mercredi 2 août 2023

Léger mieux

Hendaye 2012
 
 
Voilà,

au risque de me répéter, tout comme l’ONG Global Foodprint Network qui, chaque année, calcule le "Jour du dépassement" pour le monde, en croisant l’empreinte écologique des activités humaines (surfaces terrestre et maritime nécessaires pour produire les ressources consommées et pour absorber les déchets de la population) et la "biocapacité" de la Terre (capacité des écosystèmes à se régénérer et à absorber les déchets produits par l’Homme, notamment la séquestration du CO2).

Ce 2 août 2023,  —  ce serait presque une bonne nouvelle par rapport à l'année dernièrenous avons atteint la limite du capital naturel dont dispose la planète. Autrement dit, nous surconsommons et vivons à crédit de ce que la planète peut offrir. Ainsi, pour les 151 jours restants de l’année, l’humanité vit en déficit écologique. Cela signifie qu’il faudrait 1,75 terre pour renouveler ce que l’humanité consomme.

Ce n'est plus un secret pour personne, les activités humaines émettent d’énormes surplus de gaz à effet de serre (CO2) que les forêts et les océans ne peuvent absorber. La surpêche entraîne l’effondrement des ressources halieutiques car les espèces ne peuvent se reproduire à hauteur de ce que nous pêchons, trop d’arbres sont abattus,  etc…

Fin décembre au début des années 70, Novembre au long des années 80, Octobre dans les années 90, le "Jour du dépassement" n’a cessé d’avancer au cours des cinquante dernières années, à l'exception de l'année 2020, celle du confinement généralisé. Depuis 2000, ce jour est passé de septembre à juillet en vingt ans

Toutefois, depuis cinq ans, la tendance s’est stabilisée. Elle est cependant encore loin de s’inverser. En 2022, ce jour intervenait le 28 juillet soit cinq jours plus tôt que cette année. "Difficile cependant de discerner dans quelle mesure cela est dû au ralentissement économique ou aux efforts délibérés de décarbonisation" , constate l’ONG dans un communiqué publié le 5 juin 2023.

Pour atteindre l’objectif fixé par les scientifiques du Giec de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 43 % d’ici 2030 « il faudrait déplacer le "Jour du dépassement de la Terre" de 19 jours par an pendant les sept prochaines années », selon Global Foodprint Network.

A part ça la vie suit son cours. Le souvenir des émeutes du mois dernier en France s'est fondu dans la torpeur estivale. C'est comme si ça n'avait jamais existé. C’est le retour des "marronniers" terme qui désigne les sujets qui reviennent chaque année, à la même période, dans les médias écrits ou audiovisuels, en particulier le mercato du football, (il y a deux ans Messi était au centre de toutes les spéculations, maintenant c'est M'Bappé). On ne parle plus beaucoup de la guerre en Ukraine, qui est quand même à nos années 20 ce que fut la guerre d'Espagne à la fin des années 30 du siècle dernier. On évite de parler de la relation entre ce conflit, les hausses des prix de l'alimentation et les risques de famine à venir dans certaines régions d'ici quelques années.  

C'est une bonne occasion pour ressortir une vieille note que j'ai retrouvée parmi celles qui sont rassemblées dans mon smartphone. Il y a un peu plus d'un an, j’ai copié cet article dont je n'ai malheureusement pas retrouvé l’auteur. Je me demande d'ailleurs bien pourquoi je garde des trucs comme ça. Je dois être un peu taré ou maso. Bref ça date du 12 Octobre 2021, quatre mois donc avant l’invasion de l’Ukraine. On peut raisonnablement penser que depuis, la réalité est bien plus alarmante que ce qui est décrit là. Au moins c'est factuel.

