vendredi 14 juillet 2017

Regarder passer le défilé


Voilà,
ce n'est pas d'une actualité folle, il s'agit du 14 juillet 1983. Ici ou j'ai déjà publié de semblables photos. Il y a longtemps que j'ai renoncé à photographier les spectateurs du défilé. Aujourd'hui ils doivent tous avoir des perches et des smartphones, enfin, je dis ça, j'imagine. (linked with the weekend in black and white - Paris in July)

mardi 11 juillet 2017

La guerre, et après


Voilà,
trois ans jours pour jour que mon géniteur est mort. J'y repense forcément ces temps-ci, car je lis en ce moment le livre de Pauline Maucort intitulé "La guerre et après". Après tout je suis issu d'un accouplement où l'homme était en état de stress post-traumatique. A l'époque il n'y avait ni nom ni cure pour cette situation. La mère m'a raconté qu'à son retour d'Indochine, il s'éjectait du lit en hurlant comme s'il montait à l'assaut, et qu'il s'écrasait lamentablement contre le mur avant de s'effondrer en pleurs et gémir "ce n'est pas ma faute si on a perdu le Tonkin et la Cochinchine". Lisant les récits des uns et des autres, qui sont pourtant terribles, je ne parviens cependant pas à compatir. Ayant été éduqué par des militaires, je connais tous les codes de cette institution. Pendant dix-huit ans je les ai subis, j'ai dû plier sans jamais rompre, ruser, contourner, dépenser une énergie folle pour me soustraire de cette bêtise crasse qui caractérise la troupe et les sous-officiers. L'armée est une machine à soumettre, à décerveler. Elle exige de ceux qui la constituent une soumission totale où le simple fait de réfléchir constitue déjà en-soi un acte de désobéissance. L'armée a droit de vie et de mort sur chacun de ses sujets. Elle dresse les hommes à tuer soit-disant au nom de La Défense nationale, alors que depuis longtemps elle n'est qu'un instrument au mains des politiques qui la mettent au service de leur volonté de puissance et de leurs misérables stratégies pour s'inscrire dans l'Histoire. Je ne me suis jamais senti à l'aise dans cette organisation. J'en faisais partie malgré moi. "C'est l'armée qui te nourrit" me rappelaient avec insistance les géniteurs. Voilà pourquoi entre autre la soldatesque m'a toujours fait gerber. Celui qui m'a ensemencé, a fini par devenir très bête. Je ne sais pas comment il était avant, mais bon, quoi qu'il en soit l'armée rend con. Il faut être vraiment stupide pour s'engager et surtout rester dans une organisation où l'on a pour devoir de répondre aveuglément aux ordres. Le pire là-dedans ce sont les caporaux, les adjudants, toutes cette masse de sous-fifres, la plupart du temps ignorants et prétentieux qui vous font marcher au pas. Crédules, les mecs pensent qu'ils vont se battre pour l'honneur de la France, ou pour défendre la veuve et l'orphelin. La plupart du temps on les envoie dans des pays auxquels ils ne comprennent que couic pour défendre des intérêts économiques dont ils ne profitent jamais. Ou  bien ils vont risquer leur peau pour servir des stratégies géo-politiques dont les tenants et les aboutissants leur échappent totalement. Mais à quoi bon reparler de tout ça. J'ai très tôt compris que cette affaire-là n'était pas pour moi, même si mes premiers terrains de jeu furent dans des enceintes militaires. Je n'ai jamais eu le goût des armes, du combat, de la violence. Grandir sous le regard d'un tueur professionnel ne m'a pas spécialement réjoui. Il fallait à tout prix prendre la tangente, affaire de salubrité mentale, instinct de survie. Il y a des déterminismes auxquels il n'est pas si simple d'échapper. D'ailleurs P. et sa sœur P. Sli que l'on voit sur la photo ont fini dans l'armée, paraît-il. Pour vérifier j'ai fait une recherche internet. J'en ai trouvé un de 1955 (ça correspond) et puis quand on voit la liste des pays visités, Côte d'Ivoire, Gabon, Liban, Centrafrique, Djibouti, Serbie, Tchad, Togo, il n'y a pas besoin d'être une lumière pour deviner son métier. Au moins a-t-il survécu à toutes ses campagnes. Et parmi ses liens il y a un autre Sli, vraisemblablement  son fils, lui aussi militaire. Trois générations tout de même...

vendredi 7 juillet 2017

Polytechnique


voilà,
au début des années soixante-dix, dans le périmètre ceint par la rue Descartes, la rue Clovis, la rue du Cardinal Lemoine un bout de la rue Monge et la rue des Écoles,  j'habitais avec mes parents à l'Ecole Polytechnique sise en haut de la Montagne Sainte Geneviève dans un appartement de fonction situé sous les combles du bâtiment Boncourt qui abrite aujourd'hui le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Dans sa première affectation là-bas, mon père était responsable du matériel. C'est lui qui s'occupait de tout ce qui concernait les travaux à l'intérieur de cette vénérable institution. Il avait donc des ouvriers civils qui travaillaient sous ses ordres. L'un deux, un peintre en bâtiment qui s'appelait Roger Dijoux (je ne suis pas sûr de l'orthographe de son nom) que je croisais de temps à autre dans le bureau de mon père situé dans un petit renfoncement peu après l'entrée du 17 rue Descartes, lorsque parfois j'allais le rejoindre en fin de journée à l'occasion d'un pot qui se tenait là avec ses employés. Dijoux, était un rouquin frisé avec des cheveux épais qui le faisaient ressembler au chanteur de Slade un groupe de rock de ce temps-là. Je ne sais pas pourquoi il s'était pris de sympathie pour moi et m'avait prêté des disques sans doute pour parfaire mon éducation musicale. Il était venu peindre ma chambre, et peut-être avait il remarqué que je ne possédais que très peu de vinyles. Je me souviens particulièrement de l'album "Between the buttons" et du premier Stones avec Route 66. Je ne pouvais imaginer alors que cet homme resterait inoubliable pour cette raison là. Peut-être aussi est il associé à l'odeur de peinture qui imprégna longtemps ma chambre. C'est lui qui était venu la repeindre, d'un bleu pétrole que j'avais choisi sur un nuancier, et qu'il avait pris tout de même soin d'atténuer.

