Premier ministre, et la société se trouvera entièrement bouleversée." Et ce matin, apparemment il n'y en avait que pour lui. Les journalistes de France-Culture pour la plupart transformés depuis quelques années en animateurs de la matinale de leur antenne, recevaient François Bayrou. Il a évidemment parlé du livre qu'il a semble-t-il, eu le privilège de lire - enfin je suppose, j'ai pris l'émission en cours de route -. Quoiqu'il en soit ce n'était pas très intéressant à écouter. Alors j'ai changé de canal et suis passé à France Inter où l'auteur était invité. C'était le moment des questions et réflexions des auditeurs, et rien que ça, ça m'a déprimé. Je ne peux pas parler du livre, d'abord parce que je ne l'ai pas lu et que de toute façon je me suis vite lassé de Houellebecq. C'est surtout devenu un produit marketing. Particulièrement cette année où il est en plus apparu dans deux films de fiction. Pas mal d'ailleurs. Autant le personnage dépressif peut être assez amusant, autant sa littérature s'avère plutôt lassante. Un mec misogyne qui récrimine contre le monde parce qu'il a du mal à bander, ça va deux ou trois fois, mais ensuite ça devient ennuyeux. De toute façon c'est moins lui qui dérange que le foin qu'on en fait. Bref, j'ai mis Thelonious Monk sur la platine, en rangeotant dans l'appartement. Et puis je suis parti retrouver Anne, Fred et Marie-Christine du côté de République. En passant sur la place j'ai pris une paire de photos. Il faisait gris, brumeux, froid. J'aimais bien la statue sur son socle se reflétant sur le sol humide. Et aussi les grands arbres nus et les petites silhouettes emmitouflées


Je suis arrivé chez Anne juste à l'heure. Fred était déjà là, et Marie n'a eu que dix minutes de retard. Très vite on s'est mis à bosser en rigolant, en racontant des grosses conneries afin de trouver des idées drôles pour le projet qui nous réunit. Fred avait sa tablette branchée sur le flux d'actualités et c'est comme ça qu'on a appris qu'il y avait eu une fusillade à Charlie-Hebdo. On pensait que c'était à l'extérieur. En même temps j'ai commencé à recevoir des texto alarmés de quelques amis. Ce n'est qu'en rentrant à la maison que j'ai eu plus de détails. Là j'ai découvert que la une du journal sorti aujourd'hui était consacrée à Houellebecq, mais surtout que Cabu et Wolinski comptaient parmi les victimes. Cabu, je l'ai toujours connu. A treize ans je lisais les aventures du grand Duduche dans le journal Pilote ("Pilote le journal qui s'amuse à réfléchir"). Duduche c'était des histoires de lycées. Et puis j'ai grandi, et Cabu continuait de dessiner dans Hara-Kiri, Charlie Hebdo, que j'achetais adolescent. Bien sûr, le fils de képi que j'étais alors, allergique au kaki se réjouissait de son ironie antimilitariste. Ensuite je l'ai retrouvé dans le Canard Enchaîné lu à l'âge adulte. Cabu, il avait sûrement ce matin avant d'aller au journal sa même dégaine de vieil adolescent avec sa coupe de cheveux qui n'a jamais changé. Wolinski,  lui je l'ai découvert à 17 ans avec les deux mecs du café du commerce parlant politique dans les pages de Charlie, et puis les femmes avec leurs culs leurs seins leurs foufounes. Wolinski était un obsédé sexuel, ("Mon corps est à elle", "A bas l'amour copain") parfois lourd, mais souvent très subtil. C'était surtout des textes très bien écrits et de savoureux dialogues. Et puis il y a les autres dessinateurs que je connaissais moins mais qui entretenaient l'esprit irrévérencieux du journal, Charb, Tignous, Philippe Honoré. L'économiste Bernard Maris, et Michel Renaud, fondateur du festival "Rendez vous des carnets de voyages", ainsi que deux policiers et un homme chargé de la maintenance dans l'immeuble figurent aussi parmi les victimes. Il est à craindre que d'autres ne succombent à leurs blessures.
Ces gens sont morts, ont été massacrés parce que leur seul tort était de se moquer de tout et en particulier du fanatisme religieux. Ce n'est pas simplement la liberté d'expression, la liberté de la presse qui sont attaquées là, c'est aussi le droit de rire de faire rire, c'est l'humour cette forme d'intelligence et de résistance contre l'obscurantisme, et tout ce qui veut asservir la pensée.
Cet assassinat politique de grande envergure, rappelle à toute une génération qui fut insouciante et hédoniste que l'Histoire peut prendre un tour inquiétant et que la paix et le confort relatif dans lesquels nous avons jusqu'à présent vécu, sont désormais très menacés. Très abruptement, cet événement nous redit aussi, bien que les médias et les politiques n'évoquent jamais cette réalité, que nous sommes un pays en état de guerre engagé depuis longtemps sur plusieurs fronts, et que sur certains de ces fronts des leaders appellent à tuer n'importe qui n'importe où par n'importe quel moyen. Comme cette nation est malade, travaillée par des forces obscures et malsaines qui la rongent, bien des gens ont intérêt à ce que le chaos se propage.
Oui ce jour commencé dans le la grisaille et l'amertume finit dans un mélange de chagrin de dégoût d'accablement et de révolte. Ce matin, traversant cette place, je n'imaginais pas y revenir le soir et la voir peuplée d'une foule nombreuse et consternée réunie pour rendre hommage aux victimes de cette exécution.

