dimanche 12 mai 2013

Éric Doye

Eric Doye, et Joop Doren en arrière plan Février 1987
Voilà,
je voudrais arrêter un moment, calmer le jeu, il y a tant d'autres choses à faire et le temps manque, le temps manque de plus en plus, mais il y a une nécessité à dire les noms, ne pas les oublier, c'est à cela que je pensais hier en lisant le très bel article de Hélène Hazéra sur Michel Cressolle journaliste à Libération dans les années 70 et 80, quand elle évoque la terrible maladie de ces années-là et tous ces gens disparus, oui à des visages je pensais à des visages des noms, Eric, c'est à Éric d'abord que j'ai repensé. Éric Doye, qui pour moi était parmi les plus doués des comédiens de sa génération et d'une émouvante singularité. Il possédait un charisme inouï et un style à nul autre pareil. Il avait la grâce. Eric que j'ai trop peu croisé. Nous n'étions pas familiers, ne fréquentions pas les mêmes bandes, ou alors occasionnellement, nous n'avions pas le même mode de vie sans doute. Nous nous retrouvions parfois, à des premières, dans des restaurants de comédiens. Nous avions joués ensemble sur un spectacle, nous nous étions bien entendus, alors cela crée au moins des connivences. En tournée, ils nous avait hébergé, Philippe Faure, Etienne Pommeret et moi dans la maison de ses parents absents. J'ai quelques photos de cet épisode. Celle-ci je l'ai prise dans un restaurant. Nous nous étions balladés dans la région avec la voiture de ses parents et je me rappelle, que lorsqu'il s'était agi de rejoindre le théâtre des treize vents qui nous accueillait, et qui est situé en dehors de Montpellier à Gramont, une file ininterrompue de véhicules occupait la nationale. Il y avait un concert au Zénith de je ne sais quelle vedette de variétés, et nous commencions à flipper à l'idée de ne pas arriver à l'heure pour la représentation (je parle d'une époque sans portables). Tout s'était finalement bien passé, nos partenaires avaient placé nos accessoires, les costumes étaient prêts et la représentation avait été un peu plus rock and roll que d'habitude. De ce passage chez lui, je me souviens de films qu'il avait faits lorsqu'il était plus jeune, de dessins, de photos, toute une production artistique en devenir, dont je me demande ce qu'il reste.  
Plus tard nous avions failli travailler ensemble dans un spectacle en Italie, et puis au dernier moment j'avais eu une autre opportunité et cela ne s'était pas fait. Mais à la reprise à Paris, comme il s'était blessé on m'avait proposé de reprendre le rôle qu'il avait créé. C'était un spectacle de théâtre dansé, dans l'esprit de Pina Bausch comme cela se faisait beaucoup à l'époque, et j'avais repris sa partition en une semaine. J'avais dû me glisser dans ses inventions dans le chemin qu'il avait tracé au cours d'improvisations, et cela avait été une expérience singulière que de se conformer à son imaginaire. Après la première – c'était dans ce restaurant du marais très fréquenté par les comédiens qui s'appelait "Le dos de la baleine"–, en fin de soirée - sans doute étions nous embarrassés l'un et l'autre par la situation -, il était venu me voir, pour me dire "le spectacle m'a plu, et en même temps ça me fait un peu chier j'aurais préféré détester". J'avais répondu que je comprenais tout à fait son point de vue, d'une certaine façon ma place était plus confortable que la sienne. Et il avait ajouté "mais je préfère que ce soit toi plutôt qu'un autre qui l'ait fait". On en était resté là, on avait bu un verre, et on était allés retrouver nos copains respectifs. Plus tard, il était rentré à la Comédie Française, ce qui m'avait étonné car cela ne cadrait pas tout à fait avec sa personnalité. Sans doute avait-il alors besoin de sécurité se sachant malade, ce que j'ignorais et que j'ai appris très tard. Un jour, cela devait être au début des années 90, je l'avais rencontré par hasard, et je lui avait parlé de Mastroïanni jeune, qui je ne sais plus dans quel film m'avait fait penser à lui, sur quelques attitudes. Je lui avais dit tu es beau comme lui et cela l'avait fait gentiment sourire. Tout ça est loin. S'il n'avait pas chopé cette saloperie, je suis sûr qu'il serait devenu une vedette. 

6 commentaires:

  1. somehow this lament reminds me of alix cleo roubaud's journal, the sad passing and the inability to hold a moment. the polaroid nature of the photograph adds to the weight of time's passing. it is all heartbreaking and beautiful, the stuff of life.

    xo
    erin

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  2. Merci beaucoup pour ce bel hommage à Eric Doye. Pour moi il était le "méchant", le "mauvais garçon" dans la série Joëlle Mazart. Des années après, je l'ai reconnu avec plaisir dans le film "Loin du Brésil" de Tilly (que je cherche d'ailleurs désespérément sur DVD). Je regrette beaucoup qu'il nous ait quittés si jeune, lui qui avait encore toute sa carrière devant lui. En tout cas voilà : il est toujours dans nos mémoires, bien présent, et quand je le revois sur écran c'est toujours avec un plaisir ému. Salut, Eric !
    - Stéphane

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    1. merci beaucoup Stéphane pour ce mot. Le dvd de "Loin du Brésil" existe, et je sais qu'il est aussi possible de télécharger le film en VoD. Oui c'est un beau film et Eric y est très touchant...

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    2. Merci à toi pour ton texte touchant sur Eric, et merci pour l'info sur le dvd. Mais je n'en trouve trace nulle part ! Je vais donc sûrement me rabattre sur la VoD. En effet Eric y estttrès touchant, mais certaines scènes sont drôles. J'ai très envie de le revoir. - Stéphane

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  3. Cela fait un an que j'étais passé ici lire ce billet et laisser mon petit commentaire.
    Ca me donne envie de revenir ici de temps en temps rendre hommage à Eric Doye : tu nous manques ! - Stéphane

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  4. Hello, je reviens parler d'Eric suite au visionnage du film "Théo & Hugo dans le même bateau", réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau et sorti en salles le 26 avril 2016. Un des comédiens principaux, Geoffrey Couët qui joue Théo, m'a beaucoup rappelé Eric. Sa sensibilité, son regard, son jeu, ses traits du visage aussi. Etant donné le thème du film, cela m'a ému et intrigué à la fois. En tout cas, je suis heureux que ce jeune comédien m'ait fait penser à Eric – et fait revenir sur ton blog. C'est comme si Eric avait réussi à participer à ce film de là où il est, ou encore comme si Geoffrey Couët était, pour ce film au moins, le fils spirituel d'Eric Doye.

    A bientôt :-)

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