dimanche 21 mars 2021

A la place d'une librairie disparue.

 

Voilà, 
située boulevard Saint-Michel, la nouvelle création éphémère du duo de street artists espagnols  PichiAvo a été réalisée pour dissimuler  la façade de l’ancienne librairie Boulinier institution du quartier latin  depuis 1938, qui a fermé en Juin dernier, comme ce sera aussi le cas pour la librairie Gibert Jeune en bas de ce même boulevard.
Cette œuvre, de 23 mètres de long sur 7 de haut  constitue paraît-il un hommage au Quartier Latin situé près de la Seine, et à ses origines anciennes. Elle met en scène Poséidon – le dieu de la mer et des eaux – aux côtés d'une nymphe marine.


J'ai dans ma jeunesse, et surtout au cours de mon adolescence, beaucoup hanté Boulinier où j'ai constitué à bas prix, une bonne partie de ma bibliothèque
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vendredi 19 mars 2021

S'enfoncer


 
Voilà,
il faut s'enfoncer dans ce mois de mars froid et sans attrait avec les séquelles d'une maladie qui ne se laisse pas oublier et le cortège des morts plus ou moins proches qui ne cesse de grossir, parce que c'est comme ça, c'est une loi de la nature, désormais je suis bien plus souvent convié aux enterrements (même s'il est impossible de s'y rendre) qu'aux mariages. Il me faut donc faire avec les gestes encore peu assurés, la fatigue, les invitations SMS à la con envoyés par l'assurance maladie "participez à une visioconférence Digit'alz" quand Alzheimer touche les jeunes. Quoi ! Alzheimer était pédophile et on ne m'a rien dit. Ou alors j'ai peut-être oublié... Digit'alz. On paye vraiment des gens pour écrire de telles conneries ? 
Faire avec le peu d'enthousiasme et quoi qu'on en veuille, le peu de désir que suscite le monde. Il est loin le plaisir de traîner dans un musée pour laisser divaguer la pensée au contact du génie des autres. Ou celui de s'oublier dans un cinéma se laisser transporter dans le rêve et les paysages d'un(e) autre... Se faire une toile, profiter de de la soirée, du printemps naissant. 
Apparemment ce n'est pas pour tout de suite. 
Il y a un mois et demi, début février, les scientifiques incitaient à un confinement dur en raison du variant anglais au taux de propagation ultrarapide (j'en sais quelque chose). Les courbes étaient prévisibles, on pouvait faire des projections. Le durcissement était nécessaire, inéluctable. Il eût été judicieux de profiter de l'hiver pour reconfiner. Ce d'ailleurs à quoi tout le monde s'attendait plus ou moins.
Notre président, cela n’échappe désormais a personne est sous l'emprise d'un hubris démesuré. Ce grand phare de la pensée néo-libérale, chantre de la start-up nation, mais dirigeant d'une puissance nucléaire incapable de créer un vaccin pas plus que d’en produire, avait une autre idée sur la question. Agacé, il se serait alors emporté contre ceux qui étaient autrefois ses conseillers. "J’en ai marre de ces scientifiques qui ne répondent à mes interrogations sur les variants que par un seul scénario : celui du reconfinement," avait-t-il lancé au cours d'un récent Conseil de défense sanitaire. Il trouvait que les scientifiques ça commençait à bien faire. Désireux de reprendre la main, son choix, bien que considéré par beaucoup de commentateurs comme un pari périlleux, — notons au passage que ce sont les joueurs qui font des paris, pas les stratèges — fut cependant très vite présenté par la propagande officielle comme "une victoire du politique sur le scientifique". C'est intéressant : face à un accident industriel on peut d'ores et déjà imaginer que la réponse politique, serait une fois de plus mensonge et dissimulation, comme il y a un an d'ailleurs, lorsque nous ne disposions ni de masques, ni de tests.  La réponse politique était "cela ne sert à rien".
Mais revenons à  ce qui se disait il y a à peine trois semaines : "Un jour, il pourra briguer l’agrégation d’immunologie », s’émerveillait le président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand. Deux semaines après un article très commenté de France-Inter, c’est « le Parisien » qui, en amont du conseil de défense sanitaire de ce mercredi 24 février, relaie les louanges de la macronie sur l’étonnante expertise scientifique accumulée par le chef de l’Etat ces derniers mois. "Il va finir épidémiologiste", commentait déjà un ministre auprès de France-Inter début février, vantant sa décision de ne pas reconfiner le pays malgré la pression des experts sanitaires, et bien sûr sans consulter les institutions républicaines de la représentation citoyenne (Assemblée nationale, Sénat...). "Macron s’est tellement intéressé au Covid qu’il peut challenger les scientifiques", renchérissait un conseiller élyséen auprès de la radio publique. À se demander si la France des années 2020 ne ressemble pas à la Roumanie des années quatre-vingts. Le culte de la personnalité c'est bien mais il faudra dire un jour combien de morts sont directement liées aux caprices de notre autocrate en herbe, et à l'arbitraire de ses décisions. Pourtant selon les instituts de sondages —tous propriétés d'oligarques qui ont soutenu Macron, il est vrai —, notre président recueillerait la confiance de 40% des français. Sommes nous vraiment un peuple de veaux, ou veut on nous en convaincre ?
Seulement aujourd'hui, rien n'apaise la pression subie par de nombreux centres hospitaliers. Les services de réanimation des hôpitaux sont aussi saturés qu'en Novembre dernier, en raison de cette épidémie. Une fois de plus on a traité ceux qui y travaillent, et qui sont au plus près du terrain avec le plus grand mépris sans aucune considération pour la pénibilité de leur tâche. Et durant tout ce temps le pouvoir n'a cessé de mentir, continuant de supprimer des lits d'hôpitaux.
Mais si ce virus a, depuis un an, rendu obsolète la vision du réel de ceux qui nous dirigent, ces derniers n'en continuent pas moins de nous infantiliser, dissimulant leurs échecs, et essayant à la faveur de cette nouvelle maladie de nous imposer un nouveau système de contrainte, un nouvel ordre que Barbara Stiegler a bien décrypté. (Pour ceux qui sont allergiques à Ruffin, il y a aussi cet entretien fait à la librairie Mollat, vénérable et respectable institution bordelaise)
Eh oui… On ne négocie pas avec un virus, on ne gruge pas un virus, on ne fait pas du nudge avec un virus, on ne temporise pas en présence d'un virus, on ne calcule pas en fonction d’une stratégie électorale quand on est confronté à un virus. On fait face, ou bien on est submergé. C'est donc ça l'élite éclairée, qui s'autoproclame "premiers de cordée" ? des pauvres nazes prétentieux incapables d’intégrer une notion simple : face au covid, il n’est de stratégie dilatoire qui vaille, tout retard de décision entraîne une aggravation inéluctable de la situation dans les quinze jours. Il s'agit simplement d'écouter ceux qui savent ce qu'est une courbe exponentielle. Angela Merkel par exemple. On ne peut être sans cesse dans le déni et l'entêtement. Ça Jessica Arden, par exemple, la première ministre de Nouvelle-Zélande l’a bien compris, et a été capable de s'adapter à cette nouvelle situation au contraire de notre petit prétentieux qui reproduit les mêmes erreurs depuis un an. Et l'on s'aperçoit que ces gens qui ne cessent de nous exhorter à "sortir de notre zone de confort", à "changer notre logiciel" à "nous adapter", sont bien moins souples qu'ils veulent bien le prétendre, et disposent d'assez peu de plasticité intellectuelle.
Donc on va rester coincés à Paris pour quelques temps encore selon des modalités à peu près aussi difficiles à comprendre que "Finnegans wake" de Joyce. Nous allons donc "reconfiner mais sans confiner tout en confinant, une sorte de confinement déconfiné en quelques sorte", comme j'ai pu le lire sur un réseau social. Une sorte de confinement de Schrödinger. Tu confines et ne confines pas à la fois.
Si j'ai bien compris, on aura quand même le droit d'aller dans les jardins les parcs et les bois, et de marcher dans les rues avec une auto-attestation dérogatoire, cette forme d'humiliation de plus en plus insupportable.