mercredi 5 juillet 2017

Dormir pour oublier (23)


Voilà,
c'est  la ville où je vis. Le capitalisme post moderne — celui dont notre nouveau jeune président est l'ardent thuriféraire — génère toujours plus de misère. Il y a cinq ans, en revenant de l'esplanade du chateau de Vincennes où le candidat Hollande avait organisé un meeting de campagne, j'avais pris, Avenue de Paris une photo saisissante d'un homme abandonné. Depuis cela n'a fait qu'empirer. La fin du droit d'asile, elle n'est même plus aux frontières, elle est à l'intérieur du pays. Ce que l'on appelait autrefois les hospices où l'on offrait l'hospitalité et le soin aux indigents, les asiles où l'on accueillait les vieux ou les fous, sont en voie de disparition. Je sais que ces établissements n'étaient pas toujours reluisants, mais aujourd'hui l'abandon est total. Ce qui est terrible c'est qu'au bout d'un moment tous ces gens cadavérés, privés de leur statut d'êtres humains, eh bien notre œil les a intégrés dans le paysage urbain, il font partie de notre quotidien. On a appris à ne plus s'en émouvoir, à détourner le regard, car sinon la réalité serait insupportable. L'Etat souhaite la mort de ces gens qu'il considère comme des encombrants. Il n'a pas encore le cynisme de créer des déchetteries humaines, d'institutionnaliser et programmer la mort de façon rationnelle, alors il les laisse déchoir dans les lieux publics, offerts au regard de tous. Chacun use de stratagème pour se détourner de cette obscène réalité. On se concentre sur son smartphone, on reste, casque vissé sur les oreilles dans sa bulle en écoutant de la musique. Et  par les rues, les couloirs souterrains, nous cheminons honteux et impuissants devant ce qui est la représentation même du désespoir. Ceux-là ont lâché l'affaire depuis longtemps. Leurs corps est encore là, mais leur esprit est loin, anéanti. Dans les années soixante-dix, un petit livre était paru, intitulé "L'aventure est au coin de la rue". Aujourd'hui, au coin de la rue, c'est le Néant, l'image du Néant que l'on rencontre désormais quotidiennement.

lundi 3 juillet 2017

Montmartre au petit matin


Voilà,
le matin, avant que les touristes n'affluent, Montmartre ressemble à un village. Il y a cette terrasse sous la tonnelle, celle du café "Chez Plumeau" que j'aime particulièrement pour le dépaysement qu'elle suscite. On semble ailleurs qu'à Paris et presque dans un autre temps. En plus le monsieur avec sa casquette et sa veste de charpentier qui passe dans le champ accentue l'effet rétro. C'est un lieu apaisant, il ne me rappelle rien de particulier, même si je l'associe sans raison à la terrasse du bar de Châteaudouble, dont je n'ai malheureusement pas de photo. Il me fait aussi songer à une idée du Montmartre de la fin du dix-neuvième ou du début du vingtième siècle ainsi qu'à l'adaptation de "écoutez la chanson bien douce" de Verlaine par Léo Ferré. En fait ce lieu me transporte. Le japonais dit "natsukashii" pour évoquer le souvenir paisible, la nostalgie heureuse. 





dimanche 2 juillet 2017

Menus détails (2)






Voilà,
dans le courant des années 2009 et 2010, j'ai frénétiquement photographié des fragments de surfaces de toutes sortes dont le caractère, flou, énigmatique m'intriguait. Je les transformais ensuite en faux polaroïds pour des raisons déjà expliquées dans ce blog il y a longtemps de cela. Retrouvant ces formats rassemblés dans un dossier, il me vient l'envie d'en faire une grande page. Je ne suis pourtant pas ce que la langue allemande désigne sous le nom de Korinthenkaker : quelqu'un obsédé par les détails sans importance. Le fait qu'ils suscitent parfois mon attention me rassure et m'apaise. Contrairement à ce qu'affirme un proverbe, ce n'est pas le diable qui s'y cache, mais au contraire un ange bienveillant qui me rappelle que la beauté peut s'offrir au cœur de toute chose

samedi 1 juillet 2017

Touristes au Trocadero



Voilà,
c'était dimanche dernier, le jour où je suis allé au Musée de l'Homme. L'esplanade du Trocadero constitue toujours un excellent terrain pour photographier des gens qui photographient  —ce qui permet de contourner les problèmes évoqués dans le post précédent. Je les ai longtemps observés me demandant s'ils étaient Indonésiens. Lorsque je l'ai interrogé, l'un d'eux m'a répondu qu'ils venaient de Malaisie. Sans doute à cause de leurs habits chics et colorés, j'ai supposé que dans leur pays ils appartenaient à la haute société. Le ramadan ayant pris fin la veille ils pouvaient enfin s'affranchir des rigueurs que leur impose la religion. La joie de ce groupe faisait très plaisir à voir, et particulièrement celle de cette petite fille. Quant à cette grande femme, tête nue vêtue d'un ensemble rouge et jaune, je lui trouvai beaucoup de classe et d'élégance, et une façon tout à fait délicate de se déplacer que la photo malheureusement ne peut restituer. Est-ce donc ce genre de féminité que le japonais qualifie de "utsukushi" ?

