mardi 17 mars 2015

Un Bernard Buffet rue des Saints-Pères


Voilà,
passant mercredi dernier, rue des Saints-Pères, mon regard a été attiré par cette devanture. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un tableau de Bernard Buffet exposé dans une galerie. Buffet, tout de même, c'est une image du Saint Germain-des-près des années cinquante au même titre que le café de Flore, les caves et les existentialistes. Cela relève presque de la carte postale, du cliché. Je me rappelle que jusqu'à la fin des années soixante-dix on en voyait encore beaucoup dans le quartier. Pour ma part, je n'aimais alors pas trop sa manière, ni cette façon d'apposer une signature géante sur ses toiles. Je trouvais que tout cela relevait du procédé, et que toutes ses peintures se ressemblaient. Durant ces trente dernières années, il me semble — mais peut-être n'est ce qu'une impression — que son œuvre a connu une sorte de purgatoire, du moins en France, car j'ai lu quelque part qu'il est très populaire au Japon où ses toiles sont rassemblées dans un musée qui porte son nom. Aujourd'hui je regarde cela d'un œil moins hostile. Je n'irai pas jusqu'à écrire que cela me plaît, mais cela me touche, sans doute moins à cause de la toile que du temps écoulé entre ma perception présente et celle d'autrefois. Est-ce là une manifestation de faiblesse, une forme d'auto-apitoiement, qui sait, peut-être même de gâtisme ? Ce qui, par contre, continue de m'intriguer, c'est la capacité que peuvent avoir certains artistes de toujours creuser le même sillon sans pour autant jamais s'ennuyer d'eux-mêmes. C'est une question que je me pose de temps à autre.

dimanche 15 mars 2015

Vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises...


Voilà,
souvent, pour expliquer le sens de son action, il avait coutume de dire qu'il était "l'âne qui porte les prophètes". C'est une ânesse qui, pendant qu'une enceinte diffusait les suites pour violoncelles de Bach, a précédé la carriole transportant son cercueil décoré par ses filles de motifs de tapas océaniens qu'il aimait beaucoup. Dans le petit cimetière, quelqu'un a lu "la prière pour aller au paradis avec les ânes" de Francis Jammes. Des amis ont ensuite rendu des hommages sobres et émouvants, où des sanglots parfois s'étouffaient au détour d'une phrase. Il y eut d'autres discours après, plus officiels et convenus. C'est alors que l'ânesse s'est mise à souffler un peu. Mais quand ensuite fut diffusé le poème de Verlaine chanté par Léo Ferré qui commence par "âme te souvient-il au fond du paradis de la gare d'Auteuil et des trains de jadis..." Il y eut un grand silence, et des larmes difficiles à retenir. Le curé d'origine africaine qui autrefois venait donner la communion à Dominique quand elle ne pouvait plus se déplacer a pris alors la parole. Non pour une bénédiction que le défunt ne souhaitait pas, mais pour, en peu de mots, mais si justes et sincères, s'adresser une dernière fois de sa voix chaude et apaisante, à "Papa Philippe" comme il l'appela. Il savait que dans cette assemblée, nombreux étaient ceux pour qui il avait été comme un père. Ensuite, ce fut la mise au caveau au son de l'adagio du concerto pour hautbois en Ré mineur de Alessandro Marcello, les pétales de fleurs jetés sur la bière, et une dernier poème, celui des "deux escargots qui s'en vont à l'enterrement d'une feuille morte" de Prévert, chanté par les Frères Jacques, ses amis d'autrefois. On s'est ensuite retrouvés dans la salle des fêtes du petit village pour boire et manger comme il aimait tant le faire... Le portrait peint par Yves Faucheur qui se trouvait autrefois dans l'entrée de l'appartement de la rue de Vaugirard y était accroché. Cette matinée de séparation, ses filles ses petits-enfants et ses proches ont su en faire un adieu tendre et paisible, un moment partagé qui lui ressemblait, atténuant ainsi le chagrin éprouvé. Par delà la mort, quelque chose de lui se perpétue, essentiel : cet art de vivre qui lui était si singulier, prodigue de tant de bonté, d'attention et de générosité. 

Portrait de Philippe Tiry par Yves Faucheur

Les liens qui évoquent Philippe

jeudi 12 mars 2015

Où le vent m'emporte


Voilà,
"Ce matin je suis sorti très tôt parce que je m’étais éveillé encore plus tôt et qu’il n’y avait rien que j’eusse envie de faire… Je ne savais quelle direction prendre, mais le vent soufflait fort, il poussait d’un côté, et je suivis le chemin vers quoi le vent me soufflait dans le dos. Telle a toujours été ma vie, et telle je désire qu’elle soit à jamais ; je vais là où le vent m’emporte et je ne me sens pas penser. "(Fernando Pessoa) Linked with "the weekend in black and white"