mardi 6 janvier 2015

Flâner encore

 

Voilà,
un de mes endroits préférés à Paris, je ne sais pas pourquoi. L'entrée de la station Lamark-Caulaincourt au pied de l'escalier. Je crois que le panneau pour indiquer l'entrée du métro est le seul de ce type à Paris. J'aime que mes flâneries ou mes rendez-vous m'y ramènent. Mais il y a d'autres lieux : là par exemple. Ou bien encore la librairie Shakespeare and co, le jardin des Tuileries, et aussi quelques endroits du seizième...  (linked to Signs, signs

samedi 3 janvier 2015

Winogrand dans le métro


Voilà,
c'est sur le quai de la station du RER Luxembourg que l'on peut voir ces reproductions géantes de photos prises par Garry Winogrand auquel le Musée du Jeu de Paume consacre une vaste rétrospective. J'y ai noté cette phrase : "le fait de photographier une chose change cette chose. Je photographie pour découvrir à quoi ressemble une chose quand elle est photographiée". Oui, après tout, peut-être ne s'agit-il que de ça.

vendredi 2 janvier 2015

Jardin des Tuileries, premier soir de l'année


Voilà,
c'était bien d'être ici... L'année a, une fois de plus, commencé avec une expo, à une heure certes plus tardive, mais après une journée douce et paresseuse, et des vacances de Noël qui bien que parisiennes n'en furent pas moins de vraies vacances. J'aurai goûté des anones, des tamarillos, des fruits de la passion, du pitaya, des litchis, des narangilles et des mangoustans, bu raisonnablement et mangé quelques huîtres, découvert les livres de Pastoureau, un restaurant vietnamien où je reviendrai souvent et un vin des coteaux de l'Aubance apporté par la plus estimable des pourvoyeuses. Je me serai laissé aller à quelques grasses matinées sans aucune culpabilité, j'aurai vu quelques bons films et quelques bonnes pièces... Il y a longtemps que cela n'avait pas été aussi bien et aussi simple.
Sinon, il semblerait que je me fasse à l'idée de ne plus écouter le journal du matin sur France Culture ou l'insupportable Marc Voinchet ne cesse d'interrompre ses invités (ce matin c'était Cynthia Fleury une philosophe qui a pourtant beaucoup de pensées intéressantes à développer, mais j'ai du changer de fréquence). M'éveiller avec France Musique et ses quelques flashes d'actualité, me déconcerte un peu. Il y a moins de paroles.  Et c'est comme si le monde s'éloignait. Ce n'est peut-être pas plus mal après tout.
À part ça, merci à tout ceux qui m'ont envoyé leur vœux sur ce blog. Une pensée aussi pour Nicolas qui a trouvé ce qui lie tous les personnages évoqués dans certaines de mes pages. Non seulement c'est un bon lecteur, la moindre des choses que l'on peut espérer d'un libraire, mais c'est aussi un talent d'écriture, ainsi qu'un bricoleur d'images comme je les aime : un peu brut, un peu sauvage..
Allez, courage, entrain, abnégation (il en faut parfois), pieds au chaud (du moins pour l'hiver) et bonne année à tous et à chacun ...