jeudi 29 juin 2017

Sainte-Anne



Voilà,
Quelqu'un m'a fait remarquer, il y a peu, que "j'avais un drôle de truc" avec les souvenirs. J'ai perçu dans son intonation comme une nuance de reproche. En tout cas une façon de prendre avec dédain, peut-être un léger mépris ou une vague condescendance ma propension à me laisser revisiter par le passé. Comme si c'était une tare, la manifestation d'un manque d'appétence pour la vie, comme si la vie devait se réduire uniquement au présent et à l'action. Je suis par nature plutôt contemplatif. J'aime beaucoup ne rien faire. C'est à dire remplir ce rien de pensées d'images de sensations. J'aime me promener, apercevoir, cueillir ces fractions de secondes sur lesquelles je pourrais faire mon miel de pensées et de songeries. Je ne vois pas la nécessité de s'agiter, outre-mesure. Ce qui m'intéresse c'est d'accueillir ce qui émerge en moi, à partir de moi. D'ailleurs avec les ans et l'usure ce n'est pas maintenant que je vais faire des extravagances. Mais pour en revenir à cette histoire de souvenirs, c'est aussi que ma relation au temps est très espiègle. Par exemple sur ce blog, il y a des parutions programmées pour plus tard et même bien plus tard, en un temps ou peut-être je ne serai plus, et d'autres qui n'apparaissent que maintenant et qui ont été rédigées il y a des semaines des mois ou des années. On n'est pas obligé de coller à l'actualité n'est-ce-pas ? Les moments d'autrefois, je ne les cherche pas, mais s'ils ressurgissent je les attrape comme le ferait un chasseurs de papillons. Qu'y puis-je s'ils se posent sur moi, s'ils reviennent, s'ils se manifestent, s'ils se représentent ? Je ne vis pas dans le passé, mais c'est le passé qui se réactualise, c'est comme ça. Là cette  photo c'est une affaire de permission. J'ai pris ce cadre à la sauvette. Comme je voulais faire un truc un peu mieux, j'ai demandé au pêcheur si je pouvais le prendre en photo et là je me suis pris un râteau. j'avais voulu essayer la technique de James Nachtwey — j'avais vu ça dans un documentaire à son sujet — qui demande gentiment aux gens ( là il s'agissait d'estropiés et de mendiants vivant près d'une voie ferrée en Inde) leur autorisation, et en général il semble plutôt bien accueilli. Je ne sais pas, peut-être que je n'inspire pas confiance, que j'ai une sale gueule ou que je ne sais pas demander sans avoir l'air de trop m'excuser, enfin bref, maintenant je ne demande plus. Je n'arriverai sans doute jamais dans ma vie, — sauf à tomber sur des exhibitionnistes — à faire, comme Peggy ces incroyables portraits de rue, où les gens regardent l'objectif en souriant. (linked with the black and white weekend)

lundi 26 juin 2017

Un Dimanche au Musée de l'Homme


Voilà,
le dimanche passé seul, à visiter des lieux inconnus, comme le Mona Bismarck American Center ; je suis resté un moment lire à l'ombre d'un grand platane dans le jardin où des chaises longues ont été disposées, ainsi qu'une terrasse de restaurant. Puis le Musée de l'Homme dans son nouvel agencement, absolument remarquable, où je ne tarderai pas à revenir, tant il est agréable d'y déambuler. Cette envie de nouveauté, d'étonnement liée sans doute au sentiment accru ces derniers jours de la fragilité de l'existence. Toute la journée cependant j'ai eu du mal à reprendre mon souffle et n'ai cessé de me sentir inquiet, oppressé. Il m'est de plus en plus pénible de vieillir dans un air vicié.
shared with weekend reflection

dimanche 25 juin 2017

Little Wing



Voilà,
 en allemand il y a un mot pour désigner cela : l'Ohrwurm, le ver de l'oreille : depuis quelques jours, "Little Wing" me hante, s'insinue dans ma tête, au matin lorsque je me réveille, dans la rue quand je marche, ou bien encore au musée comme ce fut le cas lorsque j'ai pris cette photo au Palais de Tokyo hier dans la soirée, au supermarché, ou encore lors d'une conversation. Parfois même exige d'être fredonnée  — fort mal, mais qu'importe — sur le vélo quand je me promène ou sur le balcon quand j'arrose les plantes. Aucune raison à cela.. Mon cerveau me joue des tours. il ne produit plus beaucoup de pensées. Il n'aide pas à la concentration. Il ne donne pas volontiers les mots. Il fait des fautes d'orthographe. Il bat un peu la campagne. mais il se souvient de cette version si pure si parfaite sur l'album "In the West" : Well she's walking through the clouds / With a circus mind / That's running wild  / Butterflies and zebras and moonbeams / And fairly tales / That's all she ever thinks about / Riding the wind / When I'm sad she comes to me / With a thousand smiles / She gives to me free / It's alright, she says /It's alright / Take anything you want from me /Anything / Fly on, little wing, 



samedi 24 juin 2017

Et que ça saute !


Voilà,
Hier soir, après avoir vu "Leo the last" de John Boorman à la cinémathèque, — film qui a tout de même beaucoup vieilli —j'ai un peu traîné dans les jardin de Bercy où j'ai photographié ces gens qui suivaient un cours de gymnastique collective. J'ai ensuite loué un vélib' et suis rentré à la maison. Aujourd'hui a été une journée bizarre, assez oisive. Je n'ai pas fait grand chose à part regarder ce matin le match des All Blacks contre la sélection des Lions Britanniques et irlandais, et quelques courses pour remplir le congélateur. En fin d'après midi, vu une expo sur les Dioramas au palais de Tokyo. Quelques photos. N'ai de la journée parlé à personne à part ma fille qui est venue manger des mochis glacés à la maison en début d'après-midi. Je dors mal la nuit, la journée je me fatigue vite. Je n'ai pas beaucoup d'envie, je ne parviens pas à me concentrer, bref je suis loin d'avoir l'énergie de tous ces gens. première publication 24/06/2017 à 23:39