mercredi 17 mars 2021

Sans suite

 
Voilà,
ce semi-confinement qui n’en finit pas incite à se replonger dans les vieux fichiers. Même si en y regardant de plus près on se dit que c'est ainsi qu'on aurait du traiter la plupart des photos, on y retrouve ces tentatives demeurées sans suite, peut-être parce que sur le moment le résultat s'était révélé décevant au regard du temps qu'on y avait passé. Je me rappelle avoir testé ça avec les playmobils d'Irina. Vraisemblablement, à l'époque, j'avais envie de mélanger différents plans de perspectives comme je l'avais vu, je crois dans une vidéo de Bill Viola. Et sans doute, la récente visite d'une exposition consacrée à Braque avait aussi laissé quelques traces.
Que ces naïves images d'enfance, ne nous fassent pas oublier cependant que, nous sommes au 17 mars 2021, parvenus au jour du dérèglement : c'est à dire que la France a émis, en 77 jours, l'intégralité des gaz à effet de serre qu'elle devra, afin de respecter son objectif de neutralité carbone, émettre en une année à partir de 2050. On est loin du compte. Mais, en raison vraisemblablement du couvre-feu en vigueur depuis début Janvier nous avons tout de même retardé de douze jours cette échéance par rapport à l'année dernière. C’est bigrement positif n’est-ce-pas ?

dimanche 14 mars 2021

Des nouvelles d'ici et du forsythia


Voilà,
j'ai réentendu ce matin ce morceau de Charles Ives, intitulé "the unanswered question" qui m'a immédiatement saisi. Il me semblait avoir déjà fait, il n'y a pas si longtemps, une entrée au sujet de ce compositeur au destin si singulier mais je n'en retrouve pas la trace. Ce morceau, je ne l'avais pas encore mémorisé, si bien que je ne l'ai pas identifié à l'écoute, même s'il m'évoquait vaguement quelque chose. Il m'a toutefois transporté avec la même intensité. 
 
