mercredi 8 mai 2013

Dormir pour oublier (11)


Voilà,
parfois on voit de ces choses, on lit de ces choses
qui réduisent le monde à une vaste obscénité 

mardi 7 mai 2013

Sortie du lit


Voilà,
hier, sans doute à cause des intempéries dans l'est de la France, la Seine débordait.
Impossible de se promener sur les quais, rive droite 


de profiter comme certaines années à cette saison
des rayons du soleil sur les bancs de pierre qui s'y trouvent.
D'ailleurs il n'y a pas de soleil
(linked with our world tuesday)

dimanche 5 mai 2013

Dimanche à la foire


Voilà,
ne comprend pas trop ce vertige qui soudain le saisit
va finir avec un gros nez rouge lui aussi à force de se moucher
 tout autour le ciel s'enroule en spirale autour du clown
et même si le hante  par instant le souvenir d'une chanson triste
le bonheur est bien là tout près nulle raison d'avoir peur 
songe étourdi l'enfant soudain vieux titubant de fatigue au milieu la foule
(shared with Skywatch Friday - tag tuesday - kym Decker's challenge

samedi 4 mai 2013

Cœur de métier


Voilà,
entendu aujourd'hui au journal de france culture un réjouissant sujet sur la police (de la septième minute jusqu'à 8'50") avec une pépite de connerie communicante énoncée avec beaucoup de sérieux et de conviction par Eric Mildenberger délégué CRS au syndicat Alliance Police Nationale (de 7'49 à 8'10). qui ne me fait pas regretter d'avoir glandé si longtemps (mais je suis encore malade) avant de me rendre au marché.  Je me réjouis de l'écrire : "En fin de compte les CRS sont bien dans leur cœur de métier, et mes collègues aujourd'hui ne peuvent que se satisfaire d'être quelque part recentré sur ce coeur de métier du maintien/rétablissement de l'ordre. Donc Il n'y a pas de souffrance au travail dans ce domaine bien au contraire". Ça c'est un message qui "impacte". De nos jours, donc, chez les képis on n'a pas que des crétins décérébrés, on a des gars qui touchent leur bille en communication, des gusses qui ont fait des formations qui maitrisent le langage entrepreneurial qui, on peut l'imaginer, en connaissent un rayon sur la négociation raisonnée, qui, dans le cadre d'une résolution de conflit, sont peut-être capables de prioriser une attitude assertive, base d'une relation win-win , des cadors aptes à développer leur flexibilité dans les cinq styles (analytique, intuitif, factuel, normatif, relationnel) et qui n'ignorent rien de ce précieux outil que constitue la matrice des objectifs. Une parfaite connaissance de la pyramide de Maslow leur permet de personnaliser leurs arguments en les reliant aux motivations de l'interlocuteur. La maîtrise du questionnement n'a plus de secret pour eux et ils savent s'abstraire de leur cadre de référence pour mieux se concentrer sur les besoins de l'autre. Nos flics ont à leur tête mais aussi dans leurs syndicats de vrais managers capables d'identifier et de combiner ces trois éléments indispensables à une parfaite application de la dynamique des compétences que sont le savoir, le savoir-faire et le savoir être. Aaah que ne suis-je plus jeune... Je crois que c'est avec enthousiasme sans borne et une joie proche du délire que je me tournerais vers ce beau métier de policier où l'on privilégie désormais le contact et la convivialité au service du développement citoyen.

vendredi 3 mai 2013

Happy hours


Voilà,
je ne fais que passer. Une silhouette indistincte aperçue près d'un bouquet de couleur
suffit pour un temps à rendre les heures de la nuit moins pesantes.
C'est toujours ça

jeudi 2 mai 2013

Bureaux

CNIT La Défense
Voilà, 
encore une représentation de la solitude contemporaine  ou de la résignation. En fait je m'aperçois que j'ai déjà plus ou moins réalisé la même photo dans différents contextes. En Bohème il y a longtemps, à New-York dans le Lower East Side, à Paris près de Beaubourg. Oui j'aime bien les morceaux de corps qui apparaissent... Quant à moi parfois j'aimerais complètement m'effacer, ne plus exister que par les images glanées ici ou là. Linked with Signs2

mercredi 1 mai 2013

Le danseur


Voilà,
celui-là je n'en connais pas l'auteur, mais il m'a bien plu. J'y ai vu un danseur avec un visage lunaire faisant un entrechat. Il était punaisé sur un des murs du cabinet médical et le docteur, m'a autorisé à le photographier. C'est étonnant comme on peut, en si peu de traits, faire apparaître un visage émouvant et une silhouette gracieuse. Il me semble que souvent l'enfance de l'art est aussi son essence même.