vendredi 23 juin 2017

Travesti


Voilà,
cette photo prise en juin 2012, lors de la Gay-Pride, je l'ai retrouvée en regardant celles réalisées durant le printemps de cette année-là un peu avant et tout de suite après les élections présidentielles. Parcourir du regard toutes ces images donne la mesure du temps qui passe et suggère aussi de se livrer à un petit bilan personnel. Elles rappellent d'autre part, combien le désenchantement a été énorme durant ce quinquennat, et François Hollande incapable de porter un programme, d'incarner une vision, un projet qui eût donné quelqu'élan à ce pays, en particulier concernant la question sociale, si négligée. Nous étions pourtant plutôt heureux de nous être débarrassés de Sarkozy... Aujourd'hui, nous avons un jeune président, qui aura sans doute au cours de son quinquennat à faire l'éloge funèbre de deux de ses prédécesseurs, et vraisemblablement aussi de Johnny Hallyday de Charles Aznavour et de quelques autres auxquels je ne pense pas. Lui qui a été élu pour empêcher une fasciste incompétente d'accéder au pouvoir par une population qui ne croit plus en grand chose, en tout cas assez peu au discours de ses dirigeants et mandataires, souhaitons simplement qu'il soit à la hauteur de la mission qui est lui est confiée et s'il ne l'est pas, qu'il ne soit en tout cas pas aussi nul que son prédécesseur. (linked with The weekend in black and white)

mardi 20 juin 2017

Message dans une Bouteille


Voilà,
la chanson il s'en souvient bien sûr ! Certains paysages, des situations précises y sont associées. Il peut même convoquer les sensations qui étaient alors les siennes. Mais tout à coup il ne se rappelle plus le nom du groupe, un groupe de chanteuses noires pense-t-il avec une soliste connue qui a fait carrière plus tard sous son propre nom. Il ne cherche plus, il n'insiste pas. Cela lui arrive de plus en plus souvent. Il faut se faire une raison. Les noms échappent, est-ce pour cette raison qu'il se retranche de plus en plus du monde. Pour ne pas être pris en flagrant délit d'oubli. C'est comme cette personne dont le nom se dérobe bien qu'il la connaisse depuis des années et qu'il l'ait croisée il y a peu. Cela n'ira pas en s'arrangeant il le sait. De plus en plus souvent, Pierre Barbaroux erre dans un état cotonneux, comme si il était transparent, fantomatique, non pas avançant avec densité dans le monde mais pareil à une brume, un nuage. Autrefois il avait aimé ces états là, les recherchant même. À présent ils le perturbent. Comme si la vie ou la conscience d'appartenir totalement à la communauté des vivants se dissipait. Certains lieux, cependant demeurent pour lui comme des îlots. Il ne s'y perd jamais et les souvenirs viennent à lui précis, intenses. Et c'est comme s'il recueillait, sur une plage, une bouteille jetée autrefois à la mer par l'enfant qu'il fut il y a bien longtemps.
Première publication 20/6/2017 à 21:09

dimanche 18 juin 2017

Une Femme perdue


Voilà
comment ç'est arrivé : c'était il y a quelques mois déjà je suis sorti du métro Denfert, et là passant devant le café "Le Rendez-vous" j'ai aperçu Benoît en terrasse. Il m'a invité à m'asseoir à sa table, et comme ça faisait un petit moment que nous nous étions vus, on a commencé à se donner des nouvelles. En buvant mon spritz, j'ai remarqué cette femme étrange et belle avec son livre de photos sur Kennedy qui non loin semblait faire les cent pas. J'ai tout d'abord pensé que c'était quelqu'un qui avait un rendez-vous genre Tinder ou Meetic. Elle marchait de long en large devant le café. Je ne pouvais m'empêcher de la regarder du coin de l'œil. Elle m'intriguait vraiment avec sa fourrure son chapeau et son livre. Elle avait un certain style. Nos regards se sont croisés et là elle s'est approchée. Elle nous a dit qu'il fallait se méfier des réseaux sociaux et de l'internet. Oui bon d'accord. Et puis là, tout de go elle a commencé à parler de Giscard d'Estaing et j'ai soupçonné que quelque chose clochait. Quand elle a évoqué Guichard, Boulin, Chaban-Delmas et tout un tas d'hommes politiques dont peu de personnes désormais se souviennent, j'ai compris qu'elle était vraiment naze et coincée au début des seventies. Elle devait être sous médicaments et tout son discours était une sorte de délire paranoïaque et complotiste assez incohérent. Je faisais parfois quelques relances, histoire de ne pas la laisser parler toute seule. Benoît était visiblement gêné, et je sentais bien qu'il me désapprouvait. Il avait envie qu'elle se casse, moi aussi d'une certaine façon, mais au fond, peut-être que je la trouvais plus intéressante qu'il ne l'était. En fait j'ai continué la conversation pour pouvoir voler discrètement une image. J'ai cadré un peu à la sauvette avec mon IPhone, sans contrôler et fait quelques photos. Ce n'était pas fameux, à part celle-ci, certes un peu floue, mais qui me plaît tout de même. Evidemment au bout d'un moment elle délirait tellement qu'on s'est dit qu'il fallait y aller. On s'est poliment excusés, et puis on a pris la tangente chacun dans sa direction, la laissant seule à ses élucubrations.

