Voilà,
J’aime
assez la thèse du biologiste Robert Brooks et de la philosophe Rachael
L. Brown selon laquelle nos smartphones du point de vue de l’évolution
sont devenus des parasites. "De la même manière que certaines guêpes
pondent leurs œufs dans des pucerons, et que ces œufs se développent en
se nourrissant du puceron, le smartphone est littéralement une extension
d’une entreprise privée qui se développe en envahissant son hôte
(c’est-à-dire, nous)". Robert Brooks, également auteur de "Artificial
Intimacy : Virtual Friends, Digital Lovers and Algorithmic Matchmakers "
(2021), explique que prendre conscience de cette relation de parasitisme
est aussi une manière de réclamer un meilleur contrôle de
l’environnement numérique.
Oui on en est là. Ce que nous apparaissait comme une innovation, une avancée pratique n’est en fait qu'une forme supplémentaire de destruction, simplement plus douce, plus sournoise, presque aimable. Une destruction qui ne fait pas de bruit qui ne remplace pas les autres, mais les accompagne, les prolonge, les perfectionne. Car désormais, le capitalisme ne se contente plus de broyer les corps et les paysages : il s’installe dans les heures creuses, il siphonne les instants de répit, il occupe le temps où l’on aurait pu dormir, parler, aimer, conspirer. Le temps libre devient une ressource. Il faut le capter, le retenir, l’étirer jusqu’à l’épuisement. On vous garde connectés, immobiles, le regard penché, pendant que les plateformes engrangent des revenus publicitaires. Ce temps-là, vous ne l’emploierez pas à chercher des alliés, à forger des colères communes, ni à renverser quoi que ce soit. Vous ne manifestez plus. Vous voilà sans jambes, sans voix. Tout cela s'opère de façon ludique. Dans la distraction programmée.
On convoque la part infantile, la plus docile, celle qui réclame des récompenses immédiates, des couleurs vives, des sons brefs. Le téléphone, autrefois, servait à appeler. À dire : je suis là. Le smartphone, lui, ne dit plus rien. Il amuse. Il distrait. Il occupe. C’est un jouet sans repos. Un objet de dépendance quotidienne. On le consulte comme on attend une friandise. Et, sans qu’on s’en aperçoive vraiment, quelque chose cède : le rapport à l’autre se dégrade, l’autonomie s'amenuise. On s’installe dans un confort trompeur, une utilité factice. Une contrainte aussi discrète qu'insidieuse s'introduit, à laquelle l’individu, peu à peu, consent passif, presque reconnaissant.
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