samedi 22 octobre 2016

All Blacks


Voilà, 
Le sens du mouvement, l'audace, la puissance, la vélocité, la cohésion et cette immense confiance partagée telle que chacun peut à quiconque passer le ballon sans regarder son partenaire. La solidarité dans toutes les phases de la rencontre, l'harmonie dans la transmission ; ces hommes font d'un jeu un art. Ils donnent toute sa beauté à ce geste paradoxal qui consiste à aller de l'avant en se passant la balle en arrière quand des adversaires déterminés s'emploient à vous en empêcher. Parfois ils déferlent comme une meute terriblement organisée et impitoyable, d'autres fois ils semblent légers comme des anges. Peut-être sont-ils en train de transformer l'affrontement en un rituel. Ils ne combattent plus l'adversaire, ils l'utilisent pour se surprendre eux-mêmes, s'épanouir dans la grâce de l'instant et inventer des formes, des trajectoires, des assauts inédits. Je les regarde avec émerveillement. Elle est l'âme de tout un peuple cette tribu vêtue de noir et sous ces latitudes lointaines rudes et sauvages ceux qui la composent en sont les héros, Je me souviens la première fois où j'ai entendu parler d'eux. C'était en novembre 1967 au CES de Parentis-en-Born, j'étais alors en sixième. Nous avions cours de gymnastique un samedi après-midi sur deux. Cette année là, les Blacks étaient venus jouer en Novembre au stade de Colombes et le match avait été retransmis à la télévision, commenté par Roger Couderc qui a fait, avec son accent rocailleux du Sud-Ouest connaître et aimer le Rugby en France. Notre prof de Gym, monsieur Gallin, souhaitant regarder le match avait fait installer un poste TV dans les vestiaires du stade afin de nous donner selon ses propres termes "un cours théorique". D'ailleurs après le match nous avions dû reproduire certaines phases de jeu qu'il avait mis en évidence pendant la retransmission. Je me souviens que nous nous étions ensuite entraînés à faire des "mauls" après la récupération de la balle en touche (un maul commence lorsqu’un joueur portant le ballon est saisi par un ou plusieurs adversaires et qu’un ou plusieurs coéquipiers du porteur du ballon se lient à ce dernier. Un maul implique par conséquent quand il commence au moins trois joueurs, tous sur leurs pieds : le porteur du ballon et un joueur de chaque équipe. Tous les joueurs participant au maul doivent être dans le maul ou liés au maul et sur leurs pieds et avancer vers une ligne de but). Les All Blacks avaient à l'époque la réputation d'être imbattables, et en effet c'est une période où l'équipe a enchaîné 17 matches victorieux. L'équipe qui a ce matin battu l'Australie en est à sa dix-huitième victoire consécutive. Il est possible qu'elle ne s'arrête pas en si bon chemin.

mardi 18 octobre 2016

Chacun ses problèmes mon vieux


Voilà,
oui des fois c'est stupide dit-il. Il ne demande rien, les souvenirs remontent. Un peu comme l'eau croupie dans un évier bouché. (Ah je connais le problème des fois ça m'arrive à moi aussi, d'ailleurs à six ans je n'avais déjà que des souvenirs) C'est comme ça. S'en passerait bien. Souvent ça l'encombre. Oui souvent. Mais bien moins cependant que le présent... Comment font les autres ? C'est une question qu'il se pose bien des fois dit-il. Comment font-ils ? Oui comment pour s'accommoder du présent et du poids des choses passées ? Et où trouvez vous la force de croire encore en l'avenir ?  Il me demande ça à moi. Qu'est ce que j'en sais ? Moi aussi putain j'ai mes problèmes! Qu'est-ce qu'ils ont tous à me raconter leurs déboires, leurs questionnements métaphysiques, leurs coups de mou ? Qu'ils aillent se branler ça leur décongestionnera le cervelet! En ce moment tout m'accable qu'il dit. Tout est difficile qu'il rajoute. Et il en remet encore une louche : le moindre geste, la moindre action me pèse, un rien me fatigue. Eh bien fais un check-up, mon gars prends des vitamines, de la gelée royale et lâche moi la grappe. Et il déroule : pas envie d'être là. Pas sûr non plus que je sois capable d'être ailleurs. Oui parfois, je me verrais bien le cul dans le sable pas loin de la dune du Pyla par exemple, à regarder la mer et les nuages. Ah oui ça je comprends c'est beau la dune du Pyla, je m'y verrai bien moi aussi mais sans toi connard. Enfin bon j'imagine juste. Parce que je sens bien qu'une fois sur place j'aurais aussitôt la bougeotte. Me traîne un gros bourdon. La vie me semble sans autre issue que celle d'aller de mal en pis. Oh là là là là mais suicide toi mon vieux suicide toi va crever qu'on n'en parle plus si tu veux je te file un coup de main. Il me regarde avec son air de chien battu, et moi je lui souris bêtement. Je lui dis que j'ai connu ça aussi. Je ne sais pas comment m'en dépêtrer. Je ne comprends pas pourquoi il n'y a plus de feuilles aux arbres. Je songe au temps où j'avais une famille.

dimanche 16 octobre 2016

Nouveau Truc


Voilà,
C'était un nouveau truc.... Ma fille était allée acheter avec Henri son camarade de classe des bracelets chez le brésilien de la rue Maison Dieu. Depuis son commerc a fermé. Dommage, j'aimais bien sa boutique jaune verte et bleue dont la façade égayait la rue. Je me srappelle que j'allais y chercher, en 2009, des canettes de guarana avant de me rendre aux répétitions du Théâtre de la Tempête. Je ne me souviens plus exactement de quand date cette photo, 2012 peut-être, à l'époque on écoutait beaucoup la chanson "balado boa" de Gustavo Llima et aussi "Tacata"de Tacabro ou un peu avant la coupe de monde de foot de 2014. C'est étrange comme cette période, paraît à présent paisible, même si je ne l'étais pas vraiment intérieurement. La guerre, la terreur n'avait pas encore gagné nos latitudes. Et ma fille était encore une petite fille....