vendredi 16 juin 2017

La Fin du Jour


Voilà,
il y a deux jours pour me changer les idées je suis allé, dans la soirée, du côté de l'île Seguin autrefois bastion ouvrier (puisque c'est là que se trouvaient les anciennes usines Renault). Tout a été détruit ces dernières années de sorte que plus rien ne subsiste de ce passé. François Bon en a fait état il y a quelques années dans son blog et dans des publications. A une extrémité de l'île, le réaménagement a commencé par l'édification d'une salle de concert, un fort beau bâtiment des architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines. Je crois comprendre que l'île sera transformée en un vaste espace culturel essentiellement subventionné par le département qui est un des plus riches de France, et par des fonds privės. Elle est reliée à Boulogne-Billancourt par une très belle passerelle sur laquelle des gens ce soir là pique-niquaient. Juste en face, Billancourt qui était autrefois une ville ouvrière a fait l'objet d'un réaménagement urbain. À présent une sorte de ville nouvelle pour des résidents de haut standing a été bâtie en lieu et place d'usines qui s'y trouvaient. J'avais en rentrant par ce côté l'impression de me retrouver, comme au sud de Manhattan, dans un ghetto de riches dont je n'avais pas soupçonné l'existence, car je ne viens jamais dans ce coin. Je crois que j'y retournerai pour observer cela plus attentivement. J'ai pris cette photo au crépuscule, depuis un jardin en terrasse qui surplombe la salle de spectacles dont on n'aperçoit ici que le sommet. J'aime l'aspect futuriste de l'image qui me fait songer à des couvertures de livres de science-fiction de mon enfance. (Linked with the weekend in Black and White - skywatch friday - Himmelsblick- )

mardi 13 juin 2017

La Forêt


Voilà,
de nouveau chercher du répit dans l'exploration des formes. Se contraindre à des thèmes. Varier les techniques. S'imposer des procédures à respecter. Entretenir le trouble sur la surface. Multiplier les pistes. Que l'image ait un statut d'énigme. Qu'elle ne se livre pas en entier. Qu'elle soit comme une forêt trouble où l'on désire cependant s'enfoncer. Qu'elle ait la densité d'un cauchemar d'enfant. Echapper aux histoires aux anecdotes. Suggérer un chemin. Un état. Une confusion d'états et de sensations mêlés. Qu'elle soit aussi comme un exorcisme.

lundi 12 juin 2017

Hornes

 

Voilà,
c'est en 1988, à Londres et cela faisait dix ans que Margaret Thatcher était aux affaires. J'étais allé passer quelques jours chez Katie O., une jeune et riche anglaise à la santé mentale un peu fragile, dont j'avais fait la connaissance à Paris qu'elle avait quitté précipitamment quelques mois auparavant. A Kensington Gardens, quartier chic non loin de Portobello Road, elle partageait avec une copine un superbe appartement que lui avait acheté son père alors directeur d'un grand journal économique. En un an elle avait triplé de volume. Sans doute que sa consommation de bières combinée à celle d'antidépresseurs devait y être pour quelque chose. Son frigidaire rempli de bouteilles et de canettes ressemblait à celui de la cuisine de Nathalie Baye dans le film "Notre Histoire" de Bertrand Blier. Je jouais à l'époque "Les derniers jours de l'Humanité" de Karl Kraus, et j'avais profité d'un trou dans la tournée — c'était, je crois, après les représentations au Théâtre de la Bastille — pour un faire un saut là-bas. Après une longue période de tristesse, je commençais à me sentir un peu mieux. Durant cet intermède j'ai beaucoup traîné avec mon appareil en bandoulière. Un soir j'ai chopé ça. Cette femme avec son casque et son carton. Je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais publié ces photos auparavant.

samedi 10 juin 2017

L'Essai de Sonny Bill Williams


Voilà,
L'essai de Sonny Bill Williams lors du match opposant la franchise néo-zélandaise des Blues d'Auckland à la sélection des Lions Britanniques et Irlandais exprime à merveille l'idée du surgissement en ce qu'il peut combiner puissance et vivacité. Son sens de l'anticipation ce flair qui l'amène à choisir de s'infiltrer au cœur du groupe adverse pour conclure l'action sidère parce qu'il allie l'audace à l'inspiration. A ce niveau là, cela tient autant du geste artistique que de l'exploit sportif. Il y a dans ce plongeon pour aplatir le ballon dans l'en-but adverse, toute la grâce de l'instant. L'esprit de ce jeu si singulier qu'est le Rugby tient dans cette action : le dépassement de soi, l'abnégation, la prise de risque. Sonny Bill Williams, connu pour être capable de passer la balle dans n'importe quelle position, et surtout quand l'adversaire croit l'avoir bloqué lui, peut aussi, à l'occasion s'affirmer comme un redoutable marqueur aussi efficace qu'intrépide.

vendredi 9 juin 2017

Métro Anvers, rue Briquet


Voilà,
cette photo je l'ai prise avant-hier, car ce point de vue sur Montmartre, m'a surpris, ayant une densité que je ne lui avais jamais reconnu et la qualité d'une première fois. Je ne traîne pas souvent dans ce quartier le soir, et quand j'y viens il est rare qu'il me paraisse aussi vide (mais évidemment il y a des raisons objectives pour qu'il soit vide à cette heure et à cette période de l'année). 
Cette vue donc me plaît. Peut-être aussi raconte-t-elle quelque chose qui m'échappe ou que je n'ai pas voulu laisser échapper, c'est selon. J'avais le choix. Je pouvais ne photographier que la rue vide. C'est beau aussi une rue vide. Mais j'ai distingué dans le viseur cette silhouette, et le fait que cette silhouette sombre soit une femme voilée m'a sans doute incité à attendre son apparition en premier plan sur l'image. Le contraste avec l'église du Sacré-Cœur toute blanche au style byzantin vaguement orientalisant m'intéressait aussi. Je n'ignore rien de ce que l'on peut faire dire à cette image ou raconter à partir d'elle. Donc on s'en tiendra juste à cela : j'étais près de la station Anvers, je pensais photographier une rue vide et une femme voilée qui téléphonait en marchant, est apparue dans le champ. (Linked with The week-end in black and white - Paris in July)

jeudi 8 juin 2017

Élections



Voilà,
je remercie le petit plaisantin qui s'est amusé sur les panneaux électoraux de la rue Saint-André-des-Arts, il a été très inspiré.
shared with  friday face off -

mardi 6 juin 2017

Un Tas de Cendres


Voilà,
entre le reste du monde et Bixente Ariloba s'interpose parfois, à certaines heures avancées de la nuit, la fugitive mais obsédante vision de ce corps autrefois si souvent désiré désormais réduit à un misérable petit tas de cendres. Dans le vertige où parfois se crispe l'éblouissant souvenir d'une folie partagée qui avait fini par les dévaster l'un et l'autre, la gorge brûle cependant d'un encore vivace et trop douloureux chagrin. Pendant quelques années il avait cru pouvoir oublier. Maintenant, il appréhende la nuit peuplée de fantômes et de questions. Il dort comme un fugitif. Sans trouver le repos. Sommeil comme le No man's land d'une frontière barbelée. 