"On est donc face à une crise économique majeure. Si le prix du gaz augmente de 57% en 10 mois, c’est parce que le gaz de charbon commence à manquer sur les marchés de gros. Il est probable qu’au bout d’un moment, la demande s’arrêtera. On arrêtera de se chauffer tellement les prix seront élevés. Mais des usines fermeront aussi. En septembre, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 33% dans le monde par rapport à la même période de l'année précédente, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. On atteint désormais des niveaux jamais vus depuis 2011. Les causes de cette hausse record sont bien connues: prix du transport élevé, catastrophes naturelles ayant entamé les récoltes, pénurie de main-d'œuvre... Le coût du transport maritime a été multiplié par dix, les ports en Asie sont congestionnés et se retrouvent dans une situation extraordinairement favorable c’est-à-dire qu’avec moins de trafic, vu l’augmentation des prix, ils gagnent beaucoup plus d’argent. Un trajet prend un mois, deux mois de retard, voire trois mois, et c’est pour ça qu’aujourd’hui, on a une pénurie. C’est de l’ordre de 30 à 40% de produits qui manquent dans certains secteurs.  "La pénurie est déjà une réalité en matière de puces électroniques, de vélos, d’étagères suédoises ou de matériaux de construction. Aujourd’hui, elle touche aussi des vêtements dans les rayons de la fast-fashion, des équipements sportifs mais en fait, elle pourrait toucher tout produit, même alimentaire. En cause là, l’emballage. "Les clients qui avaient l’habitude de se faire livrer en 15 jours-trois semaines, ont à faire face à des délais de livraison qui peuvent être deux à trois fois plus importants, dans certains cas, peut-être même jusqu’à l’année prochaine. Tout dépend en fait de la sorte de papier-carton utilisée," détaille Paul-Antoine Lacour, délégué général de la Copacel, représentant les producteurs français de papiers et de cartons. Mais d’une manière générale, on constate des allongements des délais de livraison, c’est certain."  À dix semaines de Noël, ça complique tout. Mais après les fêtes, seconde épreuve : il faudra faire admettre une augmentation des prix généralisée. Selon le FMI, l’inflation ne devrait être que temporaire et atteindre son pic à la fin de l’année avant de se stabiliser en 2022. La première cause de cette hausse de l’inflation est une explosion des coûts de l’énergie (électricité, gaz, pétrole). Le prix de l’essence ou du gaz de chauffage a grimpé en flèche au cours de ces dernières semaines et la pandémie – bien qu’en partie responsable de cette crise – n’est pas la seule raison. Des tensions géopolitiques ainsi que la présence de monopoles notamment pour le gaz (russe) en Europe ont fait monter les prix jusqu’à atteindre des niveaux encore jamais vus.
 Autre produit qui inquiète : les denrées alimentaires de base comme le blé qui souffrent d’une mauvaise année de récolte – tout comme le café ou le soja dont les prix s’envolent aussi. L’incident du cargo Evergreen dans le canal de Suez a aussi retardé de nombreuses livraisons, ce qui a eu un impact sur l’ensemble du transport maritime pendant des semaines." Si l’année 2020 a été finalement relativement “normale” pour les entreprises qui ont pu compter sur leurs stocks historiques, les réserves sont désormais vides et les usines ne tournent toujours pas à plein régime. Ils ne parviennent plus à répondre à la demande, en pleine croissance." S’il y a bien un produit qui manque plus que les autres, ce sont les semi-conducteurs. Ces petits appareils électroniques sont à la base de la composition de milliers de produits, allant des consoles de jeux, aux smartphones aux voitures. Ils sont un objet essentiel pour notre mode de vie occidental. En plus d’une production limitée, notamment à cause des tensions entre la Chine et Taïwan, les semi-conducteurs sont des produits plus demandés que jamais. Les confinements successifs ont eu un impact extrêmement important sur notre façon de travailler. La mise en place du distanciel a amené les foyers à s’équiper (ou se ré-équiper) en informatique… entraînant une hausse forte et soudaine de la demande en matière de semi-conducteurs. En plus de ces matériaux déjà en pénurie, d’autres industries pourraient être touchées dans les prochaines semaines. C’est notamment le cas des matériaux nécessaires au bâtiment qui sont déjà à la limite de la rupture et donc les délais de livraisons s’allongent de plus en plus. L’industrie du textile est elle aussi surveillée de près par les économistes qui craignent qu’elle n’atteigne le point de rupture rapidement.
Mais un nouvel élément pourrait encore venir compliquer les choses: la pénurie d'engrais. «Le coût des engrais est l'un des principaux moteurs de l'inflation alimentaire mondiale actuelle, car les prix des trois groupes de nutriments – potasse, phosphate et azote – sont à des niveaux jamais observés depuis environ une décennie», alerte ainsi Elena Sakhnova, analyste de la banque d'investissement VTB Capital à Moscou. La tonne d'ammoniac s'échangeait à 590 dollars fin septembre 2021, contre moins de 200 dollars un an auparavant. Une inflation de près de 200% .
Par curiosité, j'ai cherché quelques compléments d'information au sujet de ces histoires d'engrais et de ce qu'il en était pour la France. Sans surprise, la guerre Russo-Ukrainienne est venue exacerber cette situation. La Russie représente : près de 15 % des exportations mondiales d’engrais azotés,  14 % pour les engrais phosphatés et 19 % pour les engrais potassiques. 
La Biélorussie, alliée de Moscou, pèse pour 18 % des exportations d’engrais potassiques. L’incertitude sur le maintien des approvisionnements russes et l’effet des sanctions ont donc ajouté leur lot à la hausse des prix.  
La France dépend directement de la Russie à hauteur d’environ 7 % de ses importations d’engrais (en valeur). Nos principaux fournisseurs sont situés dans l’UE. Néanmoins, les matières premières nécessaires aux fabricants d’engrais européens - gaz naturel, ammoniac pierre à phosphate – sont notamment importées de Russie. 
Alors que de nombreuses unités de fabrication européennes tournent au ralenti pour faire face au renchérissement du coût de l’énergie, on estime que la capacité de productions d’ammoniac de l’UE est amputée de 50 %. Certains fabricants travaillent donc à l’adoption de procédés de fabrication d’engrais sans énergie fossile. C'est la seule bonne nouvelle dans cette affaire. Le suivi de l’indice des prix des moyens de production par l’INSEE montre, entre juillet 2021 et juillet 2022, une hausse de + 86 % du poste engrais et amendements. Notamment
  • + 116 % sur l’ammonitrate
  • + 126 % sur les solutions azotées
  • + 91 % sur l’urée
  • + 71 % sur les engrais simples phosphatés
  • + 108 % sur les engrais simples potassiques

 Dès lors, pour quels ajustements opteront les agriculteurs, à court et moyen terme ? Diminuer les quantités apportées ? S’orienter vers des cultures moins exigeantes en fertilisation ? Augmenter la part de légumineuses dans l’assolement ? le tout sans affecter le potentiel de production ? Si cette situation persiste, un tournant dans les pratiques devra être pris. Le conseil stratégique et pratique des Chambres d’agriculture pourrait ainsi être d’une grande utilité...

Bref, on n'a pas le cul sorti des ronces.
 
Mais bon, c'est l'été, la plupart des gens n'ont pas envie de penser à cela. Pour les plus riches, ça ne change de toute façon pas grand chose, le superflu est juste un peu plus cher. Les classes moyennes elles, se serrent la ceinture mais continuent de s'enthousiasmer pour les mêmes conneries. Depuis Marx le peuple a, en plus de la religion, des opiums supplémentaires (le sport, la télé, les jeux vidéos, les chanteurs de variété, les influenceurs, la VOD, des drogues de synthèse, et même du vrai opium tramadol et fentanyl). De temps à autres, au cours de l'année elles manifestent dans les rues, contre la vie chère, l'augmentation de l'âge de la retraite, plus rarement contre les lobbies thermo-industriels et le saccage de la planète. 
Quant aux pauvres qui crèvent dans la rue, ça évidemment, ça ne mobilise pas les foules. 
Il faudrait tout de même que j'aie, à l'égard du monde et de ses soubresauts la même indifférence que Kafka, qui le 2 Août 1914, notait dans son journal. "L'Allemagne déclare la guerre à la Russie. Après-midi piscine". Je ferais mieux de m’occuper de mes affaires personnelles et de prendre les dispositions qu’impose ma situation présente. 