lundi 29 avril 2013

Mal au crâne


Voilà,
quand donc cela va-t-il s'arrêter ? La tête comme prise dans un étau. Un poing frappant sans discontinuer contre le rideau de fer. Petites pointes acérées dans la gorge, les sinus. Des graviers au fond du nez. Les bronches ? une brûlure. Impossible de penser à autre chose. De trouver le sommeil. 
shared with friday face off

dimanche 28 avril 2013

Timur Novikov

  

Voilà,
je ne connais pas Timur Novikov. Ces deux clichés sont des numérisations de photos prises par mon ami Pascal, entre 1984 et 86 à Moscou. La plupart de ses albums ont été abîmés dans l'inondation de sa cave, mais il a tout de même tenu à m'en montrer quelques uns de cette époque tandis que nous consultions le récent catalogue de la collection de Paquita Escofet Miro — alors une de ses collègues à l'ambassade de France — et dans lequel sont mentionnés des travaux de ce peintre. Alors qu'il y a tant de logiciels pour dégrader des photos numériques et artificiellement créer une altération, le processus inverse est autrement plus difficile à aboutir. 
shared with  friday face off

samedi 27 avril 2013

Encore arraché


Voilà
comme dans cette image
 l'envie de crier et de me taire à la fois
le signe peut-être d'un manque de vocabulair
e
shared with friday face off

vendredi 26 avril 2013

Moderne solitude


Voilà,
seul peut-être mais relié quand même 
branché sur le monde connecté au réseau
en phase 
n'importe où n'importe quand
au Fast food de l'aéroport par exemple
Des tablettes y sont accessibles aux consommateurs

jeudi 25 avril 2013

Tout juste un an


Voilà,
c'était il y a tout juste un an. J'ai beaucoup shooté pendant cet Avril pluvieux. Je ne sais plus pourquoi je m'étais retrouvé ce jour-là Avenue Jean Aicard, peut-être que je me dirigeais vers le marché des enfants rouges (j'adore le nom) de la rue de Bretagne. C'était l'époque des grands enthousiasmes, des promesses des espérances et des revendications. Des murs recouverts d'affiches électorales. Des soutiens exaltés, des déclarations grandiloquentes, des indignations, des invectives aussi sur un réseau social bien connu. Je regardais ça, plutôt circonspect. Je m'en foutais, j'avais envie d'amour me demandant s'il y aurait encore de la place pour ça dans ma vie. Je me voyais vieillir. Je sortais sans conviction. La nuit parfois j'allais boire des coups avec A. du côté de la République, mais bon les bars pleins d'alcolos ce n'était pas trop mon truc. Les alcolos me gonflent toujours au bout d'un moment, soit ils ont la gnole triste et c'est déprimant, soit ils commencent à brailler de façon péremptoire des conneries qu'ils pensent géniales, et c'est agaçant. Et puis ça me rappelle trop ceux que j'ai croisés dans mon enfance au mess des sous-officiers où j'allais chercher mon père et où immanquablement j'étais obligé de m'attarder en attendant qu'il finisse une dernière bière. C'était comme ça, la vie n'offrait rien de bon, rien que de la tristesse et des nuits misérables et solitaires. Je me  rappelle avoir aussi quelque peu traîné, vaguement mélancolique dans les meetings des uns et des autres, à ce moment là, m'interrogeant sur ce qu'il m'était encore permis d'espérer, et souvent mon espérance s'arrêtait à l'idée d'une bonne scène ou d'une situation à cadrer, d'une fraction de seconde arrachée à la morosité. Je me souviens d'une des plus terribles photos que j'ai faites, à Vincennes, Tout cela paraît si lointain, maintenant. Parfois même, comme si cela n'avait pas vraiment existé. Il y avait autour de moi toute cette attente, et je me sentais si peu concerné. Comme bien des gens je ne voulais plus du petit président énervé qui avait tant fait parler de lui les cinq années précédentes. J'essayais de me persuader sans grande conviction que son successeur trouverait sa mesure dans l'exercice du pouvoir. Bon eh bien là il semblerait que cela ne soit pas le cas. (Linked with Monday mural

mardi 23 avril 2013

L'Heure du Thé

 