(...)
 
Je suis dans un état de grande fatigue. 
Le médecin m'a dit, il y a deux jours, vous pouvez désormais vous considérer comme convalescent, mais lorsque je lui ai demandé pour combien de temps, il m'a répondu qu'il était dans l'incapacité de me répondre, car il ne disposait pas de recul ni d'informations suffisantes concernant cette maladie. Et puis au passage il m'a rappelé quelques facteurs de comorbidité pour me signifier que finalement je m'en étais plutôt bien sorti.
 
(...)
 
Je passe des jours étranges donc. Je m'efforce de sortir mais je m'épuise vite. Et lorsque je suis à la maison je ne parviens pas à me concentrer pour lire et pour écrire. J'ai du mal à enchaîner mes pensées, et mes propos sont fort décousus. Sinon les tâches de maintenance me semblent insurmontables. J'écoute beaucoup la radio ou des plateformes de streaming. Hier, de nombreux morceaux de Buffalo Springfield, de Poco, et d'un groupe psychédélique américain des années soixante appelé "The Litters" et en particulier l'album "$100 Fine". Je regarde des documentaires : un très passionnant et assez fouillé réalisé, par Fabrice Maze, sur Duchamp, un autre sur le peintre Wilfredo Lam. Mais parfois il m'arrive de m'endormir, sans m'en rendre compte et de me réveiller deux heures plus tard, sans comprendre ce qui m'est arrivé. Je regarde aussi des vieux livres de dessins de Saul Steinberg, des résumés de matches du championnat néo-zélandais de rugby Aotearoa, qui donne lieu à des gestes spectaculaires et acrobatiques. Je suis dans un temps sans mesure, qui n'est pas zen pour autant. Il m'arrive parfois de regarder la télévision. L'autre jour en voyant une interview de Corinne Rey, dite Coco, dessinatrice qui a survécu à la tuerie de Charlie Hebdo, j'ai fondu en larmes tout seul dans mon salon.

(...)

Sinon, bien qu'il fasse un temps gris pluvieux et froid, tout à l'heure en sortant pour faire quelques courses j'ai vu que le forsythia était en fleurs, sensiblement au  au même moment que l'année dernière où j'étais encore en mesure de dire des choses pertinentes. Alors comme à l'accoutumée on va se dire que le printemps est arrivé. Un peu plus tard au détour d'une rue, au cours de ma promenade j'ai retrouvé une vieille connaissance. Je ne lui ai pas posé de questions.
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vendredi 12 mars 2021

Pouvoir nouveau


Voilà,
"ces derniers temps, un pouvoir nouveau et fortifiant s'est affirmé dans ma réflexion sur moi-même, pouvoir que je suis maintenant, et maintenant seulement, en état de reconnaître, parce que à force de stérilité de tristesse, je me dissous positivement dans la semaine qui vient de s'écouler" (Franz Kafka in "Journal") Linked with the weekend in black and white)

jeudi 11 mars 2021

Rayons printaniers

 


Voilà,
en regardant cette image, on peut presque penser qu'elle rappelle des jours heureux, des jours paisibles, des jours insouciants. C'était bien avant le confinement. C'était un temps où l'on pouvait profiter du premier soleil printanier sur les berges de la Seine, faire comme si le monde alentour n'existait pas. S'abandonner à un plaisir archaïque, animal, auquel nos ancêtres à peaux de bêtes, lorsqu'ils se sentaient à l'abri du danger, devaient aussi s'adonner, comme le font nos chats nos chiens et tant d'autres animaux. Profiter avec gourmandise de l'offrande de la lumière. Savourer cette joie paisible et solaire. Fermer les yeux, et entre œil et paupière s'immerger dans la couleur orange. J'enviais, cette capacité d'abandon. Car ce jour-là quelque chose me tourmentait. Une effroyable et silencieuse catastrophe venait d'avoir eu lieu, et personne ne semblait en prendre la mesure. Peut-être parce que c'était loin. Peut-être parce qu'on ne peut prendre sur soi tous les malheurs du monde. Peut-être parce que le déni nous permet de survivre. Pourtant quelques heures auparavant il y avait eu cela qui était arrivé.
 