mercredi 31 décembre 2014

See U Next Year


Voilà,
l'une se termine, une autre commence
que l'année qui vient soit meilleure que l'année qui va

mardi 30 décembre 2014

Tunnel volaille et fruits exotiques



Voilà,
je marche d'un pas plutôt allègre car le danger semble – du moins pour un moment – s'être éloigné. Et ça, c'est une sacrée bonne nouvelle. J'ai néanmoins l'esprit occupé par une lubie qui souvent me saisit à cette époque de l'année : je veux au plus vite trouver des fruits exotiques, en particulier des tamarillos qui sont à la couleur orange ce que les kiwis sont au vert, je parle de la pulpe bien sûr. En dépit de toutes ces choses à faire, laissées en plan et négligées depuis des mois, c'est ça l'objectif que je me suis imposé pour la journée. J'ai une adresse qui me semble fiable. En remontant le boulevard, j'aperçois une fille ordinaire ni belle ni moche, (vraiment le look de la girl-next-door) plutôt jeune d'apparence  - je lui donnerais à peine plus de 25 ans -  sortant d'un Love Store (enfin c'est ce qu'il y a marqué sur la devanture) avec deux gros sacs bien remplis. Apparemment elle a bien fait chauffer la carte bleue. Je me demande alors si elle a juste acheté de la lingerie sexy pour Noël ou bien aussi des sextoys ou que sais-je encore d'autres accessoires. Cela occupe mes pensées un bon moment parce que je suis comme ça moi, je me demande souvent comment font les autres, et aussi ce qu'ils sont vraiment, qu'est ce qui les travaille au fond et quelle peut bien être leur vie sexuelle.... Après m'être égaré – c'est normal, les questions parfois ça égare – je parviens enfin à trouver le magasin que je cherchais. Bien moins achalandé que je ne le supposais je n'en rapporte que des narangilles surgelées, une bouteille de nectar de baobab et un pack d'Inca-Cola, un soda sud-américain que j'ai acheté à cause de la couleur jaune de son emballage et qui risque bien de me durer quelques semaines, sinon plus, tant c'est dégueulasse (mais ça c'est une autre histoire). Sur le chemin du retour, il y a ce paysage qui se fige dans mon regard. L'inquiétante banalité du lieu, le ciel chargé de nuages et la volaille perchée sur le panneau exigent une trace. Je fais la photo pour répondre à cette muette et pressante injonction, sans doute aussi pour justifier l'incongruité, sinon l'absurdité de ma présence ici, à ce moment. J'ai comme l'impression d'avoir perdu mon temps. En tout cas je n'ai pas trouvé ce que je cherchais.

lundi 29 décembre 2014

A propos d'un grognement


Voilà,
je le savais bien qu'il était tout à fait déraisonnable de laisser la porte ouverte avec, posés bien en évidence sur la petite table visible de l'entrée, mon smartphone et mon appareil photo, mais je l'ai quand même fait. Je n'avais pas voulu écouter les conseils, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva. Un voleur s'est subrepticement introduit et les a dérobés. Je l'ai vu sortir et me suis aussitôt mis à ses trousses en essayant d'alerter des passants. Mais il allait beaucoup trop vite. L'espace s'est diffracté en une multitude de lieux, mon voleur s'est effacé comme une ombre et a disparu. J'ai renoncé, réalisant que les mots que j'avais cru prononcer ressemblaient au ridicule couinement d'un chihuahua sur lequel on vient de marcher : une sorte de râle grotesque et inarticulé. Je me suis rassuré en supposant que l'on ne m'avait en réalité rien volé puisque je m'étais entendu grogner dans mon sommeil. Une main bienveillante s'est d'ailleurs aussitôt posée sur moi et j'ai compris que j'étais dans un lit et que je n'y étais pas seul. Un long moment cependant, je suis demeuré en état de veille, inquiet et aussi honteux de ce que je venais d'entendre : ce qui était sorti de moi avait voulu être une phrase et s'était réduit à un grommellement incompréhensible. Je songeais à Baudelaire devenu aphasique qui ne savait plus dire que "crénom !", à ceux qui ne peuvent plus parler à cause d'un accident cérébral, à cette sensation que j'éprouve souvent de ne plus être en mesure de formuler une pensée un peu complexe, aux forces qui décroissent avec l'âge et à tous les renoncements que cela implique. Je me sentais aussi terriblement vulnérable à cause de ce cri, comme démasqué. Je me suis dit qu'il ne fallait pas perdre de temps. Écrire, continuer de développer des photos, dessiner, réaliser des montages, persévérer à imaginer, à réfléchir, même sur les choses apparemment insignifiantes, faire travailler son cerveau, exciter les sens, emmagasiner des émotions, les transformer, leur donner une forme, indifférent aux regards condescendants de ceux qui consacrent leur temps à des tâches plus concrètes plus utiles et plus lucratives. Il m'est si souvent arrivé d'être "utile" ces derniers mois que j'ai juste envie aujourd'hui de joindre comme le disait, François Morel, je crois mais je n'en suis pas sûr, le futile à l'agréable. 