April in Paris, Parc de la Villette (21 Avril 2013)

 
Voilà
douceur et lumière
 et puis sous la passerelle
cette apparition
(shared with our world tuesday)

lundi 22 avril 2013

Cicatrices

  

Voilà,
mieux vaut somme toute s'en tenir à ce que le Réel offre de banal et de dérisoire, et à tout ce qu'il porte en lui de cicatrices. Il arrive que le regard y reconnaisse au détour d'un chantier, sur une tôle fatiguée, la forme exacte du sentiment d'abandon qui peut vous saisir parfois, en dépit des années. Et c'est comme l'écho d'un lointain chagrin où tressaille encore ce qu'il reste d'enfance.

vendredi 19 avril 2013

Entre deux eaux



Voilà,
entre deux eaux entre deux ciels dérive la noyée hier encore elle rêvait, et ce rêve avait l'épaisseur d'une feuille de papier à quoi se réduisaient - du moins s'en était-elle persuadé - et sa vie et ses pensées. Hier encore elle déambulait parmi d'étranges rayons dans un grand magasin qui ne l'était pas moins. On y vendait cartes postales défraîchies colifichets et brimborions et aussi, chose curieuse, de petites poupées gonflables représentant des hommes en érection. Je suis un pont lui avait dit l'amant avant de la pousser, un pont entre tes ratages et ma folie. En elle encore l'écho de cette voix, puis plus rien juste son index accusateur et le bruit d'un vieux lavabo qui dégorge.
première publication 19/4/2013 à 00:10

jeudi 18 avril 2013

Embarcation


Voilà,
passant sur le boulevard pour se rendre au marché, il lui sembla avoir remarqué un détail, un léger changement, sans trop savoir exactement de quoi il retournait. Car quelque chose d'autre préoccupait Benoît Carricante.



Souvent il se rêvait ainsi : comme une destination que l'on atteint après avoir quitté les rivages d'une région hostile où il ne fait plus bon vivre, comme un hâvre, comme un lieu que l'on aborde pour y rester. Mais il craignait de n'être jamais que l'embarcation, le frêle esquif qui permet ce voyage où d'autres lumières donnent aux jours une couleur différente, où de nouveaux horizons se dessinent, transformant peu à peu le regard du voyageur et l'image qu'il se fait du monde. Cependant la brise était douce et porteuse, la houle légère et le ciel éclatant. Et c'était bon d'être un temps, tout à la fois la voile gonflée par le vent et l'étrave qui fend la mer, bon de s'imaginer ainsi filer vers les lointains, bon de croire quand même à d'autres possibles. A condition de ne pas céder à la distraction, de bien s'arrêter au bord du trottoir, et de traverser la rue quand c'est vert pour les piétons.

mercredi 17 avril 2013

Comme un miracle


Voilà,
aujourd'hui, j'ai entendu parler d'un miracle. C'est le mot qu'ont prononcé les médecins. Quelque chose qui ressemble à une improbable résurrection. Quand plus personne n'y croyait, il y avait encore l'amour et la foi d'une femme pour entretenir la faible braise qui restait afin que renaisse la flamme. Deux jeunes enfants n'ont pas perdu leur père. "Ça va prendre du temps, mais il reprendra sa vie comme avant" écrit-elle. J'imagine l'incroyable bonheur, tous les états intérieurs par lesquels elle est passée durant cette semaine. Le soulagement et la stupéfaction. Il faudrait que je retrouve la traduction de ces pages étonnantes écrites par Oliver Sacks dans "A leg to stand on", lorsqu'il raconte l'euphoroe qui le saisit au moment où il retrouve la capacité de marcher après une longue période durant laquelle il ne sentait plus l'une de ses jambes. j'imagine qu'il y a pour eux, quelque chose de cet ordre là...