 
C'est une catastrophe lente qui pourtant continue. On n'en parle plus. Un désastre chasse l'autre. S'efforce-t-on de croire qu'elles ne font que se remplacer quand au contraire elles s'additionnent ? Depuis quelques années l'humanité doit payer la note. Mais ceux qui détiennent les cordons de la bourse ne peuvent s'y résoudre. Cette réfutation obstinée a quelque chose de pathétique. Elle caractérise notre espèce qui s'entête à se mesurer à la nature. A fabriquer des situations critiques qu'elle se refuse d'anticiper en s'en remettant à la providence, en pariant sur la quasi improbabilité du risque. Il y a peu l'épidémie de Covid, nous a démontré qu'en cas d'accident industriel majeur en France, au contraire de ce qu'affirment les pouvoirs publics nous ne sommes pas en mesure de faire face. Nos infrastructures hospitalières sont inadaptées. L'armée est incapable de défendre la population. L'État a depuis longtemps abandonné les citoyens au profit des intérêts privés. A la faveur de cette épidémie, on a pu constater combien l'argent de la fraude fiscale, qui devrait servir au bien commun et aux infrastructures du pays a pu manquer. Mais on continue, cependant, comme si de rien n'était. Business as usual serait-on tenté de dire. 
Et puis, on continue aussi à nous prendre pour des cons, et d'une certaine façon pourquoi s'en priver puisque ça marche. Ça marche pour tout. A croire que les gens raffolent de ça. Ainsi peut-on lire et entendre, qu'aucun cancer, aucune maladie n'est due à une contamination nucléaire à Fukushima. Qui peut raisonnablement croire ça ?  Mais c'est la fiction que Tepco et les pouvoirs publics japonais ont mis en place et relayent de façon permanente par des médias qui leur sont acquis. Heureusement il existe d'autres sources d'information. Toute façon c'est là. On n'y peut rien. On ne peut contenir ce désastre. Il est désormais un des éléments constituants de notre condition humaine. Il nous reste la musique


mardi 9 mars 2021

Les grandes aventures

 
Voilà
"Je n'arrive pas à penser à quelque chose. Je m'ennuie toujours et c'est pour ça que je me lance dans de grandes aventures. Je descends dans des gouffres. J'escalade un pic. Je traverse un bras de mer. Je dévalise une banque. J'avoue que tout ça m'ennuie encore plus. Je n'aime pas les grandes aventures. Mais j'espère qu'elles vont me permettre de penser à quelque chose et de m'ennuyer moins." (Norge in "Les Oignons")
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dimanche 7 mars 2021

Fort à propos


Voilà,
le fromager Vacroux, institution de la rue Daguerre, rue commerçante du XIVème arrondissement de Paris, immortalisée par la cinéaste Agnès Varda qui y vécut  et lui consacra un documentaire intitulé "Daguerréotypes" a fait représenter sur son rideau de fer un paysage bucolique où ne manquent ni la vache ni la biquette ni le sourire de la bergère, ce qui somme toute se révèle fort à propos.
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jeudi 4 mars 2021