Avignon 2023
 

lundi 31 juillet 2023

Revue de presse


 
Voilà,
le mois de Juillet tire à sa fin. J’ai rassemblé des titres d’articles trouvés sur Google News durant celui-ci. Je mets en outre en lien, pour les francophones que cela intéresse cette autre recension. Il semblerait que ce qui me préoccupe depuis des années, soit enfin en passe de devenir un sujet d'inquiétude désormais partagé. Ces articles sont de plus en plus alarmistes et ont un petit côté « chroniques de l’Apocalypse » tout à fait nouveau. Comment parvenir à rester joyeux dans ce qui semble le prologue d’une inévitable tragédie à venir ? En faisant l’autruche sans doute et en se réfugiant dans les vieux livres, les rêveries, et d'autres choses moins avouables.
Je lis sur le journal "Plus de 50 °C aux États-Unis et en Chine, autour de 45 °C en Italie, en Espagne ou en Grèce, des inondations meurtrières en Corée du Sud, des incendies qui font rage au Canada ou encore une température inédite de l’Atlantique Nord : la planète est soumise à des catastrophes climatiques en série. Le mois de juillet pourrait être le plus chaud jamais enregistré, après celui de juin. Le climatologue Michael E. Mann, directeur du centre pour les sciences et l’environnement de l’université de Pennsylvanie, réfute l’idée d’une accélération du réchauffement, mais prévient que nous pourrions franchir des points de bascule si nous continuons à utiliser des énergies fossiles". Mais le même jour les ministres de l’énergie des pays du G20, réunis en Inde samedi 22 juillet, n’ont pas réussi à s’accorder sur un calendrier permettant de réduire progressivement le recours aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Leur déclaration finale publiée à la fin de la rencontre à Goa, ne mentionne même pas le charbon, pourtant l’un des gros contributeurs au réchauffement climatique. Comment ne pas en être consterné, sinon accablé. L’humour me manque devant tant de bêtise. Cela laisse augurer qu’il n’y aura vraisemblablement pas de transition paisible. Tout cela risque d’être bien chaotique. Plus elles seront tardives et plus les décisions qui seront inévitablement prises dans l’urgence, susciteront panique et incompréhension. L’Histoire est prodigue de bouleversements sociaux précédés par de grandes perturbations écologiques ou des phénomènes climatiques inattendus. Évidemment, durant ce mois de Juillet, à l’endroit où je me trouvais, les gens parlaient moins du climat (bien qu’il y fît très chaud) que des spectacles à voir ou à éviter.
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes.

dimanche 30 juillet 2023

Wall drawing #538



Voilà,
en visitant la Collection Lambert, comme je le fais chaque fois que je me rends à Avignon, j'ai été très touché — sans doute l'avais déjà vue lors d'une visite précédente, mais je ne m'en souvenais pas — par cette pièce peinte par Sol LeWitt intitulée Wall drawing #538
Cette fresque déployée sur toute la hauteur des murs de la salle a été réalisée pour la première fois au château d’Oiron en 1984. Elle dialoguait alors parfaitement avec les fresques anciennes du lieu et s’inscrivait dans la grande lignée des œuvres in situ dont les peintres romains, puis ceux du Quatroccento avaient le secret pour embellir les villas et palais.
La notice pédagogique de la Collection précise en outre que "la méthode développée par Sol LeWitt dès le début des années 1960 trouve sa source dans de nombreuses influences. La plus évidente reste celle des artistes de la pré-Renaissance et de la Renaissance italienne, tels Giotto ou Piero della Francesca dont Il retient la manière de penser l’espace et la couleur. Après avoir recomposé le dessin original à partir des volumes proposés, Sol LeWitt et ses assistants ont tracé sur les murs les découpes qui créent ces impressions de perspective amplifiant l’espace. Ensuite vient le temps long et minutieux où les jus de couleurs sont passés au chiffon par tamponnage, comme une patine. Ce sont les différents passages des couleurs sur la surface qui donnent cette profondeur et cette transparence si particulières.
Sur le diagramme de l’œuvre, Sol LeWitt indique le tracé général mais aussi l’ordre des couleurs à appliquer."
shared with Monday Murals - aww monday

mardi 25 juillet 2023

La cloche est pleine de vent


 
Voilà
La cloche est pleine de vent, 
bien qu'elle ne sonne.
L'oiseau est plein de vol, 
bien qu'il ne bouge. 
Le ciel est plein de nuages, 
bien qu'il soit seul. 
La parole est pleine de voix, 
bien que nul ne la dise. 
Toute chose est pleine de fuites, 
bien qu'il n'y ait pas de chemins. 
 