mardi 16 avril 2013

Touristes devant le Moulin Rouge


Voilà,
pour les textes là, je me sens un peu à sec... Je ne sais pas si c'est le manque d'inspiration, la flemme, ou une désinvolture croissante à l'égard de ce blog, ou l'envie que ça change sans pour autant trouver la voie pour le moment... Des images j'en ai quelques unes ça oui... Alors une idée m'est venue... Comme je tiens à ce qu'il y ait des mots pour accompagner les photos, j'ai pensé à un truc.... Allen Leoz du blog ipsa lingua m'a fait un très joli commentaire sur premiers rayons, Et ça tombait très juste... Alors je vais peut-être faire ça ... Publier de temps en temps. des images sans rien... Et puis vous solliciter, vous les visiteurs pour que vous y alliez de votre contribution... Que vous racontiez l'image à ma place... Enfin bon, c'est une idée comme ça... est ce que c'est jouable ? Là par exemple, qu'est ce qu'on pourrait écrire ?

lundi 15 avril 2013

Premiers rayons

Square, impasse de la défense, Paris 18
 
Voilà,
le soleil est enfin arrivé
il y avait pour la première fois de l'année
comme un air de printemps aujourd'hui.

dimanche 14 avril 2013

Samedi à Orly

 
Voilà,
hier samedi, ce n'était pourtant pas Dimanche à Orly, mais je suis quand allé y faire des photos. Même si Gilbert Bécaud, cette espèce de Claude Lelouch de la variété m'a toujours prodigieusement gonflé, j'adore cette chanson qui me rappelle mon enfance et une vison rêvée des années soixante. Et surtout l'orgue Hammond derrière (vraisemblablement joué par Eddy Louis) me fait toujours autant kiffer comme disent aujourd'hui les jeunes gens. Donc je suis monté sur la terrasse panoramique. Évidemment j'ai songé à Chris Marker et à "La jetée" dont j'ai plusieurs fois parlé dans ce blog, et qui est un des films que j'aime le plus. J'ai même fait un plan, avec la tour de contrôle au loin. Si je ne suis pas tombé dans un trou du temps (enfin je ne crois pas ou alors je ne m'en suis pas rendu compte), la silhouette de cet homme  en partie caché avec sa bouteille à la main, dont le visage n'apparaissait que reflété, et qui longtemps est demeuré ainsi, méditatif face à la piste, m'a fait songer au film. Je me suis, comme cela m'arrive souvent, construit une vague fiction le concernant. J'ai eu aussi un vague désir de voyage. Bien sûr, c'est au retour que je me suis aperçu de toutes les possibles photos que j'aurais pu faire si j'avais été sur l'instant en phase avec ce qui entrait dans mon regard. Au retour dans le bus, j'ai parlé avec un financier québécois, d'origine française, qui revenait de Nice, et qui m'a fait part de son désappointement concernant la France à cause de la manière dont les gens s'y comportent avec les étrangers, de l'arrogance des employés derrière les comptoirs et du racisme ambiant. Il a aussi évoqué la façon dont on voit ce pays de l'extérieur, de plus en plus mesquin, étriqué replié sur lui-même (toutes choses avec lesquelles j'étais plutôt d'accord d'ailleurs). J'essayais d'être présent, mais ce mail que je venais de lire sur mon smartphone et le désarroi qui s'en dégageait me laissaient si totalement démuni que je sentais la tristesse et l'inquiétude me gagner. 
Pourquoi le sort est-il si injuste avec des êtres dont la bonté et la probité ne font aucun doute ? 
première publication 14/4/2013 à 10:51

samedi 13 avril 2013

Parmi les touristes

Esplanade de Chaillot, Paris Août 2009
Voilà,
un petit moment (presque quatre ans déjà !), que je l'avais sous le coude celle-là. Dans la série "les gens qui photographient" et "ceux qui se font photographier", elle me plaît toujours autant. Il y a quelque chose de vertigineux à imaginer - c'est une hypothèse qui me paraît assez plausible - qu'il ne doit pas se passer une seconde sans que quelqu'un ne prenne une photo quelque part dans le monde. Et puis, il y a aussi ce geste, de l'appareil tenu à distance de l'œil, qui n'existait pas il y a une dizaine d'années, lorsque l'on avait encore des viseurs oculaires. Je l'avais mise de côté pour voir si elle tenait la route, c'est oui. Les grandes photos fixées aux murs (devant des fenêtres ?) du Palais de Chaillot, ajoutent un effet d'étrangeté que je n'avais pas initialement perçu, donnant l'impression que l'on se trouve dans un espace fermé. Étrange mois d'Août où je sentais poindre une inquiétude que les mois suivants ne tarderaient pas à justifier. Mais ce jour là, je me souviens avoir eu beaucoup de plaisir à me trouver à cet endroit précis dans ces circonstances, parmi tous ces touristes, et m'être beaucoup réjoui de leurs différentes postures.