vendredi 14 octobre 2016

Deux Rombières



Voilà,
c'était en février 2015. A cette époque, pour faire sa promotion, un institut de langues étrangères affichait de mauvais jeux de mots sur ses panneaux publicitaires exclusivement placardés dans les wagons du métro parisien. Lorsque j'ai volé cette photo, j'étais en bonne compagnie. C'était une heure tardive, au retour d'un spectacle et ces deux femmes, (surtout celle avec sa fourrure), parlant de leur déboires familiaux – le mot argent revenant souvent dans leurs propos – m'ont immédiatement paru dignes d'intérêt. première publication 14/10/2016 à 21:30

mercredi 12 octobre 2016

Station balnéaire


Voilà,
c'était la dernière matinée de mon séjour, je m'apprêtais à quitter cette station balnéaire que je venais de découvrir avec ravissement et où je m'étais si bien reposé. Je regardais les maisons en songeant que cela devait être formidable d'appartenir à une de ces familles raisonnablement riche, catholique sûrement, où l'on se transmet du patrimoine de génération en génération. Bien sûr, pour l'avoir souvent entendu, je sais qu'une maison c'est coûteux à entretenir. Mais les pauvres ne se posent pas ce genre de question. Ils ne savent que bader et envier les bourgeois. Pour ma part je nourris à l'égard de ces derniers un mélange de fascination et de détestation, sans doute parce que je suis persuadé  que j'aurais été assez sournois pour profiter du confort et de l'éducation bourgeoise sans tomber dans le panneau de la subordination. J'ai tout de même eu affaire à pire dans mes jeunes années. Bref, j'étais sur la plage quasiment déserte et, un garçonnet, sans doute pour une mauvaise action (comme on dit au catéchisme) qu'il avait commise un peu plus tôt, tentait de s'excuser auprès d'une fillette en train de creuser un trou dans la plage. "Casse toi sale merdeux, dégage, je ne veux plus te voir" lui répondait celle qui semblait avoir sensiblement son âge. Était-ce une camarade de jeu, sa sœur ou une cousine ? Quoiqu'il en soit la violence de sa réaction sur la plage vide ("Ne t'approche pas, fous le camp petit con, je t'emmerde") contrastait avec le bon ton que j'avais pu constater les jours précédents, parmi ces familles catholiques qui fleuraient la France des rentes viagères, de la gestion dite "de bon père de famille", et des banlieues cossues de l'ouest parisien. En me baignant j'avais même pu entendre, quelques jours auparavant cette savoureuse réplique d'une élégante et embijoutée quinquagénaire vêtue d'un maillot de bain deux pièces (ce qui me rendra la religion catholique toujours moins détestable que les autres) expliquant à une autre femme, "la semaine prochaine c'est la béatification de Mère Theresa, et c'est très important pour nous car notre paroisse possède des reliques de Mère Theresa" première publication 12/10/2016 à 10:30

lundi 10 octobre 2016

L'Album "Black Star"


Voilà,
Jusqu'à présent j'en avais été tout à fait incapable, et puis je me suis résolu à le faire. J'ai enfin écouté l'album "Black Star" de David Bowie dans son intégralité. C'est tout à fait sidérant. Cette orchestration de jazz de Donnie McCasslin qui soutient l'album est puissante, et cela ne ressemble à rien de connu chez cet artiste. Longtemps que je n'avais pas été pareillement saisi. Bowie a offert au monde avant de le quitter, un immense cadeau. C'est beau, c'est émouvant, c'est parfois même déchirant. De sa mort à venir, il a fait une œuvre d'art intense et profonde

samedi 8 octobre 2016

Caricature



Voilà,
Il me semble parfois que je deviens fou. Le jeu social m'épuise. Je ne m'y reconnais pas. Je ne m'y retrouve plus. J'ai l'impression d'y faire une absurde figuration. J'accomplis des gestes, je tiens des propos. J'assiste à des événements, je me mêle à des manifestations. Je trimballe une sorte de caricature qui n'est pas moi et que je fais semblant d'être. Je n'ai envie de rien. Prendre l'air, le soleil, ça serait bien. Mais tout me coûte un effort considérable. Mettre de l'ordre dans mes affaires. C'est à cela que je vais m'atteler désormais. C'est tout ce qu'il me reste, pour avoir l'illusion que je maîtrise ma vie, et encore. Sinon j'achète de nouveaux parfums. Ça rend l'air du temps plus supportable.

mercredi 5 octobre 2016

Dépouilles


Voilà
ce que Jean-Paul Sartre écrivait au début des années cinquante après avoir visité la crypte des Capucins de Rome : "Ces moines conservent les dépouilles humaines pour faire durer le plaisir ; ils retiennent l'homme de devenir chose pour pouvoir le traiter comme une chose, ils arrachent les ossements à leur destinée minérale pour pouvoir les asservir à la caricature d'un ordre humain ; on les exhume en grande pompe pour en faire du matériau de construction. Les religieux jugeaient la beauté diabolique quand elle venait du siècle ; il se transforment en esthètes quand il s'agit de préférer tout, même le beau, à leur prochain ; ils décorent la chapelle avec de l'homme comme les gardiens de Buchenwald faisaient des abat-jour en peau humaine". Le lieu, insolite constitue un genre artistique unique d'une certaine façon, une sorte de kitsch funéraire. Ce qui est troublant dans la remarque de Sartre, c'est l'inversion chronologique, la revisitation et la critique du passé à la lumière d'événement récents. Comme s'il y avait une relation de cause à effet entre les deux événements. Les mettre d'ailleurs sur le même plan, paraît a l'heure présente assez faible. Comme quoi les conditions historiques, les circonstances déterminent aussi notre façon, sinon de penser, du moins de ressentir.

dimanche 2 octobre 2016

Regard Moderne, rue Gît-le-Cœur


Voilà, 
elle n'aura plus le même charme, la rue Gît-le-Cœur, maintenant que Jacques Noël son libraire, que l'on voit sur la photo s'est fait la belle. Hier soir, une rose était accrochée à la devanture de la librairie "Regard moderne". C'était, avec la salle de cinéma où j'ai vu autrefois le film de Peter Brook, "rencontre avec des hommes remarquables" et aussi "La peau" de Liliana Cavani d'après le roman de Malaparte ce qui restait de l'esprit bohème de cette rue. En face de la librairie, l'hôtel où descendaient les écrivains de la Beat Generation, est devenu un établissement de luxe. J'aimais l'incroyable capharnaüm de cet endroit si singulier. 


