samedi 17 mars 2018

La Tranche


Voilà,
c'est la viande, la tranche de viande, je ne parviens pas à détourner mon regard, elle est là en train de cuire, dans la poêle la tranche, une belle entrecôte bien rouge et moi penché au-dessus, me demandant comment je peux l'assaisonner, j'ai ce mélange oui subtil mélange d'ailleurs, Sechouan Estragon Baies roses Niora Sumac Herbes de Provence Piment doux Moutarde jaune Boutons de rose Saté, mais non impossible de m'extraire de la vision de cette tranche, des visages des paysages émergent de la viande, de sa matière exsudant son jus sanglant je vois palais crânes os cavernes dents spectres succubes vers blancs, elle me suggère la tranche dans son grésillement, l'enfer de ma viande de ma propre viande, sa lente et irrémédiable décomposition mais aussi les chairs putréfiées des felouzes exposés au bord des routes dont on avait coupé les oreilles, souvenir remontant des abîmes, dents cassées tripes à l'air œil crevé, des bougnoules qu'il disait c'est eux ou nous sinon il te font le sourire kabyle ces raclures, ils habitent mon corps tous ces morts, mes yeux mes boyaux mon cerveau, c'est sûr je vais me mettre aux légumes rien qu'aux légumes aux graines et au céréales riz boulgour quinoa, dehors j'ai vu tout à l'heure le forsythia en fleurs (shared with digital whisper)
 

mercredi 14 mars 2018

Exposition Fautrier


Voilà,
j'aimerais bien photographier les gardiens de musée un peu plus souvent parmi les œuvres qu'ils sont supposés garder, mais bon je n'ose pas trop. Cette jeune femme je trouvais qu'elle faisait un excellent contrepoint à la statue. D'ailleurs ce genre de photo ne peut-être que contrapunctique. Un jour, il y a longtemps, lors d'une exposition consacrée à Tinguely, je ne sais plus trop où, Beaubourg peut-être, dans une salle, se trouvait une de ses fameuses sculptures machiniques animée, qui produisait une sorte de mouvement bancal et bruyant. A un moment, le gardien qui, assis, surveillait le flot des visiteurs, s'était levé, et déplacé avec une claudication très prononcée. Jamais, je ne passe dans un musée sans songer à cette vision absurde et cruelle à la fois. Je m'étais alors demandé, si le spectacle quotidien de ce dispositif lui rappelait sa propre infirmité, ou si c'était simplement moi qui établissait une relation entre le mouvement et celui des éléments de la machine exposée. Sur cette photo, la posture de la gardienne et celle de la statue, me semblent toutes deux, présenter un léger décentrement. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 13 mars 2018

Près du champ de Courses



Voilà,
elle est revenue comme ça, la chanson. Bien sûr il n'y avait personne et je pouvais chanter tout seul à voix haute. Mais pourquoi précisément cette chanson. Était-ce à cause de la pluie froide et cinglante qui ressemblait à celle de New-York un lointain mois de février d'une certaine année du siècle dernier où je l'avais souvent fredonnée en errant très chagrin par un semblable temps de chien ? première publication 13/3/2018 à 9:53

lundi 12 mars 2018

Dans le jardin du sommeil d'Amour

 
Voilà,
finalement cela ne me semblait pas si terrible / quitter ses possessions / avancer vers l'inconnu / des choses avaient été accomplies / tout de même / à présent j'étais sur le point de savoir / l'énigme en passe d'être résolue / il y avait un peu d'appréhension / moins que je ne l'avais cependant supposé / je m'étais entraîné / bien des années auparavant  /  je reconnaissais des paysages / je devenais une autre forme / tout n'était plus que parfums musique champs d'ondes et cristaux tout à la fois / je commençais à me propager / me dissiper / en tous lieux en toutes choses / doucement / paisiblement / désormais j'habiterais la feuille le murmure la rosée le nuage la pierre la fumée le vent le chant des oiseaux / je voyagerais dans la mémoire des uns des autres / dans les rires de mes amis de mes amours / je vaquerais dans leurs songes / leurs rêveries / je hanterais des lieux / sans plus être moi / je devenais de plus en plus léger / je me désintégrai doucement / c'était au fond tout ce que j'avais toujours voulu / intensément désiré / la paix enfin / le réveil radio me sortit de ma torpeur / pas immédiatement / il y avait quelques chose de tellement doux / cosmique / la réalité me semblait sans contour / je sentais cependant mon corps / je voulais être cette musique / ne pas en sortir / je n'avais pas de raison d'en sortir / pas de projet pour la journée / je pouvais me répandre encore un peu / j'étais dans le jardin du sommeil d'amour / mais cela je ne l'appris que plus tard / il y a des coïncidences parfois / surprenantes / étranges même
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dimanche 11 mars 2018

Tigre


Voilà,
autrefois j'ai apprivoisé un petit tigre à la maison
(Elle tenait au masculin)
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vendredi 9 mars 2018

Tout le monde veut être Kilroy


Voilà,
quel que soit le site touristique où l'on se trouve, il y a  toujours des gens avec leur perche en train de se photographier. En Europe c'est apparu vers 2014 ou 2015 à peine. Ailleurs je ne sais pas. Souvent, le portrait est agrémenté d'un petit signe de la main. Je me sens étranger à tous ces rites, à tous ces codes. Je suis arrivé à ce moment de la vie où les comportements de mon époque me sont devenus au mieux indifférents, sinon incompréhensibles. Et puis il y a beaucoup de choses auxquelles j'ai renoncé de m'intéresser. Non par manque de curiosité, mais parce que je n'en vois pas l'utilité, au regard des années qu'il me reste à vivre. Toutefois, chaque fois qu'une telle scène advient, je pense toujours à ce célèbre graffiti qui n'évoquera rien pour les plus jeunes "Kilroy was here". En fait, à notre époque, d'une certaine façon tout le monde veut être Kilroy.

jeudi 8 mars 2018

Fascisme entrepreneurial

Kiosque à journaux parisien début mars 2018

Voilà,
De nos jours donc, si tu veux t'insérer dans la vie sociale et professionnelle, il faut revendiquer une expertise. Que bien sûr tu dois valoriser sur tes rėseaux en la "pitchant" comme il se doit. Mais aujourd'hui l'entreprise parvient à faire de ses employés oups de ses collaborateurs les experts de leur propre licenciement. C'est la servitude volontaire  au service du fascisme entrepreneurial. En même temps que cette photo de la couverture du magazine "Challenges" décrivant notre président comme un Hyper-PDG, je reproduis donc in extenso cet article de Nolwen Weiler paru dans Basta.