lundi 9 mars 2015

Philippe Tiry


Voilà,
on s'est perdus de vue depuis longtemps, on reçoit de loin en loin, par des tiers, des nouvelles... On a beau avoir pris conscience que, à plus ou moins brève échéance, cela finira bien par arriver — c'est inéluctable, une loi de la nature —, on a beau s'y attendre, lorsqu'il advient, l'événement laisse décontenancé, abasourdi et plonge dans le chagrin.  Philippe n'est plus de ce monde. J'ai beau avoir aujourd'hui à quelques mois près, l'âge qu'il avait sur cette photo prise en Provence à l'été 1986, je me sens moi aussi comme orphelin. Je l'ai souvent évoqué ici ou . Le rencontrer, lui et son épouse Dominique, à l'âge des incertitudes, quand on ne peut plus, ne veut plus être enfant et que l'on ne sait comment devenir un adulte, a été une chance qui m'a sûrement évité bien des déboires, des fausses routes et des folies. Il m'a appris à regarder le monde autrement, à le goûter autrement aussi. Peter Brook a réalisé autrefois un film "Rencontre avec des hommes remarquables". Philippe Tiry, sans aucun doute, était lui aussi de cette espèce là. Il était merveilleux, de gentillesse, d'humour et d'intelligence. Et par dessus tout, il aimait partager la table et le vin, avec élégance imagination et fantaisie...

dimanche 8 mars 2015

Journée internationale des droits des femmes


Voilà,
aujourd'hui c'est la "journée internationale des droits des femmes".
Et ça une vitrine rue Oberkampf. Je ne ferai pas d'autre commentaire.

vendredi 6 mars 2015

Et dans cette songerie...


Voilà,
"Et dans cette songerie sans calme ni grandeur, dans cette flânerie sans but ni espoir, mes pas usaient cette matinée de liberté, et mes phrases prononcées tout haut à voix basse résonnaient, en se multipliant, dans ce simple cloître de mon isolement." (Fernando Pessoa) (Linked with the weekend in black and white)

mardi 3 mars 2015

Intuitions


Voilà,
"On peut ainsi imaginer que les écrivains et les artistes pressentent des formes qui n'ont pas encore cours et auxquelles seule leur intuition permet d'exister, avec un temps d'avance plus ou moins long. (...) Les créateurs perçoivent autour d'eux les éléments annonciateurs d'événements qui ne se sont pas encore produits mais dont les premiers signes sont perceptibles à ceux qui disposent d'une sensibilité exacerbée (...) ils sont attentifs à des mouvements collectifs subtils auxquels tous les êtres n'ont pas accès, et ils en tirent les conséquences dans leurs fictions, en prolongeant les lignes de force invisibles perçues dans la réalité". Pierre Bayard in "Il existe d'autres mondes"
Linked with skywatch friday

lundi 2 mars 2015

Foudroiement


Voilà,
Un après-midi au cœur de l'été, apercevant ces arbres fantomatiques, de vieilles terreurs ressurgissent. Ce qui tout à coup, sans qu'on s'y soit préparé réduit une existence à néant. L'infarctus, l'accident vasculaire cérébral, la faute d'inattention qui dans la rue ou sur la route vous fait passer immédiatement de vie à trépas, l'agression inexpliquée, l'attentat aveugle et meurtrier qui saccage tout, sans distinction, le train qui déraille sur une voie mal entretenue, l'opération bénigne qui tourne mal, la nouvelle effroyable qui vous plonge dans le malheur et le chagrin (la liste n'est pas exhaustive bien sûr, mais là j'ai un peu la flemme d'en rajouter car en peu de mots ça fait déjà beaucoup). Et puis un souvenir de lecture aussi : ces pages traumatisantes dans "Ostinato" acheté et lu à Annecy début 1997. Louis-René des Forêts y évoque la tragique disparition de sa fille frappée par la foudre. L'incrédulité qui s'en était alors suivie devant ces pages si pudiques et émouvantes. Et aussi l'accablement qui m'avait alors accompagné se prolongeant plusieurs jours durant. Bon si je n'ai jamais pris d'antidépresseurs de ma vie c'est parce que ça rend tout mou paraît-il (Linked with skywatch friday)

samedi 28 février 2015

Récentes promenades


Voilà,
dans la salle d'attente au sortir d'un examen radiologique, une jeune femme raccompagne sa vieille mère dont la démarche hésitante nécessite qu'elle se rasseye un moment. C'est aussi qu'elle voudrait retrouver dans son sac ou dans ses poches elle ne sait plus très bien un document dont elle a besoin pour un rendez-vous suivant, à la banque crois-je comprendre. Cela dure un certain temps. Le visage de la fille et surtout ses intonations lorsqu'elle questionne sa mère laissent transparaître son agacement. Voyant cela, c'est évidemment à moi que je pense. Je redoute la possibilité qu'un jour nous nous donnions aussi, père et fille, à notre insu de la sorte en spectacle. J'essaie de chasser cette idée de mon esprit en convoquant les doux souvenirs de nos récentes promenades.

vendredi 27 février 2015

La Fille au bord du Tage


Voilà,
le jour du mardi gras qui est un jour férié là-bas, 
j'ai passé un long moment à regarder cette jeune femme qui n'arrêtait pas de faire des selfies sur le bord du Tage. 


Elle avait l'air plutôt contente comme ça toute seule, 
quoique, à son sourire, je supposais qu'elle devait être, du moins en pensée, en compagnie d'une personne aimée à qui elle destinait ces photos. 


