samedi 29 novembre 2014

Formation


Voilà,
devant l'escalator qui la hausserait bientôt sur l'esplanade elle sentit l'angoisse la tenailler. Qu'allait-il se passer durant cette journée ? Elle appréhendait ce moment où elle se retrouverait dans une salle de réunion parmi des inconnus et peut-être aussi en compagnie de collègues qui sauraient tout de sa peur panique d'intervenir en public. Elle n'avait rien demandé. Son manager trouvait qu'elle manquait d'assurance et pour cette raison lui avait recommandé une formation. "Communication persuasive" était-il écrit sur sa convocation. Ce que redoutait le plus Nathalie Couston, c'était d'être filmée, de devoir se confronter à sa propre image en présence d'autres qui ne manqueraient pas de la juger. Elle se trouvait laide, ne supportait pas de se voir. Son mari lui répètait sans cesse qu'elle était coincée froide et sans imagination. Sans doute avait-il raison. Il la contraignait parfois à faire de ces choses qui la dégoûtaient et dont elle avait peine à imaginer que d'autres puissent y trouver du plaisir. À quoi bon tout ça songeait elle. Une journée grise et sans joie commençait. Une de plus. Elle se souvint de la fois où, en quatrième, elle avait séché tout un après-midi et de cette exaltante sensation de liberté qui l'avait alors accompagnée, mais aussi de la punition qui s'en était suivie et de la honte ensuite éprouvée. Une seconde, elle fut traversée par le souvenir vague et fugace d'un poème appris autrefois où il était question d'automne de mélancolie et de vent mauvais. Elle pressa le pas. Il ne fallait surtout pas qu'elle arrive en retard. Quelque chose d'autre s'insinua dans ses pensées. Avait elle correctement refermé la porte du congélateur ? (Linked with The weekend in black and white)

10 commentaires:

  1. Je te lis avec plaisir, j'admire ta photo.
    Je me demande: si Nathalie avait lu plus de romans, aurait-elle des idées plus originales sur tout, sur elle, sur la vie...?
    Un besito, bon weekend Kwarkito

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    1. Si elle avait lu plus de romans peut-être aurait elle été sujette à des crises de bovarysme.... Ça c'est l'hypothèse basse... Ou alors elle n'aurait pas du tout travaillè à la défense :-). J'espère que tu vas bien. Bon dimanche puisqu'on en est déjà là. Des bises

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  2. Ici, kwarkito, j'aurais tant à dire que c'est impossible. Il arrive un moment où l'on fait une crise d'angoisse pathologique. Je me réfère à ta dernière phrase. Ou c'est aller acheter le pain. Ou c'est même au milieu de vacances que l'on a payées cher. Mais c'est hérité, mais c'est parce que ton père a voulu t'étouffer dans ton lit, mais c'est à cause de la guerre etc. Si tu réussis à vivre avec, c'est au prix fort et c'est que l'instinct de vie est chevillé. Si tu vis avec mais mal, c'est au prix de drogues prescrites, permises, interdites. Sinon, tu n'es plus là et "l'autre" a tout loisir de continuer avec les petits nouveaux. Ça s'appelle l'angoisse. Cela n'a rien de dépressif, encore moins de suicidaire sauf à l'instant extrême où l'angoisse n'a plus d'autre issue que de se jeter dans le premier puits venu : plutôt, je dirais UNE ESPECE DE SUR-VIE MILITANTE, ACCROCHEE, DE VIE PANIQUE, ultra-sensible à la moindre menace de la mort, ce qui peut te rendre aussi bêtement chochote que bêtement bravache, parce que "mourir", tu l'as vécu mille fois. Apte à l'égoïsme et facile au sacrifice. Etc. Je pense d'ailleurs à des témoignages de mon grand-père sur les tranchées (c'est l'année !). Merci, kwarkito, une fois de plus.

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    1. Je suis un peu déconcerté. J'essaie juste de raconter une petite histoire. Parce qu'il faut bien trouver un contrepoint à l'image. C'est la règle que je me suis imposée. Je ne pensais pas que cela puisse susciter tout ça.... Peut-être faut il changer de drogue ou réduire les doses... En tout cas, s'éloigner des puits...

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    2. Cher kwarkito, je suis désolé que tu te sentes déconcerté. J'ai réfléchi à ta réponse. Tu as un art bien à toi (tu l'appelles ici "règle") de constituer un tout avec un texte et une image. Je ne possède pas cet art et comme je l'admire ! J'ai dû réagir à "la porte du congélateur", parce que je connais ça, mais que c'est une infime partie de ton propos. Je n'ai pas encore la manière pour parler d'une œuvre de toi, sans doute. En attendant il faudra me contenter de dire bravo quand je le sens pour faire SIGNE. Donc mieux vaudra me taire un moment. Ah, pour mieux nous connaître : drogue, doses, puits : ce n'est pas moi (autant que possible), ma femme et mes deux enfants sont tout pour moi. Je n'ai rien de suicidaire, j'aime la vie et la lutte pour la vie. Mais l'angoisse oui, je l'ai beaucoup éprouvée. Et aujourd'hui encore, c'était "ta petite histoire" ? Tu me sembles trop modeste. La cohérence de tes textes et de tes images est magique, ta création est majeure et je ne bougerai pas de cet avis. Me voici bien bavard de bon matin : pendant quelque temps tu n'auras rien, ou seulement bravo, merci etc.

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    3. Finalement cette porte ne devait pas être bien fermée puisqu'elle ouvre sur tant d'interprétations. J'accepte avec plaisir tes compliments. Sans doute parfois l'éloge me paraît il disproportionné au regard de cette entreprise qui est très mineure et ne constitue en rien une œuvre. C'est juste ma façon de préserver un peu de lumière quand tout paraît si sombre

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  3. It seems like my life has many freezer doors sometimes--- A wonderful story, and a wonderful picture!

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  4. Una imagen bien compuesta y con mucha fuerza.

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