Ahlala


 
Voilà,
cette année passée nous aura comme anesthésiés. C’est une sensation étrange : car les événements les péripéties du début du premier confinement se sont effacés. Un an qu'on ne parle que du Covid. 
A peine si l'on se souvient les points presse de la porte-parole du gouvernement. Comme s'ils n’avaient pas existé, comme si elle-même n'avait jamais été de ce monde, et comme si tous les errements du début de la pandémie n'avaient été qu'une fiction. Pourtant il y a un an on demeurait stupéfait par la bêtise effarante l’aplomb les mensonges de Sibeth N’Dyaye. On se demandait par quel miracle autant de nullité pouvait atteindre une telle audience.  C'était un numéro de clown tout à fait assumé. La bêtise fière d'elle-même. Évidemment les élucubrations stupides de Trump outre Atlantique, avaient plus d'audience et étaient encore plus sidérantes. Mais tout de même, nous parvenions en matière de bêtise ouvertement assumée à combler notre retard à grand pas. 
Et les mensonges des responsables de la santé, toute l’impéritie des pouvoirs publics les manquements de l’État en matière de santé, le scandale des masques, l'absence de tests, tout ça qui était si énorme et qui pensait-on ne manquerait pas de faire l'objet de commissions d'enquêtes afin que soient jugées les responsables. 
Certains se sentaient des vocations de procureurs. On allait voir ce qu'on allait voir.  Collés à leurs écrans ils se répandaient en imprécations solitaires sur le réseau sociaux. On n'en resterait pas là . Ça ne pourrait jamais être comme avant, après. C'est fou quand même tous ces gens qui ont des solutions à nos problèmes et qui passent leur temps sur facebook ou twitter. "Une fois l'urgence passée, il faudra bien en revanche que les responsables sanitaires et politiques rendent des comptes sur la manière dont ils se seront révélés totalement pris de court par un risque sanitaire parfaitement identifié, avec une situation en l'occurrence très peu grave par rapport à ce que serait une vraie pandémie tueuse." disait l'un. 
"Il faudra aussi répondre de l'inaptitude à répondre vite et bien (comme d'autres nations) en requérant au besoin de manière contraignante la mise à disposition des capacités industrielles et scientifiques pour faire ce qu'il aurait fallu." vitupérait un autre. 
Entre leurs quatre murs beaucoup se sentaient démangés par le prurit révolutionnaire. "Rappelons que le risque pandémique est redouté depuis plus de 30 ans, en provenance d'Extrême-Orient comme désormais des toundras subarctiques, à risque de libérer d'innombrables variétés de virus jusque là congelées sous le permafrost... Un peu donc comme si dans une région à risque de tremblement de terre, on n'avait ni prévu de normes de construction antisismique ni de procédures de protection de la population ! Ceci alors que des cohortes de hauts fonctionnaires et universitaires étaient généreusement payés pour anticiper ces risques". Je ne sais plus qui a écrit cela. Quelqu'un qui croyait que la justice est indépendante du pouvoir politique. Quelqu'un qui pensait que les gens fortunés ont l'amour de la patrie chevillé au corps et se soucient de l'intérêt de la nation. Un romantique révolutionnaire en chambre. Or que voit-on aujourd'hui ? Un an après. La résignation, l'oubli. la fatigue, la dépression. Le goût pour la lutte s'est bien émoussé.
Tout cela semble aujourd’hui lointain et comme fictif. D'ailleurs il est difficile d'en trouver des traces sur Internet. Tout ça s'est dilué dans une sorte d'éternel présent uniquement relié à l'épidémie. Le virus est devenu le maître des horloges. Quant aux projets de lois mal goupillés qui devaient trouver le peuple sur leur chemin, ils repassent en catamini, sans rencontrer de grande opposition.
 
Tout ce qui précède le premier confinement semble s’être perdu dans un lointain aussi incertain que confus. Pour ma part, mes albums de photos sont les seuls éléments qui me permettent de reconstituer les semaines qui ont précédé, où ce qui advenait en Chine semblait ne jamais devoir nous atteindre. Par exemple je me souviens de cette "nuit des Bodysnatchers", à la cinémathèque où  Philip Kaufman était présent, à laquelle j'avais assisté avec Pascal. Nous avions regardé les quatre films, réalisés sur ce thème. Je me souviens qu’une seule personne dans l'assistance portait alors un masque. Mais dans ma mémoire tout cela semble relever d'une vie parallèle, d'un souvenir bien plus lointain. Je peux toutefois me rappeler l'empressement qui fut le mien à aller voir un maximum de spectacles, de films, d'expositions au début du mois de mars
 
Ces derniers temps une émission de divertissement, s'amuse à revenir sur l'actualité un an en arrière, jour pour jour. Ces piqûres de rappel, nous donnent l'impression que ce pays n'a pas avancé d'un iota, puisqu'on en est encore à parler de reconfinement, et que ce qui se passait à l'époque pour les tests et les masques se reproduit aujourd'hui avec les vaccins. C'est la même désorganisation et l'improvisation dans les chaînes de décision, la confusion dans les objectifs et tout le monde y va de son point de vue. Il y a des commissions des sous commissions, des agences locales, régionales, des comités transversaux, interceci intracela, de suivi de prospectives, des experts qu'on consulte et qu'on n'écoute pas. Ce qui ressort de tout ça, c'est le ridicule dont se couvre notre pays qui s'autorise à donner des leçons à tout le monde et qui n'est pas plus capable de concevoir un vaccin que d'en produire et à toute les difficultés à organiser la vaccination de la population.
Ahlala !  comme on dit en France. 
Je me suis rappelé cette sculpture qui se trouvait quai de Conti au début des années 10. 
Aux images récentes je ne trouve plus beaucoup d'attrait.
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mercredi 24 février 2021