Il y a quelques jours encore, alors que j'allais voir un film à côté, il était là à lire sur son pas de porte en fumant une clope. Que va-t-il advenir de tous ces trésors ? Sans doute ce lieu va-t-il à son tour, lui aussi disparaître.

samedi 1 octobre 2016

Ce Besoin d'évasion


Voilà,
les choses concrètes, les tâches ordinaires de la vie quotidiennes suscitent la plupart du temps, au mieux indifférence, si ce n'est contrariété. Dans cette grande ville d'où il ne parvient guère à s'échapper, il voit certes encore des gens, mais ce sont des vieux, comme il l'est peu à peu devenu lui aussi sans pour autant vraiment s'en apercevoir. D'ailleurs, depuis quelques années, on le convie plus souvent à des enterrements qu'à des mariages. Deux fois par nuit il se lève pour pisser, marchant difficilement. Son corps engourdi, perclus de rhumatismes, se dérègle peu à peu. Comment ne pas ressentir cela comme une trahison ? Ceux pour qui il aimerait compter le considèrent avec une affection distante. Ses enfants l'appellent encore de temps à autre. Le plus souvent pour lui réclamer quelques services. Il ne fait pas vraiment son âge, et il lui semble que sa peau est encore douce, mais personne désormais ne lui prodigue plus de tendresses. Si sa libido ne le torture plus autant qu'autrefois, quelqu'un pour  lui gratter le dos, le caresser ou l'embrasser serait tout à fait bienvenu. Oui mais il n'y a personne. Malgré sa maigre retraite il s'autorise néanmoins une fois par mois un petit extra chez la masseuse vietnamienne du coin de la rue. Ne vit on pas désormais dans une société de services ? Il possède des trésors en lui. Des connaissances, de l'expérience. Il a même acquis une certaine forme de sagesse. Mais il sent bien qu'au regard de ce monde il est devenu un produit périmé. Il voudrait parfois disparaître. Des traces, il en laissera bien assez. De qui aura-t-il vraiment été aimé ? Qui l'aura vraiment compris ? Pas grand monde. Autrefois il avait rêvé d'un véritable amour, il n'aura connu que malentendus et mécompréhensions. Depuis que sa fille ainėe lui a reproché, en fustigeant "son fascisme carnassier" de l'avoir nourrie avec trop de viande durant son enfance, Julien Moristel se retire de plus en plus souvent dans ses pensées. Il a besoin d'évasion. Il boit. Peut-être qu'un jour ses paupières se refermeront définitivement sur un de ces paysages crépusculaires qui le traversent parfois. Alors comme un nuage ou comme un parfum, il s'évanouira doucement, abandonnant son existence aux souvenirs des autres. La légèreté le recueillera comme poussière dans un rai de lumière.

samedi 24 septembre 2016

Dans les ruines



Voilà,
Comme il avançait avec difficulté dans une ville en ruine dont il ignorait le nom, il se rappela soudain avoir vu avec en compagnie de son père en 1965, une retransmission télévisée du jubilé de Sir Stanley Matthews, footballeur qui avait pratiqué son sport jusqu'à un âge avancé. L'image de cet homme porté, à l'issue du match, en triomphe par ses coéquipiers et par ses adversaires d'un soir, alors que le public entonnait le chant "ce n'est qu'un au revoir," lui était déjà quelquefois revenue en mémoire. Mais à présent que tout, dans les parages, semblait irrémédiablement détruit et sur le point de se fondre dans une brume épaisse et d'un gris uniforme, le souvenir de cette image et ce chant, suggérait une possible porte vers un monde adjacent où  — du moins, de cela, avait-il grand besoin de se persuader — déjà se déployait avec lenteur un éventail de virtualités inaccomplies. Hanté par la sensation de n'être plus qu'une ombre en train de se dédoubler, il s'apprêtait à se quitter lui-même pour accéder enfin à la Lumière, et, qui sait, devenir cette lumière qui paraissait l'appeler bien qu'elle lui demeurât encore invisible. Mais, autour de lui, des voix et toute une agitation qu'il percevait à grand peine, semblaient lui intimer l'ordre de revenir sur ses pas. (shared with kym Decker's challenge )