samedi 27 décembre 2014

Vivre, c'est être un autre


Voilà,
"vivre, c’est être un autre. Et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme l’on a senti hier : sentir aujourd’hui la même chose qu’hier, cela n’est pas sentir – c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie, désormais perdue." (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")
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mercredi 24 décembre 2014

Un Sacré Gabarit


Voilà,
un jour sur un quai de gare j'ai aperçu cette silhouette. La première pensée qui m'est alors venue fut (et là je le précise pour les obsédés de la ponctuation il m'arrive parfois de penser en italiques fermez la parenthèse) : "tout de même, là, c'est un sacré gabarit !" Un peu comme le Père Noël si l'on y songe. Car si mes informations s'avèrent exactes, c'est bien le moment d'y songer non ?

mardi 23 décembre 2014

Le Chaos domestique


Voilà,
si j'avais alors d'étranges visions, je ne passais pas un temps considérable à trier des ordures, à jeter des papiers inutiles - vieux programmes, invitations périmées -. Je ne me sentais pas le devoir de répondre à des sollicitations trop souvent ennuyeuses. Je n'étais pas contraint de batailler contre la poussière envahissante (et c'est un combat qui jamais ne cesse) ni de lutter contre le chaos domestique toujours menaçant. La question d'avoir une maison pas trop mal rangée où toute chose serait relativement à sa place ne se posait pas. Chercher un livre dans la bibliothèque ne constituait pas en soi un problème ; maintenant la plupart du temps c'est l'expédition Amazone Orénoque. A l'époque, je vivais de peu et, somme toute n'étais pas trop mal organisé.... Bref, je me demande si je ne suis pas en train de m'apprêter à prendre une résolution pour l'année qui vient.
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dimanche 21 décembre 2014

N'être qu'un rêveur


Voilà, 
"Je n’ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n’ai jamais eu d’autre souci véritable que celui de ma vie intérieure. Les plus grands chagrins de mon existence se sont estompés dès lors que j’ai pu, ouvrant la fenêtre qui donne sur moi-même, m’oublier en contemplant son perpétuel mouvement. Je n’ai jamais voulu être rien d’autre qu’un rêveur. Si l’on me parlait de vivre, j’écoutais à peine. J’ai toujours appartenu à ce qui n’est pas là où je me trouve, et à ce que je n’ai jamais pu être. Tout ce qui n’est pas moi – si vil que cela puisse être – a toujours eu de la poésie à mes yeux. Je n’ai jamais aimé que rien. Je n’ai jamais souhaité que ce que je ne pouvais pas même imaginer. Je n’ai jamais demandé à la vie que de m’effleurer, sans que je la sente passer." (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")

samedi 20 décembre 2014

Place des Fleurs


Voilà,
chaque pas sera précieux tant qu'il y aura des pas. Vais-je choisir de marcher plutôt que m'asseoir et écrire ? J'ai envie de gravir encore les collines de Lisbonne de retourner un jour sur la petite praça das flores, louer une chambre non loin, y entendre comme le dit si tendrement Louis-René des Forêts "les vocalises jubilantes des oiseaux comme autant de louanges au soleil pourvoyeur de vie". 