Elle y prenait beaucoup de soin, recommençant souvent et fignolant son cadre, 
sans même se rendre compte à quel point elle attirait l'attention
(Linked with skywatch friday)

jeudi 26 février 2015

Le Héros


Voilà
le héros s'appelait Jim Curtiss. Non, pas le héros, le double. C'était un lointain parent de Ted Curtiss le fameux parachutiste, dont j'ai fait la connaissance vers 63 ou 64. L'adversaire s'appelait Roy Boy. Il avait une sacrée carrure était bien plus grand que Jim, les yeux clairs, le cheveu blond et ras, totalement antipathique mais sacrément coriace. C'est lui qu'il fallait absolument battre aux dames, aux dominos, au mikado, à la course en vélo en solitaire-mais-pas-vraiment, lui qui attaquait en traître dans la forêt, qui portait continuellement la contradiction et manigançait des mauvais coups. Je ne sais pas trop ce qu'ils sont devenus. Ils se sont évanouis dans la nature, à peu près à la même époque. La dernière fois où j'ai aperçu Jim, il paraissait un peu las, et préoccupé. Il fumait beaucoup. Il avait pris du poids. "Les héros sont fatigués" avait-il maugréé dans un demi-sourire. Il n'avait, de toute la conversation, quitté ses lunettes de soleil, de sorte qu'a aucun moment je n'avais pu croiser son regard. Nous avions été pourtant si proches, autrefois. (shared with friday face off

mercredi 25 février 2015

La Douceur


Voilà,
parfois, au détour d'une rue, une vision fugitive infiniment tendre et apaisante, un instant, vous réconcilie avec le monde
(qui d'ailleurs n'en a rien à faire)

mardi 24 février 2015

Le jour où le Sporting a battu Gil Vicente 2 à 0


Voilà,
Il n'y avait pas grand monde dans les rues de Lisbonne ce matin-là. Je ne sais s'il en est toujours ainsi, le dimanche. Ou si la fraîcheur en était la cause ou bien encore le début du carême. Ma fille et moi avons traversé le Tage juste pour voir à quoi ressemblait la ville depuis la rive opposée. On a traîné un long moment sur les quais abandonnés de Cacilhas. Parfois je ne pouvais m'empêcher de songer à cette horrible vidéo mise en ligne par Èva que j'avais, quelques jours auparavant, en partie regardée, sans trop comprendre dans un premier temps de quoi il s'agissait, si c'était une fiction ou pas. Réalisant soudain ce qui allait suivre, j'avais laissé tombé. Je pensais à ces temps pas si lointain où la réalité n'était pas encore devenue cette vaste pornographie que propage Internet. Des choses étaient encore cachées. Je me demandais pourquoi j'avais si peur de voir ou de regarder certaines fictions séquences ou documentaires relatant une réalité crue alors que les images fixes me semblent plus supportables. Et parce que dans la nuit j'avais cherché des informations sur l'origine des langues ibériques, me traversaient aussi de vagues considérations sur le déclin des civilisations, les mouvements migratoires, le délitement actuel de l'Europe, les menaces terroristes et les déclarations de guerre des Islamistes radicaux contre "les peuples de la croix". Parfois je claquais quelques photos, et puis comme je sais faire plusieurs choses à la fois, je plaisantais avec ma fille si heureuse de découvrir Lisbonne. D'ailleurs le grand projet du jour n'était pas de flâner sur ces berges ni même d'aller voir de plus près la statue du "Cristo Rei". Non le grand projet était d'aller, à l'Estadio José Alvalade XXI assister comme promis en fin d'après-midi à un match opposant le Sporting du Portugal contre Gil Vicente l'équipe de la ville de Barcelos qui porte tout de même le nom d'un poète classique portugais du XVème siècle. 
Oui c'est comme ça, ma fille aime le foot. 
Dans le très beau film "La vérification" que j'ai vu récemment dans le cadre d'une rétrospective qui lui est consacrée, le réalisateur soviétique Alexeï Guerman, fait un éloge appuyé du football au cours d'une conversation entre deux résistants communistes à l'occupation nazie. L'un d'eux dit  même que "c'est un sport très intelligent et subtil". Sur le moment j'avais trouvé cette séquence vraiment surprenante. 
première publication 24/2/2015 à 7:34

samedi 21 février 2015

Calçada


Voilà,
Petits cubes de calcaire blanc et de basalte noir, parfois glissants pour les semelles usées, ils forment une marquetterie brillante qui dépayse et c'est très bien. Cette ville me charme de plus en plus. Aujourd'hui le vent y souffle fort. Et la lumière y est continuellement changeante. Le linge sèche vite aux fenêtres.