mardi 20 septembre 2016

Le Nom sur le bout de la langue


Voilà,
J'étais content de ces retrouvailles imprévues avec une ancienne maîtresse. C'était si soudain, si improbable. Rien n'avait changé. Elle était toujours aussi séduisante et son appartement pareillement agréable. La première fois, après la représentation où je l'avais croisée par hasard au bar du théâtre, elle m'avait proposé de me raccompagner — d'accord c'est sympa — embarqué dans sa gigantesque automobile américaine, puis en cours de route suggéré de boire un dernier verre chez elle, c'est comme ça qu'elle avait dit, j'avais trouvé ça un peu vieux jeu comme expression mais j'avais quand même dit oui. Il m'est arrivé quelquefois de me faire enlever et j'ai toujours adoré ça, parce qu'au fond ça rend la suite bien plus simple et donc elle m'avait emmené dans son quartier résidentiel. Cette fois-ci je ne sais pas comment je m'étais retrouvé chez elle mais notre nuit d'amour avait été beaucoup plus torride que la première fois. D'ailleurs la première fois elle ne l'avait pas ėtė. Juste amicale, complice, mais somme toute assez raisonnable. Alors que là, vraiment oui quelle nuit ! Et puis toutes ces pizzas là qui flottaient dans sa chambre au-dessus de nous ! Très fines et odorantes ! Pourtant c'est seul — certes vigoureux comme un jeune homme au matin et c'est toujours bon pour le moral — mais seul que je me suis éveillé, surpris d'être là, chez moi, simplement chez moi. Le même mur en face les mêmes livres. Comment s'appelait elle déjà ? Je cherche je cherche j'ai beau chercher je ne trouve pas j'essaie de me concentrer ça ne vient pas du temps passe et toujours rien j'en suis au troisième bulletin d'informations matinal, où l'on parle de l'encellulement individuel inscrit dans la loi française depuis 140 ans et jamais appliqué dans les prisons de ce pays, trois fois qu'on me recommande aussi de voir un certain spectacle parrainé par la station pré-programmée de mon réveil-radio, et je ne parviens toujours pas à me souvenir du nom de cette femme. De ses gestes oui, de ses mots, de ses demandes, de son visage de sa voix et de quelques singularités anatomiques mais son nom, c'est quoi déjà son nom...
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dimanche 18 septembre 2016

Sur la plage



Voilà,
Se tenant à distance le promeneur observait l'homme et l'enfant qui jouaient sur le rivage. La rentrée des classes était imminente. A présent désertée, la plage reprenait possession d'elle-même. En surplomb posée sur le rocher, la maison invitait à une rêverie désordonnée où s'agrégeaient les épisodes d'une existence imaginaire, à la fois paisible confortable et inspirée. Comme il semblait loin le tumulte du monde. Tant d'harmonie tenait du miracle. La douceur de l'endroit engageait au repos sinon à l'abandon. Et la vie fragile se tenait là tout entière dans un rayon de soleil. (Linked with my corner of the world - midweek muse challenge

samedi 17 septembre 2016

Gérard s'en est allé


Voilà,
j'en ai quelquefois parlé, par-ci ou bien par là, au sujet de sa merveilleuse maison qu'il avait bâtie de ses mains, avec l'aide de maçons du coin, au sujet des cabanons qu'il avait restaurés dans la forêt, et parce que c'était une personne incroyablement ouverte et curieuse. Cette photo a été prise en 1986, c'est la seule que j'ai en ma possession où l'on me voit en sa compagnie. Ce jour là nous avions remonté  à plusieurs le four à céramique qui était assez lourd dans la maison de Molinario. J'avais alors trente ans, et lui soixante cinq. Il a quitté ce monde hier. Lui aussi, comme son frère Philippe, faisait partie de ceux que Peter Brook a nommés "des hommes remarquables". Il a eu une longue et belle vie. Je suis heureux de l'avoir croisé. En octobre 2014 il m'avait envoyé une réédition du livre qu'il avait écrit sur Châteaudouble avec une dédicace écrite d'une main sûre. Son dernier souffle aura été dans ce village qu'il aimait tant. 

vendredi 16 septembre 2016

Glaces Motta, louanges à dieu


Voilà,
celle-ci a été prise courant Août 1991, peu avant mon départ pour le Pakistan, à l'entrée du jardin du Luxembourg qui fait face à la rue Soufflot et au Panthéon. Les quatre hommes à chemise blanche sont américains, mormons ou témoins de Jéhovah je ne me souviens plus exactement et chantent une louange à dieu. Je me demande s'il existe encore aujourd'hui des glaces Motta ou si cette marque a disparu. (linked with the weekend in black and white)

lundi 12 septembre 2016

Lorsque l'enfant était enfant


Voilà,
un poème de Peter Handke que l'on entend si je me souviens bien dans le film "Les ailes du désir" de Wim Wenders

Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.
Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.
Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mines quand on le photographiait.
Lorsque l’enfant était enfant, ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?
Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi, avant de le devenir je ne l’étais pas, et qu’un jour moi qui suis moi, je ne serais plus ce moi que je suis ?
Lorsque l’enfant était enfant,
lui répugnaient les épinards, les petits pois, le riz au lait
et la purée de chou-fleur.
et maintenant il en mange même sans être obligé.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.
Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.
Sur chaque montagne, il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville, le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.
Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises, exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.
Lorsque l’enfant était enfant il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.
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samedi 10 septembre 2016

Dormir pour oublier (22)


Voilà,
c'est une image de rentrée. Une image parisienne de rentrée. Je suis ensuite passé au commissariat du cinquième arrondissement de Paris pour leur demander d'envoyer police secours. On m'a ri au nez. "Si on devait ramasser tous les clodos on n'aurait plus le temps de vous protéger. Vous etes au courant qu'il se passe des choses en France non ?". J'ai montré la photo. J'ai dit "je me demande s'il n'est pas mort" on verra ça m'a-t-on répondu. Je suis reparti. Il n'y a pas très longtemps, en plein mois d'Août on a découvert non loin de chez moi un mort de la rue. Un collectif recense ceux qui décèdent ainsi dans l'indifférence générale. Il en est certains parmi eux dont on n'a même pas retrouvé les noms.

vendredi 9 septembre 2016

Ruines


Voilà,
"La poésie de la ruine est poésie de ce qui a partiellement survécu à la destruction, tout en demeurant immergé dans l’absence : il faut que personne n’ait gardé l’image d’un monument intact. La ruine par excellence signale un culte déserté, un dieu négligé. Elle exprime l’abandon et le délaissement. Le monument ancien était un mémorial, […] il perpétuait un souvenir. Mais le souvenir a été perdu, une signification seconde lui succède, annonçant dorénavant la disparition du souvenir que le constructeur avait prétendu perpétuer dans la pierre. Sa mélancolie réside dans le fait qu’elle est devenue un monument de la signification perdue." (Jean Starobinski in "L'invention de la Liberté") linked with The weekend in black and white