jeudi 18 décembre 2014

Au Bureau


Voilà,
"On travaille si excessivement au bureau qu’on finit par être trop fatigué pour bien jouir de ses vacances. Mais tout ce travail ne vous donne encore aucun droit à être traité par chacun avec amour, on est seul au contraire, totalement étranger aux autres, simple objet de leur curiosité. Et tant que tu dis "On" au lieu de dire "Je", cela va encore et tu peux réciter cette histoire comme une leçon apprise, mais dès que tu t’avoues que ce "On" est toi-même cela te transperce littéralement et tu es épouvanté…" (Franz Kafka) Linked with Weekend reflections

mardi 16 décembre 2014

Les temps changent

Voilà,
c'est bien de parler des choses objectives de temps en temps d'évacuer la complaisance du moi-je les confessions à la mords-moi-le-nœud les nostalgies oniriques les branlettes sentimentalo-sirupeuses (quoiqu'une branlette c'est toujours quand même un peu sirupeux) n'est pas Kafka Montaigne ou Pessoa qui veut en tout cas pas moi. Une aimable lectrice croisée un jour dans un théâtre me fit remarquer que mes posts n'étaient pas assez aérés que ça manquait de paragraphes et de ponctuation eh bien ces cinq premières lignes sont pour toi Marie. Dis-toi puisque tu es comédienne qu'il faut prendre son souffle à chaque début de phrase ne pas lâcher jusqu'au point suivant et aussi que dans les moments de grand désarroi le Drillon je m'assieds dessus. Car aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres : il est le lendemain d'une grande déception : la Hune, la librairie la Hune, qui avait déjà déménagé vers la rue Bonaparte il y a quelques années, pour céder son local à Vuitton et qui était une institution à St Germain des prés, la Hune chasse ses clients à 20 heures putain oui La Hune n'ouvre plus jusqu'à minuit. C'est comme si, au Mont St Michel la Mère Poulard rayait son omelette de la carte. Il reste par bonheur la librairie "L'Écume des Pages" un peu plus haut sur le Bd St Germain (bien plus belle d'ailleurs) où l'on pourra continuer de traîner en attendant un jour nouveau. Voilà, rien ne dure. C'est comme ça. 




Sinon je laisse cette photo qui n'est absolument pas d'actualité, prise sur la place St Germain des Prés. Je ne crois pas l'avoir déjà publiée. C'était vers Noël, en 2011. Vuitton était déjà bien implanté et j'avais alors encore assez d'argent pour aller chez le dentiste. Je ne sais malheureusement pas qui est l'auteur de cette sculpture. Allez bon baisers.
 shared with  sunday smiles

dimanche 14 décembre 2014

La Prairie

Paysage du Cantal
 
Voilà
ce que Borgès écrit quelque part (cette phrase je l'ai notée il y a longtemps sur un carnet et je ne sais plus de quel ouvrage elle est extraite). "Il existe une heure de la soirée où la prairie va dire quelque chose. Elle ne le dit jamais. Peut-être le dit-elle infiniment et nous ne l'entendons plus, ou nous l'entendons, mais ce quelque chose est intraduisible comme une musique..." À cette pensée remémorée la nuit dernière (et qui sans doute fut inspirée par un autre genre de relief), j'ai associé ce paysage ressemblant à celui devant lequel, il y a peu de temps, je me suis retrouvé en rêve, auprès d'une personne qui vit aujourd'hui des heures douloureuses. Je n'avais pas alors à chasser de mon esprit toutes les inquiétudes la concernant et qui me hantent à présent. Nous étions là tous les deux, assis côte à côte sur un rocher, après avoir cheminé ensemble, sans doute sur un de ces sentiers menant à St. Jacques de Compostelle. Les foins embaumaient dans l'air tiède et l'on pouvait entendre au loin tinter ces cloches attachées au cou des vaches et que l'on appelle clarines. D'un mouvement de bras plutôt nonchalant, nous chassions parfois les moucherons qui nous approchaient. Je me souviens juste de ce "c'est bien" qu'elle avait prononcé à mi-voix et de la façon si singulière qu'elle avait eue de saisir ma main et s'emparer délicatement de chacun de mes doigts l'un après l'autre. Puis nous étions restés un long moment muets avec cette paisible sensation de communier dans un état sans mesure, d'être comme accomplis dans ce présent qui seul importait. À l'heure où j'écris ces lignes je voudrais être auprès d'elle qui, ensevelie dans sa souffrance, ne souhaite aucune visite dans sa chambre d'hôpital. Auprès d'elle oui et à mon tour juste tenir sa main. première publication 14/12/2014 à 00:35

samedi 13 décembre 2014

Tribulation


Voilà
il va son chemin
ne sait où le portent ses pas
et s'il suit le cours de sa tribulation il n'en devine ni l'objet ni le sens

Qui parle qui avance ?
Qui s'étonne et s'égare dans le voisinage des spectres ?
Qui s'éparpille et se dissipe dans la cohorte de silhouettes à peine reconnaissables ?