jeudi 11 avril 2013

L'Espagne en face (1993)


 
Voilà
Ces silhouettes, de longues heures assises face à la mer, songeuses, scrutant cet autre côté si proche et pourtant si difficile d'accès, chargé de tant d'illusions de rêves d'espérances, quelles pensées les traversaient donc ? Était-ce désir, désarroi ? Regret de ne pas avoir près de soi ses enfants partis là-bas ? Le souvenir d'y être allé autrefois ? Aujourd'hui c'est du pareil au même. Les corps ont changé mais pas les silhouettes... Et la détermination est plus grande encore pour fuir cet Ici qui rend l'Ailleurs si enviable. Jusqu'à risquer sa vie afin d'atteindre malgré tout ce rivage, celui-là ou un autre qu'importe, pourvu qu'il soit d'Europe....
(depuis les archives)

mercredi 10 avril 2013

Fraction de seconde

Paris, Boulevard St Germain 2012
Voilà,
cadrer des situations plutôt absurdes et futiles, en faire des images légères, cela divertit un temps, et soulage aussi dans une certaine mesure. Une fraction de seconde, cela suffit parfois pour esquiver la pesanteur des idées sombres, pour se soustraire à l'importunité des questions stupides mais obsédantes qui dans la pénombre d'une soirée grisâtre ne manquent pas de s'insinuer, sournoisement, comme une moisissure sur un mur propre. Tout ce qu'on avait cru pouvoir oublier, mais qui la nuit venue, continue de vous hanter encore, et le jour d'après vous accompagne, en catimini, l'air de rien, avec des privautés de spectre. Juste ça, une fraction de seconde pour créer une infime et salutaire distance entre Soi et le Réel, une fraction de seconde si semblable pourtant, à celle qui vous fait passer de vie à trépas.

mardi 9 avril 2013

Une femme qui peint

Rue Edouard Jacques Paris XIV

Voilà,
il y avait eu un soir d'hiver je crois, la silhouette de cette femme peignant dans son atelier, et cette apparition m'avait ému et surtout ces longs moments où, face à son chevalet, elle demeurait immobile avant de rajouter une touche, un trait peut-être, j'en étais réduit aux suppositions. Restaurait-elle un tableau ? Réalisait-elle une toile ? Je devinais à travers l'écran opaque de cette vitrine, la concentration, le questionnement, la recherche d'une solution satisfaisante afin de répondre à une secrète exigence qu'elle était seule à même de se formuler et qui n'aurait eu pour un autre qu'un caractère anodin, celui du détail sans grande importance. Mais tout ce moment se ramassait en ce détail. Le monde entier pour elle tenait au mystère de cette chose dense et ténue que constitue une idée sur le point d'accéder à sa forme et qui, se faisant attendre, pouvait aussi bien retourner au néant dont péniblement elle tentait de s'extraire.