"Les salariés de chez Pimkie, enseigne de prêt-à-porter appartenant à la famille Mulliez (groupe Auchan, 4ème fortune française avec 30 milliards d’euros), ont appris début janvier que 208 postes seront supprimés – soit 10% des effectifs en France – et 37 magasins fermés. Selon la direction, la proposition émane pourtant des salariés eux-mêmes ! Elle est le résultat de « groupes de travail » mis en place en décembre par la direction avec les salariés. Objectif : réfléchir de manière « participative » à l’amélioration de la santé économique de l’entreprise Comment ces salariés en sont-ils arrivés à décider de ces suppressions d’emplois ?

La direction peut se dédouaner, et dire que ce sont les salariés qui sont à l’origine des licenciements », tempête Séverine Salperwyck, déléguée syndicale de Force ouvrière (FO). La méthode « participative » a été initiée à l’automne et orchestrée par le cabinet Prospheres, spécialisé « dans la transformation et le retournement d’entreprises ». Elle s’est ouverte par une grande assemblée générale où une « IRM » de l’entreprise – son état de santé économique et financière – a été présentée aux salariés. « Ils nous ont bien répété que nous n’étions pas rentable, que nous perdions de l’argent tous les jours », se souvient Severine Salperwyck.« Ensuite, ils nous ont dit : "C’est vous, les salariés qui êtes les plus à même de transformer cette entreprise" », ajoute Valérie Pringuez de la CGT. « Ils parlent de "méthode transversale", et prétendent que ce n’est pas le directeur qui décide. » 

Au total, 180 groupes de travail sont créés pour plancher sur des propositions pour une meilleure rentabilité. Chacun réunit dix personnes, autorisées à se retrouver dans une salle de l’entreprise sur leur temps de travail. « Un groupe de travail s’est par exemple intéressé à la question des antivols sur les vêtements, qui sont très longs à mettre pour les filles qui travaillent en magasin. Ils se sont demandés s’il ne fallait pas mieux les enlever... »

Lors de la restitution, en séance plénière en décembre, à chaque présentation de propositions, les salariés s’entendaient dire « go »« no go » ou « à revoir », selon que la proposition plaisait, ou non, à la direction. Le groupe de travail qui a proposé des fermetures de magasins, vingt au départ, s’est immédiatement entendu gratifié d’un « go »« Pour nous, il est évident que la direction avait déjà décidé de fermer ces magasins, mais elle veut faire porter la responsabilité aux salariés », avance Séverine Salperwyck. « Dans certains groupes de travail ils ont carrément supprimé leurs propres postes, sans s’en rendre compte évidemment, précise Valérie Pringuez. Ils ont proposé de diminuer le nombre de références [le nombre d’article en magasin, ndlr] de 15 %, mais sans penser un instant que cela allait déboucher sur la suppression de 15 % de postes. » 
Une stratégie managériale appliquée à d’autres marques 
 La méthode "transversale" mise en oeuvre par le cabinet Prospheres peut provoquer quelques dommages collatéraux en matière de relations entre salariés... « Tu sais que tu es en train de me supprimer mon boulot, là », interpelle ainsi Séverine Salperwyck face au collègue qui suggère de ne plus placer d’antivols sur les vêtements. « Ils ne se rendent pas compte qu’un autre groupe de travail pourrait leur supprimer leur poste à eux, soupire la syndicaliste. C’est un jeu sans fin, chacun tire sur l’autre, en ayant l’impression d’améliorer les choses pour tout le monde… » Contactée par Basta !, la direction de Pimkie n’a pas souhaité s’exprimer au sujet de ces groupes de travail. 
 Cette technique des groupes de travail mise en place par Prosphères risque de se répéter dans diverses enseignes de la Fashion 3 », s’inquiète Séverine Salperwyck. La Fashion 3, c’est un groupement européen d’intérêt économoque fondé en mai 2017 qui réunit l’ensemble des grandes enseignes d’habillement liées à la famille Mulliez (Jules, Brice, Bizzbee, Pimkie, Orsay, Grain de Malice et Rouge Gorge). Les salariés craignent une mutualisation de divers services, avec une disparition de nombreux magasins et emplois. Chez l’enseigne Jules, des groupes de travail, semblables à ceux qui ont été mis en place chez Pimkie, ont été lancés en janvier pour proposer des solutions aux difficultés de leur entreprise. ;Nous pensons que la définition de la stratégie d’entreprise est du ressort de la direction, termine Valérie Pringuez de la CGT. S’ils veulent vraiment intégrer les salariés aux décisions relatives à l’organisation de l’entreprise et du travail, il n’y a qu’à créer une société coopérative. Ainsi nous profiterons tous des intéressements indexés sur les bénéfices de l’entreprise. Mais quand je leur évoque cela, ils me rient au nez."

mercredi 7 mars 2018

Sans domicile au Théâtre de l'Odéon

Théâtre de l'Odéon Février 2015
Voilà,
«Notre prise sur le cours des choses est infime, pour ne pas dire nulle. La seule possibilité qui s'offre à moi est de faire du mieux que je peux là où je suis pour que rien ne se perde de ces décompositions infâmes qui nous grignotent, que tout soit consigné, pour la suite, pour ceux d'après, ou pour quand ça sera encore pire ou quand il aura fallu qu'on s'affronte». (Mathieu Riboulet)

lundi 5 mars 2018

Eloge de la Banalité


Voilà
il m'arrive parfois d'être touché par la laideur d'un site, la banalité d'une perspective, par ce que la réalité a de plus fade voire de plus trivial, ému par ce qui ordinairement ne retient pas l'attention. Peut-être est ce un état où l'on s'approche de la vraie vie. Où l'on quitte l'insécurité où l'on trouve l'intensité au gré du hasard et au cœur de l'ordinaire. L'image vient, on ne savait pas qu'elle serait là, et il se peut que la journée tout entière tienne dans ce cadre. Dans cette fraction de seconde, je ne suis plus en danger, et je ne suis plus captif des mots qui souvent déforment et trahissent. Je crois me souvenir que c'est rue du Louvre, mais je n'en suis pas vraiment certain, que cette enfilade de murs aveugles m'a intrigué.