Parfois
sur le bois humide des portes
sur le marbre des tombes recouvertes de mousse
dans les pages moisies de vieux annuaires
il cherche un nom

mais qu'apparaisse un paysage

un rêve appareille aussitôt
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vendredi 12 décembre 2014

La Confession


Voilà,
une vie qu'on ne peut se résoudre à taire même s'il est probable que toute parole tient du leurre.
Paysages de mots. Finalement c'est peut-être ça la bonne option. Je ne sais pas. Y réfléchir

jeudi 11 décembre 2014

Le Chemin d'une question


Voilà,
"aux aguets, craintive, une réponse rôde autour de la question avec espoir, scrute désespérément son visage inaccessible, la suit sur les chemins les plus insensés, c'est à dire ceux qui vont chercher au plus loin de la réponse" (Franz Kafka in "les aphorismes de Zürau")

mercredi 10 décembre 2014

A cause de Crevel


Voilà
dit-il, "tout ça, c'est à cause de Crevel je pense, oui René Crevel lu trop jeune lu trop tôt. Crevel qui portait dans son prénom l'idée de renaissance et dans son patronyme celle de mort, Crevel donc, à cause de ce titre sans doute, "Mon corps et moi" et dès lors j'ai vraiment pensé ou cru pendant de longues années que j'étais distinct de mon corps. Maintes fois il m'a semblé qu'il n'était pas toujours mon allié, mais la plupart du temps un compagnon capricieux et trop souvent récalcitrant. J'ai mis des années à réaliser que mon corps et moi c'était la même chose, que j'étais un corps pensant et que la pensée n'était rien d'autre que l'expression du corps traversé de sensations d'informations de valeurs de contraintes d'expériences, que je n'étais que matière et la pensée son émanation, que tout passait par là et y revenait que les mots n'étaient qu'une affaire de corps de ce corps". J'ai comme la sensation qu'il essaie de me dire autre chose, ces derniers temps, mais je n'en suis pas très sûr.
shared with friday face off

lundi 8 décembre 2014

Il faut que l'un veille


Voilà,
ce soir en rentrant - je ne sais pas pourquoi (ou peut-être ne le sais-je que trop bien sans toutefois vouloir me le formuler) - je me suis rappelé de cette image conçue au début des années 80 et j'ai réalisé que je ne l'avais jusqu'à présent jamais mise en ligne. Elle me ressemble vraiment. Aujourd'hui encore, je la considère comme une sorte d'autoportrait. Il est possible d'ailleurs que je sois toujours plus ou moins à la même place à convoiter la sagesse de la pierre, impassible au bord du chemin.
En même temps je ne peux m'empêcher de l'associer à ce bref texte de Kafka qui continue de m'émouvoir : "Tout autour dorment les hommes. Une petite comédie, une innocente illusion qu'ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides, étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures! Ils se sont en réalité rassemblés comme jadis et comme plus tard dans le désert, un camp en plein vent, un nombre incalculable d'hommes, une armée, un peuple sous un ciel froid, sur la terre froide ; des hommes que le sommeil avait jetés à terre à l'endroit même où ils se trouvaient, le front pressé sur le bras, le visage contre le sol, respirant tranquillement... Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu aperçois le plus proche à la lueur de la torche que tu brandis du feu brûlant à tes pieds... Pourquoi veilles-tu ? Il faut que l'un veille, dit-on! Il en faut un!". Ce fut un temps heureux, celui ou nuit et jour, je baignais dans l'œuvre de Kafka

dimanche 7 décembre 2014

Transparence


Voilà,
c'est juste que la réalité parfois semble plus mystérieuse et surprenante dans un reflet inscrit sur la transparence d'une chaise. Après tout, comme l'écrivait Borgès : "Personne ne peut savoir si la réalité appartient au genre fantastique ou réel et si non plus il existe une différence entre vivre et rêver". Aussi est-il bon parfois de s'imaginer n'être que le songe d'un objet, fût-il en polycarbonate.