vendredi 20 février 2015

Rétrospective Jeff Koons


Voilà,
je ne peux pas dire que j'ai vraiment visité la rétrospective Jeff Koons. Je m'y suis plutôt promené, je l'ai parcourue. C'était un début de soirée, en semaine, il y avait beaucoup moins de monde que je le craignais. J'y ai déambulé comme dans une galerie marchande, ou comme on s'attarde devant les vitrines des Galeries Lafayette ou du Bon Marché au moment de Noël. D'ailleurs peut-être n'est-ce pas tout à fait le fruit du hasard si cette expo a été inaugurée avant les fêtes de fin d'année. Ce n'était pas désagréable plutôt distrayant. L'ensemble est assez kitsch avec ses sculptures colorées représentant des icônes de la société de consommation américaines, ou des reproductions géantes de ces objets que l'on gagne dans les fêtes foraines. Ou encore avec ces objets gonflables plutôt mous durcis dans l'acier. L'artiste assez malin sans doute, s'amuse du paradoxe et de la prévisible interprétation freudienne qu'on peut en faire. Il a retenu les leçons de Duchamp et de Warhol.
Comme nombre de ses œuvres sont constituées de surfaces réfléchissantes que le public est autorisé à photographier, la plupart d'entre elles se révèlent ainsi à chaque fois comme une pièce unique qui n'existe qu'au regard de celui qui l'a enregistrée. Non seulement ce qui s'y reflète est toujours différent (les spectateurs ne sont jamais les mêmes) mais en plus l'observateur figure presque toujours sur la surface qu'il photographie conférant ainsi à l'œuvre capturée le statut de selfie qui est le comble de la contemporanéïté. C'est ça surtout qui m'a saisi (et que j'ai saisi) : le nombre incroyable de gens photographiant les "œuvres".


Sinon j'y ai appris qu'il avait étudié avec Ed Paschke. j'ai découvert ce peintre de Chicago, à la fin des années 70 au cours de mes pérégrinations adolescentes entre la rue Mazarine la rue de Seine et la rue Dauphine. Il était exposé à la galerie Darthea Speyer sise près du café "La Palette" rue des Beaux-Arts. Je me rappelle en particulier de grands toiles en noir et gris. Je reparlerai un jour de ces déambulations... (Linked with weekend reflections)

mercredi 18 février 2015

Le Funiculaire de Bica


Voilà,
"le funiculaire de Bica effectue une coupe transversale dans ce quartier de vieux escaliers inaccessibles aux automobiles. Cent fois par jour, le petit tram à crémaillère trouble les canaris et les chiens nonchalants, sépare les mégères, interrompt les livreurs pénètre en reflets chez la mercière des beaux et bons boutons et dans la bibliothèque d'un vieux républicain. Que les gens sont accueillants ! Quels transports pendant ce tendre parcours" (Christian Auscher)  (shared with the weekend in black and white - my corner of the world)
première publication 18/2/2015

mardi 17 février 2015

Demi-fou


Voilà,
lors du jugement de Jean-Claude Romand (cet homme qui a tué sa famille après s'être, pendant dix huit ans, fait passer auprès d'elle et de tout son entourage pour un chercheur et un médecin), le psychologue assermenté auprès du tribunal a déclaré le criminel à demi-fou "parce qu'il avait une vison altérée du réel". A juste titre au cours d'un entretien radiophonique le photographe Eric Delsaux en a conclu que "nous sommes tous des demi-fous puisque chacun cultive un rapport diffus bizarre et fuyant au réel". D'ailleurs ce post, lui aussi, atteste d'un rapport équivoque au réel, puisque, non seulement l'image n'illustre en rien le propos que je tiens mais en plus — comme bien de ceux qui vont lui succéder dans les jours à venir et comme de nombreux autres qui l'on précédé —, ce billet programmé à l'avance, se trouve en quelque sorte publié au futur antérieur. (Shared with Monday murals)

samedi 14 février 2015

Aux Eyzies


Voilà
Je repense souvent à ce lieu — vraisemblablement un des plus visités de France — peuplé depuis plus de 35 000 ans. Je me demande souvent si, à l'heure des téléphones portables et de l'informatique, ils se sentent reliés au monde d'une façon différente ceux qui, aujourd'hui encore vivent à proximité de ces grottes ou nos lointains ancêtres ont autrefois trouvé refuge.

mercredi 11 février 2015

Le chat de Chris Marker



Voilà,
j'aime bien apercevoir le chat de Chris Marker nous faisant coucou par l'une des fenêtres de la cinémathèque. J'attends avec impatience qu'une rétrospective lui soit ici consacrée (à Chris Marker, pas au chat). Il y a quelques mois j'ai manqué l'exposition le concernant au Centre Pompidou.

lundi 9 février 2015

A travers le hublot


Voilà,
quoique bien fatigué, pour tout dire assez lessivé, secoué, rincé comme il faut, essoré même, je me sentais malgré tout soulagé d'autant qu'il me semblait avoir un peu retrouvé des couleurs. J'éprouvais le sentiment d'être à la fois autre et neuf. J'étais pantalon, j'étais chemise ou culotte et même chaussette, mais uni à moi-même et non plus éparpillé dans ma propre diversité. J'avais cependant un peu froid. On viendrait bientôt me recueillir me sécher, cela ne faisait aucun doute. Il suffisait d'être patient. Contemplant le monde à travers le hublot, je savais qu'on qu'on ne m'abandonnerait pas. Je craignais juste d'être volé, ou qu'un morceau de moi ne soit oublié à l'intérieur de la machine.