samedi 3 mars 2018

Collywobles


Voilà,
je ne sais plus trop quelle tournure donner à cette entreprise. Je veux dire ce blog, les mots les images ensemble. Il m'est arrivé quelquefois de me questionner sur ce projet amorcé dans un moment de malaise et de grande solitude quand tout ce que j'avais projeté, échafaudé, entrevu, s'écroulait et que sans vraiment oser me l'avouer, j'avais alors compris qu'une certaine affaire était définitivement pliée. Aujourd'hui, j'ai encore beaucoup d'images à montrer, mais je m'interroge sur ce qu'il faut dire, ce que je peux écrire, sur le comment des choses. Pourquoi le chemin vers les mots est-il si difficile ? J'ai une centaine d'articles qui brouillonnent encore, d'autres que j'ai programmés jusqu'à des dates lointaines, ce qui est à la fois absurde et présomptueux. Tout cela qui tient finalement plus du journal que d'autre chose, et qui n'a pas beaucoup d'unité ni de cohérence — mais sans doute est-ce à mon image —  se révèle parfois fort encombrant. C'est un peu une addiction qui me donne aussi peut-être l'illusion d'appartenir à une communauté. Mais je vois bien que je ne parviens pas à exprimer quelque chose de clair de lumineux, qui va dans le sens de la vie. Toujours les démons sont à l'affût. J'aimerais raconter de jolies histoires pleines de douceur et de poésie, évoquer la dernière gorgée de bière ou me réjouir d'un moment enchanteur. Mais la sérénité m'a depuis longtemps quitté. Et une certaine crainte ne me lâche plus. Collywobbles : l'anglais possède ce mot pour désigner les crampes à l'intestin liées à la peur et à l'angoisse. J'ai du mal à m'endormir, il n'est pas certain que mourir dans son sommeil soit aussi indolore qu'on le prétend. A part ça, j'ai vu cette information sur le net : notre président est toujours démangé par le prurit du théâtre. C'est comme ça quand tu vis avec ton ancienne prof de français et qu'elle t'a fait monter sur les planches. Qui sait ce qui peut arriver par la suite. Ça peut-être : un remake du cid avec Manu et Brigitte. Je ne peux pas m'empêcher de faire du mauvais esprit.

D'après une photo d'Agnès Varda

jeudi 1 mars 2018

Leather and chains


Voilà,
sur les Champs-Elysées, lors de l'enterrement de Johnny Hallyday, il y avait ces bikers avec chaînes et cuir, (enfin je crois que c'était des bikers et non la section Gay SM du fan club de Johnny parce que merde c'est bien connu il y a pas de pédés avoués chez les vrais rockers fans de Johnny). Suivent-ils aujourd'hui avec attention les affaires de succession de leur idole qui défraient la chronique, du moins sur la toile, puisque d'après les gazettes, il semble que ses deux enfants naturels ont été spoliés de leur part d'héritage ? Même Gérard Depardieu, qui n'avait pas bu (il a même dit qu'il arrêtait), y va de sa petite réflexion sur le sujet. Pour ma part, évidemment, je n'en ai rien à battre, et l'hypothèse que les admirateurs de cette idole du temps passé qui, pour a plupart, ne doivent pas rouler sur l'or, puissent s'émouvoir de ces sordides histoires de gros sous, m'amuse plutôt. On peut imaginer par exemple les conversations à propos de l'héritage au sein de cette famille de blaireaux que j'avais photographiée en décembre dernier. 
Quoiqu'il en soit, cela fait plusieurs semaines que cela alimente "google actualités France". Les syriens qui se font massacrer dans leur pays, le mécontentement grandissant des salariés, la souffrance au travail, la fraude généralisée des grandes banques, les gens qui meurent de froid dans nos rues, les employés licenciés à tour de bras par des entreprises subventionnées par l'Etat, la diminution des crédits pour la recherche, l'éducation, l'université, la santé, tout cela semble ne pas exister. mais l'héritage de Johnny, ça c'est apparemment une affaire qui mérite qu'on en parle... linked with the Weekend in black and white)

vendredi 23 février 2018

L'Alfama


Voilà,
c'était il y a trois ans (trois ans déjà), un mois de février à Lisbonne, il faisait frais mais le soleil était souvent au rendez-vous. J'aimais la douce mélancolie de cette ville que je n'ai visitée qu'en Novembre et en Février. J'y retournerais bien au printemps prochain. mais je crois qu'aujourd'hui les habitants de l'Alfama, ne supportent plus le trop grand afflux de touristes. (Linked with the weekend in black and white