mardi 6 septembre 2016

Pierre Soulages et le Rugby


Voilà,
il n'y a pas très longtemps j'ai entendu une émission sur le Rugby à France Culture intitulé "Sport d'hommes jeu d'enfants" et l'un des invités était Pierre Soulages. J'ignorais sa passion pour ce jeu et cela me l'a rendu définitivement plus sympathique encore. Il y évoque à la 41ème minute une anecdote : venu à Paris pour y faire ses études d'Arts plastiques, il se promène un jour avec des amis du côté du boulevard St Michel. Là soudain un policier l'interpelle et lui demande s'il est bien Pierre Soulages. Interloqué autant que ses amis il répond par l'affirmative. Le policier se découvre alors. Il est lui aussi du sud où il a vu Soulages jouer au rugby et lui propose aussitôt de venir intégrer le Stade Français où il aurait tout à fait sa place en équipe première. Le policier note même sur un bout de papier le numéro de téléphone de quelqu'un qu'il doit absolument joindre. Soulages précise alors qu'il a pris soin de ne pas donner son adresse parisienne de peur qu'on essaie de l'y retrouver. Il ajoute même qu'à ce moment là il a craint que son attrait pour le rugby ne le détourne de ce qu'il considérait comme plus important, à savoir la peinture. Évidemment, je ne peux m'empêcher, à la lumière de cette information d'établir une relation entre le noir des tableaux de Soulages et le maillot des All Blacks qui depuis toujours sont à la fois l'esprit même et l'incarnation de ce jeu. Quoiqu'il en soit il explique aussi dans ce documentaire la relation qu'il y a entre sa façon de peindre, d'envisager le tableau et ce qu'il a éprouvé du rugby.

dimanche 4 septembre 2016

Surgissements



Voilà,
Certains surgissements sidèrent. Ils sont au-delà des mots. Il faut les accepter avec leur violence et leur grimaçante obscénité. Ce sont les figures de ma déraison. Oui certaines images qui aboutissent après un long processus me laissent pantois, effaré. Celle-ci par exemple. Je sens bien que d'une certaine façon elle dérange. Pourtant elle me plaît bien. Elle m'étonne. C'est de cela dont j'ai envie. Être étonné. Si je produis une image qui m'étonne, alors je me désennuie de moi et c'est très bien, même au prix du dérangement. Qu'importe le moyen, le traitement, tout à coup une image s'impose par son énigme. C'est ce qui me la rend plaisante sinon belle. Je ne comprends pas comment elle a pu se retrouver là. Elle est une irruption une rupture dans l'ordre de ce qui m'est intelligible. À mes yeux donc, elle se constitue en événement. Je la trouve tragique et farcesque tout à la fois. Archaïque. Oui comme venue d'un autre temps. Celui où je taillais la pierre pour donner forme à la gargouille que je devinais en elle. Je ne savais faire que ça, mais parmi les compagnons ma réputation était grande. On m'acceptait tel que j'étais on me reconnaissait le droit de faire surgir les démons, les figures ténébreuses de la peur, et la joie grotesque des demeurés, l'effroi de toutes sortes de figures de la damnation. L'enfer et les gargouilles c'est tout ce que j'aimais sculpter alors, c'était ma spécialité. Les gens d'église ne m'aimaient pas. Se signaient en se détournant à mon passage. Je travaillais pourtant à leur maison. Heureusement les autres compagnons me soutenaient. L'un d'eux un jour, me demanda même de lui sculpter une tête de Salamandre sur un éclat de marbre noir. Lorsque, non sans une certaine appréhension, car ce marbre m'était inconnu et m'avait posé quelques problèmes, je lui avais présenté l'objet il s'en était saisi, l'avait longuement observé, puis refermant à main sur lui l'avait déposée dans poche, avant de me serrer fort et très longtemps dans ses bras. J'avais senti la chaleur de ses deux mains à plat sur mon dos. En avais éprouvé de l'embarras. En se déliant il m'avait dit droit dans les yeux, "non seulement compagnons mais frères aussi". Mais tout ça c'est de l'histoire ancienne. Désormais, dans un monde dépourvu de sens, seul devant mon écran, je rêve d'amitié, de cathédrales, et de chimères gravées dans la pierre.
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jeudi 1 septembre 2016

Flux et reflux


Voilà,
"Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser".  (Jean-Jacques Rousseau, "Les rêveries du promeneur solitaire")

mardi 30 août 2016

Légèreté



Voilà,
Pendant quelques jours, trop peu, j'ai retrouvé la légèreté. La légèreté c'est la plage. C'est le soleil. C'est se baigner. S'abandonner à ces joies simples. Marcher sur la berge, respirer le grand air. Prendre le temps. Retrouver les sensations de l'enfance. N'avoir de compte à rendre à personne. J'aimerais retourner là. Je m'aperçois que je ne m'autorise pas suffisamment de vacances et de changement d'air. Kafka disait de Prague que c'est une petite mère qui vous tient dans ses griffes. Peut-être ai-je le même rapport à Paris. Il faut que je me libère plus souvent de cette ville. (Linked with my corner of the world)

lundi 29 août 2016

Dans le pays de son passé

Juillet 1983
Voilà,
"Mais le plus souvent le voyageur dans le pays de son passé ne cherche pas à montrer ou démontrer, encore moins à convaincre. C’est à lui-même qu’il parle. Quand il essaie de reconnaître la forme de quelque chose qui fut, et qui fut lui, il essaie de trouver des points d’appui pour se persuader que ce fut réel, qu’il n’a pas rêvé, qu’il ne rêve pas : qu’il existe vraiment, comme une chose du monde, malgré la destruction, l’instabilité et la méchanceté. Il ne cherche pas à reprendre racine dans la stabilité d’un lieu du monde : il cherche, au contact de la fragilité des choses, à se reconnaître lui-même comme lieu d’enracinement. Un lieu provisoire et instable, mais le plus réel de tous." (Pierre Pachet) 
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vendredi 26 août 2016