samedi 7 février 2015

Pension de famille


Voilà,
celle-ci je l'ai prise il y a quelques années, à la vitrine d'un antiquaire, je ne me souviens plus exactement quand (vers 2011 ou 2012 vraisemblablement — mais est-ce que cela a vraiment de l'importance ? —), et  — ça j'en suis tout à fait certain —  c'était par une journée d'été  (sans doute au mois d'Août) dans le sixième arrondissement, un dimanche (car tout était fermé) non loin de la rue du Regard. Je me sentais alors très seul, et il m'arrivait souvent de traîner sans but. J'étais un peu comme la statuette du fond qui a l'air de se poser bien des questions quant à l'usage des tirets et des parenthèses,  —  semble-t-il ( mais je me trompe peut-être) —.  (Linked with weekend reflections

jeudi 5 février 2015

Théâtre de pierre


Voilà,
il y a ces instants où le malheur nous effleure. Il suffirait de quelques secondes en moins, de quelques mètres de plus. La mort nous fait signe de près. Le sort nous épargne l'accident et nous fait ainsi grâce des tourments et de la souffrance physique mais nous rappelle cependant qu'en dépit de ce que nous nous efforçons de croire, nous sommes bien peu maître de notre destin.

mardi 3 février 2015

Fin de la récréation


Voilà,
samedi dernier on était encore tous Charlie


Maintenant,
on est tous IPhone 6.

Bon je vais me coucher.

lundi 2 février 2015

La juste distance


Voilà,
parfois j'envie cette distance singulière et toujours juste que Jean-Louis Boissier, dans son blog, sait établir entre lui et les choses ou entre les événements et la perception qu'il en a. Le texte est précis toujours en lien avec l'image. Ce qu'il évoque doit à l'évidence le toucher — sinon il n'en parlerait pas —, mais la tentation de l'ego, la boursouflure de la métaphore, le sentimentalisme complaisant lui sont étrangers. Une élégante sobriété confère à son propos pertinence et fluidité. Le lisant, je repense souvent aux courriels ou textos qui m'étaient de temps à autre destinés et dans lesquels avec rigueur et concision M.A restituait ces choses vues ayant attiré son regard et alimenté sa réflexion. Son acuité me manque. 

dimanche 1 février 2015

Dans la nuit froide


Voilà,
juste marcher dans la nuit froide sans but sans perspective. Marcher, sans savoir pourquoi en si peu de temps, c'est devenu aussi difficile et douloureux. Marcher tant que c'est encore possible. Essayer de chasser les idées sombres. Celles se rapportant à soi. Celles qui concernent le monde. Des choses écrites il n'y a pas si longtemps reviennent en mémoire. Sensation que désormais le péril se précise, qu'il suffit d'un rien pour que l'Europe bascule dans le chaos. Il n'y a pas que les menaces de terroristes musulmans radicaux. Il y a aussi, évoquée dès 1996 par Viviane Forrester, "l'horreur économique" du Libéralisme qui est lui aussi un fanatisme, plus sournois, plus insidieux. D'ailleurs il est possible que tous deux se nourrissent de l'autre. En tout cas, l'émotion suscitée par les derniers attentats permet aux politiciens d'Europe (pantins au service des banques et de l'oligarchie financière qui constitue ces 8% de l'humanité détentrice de 84% de la richesse mondiale) de faire passer en douce quelques lois bien dégueulasses.
Pendant ce temps, les français se remettent de leurs émotions... Et parce que le président d'un pays meurtri, a su trouver les mots justes et une attitude digne, le voilà crédité de 21 points supplémentaires dans les sondages de popularité. On vit une époque formidable écrivait autrefois Reiser. Mais quoiqu'il en soit, les problèmes demeurent. Il y a fort à parier que d'ici quelques mois il ne restera pas grand chose de cette légitime indignation partagée et complaisamment réduite à un slogan. L'absence d'argent pour financer, la culture, la santé, l'éducation, sont au cœur des problèmes qui se posent ici dans nos banlieues.
Pendant ce temps là, les patrons des grandes entreprises, et ces entreprises elles-mêmes continuent de payer des impôts ridicules au regard de leurs profits.
Pendant ce temps, les mollahs de la pensée néo-libérale et les petits flics à leur service continuent de gesticuler proclamant qu'il n'y a rien à voir.

vendredi 30 janvier 2015

A travers la matière


Voilà,
"La vie est un voyage expérimental, accompli involontairement. C'est un voyage de l'esprit à travers la matière et, comme c'est notre esprit qui voyage, c'est en lui que nous vivons. Il existe ainsi des âmes contemplatives qui ont vécu de façon plus intense, plus vaste, plus tumultueuse que d'autres qui ont vécu à l'extérieur d'elles-mêmes. C'est le résultat qui compte. Ce qui a été ressenti, voilà ce qui a été vécu. On peut revenir aussi fatigué d'un rêve que d'un travail visible. On n'a jamais autant vécu que lorsqu'on a beaucoup pensé." Fernando Pessoa
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mercredi 28 janvier 2015

Encapuchonnée


Voilà,
solitaire et patiente juste une silhouette dans cet hiver doux et pluvieux. Qui est elle ? À quoi rêve-t-elle ? Comment fait-elle pour s'arranger de ce monde qui à présent m'échappe et où un jour je ne serai plus quand elle y sera encore ? 