Toutes les choses fuient 
vers leur présence

Roberto Juarroz

dimanche 23 juillet 2023

Déjà la tête ailleurs

 
Voilà,
j’ai déjà la tête ailleurs. Bientôt ce Pierrot géant inspiré de Watteau, que j’aurai, tout au long de ce mois, si souvent aperçu ne sera plus qu’un souvenir. Somme toute, comme ce fut le cas en 2019, certaines journées m’auront paru longues et pourtant les semaines se seront vite écoulées. Il reste trois représentations dont j’espère qu’elles se dérouleront sans problème. Car c’est dans cette ville que je suis devenu un homme à la mobilité vraiment entravée. Un problème de genou a soudainement fait de moi un invalide. Cela me gêne pour jouer, mais je peux tout à fait l’intégrer – je n’ai de toute façon pas d’autre choix – à la fatigue du personnage. À cause de cela je n’aurais pas vu autant de spectacles que je l’aurais souhaité. Il fallait se reposer.
On n’est qu’en juillet, mais je peux d’ores et déjà constater que 2023 aura été l’année du coup de vieux. Et aussi celle d’amères, bien que prévisibles déceptions. Je me demande si ce qu’il me reste de vie peut encore me réserver des rencontres intenses et d’heureuses surprises. Quoi qu’il en soit (j’adore cette locution) je suis content de quitter la faune théâtreuse. Dans quatre jours, si tout se passe bien, je serai à Paris, loin des moustiques et de la chaleur accablante. Je garderai simplement de ce séjour la nostalgie de ces moments à la terrasse du théâtre des Carmes où, en attendant de rentrer en loge, j’écoutais chanter les cigales dans les grands platanes et regardais passer les gens et les comédiens distribuant des prospectus de leurs spectacles
Shared with Monday Mural - aww monday.  -

vendredi 14 juillet 2023

Acrobaties patriotiques

Voilà,
cette photo a exactement quarante ans. Je n'ai jamais poursuivi ce projet, un moment envisagé, de photographier tous les défilés du quatorze juillet de l'ère Mitterrand. C'était un concept un peu con, qui de plus aurait nécessité que je fus à Paris, tous les ans à cette date. Il y a quand même d'autres choses à foutre en été. Jouer au festival d'Avignon par exemple, si tu aimes la chaleur caniculaire les moustiques-tigres et si ne t’effraie pas la perspective de croiser tous les crétins du métier que tu es parvenu à éviter durant l'année à Paris. 
À part ça – je l’avais écrit l’année dernière, mais il y a des vérités bonnes à rappeler – ce quatorze juillet, comme tous les ans, le Président de la République et son état-major vont célébrer en grande pompe, l'attaque à main armée d'une prison d'état par un groupe de casseurs radicalisés qui contestaient des lois et un système injustes ne servant que les intérêts d'une classe dominante au détriment de toutes les autres. Il se gardera pourtant bien d’honorer les émeutiers de la fin du mois Juin de cette année, qui avaient eux aussi de bonnes raisons de manifester leur colère. En outre, cette année l’invité d’honneur  – dont on espère sans doute qu’il nous achètera des armes – de cette soldatesque exhibition est le président de l’Inde, qui a aussi un penchant très prononcé pour le massacre de musulmans, ce qui ne manquera pas d’intéresser la police française encore petite joueuse de ce point de vue.

jeudi 13 juillet 2023

Solastalgie (2)


Voilà,
Comment se fait-il que ce paysage me paraisse à la fois si lointain dans le temps et comme inaccessible désormais ?  Mer nuages montagne tout à la fois ; rudesse et douceur mêlées. Je me souviens de la puissante émotion éprouvée alors. Y songeant à présent, je suis pris de solastalgie, cette détresse existentielle liée aux ravages environnementaux que les activités humaines de l’ère industrielle n’ont cessé de provoquer et d’amplifier..
Je me demande aussi parfois si le cerveau humain dont l’observation et le discernement constituaient des fonctions essentielles, n’est pas en train de devenir un organe inadapté, et dépérissant, ne nous permettant plus de penser les condition de notre survie. Certes on conçoit des télescopes qui nous offrent presque la possibilité d’observer l’origine de l’univers, mais dans le même mouvement l’on empoisonne nos eaux, notre air nos organismes sans y accorder l’attention et l’énergie qu’une telle situation exige.

Shared with skywatch friday  - DND  -  thankful thursday -

dimanche 9 juillet 2023

Interprétation et illusions

Voilà, 
les remarques et les interprétations de Mae sont toujours très pertinentes et stimulantes, tout comme son blog. Elles m’amènent souvent à reconsidérer ma pensée, la façon dont je m’exprime et peux être perçu. Ou bien encore à préciser un point de vue. À propos de l’image précédente elle écrit « They don't look down-and-out or desperate in any way, so one imagines other stories about them. And that's what makes it such a good photo: it demands that one imagine a story ». C’est plutôt flatteur. Et c’est vrai que chacun peut interpréter une photo. Mais c’est précisément cela qui m’embarrasse, et la raison même pour laquelle je tiens souvent à contextualiser une image, même si pour cela je dois préciser mon Einstellung comme dirait Wenders. En l’occurence expliquer les raisons de mon cadre. C’est vrai que je suis méfiant. Je ne fais pas trop confiance aux images, je les sais trompeuses, et leur nature illusoire. Leur fugacité  – à peine quelques centièmes de seconde – les rend par essence suspectes. 
Quoi qu’il en soit, concernant les deux clampins du Champ-de-Mars, j’imagine qu’ils pourraient figurer une version contemporaine de Bouvard et Pécuchet, Mercier et Camier, ou Vladimir et Estragon. Rien que pour les voir dormir comme cela, j’aurais envie de rajouter un banc près de leur arbre, à ces deux là. Mais les ayant-droit de Beckett si scrupuleux et orthodoxes quant à son œuvre me l’interdiraient certainement.
Autre image, mais cette fois-ci délibérément mystificatrices, ces fausses fenêtres en trompe-l’œil avec des personnages de théâtre que l’on aperçoit ici ou là dans les rues d’Avignon.
 