Solitudes


Voilà,
hors-cadre, il y a un duo de musiciens qui joue. Je crois que la fille qui allume sa clope est la copine de l'un d'entre eux. Le type adossé contre le mur ne semble avoir aucun lien avec la fille. C'était il y a un an presque jour pour jour à Londres. Il y a pas longtemps avec C. on a reparlé de ce séjour. C'était vraiment bien m'a-t-elle dit. Je confirme. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 24 août 2016

L'Importun

Voilà,
il n'était pas attendu celui-là il a débarqué comme ça.
Il a convoqué ma main mon crayon à mon corps défendant.
Enfin non pas tant que ça il y avait de la tentation.
Un crayon un crayon tout de même. 
Un crayon.
La tentation des gestes anciens.
il me semble que parfois je les perds ce sont eux qui me sauveront c'est sûr ai-je alors songé.
Donc petit à petit il est apparu comme ça il a réclamé ses traits les a eus.
Mais quand même il a fallu que je le passe à la machine.
Pas pu m'empêcher non / je suis lié à la machine.
La machine est une extension de moi.
Je m'en méfie cependant / de plus en plus je m'en méfie.
Ses sollicitations sont sournoises.
Me happent parfois vers des enfers que je m'efforce de retranscrire à ma façon.
Mais c'est éprouvant.
Bref l'ai passé à la machine  assez bien passé je pense.
Me regarde d'un drôle d'air mais c'est comme ça.
Voilà je ne l'attendais pasmais il est là.
Va falloir consentir à un peu de sympathie pour lui. 
Pas très avenant semble-t-il au premier abord.
A l'air de me reprocher quelque chose mais n'y suis pour rien.
C'est lui qui est venu me chercher / a voulu que je l'aboutisse comme ça
L'a pas du envisager qu'il passerait à la machine.
Me promener dans les formes que me suggère la machine j'aime ça.
Jouer avec la machine lui faire des propositions absurdes incongrues J'aime ça aussi.
parce qu'elle répond.
La machine répond toujours quand il s'agit de générer des formes.
Se fout de savoir où et quand elle a été fabriquée.
Mais sollicitez là délicatement
et il est possible qu'elle vous soumette alors des visions auxquelles vous n'aviez pas songé.
Donc c'est sur lui que c'est tombé.
bah oui fallait pas apparaître.
Cette apparition m'a laissé perplexe.
Elle s'est improvisée comme ça.
Oui bien sûr je l'ai laissée venir je lui espérais une chance.
Et puis j'ai voulu voir un peu plus loin.
A un moment je me suis dit 
mais qu'est ce qu'il fait celui-là pourquoi il est là pourquoi il s'arrête ?
Il est là donc peut être las aussi peut-être ailleurs déjà.
Peut-être ne voulait-il que passer
Il n'avait pas conscience de sa forme
Peut-être était-il déjà prêt à se transformer encore mais non.
C'est comme ça que ça s'est passé


Donc il est là dans son cadre 
à ce stade de son évolution de sa métamorphose on peut appeler ça comme on voudra
ou ne pas l'appeler  / non ne pas l'appeler /c 'est aussi bien à ce stade
A moins 
à moins qu'il ne fut cet invité surprise dans le crayon.
Que sa forme ait été tout entière déjà dans le crayon.
Et que la forme dans le crayon savait qu'elle passerait à la machine.
Sans aucune idée toutefois de ce qui adviendrait après la machine.
car les formes pensent.
Les formes sont vivantes elles viennent vers nous
Elles se proposent comme un divertissement
Les formes nouvelles
comme disait Treplev
je les vois partout
Ce sont des sons ce sont des images ce sont des gens avec des petites machines dans lesquelles il se mirent.
Le monde des vivants a pris une autre forme depuis l'apparition des petites machines.
Les dos sont voutés, les pouces hypertrophiés, ils avancent aveugles et courbés.
Mais lui dans le cadre il me regarde.
Il me regarde.
Je lui trouve un air de lutteur fatigué.
Il est encore un peu coincé dans son ancêtre qui était un insecte.
Et puis cette tête sur ce corps c'est pas de chance.
Ce corps non plus c'est pas d'chance.
Mais il est assez abouti dans son pas-de-chance;
il est là donc
dans la réalité
Peut-être va-t-il en appeler d'autres.
C'est bien possible ça
Peut-être est il tribu tapie dans la page blanche.
Mais il est possible aussi que la tribu se trouve tranquille dans la page blanche.
Et qu'elle veuille y rester.
Juste un affaire de crayon.
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vendredi 19 août 2016

Sans remède


voilà,
dans ma jeunesse j'ai travaillé à l'AFP. Il s'agissait de trier les dépêches. On me payait (mal) mais on me me payait pour ça. Maintenant par loisir, ou pour combler mon désœuvrement, ou bien lorsque le sommeil ne vient pas, j'en consulte d'autres, plus frivoles. J'y vois des chats qui ont peur des concombres, des questions qui me sont posées "si vous deviez être enfermé dans un film pendant un mois lequel choisiriez vous ?" on m'y affirme que le dernier clip de will.i.am est un chef d'œuvre (c'est vrai que c'est assez réussi), on me donne les noms des députés socialistes qui ont voté pour le secret des affaires au parlement européen, on m'indique la liste des produits monsanto à boycotter en France, et les marques vestimentaires qui ont opté pour la mode musulmane, on m'informe sur l'Achat par des sociétés chinoises de terre agricoles dans le Berry, on m'apprend que des photographies vieilles de cent ans ont été découvertes dans les glaces de l'Antarctique, qu'un comité du rire s'est tenu à l'entrée d'une conférence sur l'Éthique conclue par le président d'une grand groupe bancaire français, que des chinois (encore eux) utilisent la fumée des usine la nuit comme écran géant pour dénoncer la pollution. Une amie trouve que dans son réseau il y a des propos ouvertement racistes à l'encontre des femmes qui s'insurgent contre le port du voile, on diffuse des vidéos montrant des défilés d'enfants qui cherchent à être adoptés, d'autres où l'on voit que le troisième ligne des Reds de Melbourne est capable de claquer un drop de quarante mètres en toute décontraction, que Patti Smith nous recommande d'éviter tout ce qui pourrait faire de nous des esclaves (c'est cool Patti moi-même je me suis libéré je n'achète plus tes disques). Parfois on a envie de silence, un peu. De dire comme Hamm dans "Fin de partie" de Samuel Beckett : "vous êtes sur terre c'est sans remède, allez vous en et aimez vous. Léchez vous les uns les autres. Foutez moi le camp retournez à vos partouzes". Il suffirait de débrancher, de se couper du bruit du monde. Mais peut-être craint-on alors d'être plus seul encore, et de s'apercevoir qu'en ce monde justement on y compte encore moins qu'on ne le craignait et que oui peut-être qu'il est sans remède, ce sentiment d'abandon.