lundi 26 janvier 2015

Le véritable poppers


Voilà,
tout à l'heure j'ai découvert avec étonnement que l'on vendait du poppers au bar tabac qui se trouve près du terminus de bus 58 au Châtelet

dimanche 25 janvier 2015

Miroirs encore


Voilà,
"Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez vous toute votre vie dans une glace et vous verrez la mort travailler comme les abeilles dans une ruche de verre." Ouais, ouais sûrement tu as raison Jean Cocteau, mais franchement qui est assez con pour se regarder toute une vie dans un glace ? En plus maintenant il y a les smartphones...  
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mardi 20 janvier 2015

Photo, photo, photo


Voilà,
un jour j'ai photographié un homme photographiant des photos. Il était appuyé contre un mur de photos et sur l'une de ces photos il y avait une femme qui prenait une photo. Peut-être quelqu'un était-il aussi en train de me photographier sans que je ne me rende compte que moi aussi j'allais devenir une silhouette sur une photo. Tout cela est totalement absurde. Cette profusion d'images, ce besoin d'être image ou de faire image, auquel je participe grandement, est sans doute le symptôme, ou peut-être même la maladie d'un monde où le sens des mots s'est perdu. Oui le poids des mots est, la plupart du temps bien léger comparé au choc des photos. Par exemple, cherchant sur internet des éléments relatifs à la notion de pardon dans le coran  —car en ce moment je me me demande pourquoi bien des musulmans modérés s'offensent plus particulièrement du fait que l'image du prophète soit sur la dernière couverture de Charlie-Hebdo et jamais ne commentent de la phrase qui est au-dessus "Tout est pardonné" — je suis tombé, dérivant de lien en lien au gré de la sérendipité, sur les images atroces de décapitations et d'exécutions sommaires commises par les membres d'ISIS ou (Daech en français). Que peut la raison face au dégoût que ces images suscitent ? Que peut la pensée quand il est vraisemblable que les actes qui ont précédé ces images fascinent certains au point qu'ils désirent en faire de même ? Les images s'inscrivent avec plus de persistance dans la mémoire que les mots qui pourraient les suggérer. Je me souviens avec précision de choses vues au début des années soixante en Algérie. je pourrais les décrire, les raconter (j'ai tenté parfois de le faire dans ces pages), mais quel impact à côté d'une image ? J'ai réouvert hier le livre de Bernard Wallet "Paysage avec palmiers" où il évoque en une séries de brèves notations les horreurs vues pendant la guerre du Liban. Ce livre m'avait terriblement impressionné sur le moment, tout comme celui de Velibor Čolić "Chronique des oubliés", évoquant la guerre civile intercommunautaire dans les Balkans. Mais le relisant, je m'aperçois que je n'en ai pas retenu grand chose, en dépit de  son incroyable précision et de sa qualité d'écriture, si ce n'est un malaise persistant et des images mentalement reconstituées, et quelques phrases. Pourtant le livre n'est pas un livre de réflexion, mais plutôt de sensations. J'ai même d'une certaine façon oublié les horreurs qu'il évoque. Sa relecture rappelle juste que ce qui se passe aujourd'hui, hier est déjà advenu pour d'autres mensonges, pour d'autres idées folles, pour d'autres conquêtes du pouvoir... Et puis les mots choisis avec précision, les phrases, leur agencement fluide, tout cela s'effacera de nouveau. Alors que les "folles" hurlant dans les rues de Djelfa, ou bien le corps mutilé de celui dont la grenade tout juste dégoupillée avait aussitôt explosé dans sa main plutôt qu'au restaurant qui en était la cible, ou encore l'image du petit cireur abattu Darse de l'Amirauté parce qu'on le soupçonnait de dissimuler une bombe dans sa boîte à chaussures, ces images-là restent inscrites dans ma mémoire, comme une empreinte photographique.

samedi 17 janvier 2015

Au souvenir de qui je fus

                                                                               
 
                                                                                    Voilà,
                                                                                    "Au souvenir de qui je fus, je vois un autre 
                                                                                    Et le passé n’est le présent qu’en la mémoire. 
                                                                                    De nostalgie blessée mon âme se languit 
                                                                                    Non pas de moi-même, ou du passé que je vois, 
                                                                                    Mais de celui que j’habite 
                                                                                    Derrière mes yeux aveugles. 
                                                                                    Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi. 
                                                                                    Même mon souvenir n’est rien, et je le sens bien 
                                                                                    Que celui que je suis et ceux-là que je fus 
                                                                                    Sont rêves différents."
                                                                                    Fernando Pessoa
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jeudi 15 janvier 2015

Nouvelles tentatives


Voilà,
dehors il fait froid il pleut il y a du vent je n'ai pas envie de sortir. J'écoute distraitement des jeunes acteurs parler à la radio de la notion de personnage. J'essaie de mettre à profit le temps libre que je n'ai pas eu depuis longtemps. Je fais de nouvelles tentatives dont je ne sais si je les prolongerai ou si ce sont que des impasses. J'y pense depuis des semaines et je m'aperçois que c'est beaucoup plus laborieux que je ne l'imaginais. Je n'ai parlé à personne depuis des heures. Il faudrait que je fasse du ménage, que je range des papiers. J'ai la flemme. J'ai envie d'expédients, j'ai envie de sexe, j'ai envie d'être une fiction. J'ai envie de n'importe quoi qui m'arracherait à la pensée consciente. Peut-être vais-je dormir. Où aller au cinéma. Ou regarder un vieux film à la maison. "Demon seed" par exemple...