vendredi 2 juin 2017

Louvre

Musée du Louvre 2010
Voilà,
j'imagine qu'à l'époque, c'est l'inscription de ce corps dans l'espace géométrique qui m'a saisi. Peut-être même ai-je attendu son passage. Je ne sais plus trop bien. Juste la conjugaison d'une intuition et d'un moment, c'est cela qui fait qu'on déclenche et ainsi le frêle ici-et-maintenant peut accéder à une relative permanence que lui confère son statut de photo. Mais la photo, je ne pouvais la regarder sereinement. Il y avait un truc raté bancal qui ne me plaisait pas. Quelque chose dans la perspective dans l'agencement des lignes qui me laissait insatisfait, me dérangeait si bien que pendant des années je me suis refusé à la publier. Du temps a passé et j'ai fini par la réinvestir d'une autre manière en la déformant pour de bon, de sorte qu'elle demeure désormais comme la trace exacerbée d'une frustration. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 31 mai 2017

Polytope

Voilà,
dans une émission radiophonique du dimanche matin, j'entends par hasard un des passages les plus connus de "La Messe pour le Temps présent" de Pierre Henry et Michel Colombier. J'essaie de retrouver les images que cela convoque. Si cet opus a été créé en 1967 pour un ballet de Béjart joué cette année là ainsi que la suivante au Festival d'Avignon, ce morceau a en outre, souvent été diffusé dans les années soixante-dix sur les radios et dans les publicités. Je me souviens avoir, chez les disquaires où je rôdais dans mes premières années parisiennes, été intrigué par les pochettes argentées d'une collection dédiée aux compositeurs de musique contemporaine intitulée prospective du 21ème siècle, chez Phillips. Oui à cette époque là, le Futur était argenté. D'ailleurs, dans la douceur du printemps 1973, (l'année où grâce au hasard de nouvelles rencontres, j'ai saisi l'occasion de me soustraire de la vision étriquée du monde que m'imposait une famille de militaires), j'ai assisté à cet événement intitulé "Le polytope de Cluny" de Ianis Xenakis, en compagnie de Delphine et Agnès qui étaient mes nouvelles amies.


C'était peu de temps avant que nous ne "sortions ensemble" avec Agnès (l'expression "sortir ensemble" avait quelque chose de paradoxal puisqu'elle désignait une activité consistant à trouver du temps et des endroits clos et peu fréquentés afin de se livrer à des attouchements que la morale réprouvait). Bref, nous étions allés voir cette œuvre, tous les trois, sur la recommandation de leur père, Philippe. C'était en mai. La photo mise en lien suggère assez bien l'état d'abandon et de lascivité que pouvait engendrer une telle performance. Ensuite, profitant de la tiédeur du soir, nous étions allés faire une longue promenade sur les quais. Je crois que les filles se sont déchaussées pour marcher pieds nus. Parfois on s'asseyait au bord du fleuve. On a traîné jusque tard. Est ce que c'est ce soir là où bien le lendemain, profitant de l'absence de ses parents que je suis resté dormir avec Agnès. Ça je m'en souviens c'était le 31 mai qui, cette année là était la fête de la Visitation. Toute la nuit à s'étreindre assez chastement d'ailleurs. Je me rappelle de l'album de Pink Floyd "Atom Heart Mother". Et de Graeme Allwright. Et du "5" de Soft Machine. Et du bonheur intense de cette étreinte.

dimanche 28 mai 2017

Relief


Voilà,
juste la lumière sur des formes créées à partir de matières synthétiques au rebut. J'ai eu cette envie, tout à coup en fin d'après-midi. J'y avais bien pensé il y a quelques jours mais pas tout à fait de cette manière. C'était une journée étrange. Peut-être à cause des ces fortes et soudaines chaleurs, d'une climatisation dans un musée, de la pollution urbaine ou du pollen, hier soir j'ai senti que quelque chose n'allait pas, et aujourd'hui je me suis senti fiévreux, flagada, avec le nez qui me piquait et la gorge douloureuse, si bien que je ne suis guère sorti de chez moi, malgré un réveil aux aurores. Cette forme indéfinie, ces plis ces froissements, c'est simplement une proposition pour donner du relief à une journée qui n'en a pas eu beaucoup. Et puis j'étais contrarié d'être aussi peu opérationnel précisément le jour de mon anniversaire alors que j'ai tant de choses à faire. Malgré tout j'aurais réalisé cette image dont le rendu m'intrigue, parce qu'elle ne ressemble à rien de ce que j'ai coutume de bidouiller.