mercredi 17 août 2016

Tout va bien se passer


Voilà
"partir là-bas, pensant qu'on aurait aussi bien pu rester ici ou aller ailleurs. Partir, parce qu'on voudrait être nulle part et partout à la fois. Partir pour fuir une peur et aller au devant d'une autre. A moins qu'il ne s'agisse de la même sous deux formes différentes. Partir à cause d'une injonction qu'on s'est faite un soir dans un état second. Partir dans le vague, entre étourderie et étourdissement. S'absenter quand tant d'absences déjà vous traversent. Partir pour passer à autre chose. Pour fuir les fantômes. Partir seul puisqu'il n'est personne à cette heure avec qui partager le silence ni vers qui tourner son regard. Partir en laissant les fenêtres ouvertes comme si on allait revenir demain tout en craignant de ne revenir jamais. Partir parce qu'il n'y a nul horizon dans les murs. Partir avec l'illusoire et fugitive croyance que les larmes se changeront en rosée. Partir quand tout semble hors de portée. Partir avec des brassées de rêves et de mots éparpillés dans l'indifférence. Partir, car du vertige on ne peut longtemps faire sa demeure. Bref, s'arracher. Allez ! Tout va bien se passer."
Ces lignes que j'avais écrites, en Juillet 2015 avant mon départ pour Madère, j'avais finalement renoncé à la publier. Je les ai laissées quelques heures en ligne le 27 mai, avant de les déprogrammer. Écrites dans un grand moment de panique et de désarroi comme il m'arrive de plus en plus souvent d'en éprouver l'été, elles sont encore d'actualité. En fait, j'ai besoin d'un abri, j'ai besoin d'un refuge où me sentir en sécurité. Je suis fatigué, je n'arrive pas à décrocher. J'ai besoin d'un temps sans objectif sans contrainte sans nécessité sans optimisation sans jugement sans connexion sans planification sans ville sans foule. Ce n'est pas encore pour cette fois-ci. Je ne voudrais pas être comme ça. Perpétuellement inquiet. Mais c'est plus fort que moi. Parfois j'ai envie de baisser les bras. Je n'en peux plus d'être ainsi, perpétuellement aux abois. Je voudrais juste me retirer. Un peu. Un temps. Pas tout seul.

dimanche 14 août 2016

Le monde VUCA


Voilà,
parfois on lit de drôles de choses, des analogies étranges qui associent le monde de l'entreprise à celui d'un théâtre d'opérations sanglantes, la réalité manageriale à un chaos d'où le danger peut surgir à n'importe quel instant  "D’après le sociologue d’origine polonaise, Zygmunt Bauman, notre monde serait passé d’un état solide à un état liquide. Auparavant la terre, centre du cosmos clos, donnait un cadre stable à nos représentations. Aujourd’hui, l’infiniment petit, l’infiniment grand échappent à toute représentation, plongeant l’esprit humain dans les affres métaphysiques de chemins qui ne mènent nulle part. A un tout fini, bien ordonné, une hiérarchie de valeurs reconnue, succède un univers infini, que l’on découvre de plus en plus chaotique. A cette vision de la nature et de ses phénomènes correspond avec quelque décalage la transformation de la société. A une communauté majoritairement paysanne, ancrée dans son terroir d’origine et réglée selon le rythme des saisons, succède une agrégation d’individus soumis aux influences économiques erratiques. En bref, nous n’avons plus de vrai référentiel commun et les avancées technologiques nous offrent des instruments de plus en plus perfectionnés qui « fractalisent » nos représentations, ou, pour le moins, les éclatent."
 Une lecture de ce phénomène rencontre un certain succès dans les organisations ; elle est celle que proposent certains militaires (et ex-) de l’armée américaine : notre monde serait devenu VUCA, acronyme pour Volatility, Uncertainty, Complexity, Ambiguity. Les problèmes rencontrés en Afghanistan, en Irak, etc. seraient d’un type nouveau. Dans nos entreprises, cette description rencontre par analogie un certain écho : beaucoup d’organisations reconnaissent ce caractère volatile à l’exemple du côté éphémère de nombreux projets qui se succèdent sans être toujours aboutis. L’incertitude est présente là où les possibilités de planification réaliste n’excèdent guère trois mois – au-delà nous sommes dans le long terme! La complexité va de soi, avec l’infobésité dont nous sommes au quotidien les victimes plus ou moins consentantes, par le nombre de mails, d’alertes, de tweets, échangés. Quant à l’ambiguïté, elle se vit déjà au travers du manque de clarté dans les communications, manque de clarté lié soit à l’usage du sabir anglo-français bien éloigné de la précision anglaise, soit à une réflexion précipitée. Ce monde VUCA, complexe et en évolution permanente, exige des managers, de l’agilité, de l’intelligence collective, un investissement total. Si certains y voient une crise, c’est-à-dire un changement de paradigme, on peut y voir aussi le retour à un certain équilibre dans les relations humaines, et pourquoi pas une Renaissance.". J'ai lu ça il y a quelques mois c'était signé d'un certain Bertrand Caroy, saisi par ce que Roland Barthes appelait le démon de l'Analogie : "Toutes les explications scientifiques qui ont recours à l'analogie - et elles sont légions - participent du leurre, elles forment l'imaginaire de la Science". Double leurre, puisque le discours sur l'Entreprise se targue encore aujourd'hui de scientificité avec ce que l'on appelle encore de nos jours les sciences de l'information et de  la communication. Quoiqu'il en soit, dans ce monde saturé d'images, de messages, d'informations, d'injonctions permanentes, de sollicitations, de connections, de mots de passe, d'identifiants, d'avatars divers et variés j'éprouve de plus en plus souvent l'impression de ressembler à cette silhouette dans l'image
(shared with friday face off