Shared with Monday murals - aww monday

vendredi 7 juillet 2023

Petit matin au champ de mars


Voilà
mi-juin, l'année dernière. Au cœur de la première semaine de canicule. Ce jour-là je me suis levé tôt le matin pour aller me promener avant les premières chaleurs. J'ai pris un vélo en location, sur une borne destinée à cet usage. On en trouve facilement à cette heure. J'ai musardé dans les rues désertes. Champ de Mars. Je pose ma bécane. Je me tiens devant ces deux, en toute impunité. Comme le soleil est derrière moi je dois juste me décentrer légèrement pour éviter que mon ombre trop longue ne se projette en premier plan. Outre la symétrie offerte par ces deux corps inconfortablement posés sur ce banc, ce qui m'intrigue c'est "comment en sont-ils arrivés à former cette figure insolite ? Ont-ils beaucoup bu cette nuit ? Pris des drogues ?"

jeudi 6 juillet 2023

Ciel d’Avignon


Voilà,
je m’obstine à publier des photos sans personne aux alentours de ces remparts qui me fascinaient tant lorsque je les ai découverts il y a bien des années (cela fait un nombre rond de décennies qui m’effraie à présent). Des photos qui auraient pu être prises telles quelles à ce moment-là. Mais, à la réflexion, je crois me souvenir que ces lieux étaient alors des parkings encombrés de voitures. 
Qu’importe, ce qui m’obsède en ce moment, dans une ville peuplée, à l’occasion du festival, d’une majorité de jeunes gens épris de théâtre, en quête de succès et de reconnaissance, c’est le vertige de ces années qui ont passé si vite. J’ai été comme eux autrefois. Me voici avec un corps dont j’ai du mal à admettre qu’il est devenu « cette chose », parfois fort douloureuse.
Sinon cette nuit, soixante tonnes de papiers (ce qui n’est pas très écologique) ont été collées sur les murs, pour promouvoir des spectacles plus divers les uns que les autres et pas toujours d’un grand intérêt, qui se donneront en alternance de dix heures à minuit dans des centaines de lieux climatisés (ce qui augmente de 2 degrés la température intra-muros). J’ai déjà évoqué tout ce cirque il y a quatre ans la dernière fois ou je suis venu. De nouveau j’en fais partie. 


J’espère que je n’aurais pas à le regretter et qu’il ne se passera rien de moche ou de pénible durant ce séjour. Si mon envie de jouer est intacte, elle est cependant bien pondérée par le fait de devoir le faire ici, dans un département qui vote massivement à l’extrême-droite et qui a bien changé depuis la création il y a soixante-dix ans de ce festival. Et puis j’aime de moins en moins la chaleur et le bruit. 

dimanche 2 juillet 2023

Tant que c’est encore possible

Voilà,
pour le moment les rues d’Avignon sont encore vides. Dans la semaine qui vient, elles commenceront à se peupler avec l’arrivée des artistes et des festivaliers et dès le 6 ce sera partout la foule et la cohue. Il ne sera plus question que de théâtre et la ville succombera durant un mois à une frénésie de spectacles en tout genres. D’ici là, j’en profite pour me promener paisiblement, tant que c’est encore possible.








mardi 27 juin 2023

Fraîcheur, paix, douceur

 
Voilà,
vraiment toutes ces contraintes, ces nécessités d'être efficace, ces obligations dictées par la vie quotidienne  — formulaires à remplir, dispositions de toutes sortes à prendre au cas où, choses à acheter, jeter, faire, réparer, inventaires à dresser, listes de consignes à établir, bouquins à trier (ceux qu'on garde, ceux qu'on vend, ceux qu'on donne), ménage à faire, à recommencer et j'en passe, — tout cela m'accable, m'exaspère... Je rêve d'ailleurs, de nuages, de paysages, d’océan ; je rêve de fraîcheur, de paix de douceur... Mais bien sûr, c'est tout le contraire qui se profile.

dimanche 25 juin 2023

Sculpture murale

Voilà,
c'étair à Funchal, sur l'ile de Madère. Est-ce à cause de la chaleur accablante qui pèse sur Paris — au point que je suis resté toute la journée enfermé chez moi, les volets clos — ou bien en raison d'un soudain coup de nostalgie pour cette île si merveilleuse ? Quoi qu'il en soit, je me suis souvenu de cette sculpture murale à hauteur d'enfant aperçue une fin d'après-midi dans une ruelle, alors que j'étais à la recherche d'une bouteille d'eau.
shared with Monday Murals - Pictorial tuesday

jeudi 22 juin 2023

Pendant que vous rêviez de faire autre chose

 
Voilà, 
c'est Sam Shepard je crois qui a écrit  "La vie, c’est ce qui vous arrive pendant que vous rêviez de faire autre chose". J'ai souvent pris des photos en ayant à la fois l'intense sensation du moment présent, et le désir ardent de m'en arracher. Ce jour là, hanté par certaines pensées obsédantes, douloureuses comme une crampe, et serrées dans des gangues de mots informulables, m’'enchanter de cette lumière sur le fleuve alangui m’avait paru la seule réponse au vertige de la mélancolie et au désordre de ma vie solitaire. Sournoise, subreptice, la fatigue qui ne s'était pas encore donnée un autre nom persévérait quant à elle, dans son lent et besogneux chemin.

mercredi 21 juin 2023

Pour quelques jours


Voilà

Été : être pour quelques jours
le contemporain des roses ;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette sœur
en d'autres roses absente.

Rainer Maria Rilke 

shared with - thankful thursday - friday face off - floral friday - midweek muse challenge