lundi 8 avril 2013

vendredi 5 avril 2013

Le Temps d'avant

Le jardin d'essais à Alger

Voilà,
réveillé par les nouvelles du jour et l'évocation de l'épidémie de Sida apparue il y a trente ans. Lorsque  le journal Libération avait en Juin 83 évoqué "le cancer gay", j'étais de passage en Algérie à Ziama, chez les Chollet. On écoutait sur le bord de la plage "Paulina Mineure" de Jeff Louna, et l'album de King Sunny Adé et ses African beats. C'était les premières années Chadli, le régime semblait se libéraliser, et pour les fêtes du Ramadan, sur la place de la poste à Alger il y avait même eu un concert avec Screaming Jay Hawkins. Quelques mois auparavant, j'avais lu sur Actuel un papier intitulé "le virus c'est Dieu". On y mentionnait entre autres une rare et mystérieuse maladie qui détruisait les défenses immunitaires et touchait surtout les Haïtiens. On ne savait alors pas grand chose sur le sujet et l'on disait un peu n'importe quoi. Et puis petit à petit des gens ont commencé à tomber malades. Je me souviens de cet homme à la fois en pleurs et en colère, insultant l'infirmière d'un laboratoire parce que son taux de lymphocytes était anormalement bas, et de l'angoisse qu'il dégageait. Et c'est là que j'ai compris que quelque chose de grave était en train de se passer. Et puis il y a eu les rumeurs dans les fêtes, où les gays étaient de moins en moins nombreux "il paraît qu'untel l'a chopé" et l'inquiétude qui saisissait alors ceux qui se souvenaient avoir passé une nuit avec l'untel en question. Et ceux qui faisaient comme si ça n'existait pas, qui ne voulaient pas savoir, qui disaient on ne va pas mettre des capotes comme nos parents. Et puis ensuite le crématorium du Père-Lachaise, de plus en plus souvent noté sur les agenda. Certains se disaient là que leur tour ne tarderait pas à venir. De cérémonies en cérémonies on apercevait des mines de plus en plus fatiguées et l'on supposait le lent travail du mal. Et puis il y avait ceux qui disparaissaient du circuit sans bruit, sans que souvent leurs parents ne sachent vraiment de quoi ils étaient morts. 
Alors je songe à ce temps d'avant, où cela n'existait pas encore dans nos consciences. Juin 83, la rue Michelet, à la tombée du jour, au moment de la rupture du jeûne, quand on ne distingue pas un fil blanc d'un fil noir. Les hirondelles comme folles, zigzaguent en tous sens dans le soir bleu qui tombe. Tout le monde est à table devant sa chorba. Dans les cafés encore déserts les pâtisseries sont exposées. Tout à l'heure les gens ressortiront pour se promener en famille se distraire et manger encore. Il y aura ce joyeux vacarme. Ou bien, la même rue très tôt le matin, déserte aussi. Je descends vers la grande poste. Il ne fait pas encore trop chaud. Je me sens léger. Presque insouciant. Ou encore, le Jardin d'Essai. Cet émerveillement lorsque je le découvre. En certains endroits, ses perspectives à la française avec des essences exotiques, en d'autres un fouillis de jungle savamment organisé. Un grand-père qui s'y promène avec son petit-fils. Là aussi, une autre tragédie couve, que très peu pressentent.

mercredi 3 avril 2013

Bateau dans l'estuaire


Voilà,
pendant quelques étés, le passage de l'estuaire marquait vraiment le commencement des vacances. Cette année sur la rive droite il y avait eu ce navire comme figé dans la lumière d'un petit matin augurant d'une chaude journée. Ça je m'en souviens très bien. Mais, je ne sais plus si c'est la fois où, n'ayant pas réservé d'hôtel il avait fallu dormir dans la voiture, ou lors d'un autre été. L'estuaire.... Y retournerai-je  au moins ? J'aimerais pourtant bien me promener sur ses îles, y faire quelques photos. Aux beaux jours. Juste ça. Mais Paris où il fait encore si froid, comme la Prague de Kafka "est une petite mère qui ne vous lâche pas". Et puis il y a ça aussi, comme dans le refrain de "The Changeling" des Doors "I've never been so broke that I couldn't leave town"

mardi 2 avril 2013

Fable



 
Voilà
c'est l'histoire de l'optimiste et du pessimiste. Le pessimiste regarde autour de lui et dit "c'est affreux le monde est terrible, ça ne peut pas être pire", et l'optimiste lui répond "mais si.. mais si"
 
 
 

Etre un paysage


Voilà
si maintenant je devais être un paysage
c'est à cela je crois que je ressemblerais

dimanche 31 mars 2013

Voyager dans les petites choses

  

Voilà,
encore une fois le jeu de la lumière sur le film plastifié noir les effets provoqués par les froissements et par les plis, les frottements aussi. Petits accidents de la matière qui attirent irrésistiblement mon attention. Mystère renouvelé des choses ténues. 

samedi 30 mars 2013

Changer la vie

Détail d'une œuvre de Michel Jacquelin et Odile Darbelley.
 Exposition l'Art Tangent (FRAC de Sélestat - 2007)
 