Mouvant vertige


Voilà,
ouvrant une vieille revue consacrée à Antonin Artaud, que j'ai beaucoup lue autour de mes 17 ans — c'est étrange cette tendance à revisiter les livres de ma jeunesse — je tombe sur cet extrait de "L'Ombilic des Limbes" qui décrit assez précisément l'état dans lequel me met le Covid ces derniers jours,
"Une sensation de brûlure acide dans les membres, 
Les muscles tordus et comme à vif, le sentiment d'être en verre et brisable, une peur, une rétraction devant le mouvement, et le bruit. Un désarroi inconscient de la marche, des gestes, des mouvements. Une volonté perpétuellement tendue pour les gestes les plus simples, 
le renoncement au geste simple,
une fatigue renversante et centrale, une espèce de fatigue aspirante. Les mouvements a recomposer, une espèce de fatigue de mort, de la fatigue d'esprit pour une application de la tension musculaire la plus simple, le geste de prendre, de s'accrocher inconsciemment à quelque chose,
à soutenir par une volonté appliquée.
Une fatigue de commencement du monde, la sensation de son corps à porter, un sentiment de fragilité incroyable, et qui devient une brisante douleur,
un état d'engourdissement douloureux, une espèce d’engourdissement localisé à la peau, qui n’interdit aucun mouvement mais change le sentiment interne d’un membre, et donne à la simple station verticale le prix d’un effort victorieux.
Localisé probablement à la peau, mais senti comme la suppression radicale d’un membre, et ne présentant plus au cerveau que des images de membres filiformes et cotonneux, des images de membres lointains et pas à leur place. Une espèce de rupture intérieure de la correspondance de tous les nerfs.
Un vertige mouvant, une espèce d’éblouissement oblique qui accompagne tout effort, une coagulation de chaleur qui enserre toute l’étendue du crâne ou s'y découpe par morceaux, des plaques de chaleur qui se déplacent.
Une exacerbation douloureuse du crâne, une coupante pression des nerfs, la nuque acharnée à souffrir, des tempes qui se vitrifient ou se marbrent, une tête piétinée de chevaux." 
 
Je n'ai rien à  ajouter. Ce qui épuise c'est la sensation d'aller mieux, puis de retomber encore plus bas, plus profond, d'être aspiré par un gouffre. Et passer de suées en grelottements. tout en étant assailli de pensées sombres, d'images confuses.  La peur parfois d'être à la merci d'une trop forte toux. Je rêve de nature, de campagne, de soleil, de ciel bleu. Il me semble parfois que je ne retrouverai jamais la paix, la sensation de douceur de sérénité. Par chance pour le moment je ne tousse pas trop et je parviens à respirer sans encombre.
Sinon Lawrence Ferlinghetti a rejoint les "pictures ot the gone world". On peut dire qu'il aura fait sa part
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mardi 23 février 2021

Constat


Voilà,
au matin d'une douce journée tu découvres ce surprenant panorama. L'été tire à sa fin. Comment se sont agencées les pensées, tu l'ignores. Sans doute la marche à pied a-t-elle favorisé les libres associations. Bref, tu en es là, à cet instant de ta vie. Tu songes à ce que cela t'a coûté d'efforts durant tant d'années de tenter de surseoir à l'angoisse de vivre. Et soudain tu réalises que désormais c'est celle de mourir qui t'inquiète.
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dimanche 21 février 2021

Déambulation

 
Voilà,
à l'angle de la rue saint Médard et de la rue Mouffetard, dans le cinquième arrondissement de Paris, c'est à dire entre cet endroit qui se trouve dans mon dos, et celui-ci lorsque je remonte la rue, j'ai aperçu cette étrange peinture qui se trouve à l'entrée d'une école je crois. Je ne me souviens pas de mon trajet exact ce jour là. Sans doute suis-je remonté jusque vers l'ancienne Ecole Polytechnique en face du bar "les pipos". Après j'ai du rejoindre la rue des Écoles où se trouve en face de la Sorbonne et du Collège de France la statue de Montaigne, peut-être ai-je ensuite erré du côté de Saint Germain-des-prés, et qui sait ensuite poussé jusque vers les bords de Seine. Je ne me lasse pas du quartier latin et de Saint Germain des prés.
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samedi 20 février 2021

Tisanes onguents et gargarismes


Voilà,
tu te lèves au milieu de la nuit. Fièvre. Tu prends la résolution de laver ton linge. Au cas où. Sait on jamais. Ton cerveau comme une boule de mousse qu'une main hargneuse s'emploierait à lacérer à coups de fourchette. Maladresse. Lessive liquide, tu la renverses. Te reviennent en mémoire les insultes de la Prédatrice lorsque tu étais enfant. Tu en es encore là penses tu. Allez du nerf ! Absolument pas question que cette vieille carne te survive. Programme à 60°. Puis tisanes, onguents, gargarismes. Puis marcher dans l'appartement monter et redescendre l'escalier pour se sentir vivant. Puis au passage un petit coup de Rhum de la Dominique avec du miel dans la tisane de thym. D'ailleurs c'est peut-être elle la correctrice anonyme, celle qui te l'avait ramené lors de ce funeste et lointain décembre. Puis contempler le chaos de cet appartement. toutes les choses en plan. La semaine dernière tu étais bien parti pourtant. Maintenant incapable de lire.  Quelques vidéos. Hier matin, ce documentaire sur le Caravage. Une bonne raison pour aller à Naples, Syracuse, Malte. Mais quand ? Tiens une petite inhalation. Assainir les bronches. Retourner se coucher. Souvenirs. Autrefois tu réalisais des Polareliefs. Tu étais bien plus vigoureux alors. Il y avait encore dans ta vie, place pour la désinvolture.
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jeudi 18 février 2021