dimanche 18 juin 2023

Marché de Malaga

 
Voilà, 
le marché d'Atarazanas à Malaga, doit son nom, à l'époque où la ville était sous domination arabe. "Atarazanas" peut se traduire littéralement par "un endroit où les navires sont réparés". Lors de la domination maure une grande partie de la ville de Malaga était sous les eaux. Les Atarazanas étaient donc juste en bord de mer. Des documents datant du XVIIIème siècle montrent d'ailleurs des personnes pêchant depuis les murs de l’actuel marché.
Construit sous le règne de Mohammed V (1354-1391) le chantier naval du XIVème siècle était l'un des bâtiments les plus grands et les plus impressionnants de son époque. Les Atarazanas se caractérisaient par sept arches en fer à cheval qui composaient sa façade. Rapidement tombé en désuétude, après la reconquête de Malaga par les Rois catholiques en 1487,  l'ancien bâtiment historique fut transformé en couvent, puis par la suite en caserne militaire, en hôpital et, enfin, en école.
 En 1868, la Junte révolutionnaire demanda sa démolition pour fournir du travail "aux classes pauvres", Elle commença en 1870, lorsque fut approuvé le projet d'un nouveau marché conçu par l'architecte municipal Joaquín Rucoba. Grâce à l'intervention de l'Académie des beaux-arts de San Telmo, l'ancienne porte monumentale du marché fut sauvée et déplacée au centre de la façade principale du nouveau bâtiment. Rucoba, proposa un projet en accord avec l'œuvre préexistante, le conçut dans un langage néo-arabe, tout en appliquant le verre et le fer à grande échelle. Ainsi, bien que la quasi-totalité de l'ancien bâtiment ait disparu, Malaga a obtenu en échange un marché approprié et nécessaire, ainsi que l'un de ses plus beaux exemples d'architecture du XIXe siècle. L'édifice a été inauguré en 1879. Le chantier naval qui se trouvait là au quatorzième siècle, est évoqué sur cette façade en vitrail polychrome que rehaussent parfois les reflets du soleil .
 
 
Des bars à tapas y sont aujourd'hui aménagés et c'est là que j'ai réalisé un des portraits que je préfère de ma fille. Sans doute à cause de ce moment si paisible de complicité. Elle était à l'époque âgée de quatorze ans, et fière de pratiquer son espagnol pour passer les commandes. Je vivais alors un moment difficile et sa présence si délicate si enjouée me fut d'un immense réconfort. je me sentais alors, coincé dans ma vie, un peu comme cette figure aperçue sur un des murs de cette ville.



jeudi 15 juin 2023

Je deviens de pierre


Voilà,
plus que jamais je peux faire mienne cette réflexion de Kafka notée dans son journal en date du 28 Juillet 1914 : "mon incapacité à penser, à observer, à constater, à me rappeler, à parler, à prendre part à la vie des autres devient chaque jour plus grande ; je deviens de pierre... Si je ne me sauve pas dans un travail, je suis perdu". Mais je suis si fatigué. Je me demande parfois si je ne suis pas déjà perdu.

mardi 13 juin 2023

Ne pas chercher à comprendre



Voilà
longtemps que je le pense, si notre espèce finit par disparaître un jour de cette planète, grâce à l’efficacité croissante des techniques de destruction, ce n’est pas la cruauté qui sera responsable de notre extinction et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’elle suscite ; ni la cruauté, ni la vengeance, mais bien plutôt la docilité, l’irresponsabilité de l’homme moderne, son abjecte complaisance à toute volonté du collectif. Les horreurs que nous venons de voir, et celles pires que nous verrons bientôt, ne sont nullement le signe que le nombre des révoltés, des insoumis, des indomptables, augmente dans le monde, mais bien plutôt que croît sans cesse, avec une rapidité stupéfiante, le nombre des obéissants, des dociles, des hommes, qui, selon l’expression fameuse de l’avant-dernière guerre, "ne cherchaient pas à comprendre".  écrivait Georges Bernanos en 1947 dans "La France contre le robots". 
Mais, c'est un réflexe terriblement humain. "Ne pas chercher à comprendre" remplacé aujourd'hui par "faut pas se prendre la tête". 
On voudrait tellement que le monde ne change pas trop, ni trop vite. S'en tenir aux rituels anciens, immuables. Boire un verre en terrasse sans songer au monde tel qu'il devient ni aux nouvelles qui nous renvoient à l'absurdité de notre condition : il fait chaud à Paris où il n’a pas plu depuis le 16 mai. Trois semaines sans aucune précipitation, cela ne s’était pas produit à cette période de l’année dans la capitale depuis 1949. Et malgré une nuit de précipitations les sols d’Ile-de-France et plus globalement de la moitié nord du pays s’assèchent à nouveau. Oublier qu'il y a une semaine à New-York à cause des incendies au Canada, l’air est devenu irrespirable pendant quelques jours. Qu'il était alors conseillé de ne pas sortir ni de faire du sport, d’utiliser des masques et de recourir à l’air conditionné en fermant les fenêtres. Que si les écoles restaient ouvertes, les activités en plein air étaient supprimées. On rêvait d'un autre futur autrefois, dans les années cinquante. On imaginait que le progrès susciterait le bien être collectif, qu'il serait un moyen d'accéder au bonheur pour l'humanité. On espérait une gouvernance mondiale, celle des Nations Unies.... Putain on est loin du compte...
On ne veut pas songer non plus aux horreurs provoquées par l'invasion russe en Ukraine et aux terribles répercussions alimentaires pour une bonne partie de la planète, — puisque c'est un des greniers à blé du monde — qui ne manqueront pas d'aller en s'amplifiant. On veut oublier que depuis trois mois la température des océans survole tous les records, que celle de l'air décolle dans le monde depuis le début du mois de juin, et que l'étendue des glaces est au plus bas. On veut juste profiter d'une belle soirée de printemps, sur la place Dauphine, en se rappelant des airs d'il y a cinquante ans, quand l'album "dark side of the moon" paraissait, et que la marque de jeans Levi's offrait en France cette affiche publicitaire créée et réalisée par Gilles Bensimon pour l'agence CLM-Bbdo avec la place de la Concorde transformée en un vaste campus universitaire couvert de pelouse
 
.
Ce que j’ai simplement compris pour ma part, c’est que j’appartiens à une espèce qui depuis des siècles, cherchant à domestiquer la nature, l’a peu à peu saccagée, et qu’il n’est de retour en arrière possible. Tous ceux qui ont, au cours des cinquante dernières années, tenté d’alerter sur les dangers à venir n’ont recueilli que sarcasmes ou indifférence. Et maintenant je suis fatigué. Pas docile, ni obéissant, non, juste fatigué.

dimanche 11 juin 2023

Au facteur Cheval


Voilà,
la partie de la façade du magasin d'antiquités de Versailles "Au facteur Cheval", située à gauche du porche est en fait en trompe-l'œil parfaitement exécuté. Je me suis amusé à donner à l'image une légère patine pour en accentuer le côté désuet. Je l'ai aperçu il y a une quinzaine de jours alors que je me rendais au parc du château.