mercredi 21 février 2018

Casa Batllo


Voilà,
ça se goupillait bien, ce n'était pas très loin de l'appartement où nous séjournions, et la première visite fut pour la Casa Batllo, de nuit. Gaudi, j'en avais entendu parler, bien sûr et j'avais vu des photos, lu des articles. Mais j'ai été fasciné par ce mélange de fantaisie décorative  qui tient de l'art brut et de rigueur architecturale qui caractérise cette maison. 
Aucun détail n'est laissé au hasard, tout est fonctionnel et ergonomique (les poignées de porte, les système d'ouverture des persiennes). L'espace est traité avec subtilité et de façon organique, comme si la maison était un corps vivant. Les fluides (l'air, les eaux de pluies) y circulent de la façon la plus agréable. La lumière doit toujours être la plus douce possible de sorte que jamais elle n'éblouisse. Ainsi, dans le puits de lumière qui se trouve au centre de la bâtisse, le carrelage bleuté est de plus en plus foncé au fur et à mesure que l'on monte les étages, pour que l'intensité lumineuse soit la même.
En fait je suis très troublé par le génie de Gaudi. Par cette rigueur scientifique qui lui permet de concevoir des volumes étranges, des agencements de pièces plus ou moins courbes, où l'air doit circuler de sorte qu'il soit toujours supportable, été comme hiver, mais aussi par sa fantaisie qui lui fait dire par exemple qu'une maison à besoin d'un chapeau et d'une ombrelle. 
Sa dévotion à la nature, et cette idée qu'il faut exclusivement s'inspirer de celle-ci pour imaginer concevoir des demeures, des édifices, cette modestie là me touche.
Évidemment, ça m'embarrasse de m'extasier sur de somptueuses demeures commanditées par de richissimes propriétaires. Mais ceux-ci étaient capables cependant d'une audace certaine, d'une intuition juste et d'une probable excentricité pour s'en remettre à Gaudi et lui confier ainsi leur cadre de vie. De ceux qui ont travaillé avec lui, Gaudi rapportait qu'il les avait beaucoup fatigués, en essayant toujours d'améliorer les choses qu'il ne donnait jamais pour bonnes jusqu'à ce qu'il soit convaincu de ne pouvoir les rendre plus parfaites.
Ici, dans la Casa Batllo, je me suis réjoui des vitres donnant sur l'escalier intérieur, dont le verre, traité de façon irrégulière, offre des distorsions qui m'ont plu, augmentant l'effet d'étrangeté suscité par cet édifice.
Un jour prochain, j'évoquerai le choc de la Sagrada Familia... shared with - digital whisper

lundi 19 février 2018

Cinémathèque


Voilà,
cette image volée l'autre soir en sortant de la projection de "Freaks" le film de Tod Browning 

vendredi 16 février 2018

Ca Rezzonico


Voilà
il y a un an nous étions à Venise avec ma fille et nous avions programmé par cette belle journée une visite à la Ca'Rezzonico. Arrivés un peu tôt, le ponton permettant d'accéder à l'entrée n'était pas encore ouvert et sous le soleil froid, nous avions aperçu cet homme bien couvert qui finissait sa nuit en somnolant paisiblement sur son chariot. Ce n'était pas le Christ de Mantegna, tout le contraire même. Plutôt l'image légère d'un art de vivre qui consiste à simplement prendre les choses comme elles viennent. (Linked with the weekend in black and white - Signs2

jeudi 15 février 2018

L'Homme à la Tête d'Enfant


Voilà,
celui qui fut, lors de son élection, qualifié dans un idéogramme chinois comme "l'homme à la tête d'enfant",  — je ne sais pas si l'idéogramme l'homme à la tête de nœud existe — celui-là, si sûr de lui, si imbu de sa personne, que "Le Canard Enchaîné" a astucieusement surnommé le Moi-Soleil, je pressens que le fond de mépris et de cruauté qui s'est déposé en lui ne manquera pas à un moment où un autre, avec l'exercice du pouvoir, de remonter à la surface. Et il est même fort possible sinon très probable qu'aux premiers signes de résistance sérieuse, le petit mignon ambitieux à l'ego surdimensionné et aux accents de prédicateur fasse preuve d'une implacable et féroce détermination pour se débarrasser de tout ce qui lui résiste. On ne pourra pas dire qu'on n'aura pas été prévenu puisque lui-même avant d'être élu, avait souhaité être un "président jupiterien". Méfions nous de ses foudres. Son goût du pouvoir et de ses fastes, son irrépressible envie de s'inscrire dans l'histoire, sa soumission à l'égard des oligarchies en place, son mépris envers les pauvres, envers ceux qui selon lui n'ont pas réussi et sont incapables de se payer un costard, et aussi sa fascination pour la chose militaire et le prurit guerrier qui semble le démanger ne laissent rien augurer de bon. Il ne m'étonnerait pas que l'exercice de l'autorité l'erdogane et le poutinise peu à peu. Ce ne sont là que de vagues intuitions et je souhaite me tromper bien sûr, mais la récente éviction du directeur de la rédaction du Nouvel Observateur pour une couverture qui a déplu en haut lieu semble bel et bien un signe, parmi d'autres.

mercredi 14 février 2018

Art Tangent


Voilà,
cette photo fut prise en 2007 ; je me sentais plutôt bien à l'époque, en dépit (ou peut-être à cause)  de ma vie désordonnée
(shared with weekend reflections

mardi 13 février 2018

Marcher, dit-il (pastiche)