mercredi 14 janvier 2015

S'émerveiller quoiqu'il en soit


Voilà,
je m'arrête encore pour regarder le dompteur de bulles. Pendant quelques minutes je m'attarde. Même si les mots ne viennent plus, même si je suis incapable de formuler la moindre réflexion, au moins ai-je encore des dispositions à m'émerveiller de choses simples et enfantines. Ces derniers jours tant de gens autour de moi ou sur les réseaux sociaux développent des analyses subtiles, affirment leur point de vue, se révèlent avoir des considérations très pertinentes à exprimer au sujet du drame qui vient de secouer ce pays et à propos du malaise qui gagne notre société. Au moins tout cela me donne-t-il l'occasion d'éprouver mes limites. Sans doute suis-je ce qu'on appelait autrefois un honnête homme. J'ai un peu de culture générale et suis aussi capable de réaliser un certain nombre de choses plutôt bien, sans pour autant avoir de don précis ni de disposition particulière. Parfois je ressens la nécessité de parler ou d'écrire alors qu'il suffirait simplement de se taire. Ces derniers temps les mots me fatiguent considérablement. Ils ne me sont pas d'un grand secours. Les pensées sont un peu comme ces bulles qui éclatent à peine formées....

lundi 12 janvier 2015

Impuissante Colère


Voilà,
Je dois à Murièle Modély  — dont je recommande par ailleurs la consultation du site "l'œil bande" et la lecture de ses recueils de poésie — , la découverte de ce texte, qui me semble d'une effroyable actualité : "Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la passivité et les peurs. Elle tend à être dominée par le ressentiment, qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement l'action sur elle même. Elle doit en effet sans cesse simplifier et caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à la vie des gens. C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise etc."
Le parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (Raconter la vie), Seuil, 2014
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dimanche 11 janvier 2015

Le 11 janvier 2015 à Paris


Voilà,
ça c'était hier soir, l'hommage discret de quelques anonymes, place de la République. Aujourd'hui une foule immense, incroyable... Bien des gens qui ne lisent pas Charlie-Hebdo ce journal libre et sans publicité ont marché dans la rue. Peut-être le temps d'un après-midi, les français se sont-ils surpris à être capable de se rassembler pour une juste cause : celle de la liberté d'expression. Après, reviennent les émissions compassionnelles, l'obscénité des bons sentiments jetés en pâture à la radio à la télévision, le festival des ego, les tentatives de récupération politiques, le mercantilisme... Pour l'analyse, la réflexion et l'intelligence on repassera. Je n'ai pas pris beaucoup de photos aujourd'hui. les foules ne m'inspirent pas. Et puis je n'avais pas trop envie. Mais tout de même il y avait cette fille qui tenait absolument à être visible et qui a beaucoup été photographiée sans doute, et cette pancarte en hommage à Georges Wolinski. J'ai déclenché.

vendredi 9 janvier 2015

La statue de Vulpian


Voilà,
entre 1793 et 1796 cette rue fut appelée rue de l'Ami-du-Peuple parce que l'imprimerie où Marat éditait son journal se trouvait à proximité. Cette voie dit-on a été ouverte en 1671. Je ne sais si les escaliers existaient alors, — en tout cas pas la statue de Vulpian c'est sûr — mais j'aime l'idée que le fantôme de Marat puisse encore parfois rôder par là... Ici aussi c'est un endroit où j'aime bien passer. En dépit de la tristesse et du chagrin, flâner quand même. Oui flâner malgré cette impression que tout ce à quoi je crois compte pour bien peu dans le monde où je vis.

mercredi 7 janvier 2015

Un sale jour


Voilà,
ça a commencé comme un jour pas tout à fait ordinaire. Ces dernières semaines on a beaucoup parlé - même François Hollande l'a évoqué au cours d'un entretien radiophonique - du bouquin de Houellebecq "Soumission" qui sort aujourd'hui et dont le pitch décrit par le journal les Inrocks est le suivant : "Ce roman d’anticipation sociale, nous plonge dans la France de 2022 : François Hollande arrive à la fin de son second mandat, et au premier tour de l’élection s’affronteront le Front national et la Fraternité musulmane (le parti des musulmans de France, pure invention de l’auteur). Ce dernier remportera la présidence en se ralliant le PS et l’UMP, et en nommant François Bayrou Premier ministre, et la société se trouvera entièrement bouleversée." Et ce matin, apparemment il n'y en avait que pour lui. Les journalistes de France-Culture pour la plupart transformés depuis quelques années en animateurs de la matinale de leur antenne, recevaient François Bayrou. Il a évidemment parlé du livre qu'il a semble-t-il, eu le privilège de lire - enfin je suppose, j'ai pris l'émission en cours de route -. Quoiqu'il en soit ce n'était pas très intéressant à écouter. Alors j'ai changé de canal et suis passé à France Inter où l'auteur était invité. C'était le moment des questions et réflexions des auditeurs, et rien que ça, ça m'a déprimé. Je ne peux pas parler du livre, d'abord parce que je ne l'ai pas lu et que de toute façon je me suis vite lassé de Houellebecq. C'est surtout devenu un produit marketing. Particulièrement cette année où il est en plus apparu dans deux films de fiction. Pas mal d'ailleurs. Autant le personnage dépressif peut être assez amusant, autant sa littérature s'avère plutôt lassante. Un mec misogyne qui récrimine contre le monde parce qu'il a du mal à bander, ça va deux ou trois fois, mais ensuite ça devient ennuyeux. De toute façon c'est moins lui qui dérange que le foin qu'on en fait. Bref, j'ai mis Thelonious Monk sur la platine, en rangeotant dans l'appartement. Et puis je suis parti retrouver Anne, Fred et Marie-Christine du côté de République. En passant sur la place j'ai pris une paire de photos. Il faisait gris, brumeux, froid. J'aimais bien la statue sur son socle se reflétant sur le sol humide. Et aussi les grands arbres nus et les petites silhouettes emmitouflées