 
Il recommence à faire très chaud, avec des températures plus estivales que printanières.  Dans le parc ce dimanche toutes les fontaines fonctionnaient. Ce qu'on appelle communément  "Les grandes eaux de Versailles". Cela ne sera peut-être plus un spectacle aussi fréquent d'ici quelques temps puisque de plus en plus on parle de sécheresses récurrentes pour les années à venir.

samedi 10 juin 2023

Avancer

 
Voilà,
chaque pas exige un effort et une attention démesurée au regard de ce que la même action requérait autrefois. L'impression d'avancer sur une ligne de crête fort étroite et très friable. Où que se porte le regard, le vertige n'est jamais loin. Pas d'autre solution, pourtant que d'avancer, obstinément, avec ce qu'il reste de force, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à la chute dont on ne se relèvera pas.
(Shared with blue monday

vendredi 9 juin 2023

A l'ombre


Voilà,
c'était tout juste quelques jours avant mon voyage au Pakistan, en Août 91, donc. Traînant au jardin du Luxembourg — je me souviens qu'il y faisait très chaud ce jour-là (mais si peu au regard de ce que nous connaissons désormais) — cette dame assise, profitant de l'ombre avait retenu mon attention, pour la façon dont elle plantait ses talons dans le sol. Elle ne semblait pas vraiment détendue. Il est probable qu'à cet instant j'aie aussi pensé à Lisette Model et eu l'envie de réaliser un cliché à sa façon. 
J'avais alors la moité de l'âge que j'ai actuellement. Je vivais avec une femme sensuelle mais plutôt oisive et qui pour cette raison commençait à devenir encombrante. Je n'avais pas beaucoup d'objectifs dans la vie, à part un 50 mm. L'idée m'avait traversé à l'époque de faire une formation dans le design industriel. Mais trop velléitaire et me sentant trop vieux pour une reconversion, j'avais vite renoncé. Je manquais d'assurance et j'ai donc persévéré dans mes erreurs. Je me laissais porter par le cours de choses. J'étais un comédien qui travaillait raisonnablement au théâtre. J'avais un petit réseau. Je ne cherchais pas de travail, on m'en proposait. J'avais toujours plus ou moins un projet en vue. Pas toujours des trucs exaltants, mais l'argent rentrait et j'avais, comme on dit, "du temps pour moi". Je vaquais, cherchant à retenir parfois quelques fractions de secondes qui suffisaient à mon plaisir. 
C'était un autre temps. L'URSS s'effondrait. D'aucuns proclamaient la fin de l'Histoire. Comment a-t-on pu énoncer de telles conneries ?
J’écris cela par une tranquille et paresseuse matinée de printemps. Dans une trompeuse quiétude. Comme si de rien n'était. Un barrage a été détruit dans le sud de l’Ukraine par l’envahisseur russe, causant des inondations et noyant des gens qui ne peuvent être sauvés à cause des frappes militaires sur les secouristes. New-York suffoque sous un nuage de pollution dû aux incendies qui parcourent le Canada d’Ouest en Est, des records de température sont battus en Extrême-Orient, cela fait 25 jours d’affilée (un record depuis 1949) qu'il n'a pas plu ici. On espère des averses pour le week-end. En attendant il fait 30° à l'ombre à 11 heures du matin.
On assiste à cela qui est bien étrange : on commence tout juste à s'apercevoir que l'ampleur des ravages (prévus pourtant depuis des années) est pire que ce que l'on avait imaginé. On comprend trop tard et encore trop lentement qu'une lente catastrophe sans précédent pour l'humanité a vraiment commencé. Ce n’est plus une possibilité, une probabilité, c’est une réalité. On a pu, certes sans toutefois éviter de nombreux incidents et accidents nucléaires,  jusqu'à présent contenir le péril d'une guerre atomique, mais désormais on réalise qu'on est encore plus vulnérables devant les conséquences de nos actions contre la Nature.  Le bulletin d'information de la matinée, à ce titre, était bien éloquent. Ce qui était loin, devient soudain proche. Le ciel ocre des villes du nord de l'Amérique, les grands incendies, semblent les signes avant-coureurs de ce qui nous menace inéluctablement. Comme si cela frappait à notre porte.
Mais bon, il y a aussi des trucs bien. Même en ces temps funestes, il y encore beaucoup de trucs bien à vivre à éprouver. Nombre de gens s'emploient à rendre, dans ce chaos, l'existence plus douce, plus intelligible, plus sensible. À nous rendre plus disponible et poreux à ce qu'il reste encore de beauté. Par exemple, cet animateur qui se nomme Christian Merlin et qui présente sur France-Musique une émission intitulée "Au cœur de l'orchestre" où il partage avec enthousiasme son érudition. France-musique, que j'ai commencé à écouter plus souvent pendant le confinement, parce que j'en avais ras-le-bol de toutes les parlottes souvent bien connes et prétentieuses relatives à l'événement qui saisissait et immobilisait la planète, fut pour moi une sorte de havre pour l'esprit. 
Je suis content que, dans ce pays si accablant à bien des égards, dont la mentalité suscite à juste titre tant de sarcasmes de la part des étrangers, il existe encore ce service public. Il suffit juste d'appuyer sur un bouton pour avoir rendez-vous avec des mondes insoupçonnés. Par exemple, grâce à cette chaine, j'ai découvert hier Albert Roussel, un compositeur dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Albert Roussel avait le cul bordé de nouilles. C'était un rentier. Il n'a jamais eu besoin de vraiment travailler. Mais son temps libre, il l'a consacré à la composition musicale, et il a eu bien raison car il avait beaucoup de talent. J'ai aussi découvert il y a peu les "litanies à la vierge noire" de Francis Poulenc, et c'est fort beau. Ce sont de menus plaisirs. je les prends.
Évidemment "appuyer sur le bouton" ne va pas de soi. Tant de plaisirs faciles et frelatés nous sont proposés dans ce monde où, en outre la bêtise si souvent arrogante ne cesse de se propager sans qu'il semble possible de la contenir.