Voilà,
marcher dit-il, il faut faire cela. Il le faut. Marcher. Manger moins, aussi, bien sûr. Ne pas grignoter. Mais surtout marcher. D'un bon pas. Il me regarde par en-dessous. Il a son petit sourire en coin. Il a souvent ce petit sourire, le médecin. Un petit sourire qui en dit long sans vraiment le dire. En coin. Il insiste. Il n'y a pas de secret. L'exercice. Il répète "l'exercice". Trois fois, oui trois fois le tour du Luxembourg, Deux fois par semaine. C'est sa proposition. Je l'entends. Je ne peux pas ne pas l'entendre. Le Luxembourg c'est loin. Pense-t-il vraiment que j'habite près du Luxembourg. Le jardin je veux dire. Car c'est du jardin dont il a parlé. Pas le duché. Ça non, cela ne peut pas être le duché. Je ferai trois fois le tour. Il a suggéré cela. Non, pas suggéré, fermement indiqué. Oui, il se peut qu'il y ait eu de la fermeté dans la voix. Je ne sais plus. C'est comme ça pourtant que je m'en souviens maintenant. Trois fois le tour. Mais pas du Luxembourg. Du cimetière plutôt. C'est cela que je décide. J'ai mon mot à dire. Du cimetière Montparnasse. C'est plus près. Pour marcher. Pour moi, marcher d'un bon pas comme il a dit. Avec insistance. Marcher. Mettre un pied devant l'autre. Et avancer. Je crois que c'est possible d'y arriver.
Je l'ai fait. Pas tout de suite. Il a fallu laisser venir le besoin. Ou la peur. Pas la peur de marcher. Celle d'engraisser plutôt. Oui c'est ça, en fait. Faire du gras, faire du bide, gonfler, se déformer. Alors marcher dans un cimetière parmi les allongés. Il y a de la Mort dans un cimetière. Une mort régnante sans nom. Il y a de la peur aussi. Beaucoup. C'est là qu'ils reposent les morts. Nombreux il sont nombreux. Ils savent eux. Désormais. La mort c'est une question dont on ne peut pas faire le tour. Non. Jamais. Le tour du cimetière on peut le faire. Il faudrait oser le dire. Au médecin, qu'on a choisi le cimetière plutôt que le jardin. Mais peut-être n'est ce pas nécessaire. Au jardin elle n'y est pas. Au cimetière oui, elle est là. Avec la mendiante. On la voit parfois. La mendiante de Savanaketh. Qui marche parmi les tombes. Toute maigre. C'est cela, ressembler à la mendiante et marcher. Et aussi Anne-Marie Stretter. Là-bas. Dans une autre division. Elle y est aussi. C'est bien, qu'elle y soit. Son nom de Stretter dans Montparnasse désert. Seule, forcément seule, sous sa pierre blanche qui n'a jamais marqué de jour. Où personne jamais ne vient se recueillir. Mais là quand même. Trop loin de Marguerite allongée près de la sortie, qui est aussi une entrée. Près de la sortie ou de l'entrée comme Sartre, mais pas du même côté. Sartre il n'a jamais affronté l'écriture pure. Pas de chair chez Sartre elle a dit Margot, un jour. C'est ça qu'elle a dit. Elle non plus maintenant, elle n'a plus de chair. il faut le crier ça. Comme le vice-consul. Il n'y a plus de chair sous la tombe. Sur la tombe, il y a ce pot. Avec des stylos. Beaucoup. Beaucoup oui, de stylos. Pour écrire. Pour vouloir écrire. Il y a les deux lettres M et D.  ça fait M.D. Et Yann Andréa. Il y est. Il est venu. Il a fini par venir. Elle n'est pas seule Margot. Je regarde le pot. Sous le pot il y a Yann il y a Margot. A-t-elle a gardé ses lunettes Margot. Ça pourrait faire une chanson. Il faudrait que j'y pense. En marchant, que j'y pense, oui avec de bonnes chaussures.

dimanche 11 février 2018

Jardin du Luxembourg sous la neige


Voilà,
le jardin du Luxembourg est le parc parisien qui m'est le plus familier. A une époque je le traversais tout les jours pour me rendre au collège et en revenir. Le grand bassin fut, à un moment de mon adolescence, un point de rendez-vous pratique, puisque situé à mi-chemin de la maison de mon amoureuse et de l'endroit où j'habitais. J'y ai vu en 1972 les étudiants des beaux-arts s'y baigner. Je me suis vautré sur les pelouses du Petit-Luxembourg, avec Hugues de Rosières, sa copine Betty et Olivier Morel, un certain printemps où j'ai beaucoup glandé. Plus tard, j'y ai accompagné ma fille dans l'aire de jeux, passant des heures à l'encourager dans ses exploits et la conquête de son autonomie. Et moi qui ne m'étais jamais auparavant projeté dans cette situation, je me sentais à ma place, juste, et sans doute ces moments, rétrospectivement, comptent-ils parmi les plus doux de mon existence. 
Du jardin du Luxembourg, la plupart des statues m'émeuvent ; certains endroits sont encore chargés de toutes les rêveries qui y furent miennes, en des temps où le corps était plus alerte. Je le photographie à chaque saison, depuis des années. Je suis venu m'y réfugier quand j'avais du chagrin. j'y ai somnolé sur ses chaises vertes. J'y ai vu passer des milliers de filles très belles qui attiraient mon regard. Je m'y suis laissé enfermer une fois dans ma jeunesse pour y passer une nuit enchanteresse dans la tiédeur d'un d'été insouciant et plein de promesses. 
Hier, en début d'après-midi, après avoir vu le merveilleux film de Woody Allen "Wonder Wheel" que les médiocres critiques d'une radio culturelle s'étaient, la semaine précédente, avec la morgue et la suffisance qui les caractérisent, acharnés à démolir, devant cette étendue déserte (parce que les abords du grand bassin avaient été rendus inaccessibles) alors que le reste du parc, était très peuplé de visiteurs, venus là pour la plupart en famille, profiter du soleil et de la neige, je me suis demandé en prenant cette image si je reverrais encore une fois dans ma vie le jardin du Luxembourg ainsi recouvert. La neige est si rare à Paris et à chaque fois un événement. Je me souviens qu'il y a cinq ans, fin février début Mars, de fortes chutes de neige et d'un amour naissant. De la fin décembre 2009, et de l'état qui était le mien alors, de cet hiver début 2005 ou nous sculptions des bonshommes sur la coursive avec ma fille qui la découvrait pour la première fois...

vendredi 9 février 2018

Tombe de Jacques Demy

cimetière Montparnasse

Voilà,
au cimetière Montparnasse, discrète à l'ombre d'un pin, se trouve la tombe de Jacques Demy, le réalisateur, parmi de nombreux autres, du film "Les Demoiselles de Rochefort". Sa veuve Agnès Varda, elle aussi réalisatrice, l'y rejoindra. c'est écrit sur la pierre. C'est à ma connaissance la seule tombe près de laquelle se trouve un banc. Je je me suis toujours demandé si c'est elle  — dont j'ai souvent l'impression que rien ne peut lui résister — qui a réussi à obtenir l'autorisation de le faire installer. Le fait qu'il soit un peu comme elle, très bas, me le laisse supputer. Aux beaux jours, c'est indiscutablement un endroit plutôt paisible, et comme dirait ma fille "c'est bien il y a du réseau." 

jeudi 8 février 2018

Une Tête



Voilà,
"on se demande parfois, si la grande erreur dans la vie n'est pas de croire que la tête a été faite pour penser"
(Ramon Gomez de la Cerna)
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mercredi 7 février 2018