vendredi 26 mai 2017

Jeudi de l'Ascension à Paris


Voilà,
hier, jeudi de l'Ascension, j'ai fait le touriste du côté de la butte Montmartre et pris quelques photos. Il faisait très chaud et tout à coup une ambiance estivale a envahi Paris pour ce long week-end de vacances. Parfois, je me plais à imaginer que je suis parfaitement étranger à cette ville en la regardant tout autrement. Lui, par exemple, qui fait du jonglage au pied de cette grosse meringue qu'est le Sacré-Cœur, je ne l'avais encore jamais aperçu. Cela faisait longtemps aussi que je n'avais pas utilisé de grand-angle : la photo aurait un petit côté seventies, si ce n'était la femme de dos avec son smartphone et la foule au fond où beaucoup de gens le bras levé brandissent un petit appareil (linked with The weekend in black and white)

mercredi 24 mai 2017

Prosopagnosie


Voilà,
il fait jour paraît-il parce quelqu'un parle. Moi, c'est au cœur de la nuit que je les entends murmurer. Ils discutent entre eux et de leur secret conciliabule je ne perçois que bribes incohérentes. Une voix chuchote que la fraise est un petit fruit rouge qui ressemble au bout des mamelles des nourrices. Une autre susurre que le mal est comme un point de pourriture sur un fruit. Oui renchérit un enfant "sa puissance de contamination est considérable". Parfois quelques rires étouffés. Se moque-t-on de moi ? Il me semble être mort tant de fois déjà. Pourtant là maintenant je ne me sens vraiment pas prêt. Si l'on pouvait repousser l'échéance ça m'arrangerait, car je connais une fille qui a la fâcheuse habitude de mettre fin à ses aventures amoureuses dans les jours précédant Noël, et j'ai encore plein de trucs à lui dire. Se souvient-elle encore de moi au moins ? Si c'est une plaisanterie j'aimerais autant qu'elle cesse de suite. Ai-je parlé ? Ai-je voulu parler ? Au lieu de quoi c'est un grognement rauque et inarticulé qui est sorti de ma gorge. Peut-être même un râle. Vais je donc finir comme une bête ? Ils me semble qu'ils se tournent vers moi. Les visages, je n'ai jamais su les reconnaître, c'est pas maintenant que ça va s'arranger. Derrière eux tout un peuple de grimaces. Normal après tout, c'est bien comme ça que cela doit finir. C'est à cela qu'on m'invite ? Quelqu'un dit que Paul Brachet été embauché comme souffleur assermenté au Théâtre des Faux-Semblant 291 Boulevard du temps qui passe. On parle donc encore de moi ? J'ai comme l'impression que désormais il faudra meubler les interstices. Je vous en supplie si l'on doit défiler devant ma bière qu'on me grime en clown. Qu'on m'affuble d'un nez rouge pour en finir avec ce qui n'aura été qu'une sombre farce une piteuse mascarade.

mardi 23 mai 2017

Un autre Tatouage

 

Voilà ,
Ce qui  est bien avec le métro, c'est que même si tu n'as rien à lire, tu peux toujours t'occuper les yeux. Cette jeune femme neo-gothique avait quelque chose d'un work in progress, pas très abouti ni très inspiré, il est vrai, mais au moins ai-je trouvé là, quelqu'occasion de divertissement. Les gens tout de même ont parfois de drôles de façon de traiter leur corps. Au moins cela me donne-t-il l'opportunité d'augmenter la collection que je voulais autrefois entreprendre. Il vaut mieux que je m'en tienne à des sujets futiles. Allez au boulot, je suis en retard.

lundi 22 mai 2017

Appartenir à autre chose


Voilà,
"parfois, la nuit, je ferme les yeux et je vois apparaître une suite de petits tableaux, très fugaces mais très nets (aussi nets que le monde extérieur) : il y a là des personnages étranges, des dessins et des signes symboliques, des nombres (j'ai déjà vu aussi des nombres) etc. Et parfois — sensation très curieuse — j'ai tout à coup l'impression d'appartenir à autre chose." Fernando Pessoa (Fragments d'un voyage immobile)

dimanche 21 mai 2017

Barque, Vache et Cocotiers


Voilà,
cette image prise en 2010 je m'étonne de ne pas l'avoir déjà publiée. Je me souviens vaguement des circonstances dans lesquelles elle fut prise. J'étais en compagnie d'une femme agaçante, et de son fils qui l'était encore plus. Elle avait loué une chambre dans la même résidence que moi et m'avait proposé de partager sa voiture pour aller à Grande-Terre, et plus particulièrement à Deshayes visiter le jardin botanique situé dans l'ancienne propriété de Coluche. Bien évidemment lorsque j'avais accepté sa proposition je n'avais pas imaginé qu'elle serait aussi bavarde et sa conversation si stupide. Derrière, alors que nous traversions des paysages surprenants son crétin d'enfant ne décollait pas de sa bruyante console de jeu. J'avais envie de le gifler. En plus elle me racontait ses déboires sentimentaux, et franchement, j'en avais rien à branler, parce que de ce côté là, j'en avais alors plus que mon compte. A un moment elle a voulu s'arrêter, pour le point de vue. Oui pourquoi pas, cela me reposerait un peu de ses jacasseries. La proximité de la vache de la barque et de la mer sur fond de cocotiers, ça m'a tout de suite plu. C'était en même temps saugrenu et terriblement banal. Mais d'une banalité exotique. Cela rappelait ces illustrations d'autrefois où tout est sa place. Cette vue aiguisait ma sensation de n'être que pure fiction, quelqu'un qui n'existait pas vraiment. Il m'arrive souvent de m'éprouver dans la réalité comme une anomalie et parfois même presque comme une sorte de fantôme. Sans doute le fait d'avoir entendu très tôt dans mon enfance que j'étais encombrant coûteux et qu'on aurait mieux fait de se passer de moi ("qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça", s'exclamait parfois la génitrice) y est probablement pour quelque chose : ça vous tient des années et ça incite à la discrétion. Bref, ce 1/125 ème de seconde, cet ici-et-maintenant, me transportait dans une autre dimension, celle du repos, d'une sorte d'Oubli. C'est ça peut-être le paradoxe qui parfois est au principe de certains clichés : photographier non pour se souvenir mais pour s'oublier. Et aussi pour ne pas perdre de vue qu'on n'est simplement que de passage, contingent et qu'il n'y a pas plus de raison de se trouver ici plutôt que là, ni d'être ceci plutôt que cela. Oui à cet instant, peut-être ai-je secrètement, intensément désiré être la vache la barque ou un cocotier. (linked with the weekend in black and white)