Je suis arrivé chez Anne juste à l'heure. Fred était déjà là, et Marie n'a eu que dix minutes de retard. Très vite on s'est mis à bosser en rigolant, en racontant des grosses conneries afin de trouver des idées drôles pour le projet qui nous réunit. Fred avait sa tablette branchée sur le flux d'actualités et c'est comme ça qu'on a appris qu'il y avait eu une fusillade à Charlie-Hebdo. On pensait que c'était à l'extérieur. En même temps j'ai commencé à recevoir des texto alarmés de quelques amis. Ce n'est qu'en rentrant à la maison que j'ai eu plus de détails. Là j'ai découvert que la une du journal sorti aujourd'hui était consacrée à Houellebecq, mais surtout que Cabu et Wolinski comptaient parmi les victimes. Cabu, je l'ai toujours connu. A treize ans je lisais les aventures du grand Duduche dans le journal Pilote ("Pilote le journal qui s'amuse à réfléchir"). Duduche c'était des histoires de lycées. Et puis j'ai grandi, et Cabu continuait de dessiner dans Hara-Kiri, Charlie Hebdo, que j'achetais adolescent. Bien sûr, le fils de képi que j'étais alors, allergique au kaki se réjouissait de son ironie antimilitariste. Ensuite je l'ai retrouvé dans le Canard Enchaîné lu à l'âge adulte. Cabu, il avait sûrement ce matin avant d'aller au journal sa même dégaine de vieil adolescent avec sa coupe de cheveux qui n'a jamais changé. Wolinski,  lui je l'ai découvert à 17 ans avec les deux mecs du café du commerce parlant politique dans les pages de Charlie, et puis les femmes avec leurs culs leurs seins leurs foufounes. Wolinski était un obsédé sexuel, ("Mon corps est à elle", "A bas l'amour copain") parfois lourd, mais souvent très subtil. C'était surtout des textes très bien écrits et de savoureux dialogues. Et puis il y a les autres dessinateurs que je connaissais moins mais qui entretenaient l'esprit irrévérencieux du journal, Charb, Tignous, Philippe Honoré. L'économiste Bernard Maris, et Michel Renaud, fondateur du festival "Rendez vous des carnets de voyages", ainsi que deux policiers et un homme chargé de la maintenance dans l'immeuble figurent aussi parmi les victimes. Il est à craindre que d'autres ne succombent à leurs blessures.
Ces gens sont morts, ont été massacrés parce que leur seul tort était de se moquer de tout et en particulier du fanatisme religieux. Ce n'est pas simplement la liberté d'expression, la liberté de la presse qui sont attaquées là, c'est aussi le droit de rire de faire rire, c'est l'humour cette forme d'intelligence et de résistance contre l'obscurantisme, et tout ce qui veut asservir la pensée.
Cet assassinat politique de grande envergure, rappelle à toute une génération qui fut insouciante et hédoniste que l'Histoire peut prendre un tour inquiétant et que la paix et le confort relatif dans lesquels nous avons jusqu'à présent vécu, sont désormais très menacés. Très abruptement, cet événement nous redit aussi, bien que les médias et les politiques n'évoquent jamais cette réalité, que nous sommes un pays en état de guerre engagé depuis longtemps sur plusieurs fronts, et que sur certains de ces fronts des leaders appellent à tuer n'importe qui n'importe où par n'importe quel moyen. Comme cette nation est malade, travaillée par des forces obscures et malsaines qui la rongent, bien des gens ont intérêt à ce que le chaos se propage.
Oui ce jour commencé dans le la grisaille et l'amertume finit dans un mélange de chagrin de dégoût d'accablement et de révolte. Ce matin, traversant cette place, je n'imaginais pas y revenir le soir et la voir peuplée d'une foule nombreuse et consternée réunie pour rendre hommage aux victimes de cette exécution.

mardi 6 janvier 2015

Flâner encore

 

Voilà,
un de mes endroits préférés à Paris, je ne sais pas pourquoi. L'entrée de la station Lamark-Caulaincourt au pied de l'escalier. Je crois que le panneau pour indiquer l'entrée du métro est le seul de ce type à Paris. J'aime que mes flâneries ou mes rendez-vous m'y ramènent. Mais il y a d'autres lieux : là par exemple. Ou bien encore la librairie Shakespeare and co, le jardin des Tuileries, et aussi quelques endroits du seizième...  (linked to Signs, signs

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