jeudi 4 décembre 2014

Au Grand Wazoo



Voilà,
cela fait 21 ans que Frank Zappa et son Grand Wazoo se sont envolés
même si ça ne tombe pas juste, une petite pensée quand même

mercredi 3 décembre 2014

Hantise


Voilà,
hébétée dans cette sorte de fourmilière, elle ne peut s'empêcher de songer, non sans effroi, à ceux qui, voyageant tout comme elle, furent un jour surpris par la violence de la déflagration et, sans même le réaliser, passèrent aussitôt de vie à trépas. Mais aussi : visions des corps déchiquetés, des peaux brûlées qui suppurent, des membres arrachés, du sang répandu, de ceux qui se tordent de douleur incapables de comprendre ce qui leur arrive. Les cris les hurlements, et dans une indescriptible panique certains cramponnés à leur smartphone essaient encore d'appeler quelqu'un. Et puis les corps inertes, casque audio encore fixé aux oreilles, le visage crispé, saisis dans l'horreur. Si souvent ils esquivaient la misère quand elle mendiait quelques pièces ou un ticket restaurant, espérant ainsi se protéger du monde en détournant le regard, eh bien le monde a fini par venir à leur rencontre. Oui c'est à cela que pense Chantal Dobričić, c'est ça qu'elle ne peut s'empêcher de projeter dans la morose torpeur du wagon. Car soudain, tout est devenu suspect. Une fraction de seconde, le reflet multiplié de l'homme debout lisant son journal a fait ressurgir la terreur ancienne, la vision du carnage, restée là, tapie, menaçante, planquée dans la mémoire depuis l'enfance et qui en fait jamais ne l'a quittée.

lundi 1 décembre 2014

Jeanne d'Arc is back in town


Voilà,
un jour, oui c'est un jour d'été à l'heure de la sieste, je me retrouve dans un rêve qui ça j'en suis certain n'est pas le mien mais celui de cette fille qui se prend pour la réincarnation de Jeanne d'Arc bien qu'elle ne soit plus vierge depuis longtemps, et de cela je suis certain à cause de son petit sourire qui en dit long sans vraiment le dire. Beaucoup plus vieux que je ne le suis maintenant et que je ne le serais peut-être jamais, tranquille peinard (etc...), je lis un journal sportif étranger dont je ne reconnais pas la langue mais où il est vaguement question d'un joueur de football albinos promis à un très grand avenir, un avant-centre je crois. "Julio, Julio" dit elle "tu n'entends pas". Je comprends que c'est à moi qu'elle s'adresse, mais je ne daigne pas relever la tête, car dans son rêve je suis affublé d'un chapeau ridicule qui me déplaît particulièrement et qu'en m'appelant Julio je vois très bien où elle veut en venir. Elle veut me faire chanter. "Les voix, les voix", dit-elle "tu ne les entends pas" ?"
- Bien sûr que je les entends
- Que disent elles ?
- Tu devrais te taire voilà ce qu'elles disent
Que je sois soudain si désagréable avec Jeanne d'Arc, n'a rien d'étonnant. Elle ressemble à une actrice très antipathique avec laquelle j'ai autrefois travaillé, et je ne supporte pas sa façon de répéter le début de ses phrases.
- oui tu devrais te taire parce que tu joues faux. Quand ils bêlent, tes moutons sont plus intéressants que toi quand tu parles.
Ça c'est envoyé. Il n'y a pas à dire, je suis vraiment très remonté.
"En tout cas" me répond-elle, "ce n'est pas ce que m'a dit St Michel. Ni Charles Péguy".
Là c'en est trop je la gifle pour qu'elle se réveille. Et tout à coup je m'aperçois qu'elle est morte depuis des années. 

samedi 29 novembre 2014

Formation


Voilà,
devant l'escalator qui la hausserait bientôt sur l'esplanade elle sentit l'angoisse la tenailler. Qu'allait-il se passer durant cette journée ? Elle appréhendait ce moment où elle se retrouverait dans une salle de réunion parmi des inconnus et peut-être aussi en compagnie de collègues qui sauraient tout de sa peur panique d'intervenir en public. Elle n'avait rien demandé. Son manager trouvait qu'elle manquait d'assurance et pour cette raison lui avait recommandé une formation. "Communication persuasive" était-il écrit sur sa convocation. Ce que redoutait le plus Nathalie Couston, c'était d'être filmée, de devoir se confronter à sa propre image en présence d'autres qui ne manqueraient pas de la juger. Elle se trouvait laide, ne supportait pas de se voir. Son mari lui répètait sans cesse qu'elle était coincée froide et sans imagination. Sans doute avait-il raison. Il la contraignait parfois à faire de ces choses qui la dégoûtaient et dont elle avait peine à imaginer que d'autres puissent y trouver du plaisir. À quoi bon tout ça songeait elle. Une journée grise et sans joie commençait. Une de plus. Elle se souvint de la fois où, en quatrième, elle avait séché tout un après-midi et de cette exaltante sensation de liberté qui l'avait alors accompagnée, mais aussi de la punition qui s'en était suivie et de la honte ensuite éprouvée. Une seconde, elle fut traversée par le souvenir vague et fugace d'un poème appris autrefois où il était question d'automne de mélancolie et de vent mauvais. Elle pressa le pas. Il ne fallait surtout pas qu'elle arrive en retard. Quelque chose d'autre s'insinua dans ses pensées. Avait elle correctement refermé la porte du congélateur ? (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 26 novembre 2014