Voilà
j'ai disposé les pages et les escargots, ça j'en suis sûr
 mais je ne me souviens pas si c'est moi qui ai choisi le livre
Quoiqu'il en soit, cette juxtaposition me semble aujourd'hui très pertinente 
et même d'une certaine actualité

vendredi 29 mars 2013

Squero di San Trovaso




Voilà,
aujourd'hui je me suis réveillé avec le souvenir du Squero di San Trovaso, l'atelier où l'on répare les gondoles à Venise. Discret, à l'écart des splendeurs de la ville, ce lieu modeste dégage un charme singulier et particulièrement apaisant. Je me souviens avoir, un matin, ressenti là-bas dans la tiédeur des premiers beaux jours, le tendre enchantement d'un printemps encore timide et, touché alors par cette grâce fugitive que les japonais appellent kensho, immobile, accoudé au parapet d'un pont, avoir docilement accepté la caresse du soleil sans plus songer à rien.
première publication 29/03/2013 à 9:08

jeudi 28 mars 2013

Le brasier ardent


Voilà,
c'est comme pour cet autre dessin que j'avais mis en ligne il y a quelques mois. Je n'y suis pas pour grand chose. J'ai juste traficoté le fond, et trouvé un titre, mais la silhouette, c'est ma fille qui l'a dessinée il y a bien longtemps. J'adore ce personnage. Il m'intrigue. J'aurais aimé le faire venir. Les dessins d'enfants me fascinent. Et aussi ceux des artistes de l'art brut. J'ai malheureusement encore trop de culture, de savoir accumulé - qui ne m'aide pour autant pas à vivre, ça m'encombre plutôt - pour devenir comme eux. En fait j'ai une vocation contrariée d'idiot du village. Trop sage, trop conscient, trop occupé à essayer de faire bonne figure. C'est pourquoi je trouve aussi Joan Miro merveilleux. Il a su garder, ou plus exactement retrouver, dans ses dessins ses sculptures et ses toiles cette fraîcheur cette immédiateté et cette fantaisie d'une joyeuse insolence. Rester dans l'enfance de l'art. J'y repense à cause des reproductions que j'ai vues récemment sur le blog apaisant de Colo où il y a aussi tant de poèmes à découvrir. Et puis j'associe ce peintre à une discussion - je devais avoir une vingtaine d'années - avec Philippe. Je m'étonnais qu'il y ait une reproduction de Miro dans le salon et qu'il trouve ça beau. Il m'avait juste dit que cela le touchait, que ça lui plaisait. Il n'avait pas cherché à me convaincre, à argumenter. Il ne m'a pas jugé non plus. Il m'a juste laissé trouver mon chemin vers cette œuvre. Cela a pris du temps.

mercredi 27 mars 2013

Celui qui parle aux nuages


Voilà,
il n'a pas su trouver le chemin qui mène à ses semblables. La langue qu'il leur parle, parfois il lui semble qu'ils ne la comprennent pas. Et il se défie de tout geste qui pourrait les effrayer. Il ignore ce qui les rend si méfiants. Est-ce parce qu'il n'a pas appris à sourire. Devinent-ils que sa vie est la cicatrice d'une blessure hideuse qui ne lui appartient pas. Pourtant cela ne suffit à expliquer quoi que ce soit. Après tout n'est-ce pas là un sort que partagent bien des gens ? Il n'a pas la mine avenante, il le sait. "On ne croirait pas que tu puisses être si doux, avec ta tête d'assassin", lui dit un jour une femme qui pensait ainsi le flatter. Pourtant il n'a jamais arraché leurs ailes aux mouches ni coupé la queue des lézards, ou fait fumer les grenouilles. Il est plutôt du genre à parler aux nuages. Solitaire, il ne lui reste que l'amitié du galet poli par les vagues échoué sur la plage, la complicité du lierre qui fixe sa demeure à la jointure des pierres ainsi que la honte et le chagrin du pauvre la première fois qu'il se résigne à quémander.