Entre paupière et mémoire


Voilà,
guetter les signes de ce qui, selon toute probabilité et au regard de faits indiscutables, doit survenir d’ici peu, mais néanmoins espérer y échapper ou n’en subir que faiblement les embarras. Écouter dans son lit duquel on a du mal à s’extraire un concerto anonyme pour flûte à bec, procrastiner et consentir à la paresse, vice nécessaire dont il n’y a vraiment pas lieu de se culpabiliser et plaisir absolu qui en appelle d’autres. Dehors le ciel grisaille uniformément par-dessus les toits humides alors on s'abandonne à la douillette chaleur du lit. La musique suggère de lointaines et fugitives réminiscences évapanouies dans un battement de cils, visions, sensations à peines perceptibles — oui on a vraiment tous les âges de sa vie — d'anciens paysages émergent entre paupière et mémoire, autres cieux autres rivages, la cabane de bord de plage où l'on ne s'est pas arrêté parce qu'il commençait à faire un peu frais, les souvenirs qui en en appellent d'autres, les occasions manquées, les promenades mélancoliques, la méfiance, les peurs enfouies, les images qu'on ne peut chasser, les coïncidences, l'esprit d'à propos, celui de l'escalier, les petits bruits inquiétants, les gestes embarrassés, les regards embarrassants, les aveux inattendus, les propositions déconcertantes, les voix que l'on croit reconnaître, les refrains idiots, le petit théâtre de la jeunesse, les destins absurdes, les noms sur le bout de la langue, les vaines agitations, les brouillons, les listes forcément incomplètes, les secrets dans des boîtes en fer blanc, les bouts de ficelles, les trombones tordus, les vieux timbres, les articles de journaux jaunis, les équations non résolues, la parenthèse ouverte qui, plutôt que de se refermer finira en points de suspension...
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mardi 16 février 2021

Okay Café


 
Voilà,
en ce moment il ne me reste plus de goût pour grand chose. Écrire m'est trop pénible. Choisir les mots, les tournures de phrases, couper les cheveux en quatre afin de tenter de préciser une pensée, un fait, lui donner une couleur particulière, je n'ai plus la patience, tout ça est bien long à venir et les idées trop rares. Hésiter pendant un certain temps, comme ce fut le cas récemment entre  "Elle tressaille soudain en étouffant un sanglot "ou bien "elle tressaille et ne parvient à retenir ses larmes", à quoi bon ? Et pourquoi fallait-il qu’elle pleure cette conne ? Pourquoi n’aurait-t-elle pas été plutôt saisie par une féroce envie de chier qui l'aurait immédiatement détournée de ce lieu qui la ramenait à ses souvenirs ? 
Mais bon je l'ai déjà évoqué, je m'impose cette discipline comme une gymnastique mentale. Cela donne ainsi à d'autres la possibilité d'exprimer leurs fantasmes de domination. Comme l'intraitable grammairien.ne ou le.la lexicologue obsessionnel.le qui plutôt que de m'envoyer un aimable message pour me signaler une erreur ou suggérer une autre formule va me bombarder de majuscules anonymes. Ça se trouve c'est quelqu'un de très bien, qui manque juste de tact. Pourquoi imaginer un vieux con grincheux et tatillon que la retraite rend maussade ? Et encore tout ça n'est pas bien grave. Il paraît qu'il existe pire ailleurs. Peut-être aurais-je d'ailleurs du apposer au début de ce message un "Trigger Warning" — que les québecois ont astucieusement traduit par le mot-valise "traumavertissement" —, car quand même, j'ai non seulement tenu un propos qui peut paraître sexiste et insultant pour quiconque éprouve de la peine, mais aussi énoncé de peu amènes jugements sur les "seniors" et les "malcomprenants".
Donc, par paresse, je traîne sur mon ordinateur, je retrouve de vieilles photos. Celle-ci date de fin Octobre 2011, prise depuis une péniche lors d'une excursion sur le canal de l'Ourcq avec ma fille. A cette époque je n'avais pas trop de problèmes d'argent. Je n'en étais pas pour autant insouciant. Mais je prenais encore d'aimables clichés de la vie parisienne. Même ça désormais ne me divertit plus. toutefois j'éprouve encore du plaisir à redécouvrir des images autrefois négligées et auxquelles finalement je trouve un certain charme.
Sinon, hier j'ai acheté du mimosa qui embaume la maison. Quoi d'autre ? j'ai aussi envie de rencontrer des inconnus. Et pourquoi pas un mécène ou un bienfaiteur. On peut rêver, non?
 