vendredi 12 août 2016

Poissonnerie


Voilà,
cette image prise au marché couvert de Malaga en novembre dernier me touche parce que les silhouettes qui s'y trouvent me rappellent celles que j'ai pu croiser dans mon enfance. En fait ces personnes ne sont en quelque sorte "pas d'actualité", mais comme les vestiges d'un monde en voie de disparition, fait de proximité physique, de temps partagé de convivialité. Les vêtements du client ont quelque chose de désuet et même la balance semble d'un autre temps. (Linked with The weekend in black and white)

jeudi 11 août 2016

De la peur et des images


Voilà 
que je m'interdis la publication de certaines images. Des photos par exemple qui m'engagent trop auprès des personnes qui s'y trouvent et qui me sont chères. Ou bien des peintures digitales aussi, des dessins des collages des techniques mixtes dont je crains qu'ils soient trop choquants ou violents. D'ailleurs quelques images bien que je les ai conçues me foudroient. Sans trop m'expliquer pourquoi, je leur attribue une intention maléfique, non qui viendrait de moi, mais dont elles seraient porteuses en quelque sorte à mes dépens, comme si elles m'avaient échappé. C'est étrange une image. Tant qu'elle se fabrique, elle se laisse regarder d'une certaine façon. On est occupé par des problèmes bien techniques, de contraste de définition, de densité de couleurs, de transformation, de calques etc... Mais achevée, il arrive qu'une sorte d'effroi gagne. Car il semble à présent que ce soit l'image qui fixe, regarde scrute celui qui tout à coup ne peut plus observer tant il se sent à la merci d'un mystérieux pouvoir de persuasion qu'il ne peut s'empêcher de lui attribuer. Oui l'image regarde convoque d'insoutenables fictions que l'on voudrait aussitôt chasser de la pensée. Mais trop tard, le mal est fait. Sournoisement l'image a déjà commencé son lent travail de sape.
Certaines images il ne faut pas trop se laisser capter par elles. Il faut les tenir à l'écart. Les reléguer. Faut-il pour autant les détruire ? Je ne suis pas certain.
Est ce qu'une image peut porter malheur ? Pourquoi une image apparaît elle ? Les images ont-elles un pouvoir ? Peut on faire de la magie malgré soi ? Ai-je des heures où je suis sorcier ?  Parfois les images captivent et suscitent du bien-être, suis-je alors un bon chaman ? Comment tenir à distance les images ? Certaines formes génèrent elles des angoisses particulières ? N'est il pas stupide de charger une image d'intentions alors que ce n'est rien d'autre qu'une surface optique composée de pixels ? L'image provoque-elle un effet de dédoublement ? Est-il possible qu'on puisse être prisonnier d'une image comme l'enfant dont on raconte l'histoire dans "La Jetée", de Chris Marker  —  je mets en lien le film en version anglaise spécialement pour toi Bill au cas où tu ne le connaîtrais pas —. Suis-je d'ailleurs à jamais prisonnier de l'émotion que suscita ce film lorsque je le vis pour la première fois ? Mais ça c'est une autre histoire.
Donc, l'imagination enfante parfois des monstres. Ma propre imagination. Aujourd'hui je ne suis plus en mesure d'y faire face. Il arrive que je me détourne de ma propre production. Mais bon, pour ce qui est de cette photo, elle me plaît sans me faire peur. Et je suis parvenu à disparaître du reflet

mardi 9 août 2016

Visions de Saint-Antoine



Voilà, 
il y a quelques temps j'avais déjà fait une tentative, ceci en est une autre. Une réinterprétation de "La Tentation de Saint Antoine" donc. Rappelons brièvement l'argument : Antoine le Grand aussi appelé Antoine d'Égypte ou encore Antoine l'Ermite, considéré comme le fondateur de l'érémitisme chrétien, dont la vie nous est connue par le récit qu'en a fait Athanase d'Alexandrie vers 360 serait né vers 251 et mort vers 356 à l'âge de 105 ans, entre les bras de ses deux disciples, Macaire l'Ancien ou Macaire d'Égypte et Amathas. Retiré dans le désert d'Égypte, il est connu pour y avoir subi la tentation du Diable sous la forme de visions des voluptés terrestres. De nombreux peintres parmi lesquels, Bosch, Patinir, Grünewald, Brueghel l'Ancien se sont inspirés de ce thème. Plus près de nous Cézanne, Félicien Rops et aussi trois peintres surréalistes ont illustré cet épisode : Max Ernst, Delvaux, et Dali. Curieusement Picasso ne s'y est jamais intéressé. J'ai découvert les tableaux de Grünewald et Ernst vers 18 ans, dans un recueil de planches intiltulé "Painters of Fantasy" édité chez Phaidon Press et que j'avais acheté lors d'un de mes premiers séjours à Londres où vivait la sœur aînée d'Agnès. Mon intention avec cette image comme avec nombre d'autres depuis Janvier, c'est de faire jouer le principe de l'enchâssement, qui en grammaire générative se définit (pour faire simple) comme une transformation consistant à inclure une ou plusieurs phrases dans une autre. Ainsi devient elle intéressante, non pour ce qui s'y voit mais pour ce qui s'y cache ou s'y laisse entrevoir de façon incertaine. Un peu comme dans les peintures d'Arcimboldo qui faisait apparaître des visages dans des amoncellements de fruits de feuilles et de légumes. 

Publications les plus consultėes cette année