mardi 26 mars 2013

Église St Séverin

Voilà,
je les aperçois assis dans le métro. Elle petite et brune, la trentaine, ou peut-être moins, d'une beauté assez ordinaire, mais non dénuée de charme avec un visage très mobile et quelque chose de piquant dans le regard. On sent la pensée affûtée, l'intelligence vive. Elle rayonne, et de la façon dont elle se tourne vers lui, même si elle ne parle que de pigments, de surfaces de lumière, il est évident qu'elle est amoureuse, éprise, séduite, attachée, je ne sais pas ce que l'on peut utiliser comme mot, en tout cas bien avec lui, oui ces deux là c'est sûr éprouvent du plaisir à l'autre. L'homme est plus âgé qu'elle, plutôt beau, une petite quarantaine grisonnante, bien conservé comme on dit, la peau pas encore creusée par les rides, ni encore attaquée par les cernes. Ils se tiennent par la main se bizouillent de temps à autre. Je me demande quelle est la nature de leur lien. Il porte une alliance, elle n'a aucune bague aux doigts. Cela me semble étrange. Ce sont des détails auxquels je ne prêtais aucune attention autrefois. Une chose me choque cependant, cette façon qu'il a de lui tapoter la cuisse en public, qui suggère la vulgarité du propriétaire qui touche son bien, son bien acquis. Cette impression toute subjective, tient au fait que le geste n'est pas adressé, mais mécanique et répétitif, n'attendant aucune réponse, presque inconscient, en tout cas dénué d'âme.

(...)




Je me décide, plutôt que de manger, d'aller au cinéma voir "Notre monde" de Thomas Lacoste, boulevard St Michel. Il y fait une belle lumière, mais trop froid toutefois pour déjà rêver au printemps, même si sur le balcon le forsythia commence enfin à fleurir (bien plus tard que les années précédentes). Comme j'ai un peu d'avance, je vais faire un tour vers la rue de la Huchette et la rueSt Séverin avec tous leurs restaurants grecs à touristes. J'ai une affection particulière pour ce coin là, où j'errais lorsque j'avais quinze ans, et parfois l'idée me vient que je pourrais dîner un soir dans un de ces restaus, comme si je n'étais pas d'ici. J'en profite pour entrer dans l'église St Séverin où je n'étais jamais venu. Bonne intuition. La vision de l'homme tellement recueilli ou accablé que sa tête a disparu a été la bonne surprise de cette journée. Mais comme dirait Godard, "ce n'est pas une image juste, c'est juste une image".

lundi 25 mars 2013

Le monde s'effondre

Voilà,
cette nuit en parcourant les nouvelles, j'ai appris la récente disparition de Chinua Achebe dont j'avais, il y a quatre ans, grâce à mes camarades africains Paulin Tadié et Mary qui travaillaient sur le "Projet Conrad", découvert le si puissant livre "Le monde s'effondre" ("Things fall apart"). Grace à Etienne aussi, tellement passionné d'Afrique et si érudit concernant l'histoire de ce continent. Il dirige en ce moment l'Alliance française de Bangui, et vu la situation sur place sans doute ne va-t-il pas tarder à être rapatrié d'ici peu. Je ne peux m'empêcher d'associer ce bouquin à cette période étrange où je croulais sous le travail, à ce moment de confusion dans ma vie, à tous ces événements intimes (disparitions deuils pertes) qui sont alors survenus. Qu'ai je fait depuis en quatre ans ? Peu et beaucoup me semble-t-il.  Je suis beaucoup allé à la cinémathèque. J'ai fait des photos. Quoique branché sur un réseau social, je me suis quand même petit à petit désocialisé. Mais bon je me suis efforcé d'écrire, plus précisément de donner publiquement à lire ce qui pouvait me traverser. Je me suis contraint à ce blog - en dépit de la crainte d'être jugé - pour m'ouvir un peu sur le monde, mais aussi pour réaliser qu'il n'y avait peut-être pas lieu de tant s'angoisser sur cet acte-là. Que je pouvais le faire. Tant pis si ça m'échappait. C'est toujours ça.... Cela m'a permis de belles découvertes. Mais maintenant il faut que je remettre le nez à la fenêtre. La vie intérieure c'est bien, mais on peut y moisir. J'ai retrouvé cette photo de ma table de travail prises lors de ces longues séances de discussions dramaturgiques où l'on passait de Brecht à l'Afrique. C'est aussi un monde en moi qui s'écroulait mais je ne le savais pas encore.

samedi 23 mars 2013

Une ombre parfois


Voilà,
une ombre parfois - on ne sait pourquoi - semble intensément exiger devenir autre chose qu'une simple empreinte passagère. Comme si elle réclamait sa part de lumière se posant là tout à la fois comme énigme et comme révélation. 

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