La Neige


Voilà,
dès que la neige tombe sur Paris les gens deviennent très vite facétieux

lundi 5 février 2018

Picture / Image / Question

affiche lacérée

Voilà, 
"La picture est un objet matériel, une chose que vous pouvez brûler ou abîmer. L’image est ce qui apparaît dans une picture et qui survit à sa destruction – dans la mémoire, dans les récits, dans des copies et des traces dans d’autres médias" écrit  W.J.T Mitchell dans son ouvrage "Iconologie".
Pour ma part — bien que personne ne me demande mon avis, et que je ne possède aucune relation à l'académie française — je ne m'opposerais pas à l'introduction dans le vocabulaire français de ce vocable à l'étymologie latine qui permet d'ajouter un peu de nuance dans notre langue. Cependant,  une question demeure : qu'en est-il d'une picture représentant une picture abîmée ? Constitue-t-elle déjà une image ?
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vendredi 2 février 2018

Photographe au Petit-Palais


Voilà,
c'était un vieux japonais. Il a longtemps tourné autour de cette statue qui semblait l'intriguer avant d'ouvrir son iPad pour la photographier. Pendant que, dans l'attente de ce moment, j'avais un œil sur la scène, je me rendais bien compte aussi que la gardienne m'observait avec suspicion. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 1 février 2018

Une Rencontre inattendue

Voilà,
j'avais déjà fait un truc comme ça au début des années 80, mais là franchement presque cinquante après, c'était vraiment une idée complètement absurde sinon stupide d'aller au Kremlin-Bicêtre pour voir l'immeuble où ma famille avait emménagé lorsque nous sommes arrivés à Paris. Nous  y avions vécu un an avant d'aller habiter à l'école Polytechnique. Qu'est ce que j'espérais donc y retrouver ? Des sensations d'autrefois ? Une illumination ? À part le vieil hospice de Bicêtre et le fort militaire bien entendu inaccessibles, rien  aujourd'hui ne ressemble à ce qui fut alors. Le collège a changé de nom et d'architecture. Tous les immeubles construits dans les années soixante ont été restaurés transformés ravalés. J'ai donc fait le tour du fort, c'était mon meilleur repère pour m'orienter, en quelque sorte marché dans les pas d'autrefois. Et puis en redescendant j'ai remarqué un bâtiment. Un demi cylindre en tôle comme posé horizontalement ; ça m'a dans un premier temps vaguement évoqué quelque chose (mais il n'était pas rouge autrefois) et puis oui bien sûr j'ai reconnu le putain de gymnase où je me suis cassé l'humérus gauche en mars 1970 en ratant ma réception aux anneaux. J'ai vécu des moments abominables dans cet endroit. Arrivé des Landes où on ne pratiquait que des sports de plein air athlétisme foot et surtout rugby, le choc fut rude lorsqu'il se fut agi de m'exercer aux agrès et aussi au handball qui me paraissait aussi brutal que ses règles confuses. C'est donc cela que je me remémorais en longeant le bâtiment lorsque je vis comment on l'avait baptisé. J'entrai aussitôt à l'intérieur pour en savoir un peu plus, et aussitôt la porte poussée je je suis tombé sur cette photo. En effet c'était bien lui. Le bâtiment portait son nom. Donc son prénom c'était Jacques. Jacques Ducasse.

En mémoire de jacques Ducasse

Un type du sud-ouest avec de rudes manières de caporal bien détestables. D'ailleurs durant tout le premier trimestre il m'avait pris pour une brèle. Vers la fin de l'hiver, au second trimestre quand il a commencé à faire plus doux on est allé dans un stade pour jouer au Rugby. Évidemment là j'étais dans mon élément. A la fin du premier match il a commencé à s'intéresser à moi. Au milieu de tous ces parisiens je n'avais pas de mal à paraître un cador du rugby après avoir passé quatre ans dans les Landes. J'étais véloce, je n'avais pas peur d'aller au contact même des gros que je savais plaquer très bas, je possédais une bonne vision du jeu (j'avais souvent joué demi de mêlée), j'étais capable de claquer des drops, et quand je lui ai dit au Ducasse que je venais du sud-ouest, il s'est aussitôt montré beaucoup plus aimable avec moi. Malheureusement, il n'a pas vraiment eu le temps d'apprécier toutes mes qualités, puisque quelques jours plus tard, j'ai eu cet accident, et bye bye le rugby avec Ducasse. J'ai passé des vacances de Pâques pourries, dans un plâtre qui m'enserrait tout le tronc et dans lequel j'ai beaucoup transpiré parce qu'il faisait chaud, ça me grattait abominablement, j'essayais de me soulager avec des aiguilles à tricoter, et pour le troisième trimestre j'ai été dispensé de gym. Et puis après on est allé à Paris, et Ducasse a continué sa vie au kremlin-Bicêtre. Il devait être l'empereur de ce gymnase. Pour un sportif menant une vie saine, il n'a pas vécu si vieux.

mercredi 31 janvier 2018

Comme un léger décalage


Voilà,
tu te laisses impressionner par la lumière. Le paysage te semble alors irréel, imprécis. La sensation d'avoir déjà vécu ce moment. Tu te sens légèrement décalé. Quelque chose éclate sans bruit en toi, comme l'écho sourd d'une infime détonation. Tu ne sais si c'est ton corps ou ton imagination qui te joue des tours. Mais aussitôt tu songes qu'il ne saurait y avoir d'autre imagination que celle de ce corps. Les nuages, les arbres, cet instant qui te traverse et l'appareil que tu sors de ta poche ne sont aucunement une réponse à cette peur qui t'étreint sans raison. Tu tournes ton regard vers le ciel. Tu y vois un noyé que personne ne devine. Le vent colporte des rumeurs que toi seul entend. Frondaisons et ramures changés en monstres menaçants. Tout semble hostile, hors de portée. Tu ne rentreras pas chez toi ce soir. L'escalier y rêve de corde, tes possessions du brocanteur. Laisse toi saccager tu n'as plus rien à perdre.