De sa fenêtre


Voilà,
de sa fenêtre en fin d'après-midi, Luiza Douradinha avait pu apercevoir le Cardinal, l'Évêque diocésain, son coadjuteur, ses auxiliaires, et puis aussi les prêtres les archiprêtres et tous les diacres, les curés, les nombreux séminaristes visités par leurs familles et bien sûr la foule des fidèles qui à la sortie de l'office s'étaient massés sur le parvis de la cathédrale avant de s'égayer dans les rues adjacentes. Ce samedi là n'était pas un jour comme les autres pour Luiza, non, vraiment pas un jour comme les autres. Toute la journée elle avait cherché son chapelet. Impossible de remettre la main dessus. Jamais auparavant il ne lui était arrivé de l'égarer. Depuis quelques temps la mémoire parfois lui faisait défaut. Et dans ces moments là, elle se demandait si le diable n'était pas en train de prendre possession d'elle.

lundi 24 novembre 2014

Angelot


Voilà,
je l'ai photographié, mais juste comme ça en passant, pour le souvenir. Sur l'instant c'était plutôt anecdotique, je ne me suis pas attardé plus que ça. Des entrées d'immeubles, ou des façades a priori étranges ou bien encore des détails qui, une fraction de seconde paraissent insolites et quelques jours plus tard se révèlent tout à fait dénués d'intérêt, j'en ai pris dans ma vie. C'était un angelot sur un pas de porte. Je le trouvais charmant, amusant, sans plus. Et puis de toute façon le cliché avait du être pris des milliers de fois sans doute. Mais j'ai quand même déclenché. Maintenant, plus je regarde cette photo, plus elle me trouble. Elle me touche aussi je crois. Peut-être parce que l'angelot est à la hauteur d'un regard d'enfant. Peut-être aussi parce que j'imagine qu'il joue  cet air de mandoline qui me relie par delà les années à un sourire et bien des moments de bonheur d'émerveillement et d'émotions intenses. Et puis sûrement parce que ce jour-là fut un jour paisible et heureux, que je n'oublierai pas. Oui ce jour-là, j'étais accordé au monde.( Linked with The weekend in black and white)

samedi 22 novembre 2014

Groove, je crois


Voilà,
je ne retrouve plus le sens, il ne vient plus à moi, les phrases ne tracent plus de chemin dans ma pensée. Du reste est-il vraiment pertinent de nommer ainsi ce que mon cerveau parvient tout juste à élaborer ? Parfois des choses écrites apparaissent sur les murs. Je n'arrive pas toujours à déchiffrer ce que je vois. Je crois lire "groove" mais cela pourrait aussi bien être "grogne". Je ne suis plus sûr de rien. L'idée cependant qu'un mot, un seul, puisse relier deux silhouettes sous une étoile solitaire suffit à me rassurer. Pour un temps du moins.

mercredi 19 novembre 2014

La Fin des Tristesses prudentes


Voilà,
"nous savons maintenant que les civilisations sont mortelles, que nous galopons vers des horizons d'apoplexie, vers les miracles du pire, vers l'âge d'or de l'effroi. Si l'histoire avait un but, notre sort à nous autres, qui n'avons rien accompli, comme il serait lamentable. Mais dans dans le non-sens généralisé, nous nous dressons, roulures inefficaces, canailles fières d'avoir eu raison. Nous voici maintenant à la fin des tristesses prudentes et des anomalies prévues. Plus d'un signe annonce l'hégémonie du délire" (E.M.Cioran) première publication 19/11/2014 à 12:06

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