lundi 15 mai 2017

Ma Rue


Voilà,
"la pluie cesse, et il en reste, un instant, une poussière de diamants minuscules, comme si, de là-haut, on secouait des miettes d'une grande nappe azurée." Fernando Pessoa in "Le Livre de l'Intranquillité" (linked with the weekend in black and white)

dimanche 14 mai 2017

Mose Allison et des souvenirs qui viennent


Voilà,
j'aime toujours autant la voix de Mose Allison, et aussi la façon dont il fait sonner son piano comme si les notes glissaient grâce à ce toucher délicat sur le clavier. Parfois même il lui arrive d'être à la fois virtuose et désinvolte. Je l'ai découvert un soir vers l'âge de quinze ans en enregistrant au hasard sur mon mini K7 des morceaux qui passaient à la radio. C'est comme ça que j'ai entendu pour la première fois "One Room Country Shack", enchaîné au "Take this Hammer" de Leadbelly. Comme je n'avais pas retenu les titres et le nom des chanteurs, et qu'à l'époque il n'y avait pas toutes les possibilités permettant de retrouver la trace d'un morceau retransmis à l'antenne, ces deux chansons et leurs interprètes restèrent énigmatiques pendant des années. Même si désormais la question ne se pose plus, puisque l'on sait que le tronc commun de l'humanité est l'Afrique, j'ai d'ailleurs longtemps cru que, pour aussi bien chanter le blues, la voix de Mose Allison était celle d'un homme noir. J'aimais sa douceur veloutée, et l'humour désabusé qu'elle distillait. C'était ce temps au sortir de l'enfance où je m'endormais le soir avec la radio. Les morceaux que j'y entendais me faisaient parfois voyager dans des mondes imaginaires, inconnus, où vers des régions qu'il me semblait possible de visiter un jour. Il faudrait que j'en parle un peu plus précisément un jour. Certaines photos de Bill me font bien évidemment aujourd'hui penser à ce morceau "One room Country Shack", et je suis heureux de retrouver grâce au web des paysages autrefois rêvés dans lesquels je me laissais dériver au gré de mon imagination. C'était le temps où la vie semble vaste et ouverte à tous les horizons. À l'époque j'habitais rue de la Montagne-Sainte-Geneviève dans l'enceinte de l'Ecole Polytechnique où travaillaient mes géniteurs. Je traînais beaucoup dans le quartier à mes heures perdues. J'aimais particulièrement cette vieille boutique non loin, que j'ai prise en photo dans le courant des années 90, craignant qu'elle ne disparaisse complètement. C'était une ancienne armurerie transformée à l'époque en dépôt de journaux-papeterie, avant de devenir une librairie. Maintenant on y vend des charcuteries et autres spécialités culinaires corses, je crois, et la façade a complètement changé. première publication 14/5/17 à 10:58



     

samedi 13 mai 2017

Je-ne-sais-quoi


Voilà,
C'est le hasard, l'accident photographique, l'énigme totale. Je ne sais pas quand ni comment ni à que l'endroit l'appareil s'est déclenché. Je suis incapable d'identifier le lieu ou l'objet de cette image. Est ce un fond de poche, un sac, autre chose, je n'en sais rien. Cela ne représente rien, c'est simplement advenu, en deçà ou au delà de moi. C'est juste une forme contingente un pli éphémère, une réalité interstitielle. C'est en quelque sorte la forme avérée du peu, de l'à-peine, du minuscule, du microphénomène. C'est presque-rien, c'est je-ne-sais-quoi. Cela ne procède d'aucune intention, d'aucun projet. C'est totalement dénué de sens. Sans que je ne le sache ni le présume, cela pourtant a existé tout près de moi. C'est là. Une trace impossible à interpréter.

jeudi 11 mai 2017

Se changer en musique


Voilà,
J'ignore d'où viennent les ténèbres, je crois cependant qu'elles proviennent du même endroit que la lumière, et je crois aussi qu'elles s'abattent parce que nous les laissons le faire. Je crois qu'il est difficile de chercher la lumière, souvent très difficile, et je crois aussi que personne ne va la chercher à notre place. Ni Dieu, ni Jésus, qui aurait peut-être mieux fait d'être femme car le monde en aurait été différent et meilleur [...] Si nous ne nous mettons pas en route nous-mêmes, la vie se tarit. Nous devons vivre pour triompher de la mort, c'est la seule chose que nous puissions faire. Si nous vivons comme nous le pouvons, et si possible un peu mieux encore, alors la mort ne nous vaincra jamais. Nous ne mourrons pas, nous deviendrons simplement autre chose. Je ne connais pas les mots qu'il faut, je veux dire, pour décrire ça. Peut-être nous changerons-nous simplement en musique. Jon Kalman Stéfansson in "Le cœur de l'homme" première publication11/5/2017  à 4/57


mercredi 10 mai 2017

Mongolz


Voilà,
c'est presqu'un collage à la Godard, aperçu sur une colonne située à proximité de la cinémathèque française. La photo du film "Le Mépris", la citation de Jean-Paul II, le graffiti juste en-dessous. Rencontre improbable et cependant advenue d'éléments disparates. J'ai pris ça un jour étrange, le 7 mai 2017 après avoir visionné deux courts métrages de Jean Eustache assez peu à mon goût. J'ai aussi croisé Didier que je n'avais pas vu depuis longtemps, et j'ai pensé que peut-être nous n'aurions plus tant d'occasions que ça de nous voir, À présent c'est à cette phrase de Marcel Proust que je songe : "Les intérêts de notre vie sont si multiples qu'il n'est pas rare que dans une même circonstance les jalons d'un bonheur qui n'existe pas encore soient posés à côté de l'aggravation d'un chagrin dont nous souffrons".  Est-ce la nouvelle situation politique qui me fait y penser, ou bien autre chose ? Quoiqu'il en soit la photo me plaît bien.

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