mardi 30 janvier 2018

Tombe de Cesar Vallejo

Poète déclamant sur la tombe de Cesar Vallejo

Voilà,
passant samedi dernier par le cimetière Montparnasse pour rentrer chez moi, j'ai consulté le plan avec les tombes des célébrités et j'ai découvert à ma grande surprise que Cioran y était enterré. Alors que je cherchais l'emplacement de son caveau sans toutefois pouvoir le trouver, non loin de là je perçus un grand vacarme. Très exalté et avec une emphase qui me parut plutôt ridicule, un péruvien au visage simiesque déclamait en espagnol des poèmes de Cesar Vallejo près de sa sépulture. A ses côtés, la femme qui l'accompagnait mimait parfois certains vers, agitant les mains et faisant des mines avec son visage.  Quelqu'un les filmait. A un moment, l'homme perdit sa page à cause d'un coup de vent, et il fallut recommencer la prise.

lundi 29 janvier 2018

Esperluète

Devanture de la boutique Rickshaw passage du grand cerf à Paris

Voilà,
ce qui me soulage avec les images, le traficotage des images c'est que cela m'offre la possibilité d'échapper à la pesanteur du langage, à la difficulté de construire et échafauder une pensée. Je me soustrais ainsi du sentiment d'impuissance que j'éprouve souvent face aux mots, de mon incapacité à construire une pensée cohérente. En fait — peut-être l'ai-je déjà dit et tant pis si je me répète (on mettra ça sur le compte du ressassement et de la mauvaise mémoire) — désormais je n'ai plus d'autre envie que de musarder, de marcher, de m'attarder aux menus détails de la réalité. Marcher, marcher encore tant que mon corps me le permet, photographier des visages, des choses. Parler avec ma fille, l'accompagner encore, autant qu'il m'est possible, dans ses apprentissages, partager avec elle des moments complices, comme nous l'avons fait aujourd'hui. (Linked with Signs2)

vendredi 26 janvier 2018

Crue


Voilà,
il me faut marcher n'est ce pas, parce que trop de sédentarité nuit à la santé. Je suis donc allé du côté de la Seine voir ce qu'il en était. C'est assez impressionnant. Cette année la crue semble plus importante encore que celle de juin 2016. Peut-être que c'est pour cette année la grande inondation spectaculaire comme celle de 1910. Depuis le temps qu'on en parle. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 25 janvier 2018

J'appelle




Voilà
Qu’est-ce que je fais ?
J'appelle
J'appelle
J'appelle
Je ne sais qui j'appelle.
Qui j'appelle ne sait pas.
J'appelle quelqu'un de faible,
 quelqu'un de brisé
quelqu'un de fier que rien n'a pu briser.
J'appelle.
J'appelle quelqu'un de là-bas,
quelqu'un au loin perd
quelqu'un d'un autre monde
(C'était donc tout mensonge ma solidité ?)
J'appelle.
Devant cet instrument si clair,
ce n'est pas comme ce serait avec ma voix sourde.
Devant cet instrument chantant qui ne me juge pas,
qui ne m'observe pas,
perdant toute honte, j'appelle,
j'appelle
j'appelle du fond de la tombe de mon enfance,
qui boude et se contracte encore,
                du fond de mon désert présent                 
j'appelle
j'appelle.
L'appel m'étonne moi même.
Quoique ce soit tard, j'appelle.
Pour crever mon plafond sans doute surtout
j'appelle.
                                                                                 (Henri Michaux "Passages")
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première publication 25/01/2018 à 00:05
 

mercredi 24 janvier 2018

Les Mauvaises Rencontres


Voilà,
les classements alphabétiques dans les bibliothèques occasionnent parfois de bien absurdes rencontres

lundi 22 janvier 2018

Attention

gare Rosa Parks de nuit

Voilà,
tu voudrais être autre et ailleurs voyageur aussi, mais tu n'es plus désormais qu'un voyeur sans âge, qui cependant se rend bien compte que malgré tout le corps à la longue s'est irrémédiablement usé. Et tu songes à toutes ces choses ordinairement inquiétantes de la vie quotidienne. L'autre jour, tu t'es rapproché de la petite fille qui jouait au bord du quai pendant que sa jeune mère absorbée par les informations de son smartphone n'y prêtait vraiment aucune attention, et tu l'a prise par la main pour la lui ramener. Le regard qui te fut alors adressé en retour n'avait rien d'aimable ni de reconnaissant. Plutôt hostile même.

vendredi 19 janvier 2018

Nuit, La Villette


Voilà,
une nuit d'été, juste après la projection en plein air
de "Sabrina" un film délicieux de Billy Wilder avec Audrey Hepburn et Humphrey Bogart

mercredi 17 janvier 2018

Sculptures de sable


Voilà,
elle avait été vraiment dense en émotions, cette journée. Il y avait eu le choc de la Sagrada Familia et du Parc Guell ensoleillé. Et puis aussi ce sympathique bar à tapas dans la Barceloneta et enfin, à la tombée du jour, si douce, la plage et les rires des enfants. Le lieu et le moment exigeaient de ne pas se laisser oublier. J'ai bien évidemment autre chose à montrer de Barcelone que sa plage et ses modestes bâtisseurs de sculptures de sable. Tant d'autres choses à raconter aussi. Je voudrais écrire sur Gaudi, mais pour le moment j'en suis encore incapable. Cela viendra, j'espère.

lundi 15 janvier 2018

Irréductibles



Voilà,
je me souviens du choc ressenti devant des dessins réalisés au début des années 70 par un chaman Yanomami auquel on avait donné crayons feuilles et stylos alors qu'il n'avait encore jamais vu d'images et ne connaissait pas l'écriture. La représentation de l'espace s'y apparentait nettement à celle des dessins d'enfants. Pourtant s'y donnaient à voir les paysages de la transe et de l'hallucination, ceux du voyage intérieur et des mythes ancestraux qu'il avait reproduits. Ces traces constituaient une rupture majeure dans un milieu au mode de transmission uniquement oral, témoignant de l'irruption violente de la modernité au sein de cette micro-société archaïque et jusque-là préservée. Il y a quelques années j'ai appris qu'il existe encore cependant de rares endroits toujours difficilement accessibles et hostiles comme les îles Adaman dans l'Océan Indien et en particulier l'îlot des Sentinelles, où une population indigène irréductible vit comme il y a quinze mille ans et se méfie des étrangers, les chassant à coup de flèches lorsqu'ils s'approchent du rivage. Moi aussi j'ai mes sauvages.