 
Je regarde les fougères, présentes sur terre depuis bien plus longtemps que nous. J'espère qu'elles pourront nous survivre.  Elles sont si belles.
 

mardi 6 juin 2023

Soirs de Printemps


Voilà,
il y a aussi ces soirs de printemps où la solitude pèse un peu plus que de coutume. Comme l'inspiration ne vient pas, pour tromper l'ennui, pour ne pas tourner en rond seul dans la maison, où il y a pourtant bien des choses pratiques à faire, je me convainc qu'il faut sortir, marcher un peu, voir autre chose. Autre chose, c'est souvent le cinéma. Ça dépayse, ça transporte. On ressort de la salle, et c'est de nouveau Paris. La lumière est belle, les journées durent longtemps. Il ne fait pas trop chaud. Une étoile solitaire brille dans le ciel. C'est à la fois le jour encore et déjà la nuit. Les lieux ordinaires prennent une apparence plus insolite, se chargent de mystère.


Certains soirs, la jeunesse s'attarde bruyamment sur les trottoirs. Je traverse des groupes sans susciter la moindre attention. Mes jambes ne sont plus aussi alertes, ma démarche plus hésitante, mes pieds traînent malgré moi, et parfois je trébuche. Les faux pas, ça me connaît désormais. Je me sens plus vulnérable, et de plus en plus étranger à ce monde. Je n'avais pas imaginé autrefois que je verrais autant de filles tatouées avec un anneau dans le nez, ni que je me sentirais vieux, un jour. Je repense à cette phrase de Romain Gary, dans "Les Promesses de l'Aube": "... je vais souvent dans les endroits fréquentés par la jeunesse, pour essayer de retrouver ce que j'ai perdu. Parfois je reconnais le visage d'un camarade tué à vingt ans. Souvent ce sont les mêmes gestes, le même rire, les mêmes yeux, quelque chose toujours demeure. Il m'arrive alors de croire presque qu'il est resté en moi quelque chose de celui que j'étais à vingt ans, que je n'ai pas entièrement disparu".
 


Et puis il y a aussi tous ces restaurants, ces bars ouverts la nuit, toute cette animation joyeuse à côté de laquelle je passe, toute cette apparente insouciance, quand pour moi la légèreté n'est plus tout à fait de mise. Combien de temps cela va-t-il encore durer, combien me reste-t-il encore de printemps où pouvoir marcher, en relative bonne santé, malgré tout, sans trop d'embarras ? Enfin il y a ce contraste, entre ce dont on parle tous les jours – cette catastrophe collective de moins en moins sournoise, qu'il est impossible de ne pas voir, de ne pas entendre, de ne pas sentir – et la futilité, sans doute nécessaire pour tenir à distance l'idée de ce qui nous menace. Moi aussi je tâche de faire bonne figure. Mais en fait c'est à cela que je ressemble. Et toujours ces voix qui s'éteignent une à une, de plus en plus souvent.


lundi 5 juin 2023

Cabanes

 
 
Voilà,
C’est une chose à la fois absurde et cruelle à constater, mais aux beaux jours lorsqu’il m’arrive d’apercevoir, en certains endroits peu passants de la ville, ces cabanes de fortune bâties par des sans-domicile-fixe, un peu plus débrouillards et bricoleurs que les autres, ce qu'il reste d'enfant en moi réalise — non sans un soupçon de honte d’ailleurs — combien j'aurais aimé en avoir de semblables lorsque j'étais gamin. Bien sûr aujourd'hui, de façon générale, je préfère ce genre de cabane. Mais bon, c'est ça qu'il m'est donné de voir dans la ville qui doit accueillir les Jeux Olympique dans à peine plus d'un an. 
Sinon, c'est la journée mondiale de l'Environnement. Un jour dans l'année, ça devrait bien suffire non

dimanche 4 juin 2023

Boucherie du temps passé


Voilà,
je me souviens — aussi bizarre que cela puisse paraître — qu'en passant un dimanche devant la boucherie du temps passé me sont revenues en mémoire deux phrases de Chris Marker, le génial auteur, entre autres, de "La jetée". La première disait "Le hasard a des intuitions qu’il ne faut pas prendre pour des coïncidences" et la seconde, lue dans le livre de photos intitulé "Le Dépays" qui est tout de même un titre magnifique " Le passé c'est comme l'étranger : ce n'est pas une question de distance, c'est le passage d'une frontière". Je passe beaucoup de frontières ces derniers temps. Les souvenirs m'assaillent plus que de coutume. Je trouve ça étrange et un peu inquiétant.
shared with  - Monday murals - aww monday - blue monday -

jeudi 1 juin 2023

Trois grâces

 
Voilà
en quelque sorte une réinterprétation contemporaine des Trois grâces, thème on ne peut plus classique dont il existe des traces depuis l'antiquité et abondamment illustré par les grands maîtres de la peinture. Il m'est d'ailleurs déjà arrivé de les apercevoir sous une autre apparence au cours d'une promenade sans m'en rendre vraiment compte.
Je ne saurais dire laquelle est Aglaé (qui représente la splendeur) Euphrosyne (la joie) ou Thalie (l’abondance). Ensemble, selon Hésiode elles incarnent un idéal de beauté et sont liées à Vénus déesse de l’amour qu'elles accueillirent à sa naissance, certainement avec le même soin que celui qu'elles accordent désormais à leurs sneakers et leurs smartphones.

Publications les plus consultėes cette année