mardi 13 février 2018

Marcher, dit-il (pastiche)



Voilà,
marcher dit-il, il faut faire cela. Il le faut. Marcher. Manger moins, aussi, bien sûr. Ne pas grignoter. Mais surtout marcher. D'un bon pas. Il me regarde par en-dessous. Il a son petit sourire en coin. Il a souvent ce petit sourire, le médecin. Un petit sourire qui en dit long sans vraiment le dire. En coin. Il insiste. Il n'y a pas de secret. L'exercice. Il répète "l'exercice". Trois fois, oui trois fois le tour du Luxembourg, Deux fois par semaine. C'est sa proposition. Je l'entends. Je ne peux pas ne pas l'entendre. Le Luxembourg c'est loin. Pense-t-il vraiment que j'habite près du Luxembourg. Le jardin je veux dire. Car c'est du jardin dont il a parlé. Pas le duché. Ça non, cela ne peut pas être le duché. Je ferai trois fois le tour. Il a suggéré cela. Non, pas suggéré, fermement indiqué. Oui, il se peut qu'il y ait eu de la fermeté dans la voix. Je ne sais plus. C'est comme ça pourtant que je m'en souviens maintenant. Trois fois le tour. Mais pas du Luxembourg. Du cimetière plutôt. C'est cela que je décide. J'ai mon mot à dire. Du cimetière Montparnasse. C'est plus près. Pour marcher. Pour moi, marcher d'un bon pas comme il a dit. Avec insistance. Marcher. Mettre un pied devant l'autre. Et avancer. Je crois que c'est possible d'y arriver.
Je l'ai fait. Pas tout de suite. Il a fallu laisser venir le besoin. Ou la peur. Pas la peur de marcher. Celle d'engraisser plutôt. Oui c'est ça, en fait. Faire du gras, faire du bide, gonfler, se déformer. Alors marcher dans un cimetière parmi les allongés. Il y a de la Mort dans un cimetière. Une mort régnante sans nom. Il y a de la peur aussi. Beaucoup. C'est là qu'ils reposent les morts. Nombreux il sont nombreux. Ils savent eux. Désormais. La mort c'est une question dont on ne peut pas faire le tour. Non. Jamais. Le tour du cimetière on peut le faire. Il faudrait oser le dire. Au médecin, qu'on a choisi le cimetière plutôt que le jardin. Mais peut-être n'est ce pas nécessaire. Au jardin elle n'y est pas. Au cimetière oui, elle est là. Avec la mendiante. On la voit parfois. La mendiante de Savanaketh. Qui marche parmi les tombes. Toute maigre. C'est cela, ressembler à la mendiante et marcher. Et aussi Anne-Marie Stretter. Là-bas. Dans une autre division. Elle y est aussi. C'est bien, qu'elle y soit. Son nom de Stretter dans Montparnasse désert. Seule, forcément seule, sous sa pierre blanche qui n'a jamais marqué de jour. Où personne jamais ne vient se recueillir. Mais là quand même. Trop loin de Marguerite allongée près de la sortie, qui est aussi une entrée. Près de la sortie ou de l'entrée comme Sartre, mais pas du même côté. Sartre il n'a jamais affronté l'écriture pure. Pas de chair chez Sartre elle a dit Margot, un jour. C'est ça qu'elle a dit. Elle non plus maintenant, elle n'a plus de chair. il faut le crier ça. Comme le vice-consul. Il n'y a plus de chair sous la tombe. Sur la tombe, il y a ce pot. Avec des stylos. Beaucoup. Beaucoup oui, de stylos. Pour écrire. Pour vouloir écrire. Il y a les deux lettres M et D.  ça fait M.D. Et Yann Andréa. Il y est. Il est venu. Il a fini par venir. Elle n'est pas seule Margot. Je regarde le pot. Sous le pot il y a Yann il y a Margot. A-t-elle a gardé ses lunettes Margot. Ça pourrait faire une chanson. Il faudrait que j'y pense. En marchant, que j'y pense, oui avec de bonnes chaussures.

6 commentaires:

  1. i like your thoughts on death, and life, being there, not being there--and indeed one must have good shoes for walking (specially for the snow)

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  2. Keep walking Kwarkito ☺ I must do more also, you are pretty lucky with your choice of walking routes, but then again I have the beach 😋🏄🏊 I loooved walking through the cemeteries in Paris, so beautiful!

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  3. An India Song. Chanté par Youn Sun Nah. Comme je l'aime.

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