vendredi 12 janvier 2018

Muret, journal et bière matinale

Homme appuyé sur un muret à Barcelone

Voilà,
je crois que ma résolution de réduire ma production ne tiendra pas longtemps. Car je fabrique beaucoup d'images et j'ai envie de les mettre en ligne afin qu'elles soient vues. Le graphisme, la photo, la peinture constituent pour moi l'équivalent de l'herborisation que Jean-Jacques Rousseau évoque dans "Les rêveries d'un promeneur solitaire". J'ai de plus en plus de mal à écrire, et si je ne sais que faire des insatisfaisants brouillons qui traînent sur mon ordinateur, il n'en va pas de même pour les photos qui souvent me semblent dignes d'intérêt. Celle-ci prise récemment par un paisible matin du début de l'année à Barcelone, me plaît beaucoup. Cette silhouette rejoint toute celles des solitaires ayant trouvé un moment de répit sur des bancs. Je l'ai prise au cours d'une délicieuse promenade dans le barrio gotico qui s'éveillait tout doucement (linked with the weekend in black and white)

jeudi 11 janvier 2018

La Jamaïque


Voilà
dans les transports, les promenades, les errances je m'abandonne de plus en plus aux souvenirs. Non que j'aille les chercher, mais ils remontent. Sans doute la lecture du livre de Jean-Christophe Bailly "Le Dépaysement" consacré au paysage français qui m'accompagne depuis quelques semaines, constitue-t-elle un puissant générateur de réflexions et de réminiscences. Des associations d'idées suscitées par la lecture me ramènent à des paysages anciens. Enfant, j'ai, en raison du métier de mes géniteurs militaires, souvent été contraint de déménager, vivant dans la sensation du précaire du provisoire. Les lieux étaient voués à être quittés. Je me souviens en particulier du déchirement éprouvé lorsqu'il fallut abandonner ce coin des Landes où pour la première fois de ma vie je m'étais senti accordé à la fois au paysage et aux gens qui vivaient là. Ces années là furent vraiment heureuses. Pour peu que j'y songe, cela réactive des sensations encore vivaces. La mémoire de ces lieux, de ces moments me travaille. Je pourrais rester des heures à me laisser submerger me livrant à ce que la méthode de l'actor's studio désigne sous le terme de "sense memory". C'est étrange, je me souviens des sensations (se rendre en vélo à l'école du bourg, le cartable accroché sur le porte-bagage avec des sandows, le pollen des genêts jaunissant la route, la première semaine de juillet où il y avait encore classe, mais qui consistait à ranger les livres, l'après midi on regardait le tour de France, les refrains de cette époque. Quelques chose de moi est à jamais fixé sur le Baby Love des Supremes.
Cette maison est la première que nous ayons habité dans les Landes. C'était un meublé qui avait été loué en attendant que nous puissions emménager dans une villa encore en construction dans une cité militaire. Nous avons vécu là environ trois mois. La maison était composée de deux logements. Dans l'autre, un studio, vivait un couple qui s'appelait les Guinde. Ils étaient jeunes. Parfois nous mangions en terrasse avec eux. Je me souviens qu'il aimait lire les aventures de Prudence Petitpas dans le journal de Tintin. Il adorait un personnage qui disait "Je suis un affreux jojo argh argh argh !". Répétant cette réplique il prenait un plaisir particulier à reproduire le son "argh argh argh !".  C'était donc au dernier trimestre de l'année 1964. Le jeune frère de ma mère, l'oncle stupide dont j'ai déjà parlé, Jean-Jacques le fan de Johnny, était venu en vacances quelques jours. Il dormait dans la même chambre que moi. De Septembre 64 à juin 65, j'ai fréquenté l'école de Biscarrosse-Plage. Je me souviens de cette année-là comme d'un émerveillement. Après les années de la guerre d'Algérie, la sinistre garnison de Châlons-sur-Marne où il faisait tout gris, le bord de l'Océan, la forêt de pins, la nature et l'espace ouvert, le soleil, l'air iodé et la classe de madame Ferris. Tout à coup, la vie semblait s'ouvrir, chargée de promesses.

Ecole de Biscarrosse-Plage, CE2, Année scolaire 1964-65

mardi 9 janvier 2018

Penser à Ella


Voilà,
ces matins où tu te réveilles avec ce sentiment d'incertitude, de vulnérabilité et d'insécurité, avec la sensation que le poids du monde est trop lourd et que cette journée va t'ensevelir. Mais il te faut avancer encore dans ce monde auquel tu ne comprends plus grand chose, tout en te demandant si c'est parce que tu vieillis ou bien si c'est parce que cette réalité est devenu réellement plus chaotique du fait de sa complexité croissante. Et puis tu penses à Ella Fitzgerald et ça va beaucoup mieux


lundi 8 janvier 2018

Qui te dérange ?


Voilà,
"Qu'est ce qui te dérange ? Qu'est ce qui t'arrache le soutien de ton cœur ? Qu'est-ce qui cherche à tâtons, la poignée de ta porte ? Qu'est ce qui t'appelle de la rue et n'entre pourtant pas par le portail ouvert ? Ah  ! c'est justement celui que tu déranges, auquel tu arraches le soutien de son cœur, dont tu cherches à tâtons la poignée de la porte, que tu appelles de la rue, et chez qui tu ne veux pas entrer par le portail ouvert "(Kafka in notes volantes et feuillets épars)
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vendredi 5 janvier 2018

La Plage


Voilà,
le 3 janvier au moment du coucher du soleil l'air était très doux sur la plage Sant Sebastià de Barcelone. C'était bien de commencer l'année là-bas où je n'étais encore jamais venu. Je reparlerai dans les jours prochains de cette parenthèse enchantée. Et de certains chocs esthétiques, aussi. J'ai pris beaucoup de photos là-bas. (linked with the weekend in black and white)

Publications les plus consultėes cette année