dimanche 14 février 2021

Couleurs chaudes par temps froid

 
Voilà,
non loin de chez moi, se trouve un restaurant qui organise aussi des cours de salsa dans la journée. Je n'y suis jamais entré, ni pour manger, ni pour danser, sans doute à cause de ces rabatteurs qui le soir sur le Boulevard Edgar Quinet encouragent le passant à s'y rendre, en précisant pour l'appâter qu'on y rencontre de très belles filles. J'ai toujours pensé que la Pachanga était une boîte un peu louche, un attrape nigaud, mais en regardant le site je me dis qu'à la réflexion cela n'est peut-être pas le cas. Je suis passé en début d'après-midi, dans cette rue Vandamme que je n'emprunte pas souvent car je n'avais jamais prêté attention à cette peinture murale aux couleurs chaudes qui se trouve à l'entrée dudit club-restaurant bien évidemment fermé depuis des mois en raison de l'épidémie de Covid. (Linked with Monday murals)

samedi 13 février 2021

En cherchant un livre


Voilà,
Chick Corea, Louis Pons, Jean-Claude Carrière... ces derniers temps des artistes, qui ont stimulé mon univers sensible et intellectuel, qui m’ont aidé à penser, ont accompagné des périodes de création, ou m’ont simplement offert des moments de plaisir, ont quitté cette réalité. Ils furent les compagnons du jeune adulte en formation que les années passées depuis m'ont rendu de plus en plus incertain — je parle de celui qui s’efforçait de se frayer un chemin dans un monde hostile, incompréhensible bien souvent énigmatique. Leur disparition me rappelle à quel point leur œuvre fut autrefois précieuse. Je n’imaginais pas vieillir à l’époque, je ne songeais pas que cela fût même possible. Il m’arrivait parfois, en de très rares moments de me projeter dans cette vague et abstraite hypothèse, mais sans être en mesure d’en imaginer la condition ni l’état. Je connaissais peu de vieux et n’avais aucune empathie particulière pour ceux que je croisais. Je ne voulais surtout pas leur ressembler. D’ailleurs je faisais commencer la vieillesse bien plus tôt que je ne le fais maintenant. J’éprouvais pourtant une admiration sans borne pour Henri Michaux — déjà bien âgé —, mais s’il me semblait le comprendre à l’aune de nos expériences communes, (les drogues et l'hypocondrie), j’étais incapable de vraiment le ressentir aussi intensément que je le supposais. Pourtant je m’en sors pas mal. Je fais encore illusion. Les fées Kératine et Mélamine se sont penchées sur mon berceau. Ce sont bien les seules d’ailleurs...  On me croit plus jeune que je ne le suis à cause de mes cheveux noirs. Peut-être le suis-je vraiment d'ailleurs. Après tout n'ai-je pas perdu ma dernière dent de lait à 64 ans ? Cette apparente jeunesse me permet d'entendre des gens de mon âge ou parfois même ne l'ayant pas encore atteint, pérorer du haut de leur "expérience" et même m'expliquer la vie. Prenant l'air un peu con, non sans une certaine jubilation, je les écoute dispenser leurs théories souvent vaseuses et leurs prétentieuses considérations. Quand je suis très lassé de ces conneries, il m'arrive parfois d'avoir envie de leur balancer qu'à cinq ans je savais déjà à quoi ressemble un type égorgé et les tripes à l'air qui gît dans un fossé et quelques autres détails mais à quoi bon. Où je m'aperçois que j'ai franchement pris un coup de vieux dans la tête, c'est que les gens me fatiguent avec leurs histoires. J'ai déjà tant de mal à me rappeler des miennes...
Sur la photo du haut, il manque un élément. Le livre de Louis Pons consacré au dessin. Un ensemble de notes et d'aphorismes, sur lequel je n'arrive pas à remettre la main. Rien ne m'agace tant que ce genre de situation. En le cherchant — sans succès donc —, je suis tombé sur d'autres documents. En particulier un petit carnet où la mère de ma fille a noté toutes les choses horribles que j'ai pu dire pendant sa grossesse, tant j'étais paniqué. J'ai éprouvé non seulement une immense honte, mais un terrible chagrin et le remords de lui avoir infligé ça, elle qui est une bonne et très courageuse personne. Il lui en fallu de la force pour résister. Même si je n'ai pas été pris par surprise et que j'ai acquiescé à son désir d'enfant, l'attente de celui-ci a été pour moi une source d'angoisse terrible, que j'ai extériorisée, sans discernement. Je m'en suis voulu par la suite de n'avoir pas été capable de manifester de l'amour pour l'être-à- venir, et d'avoir tant récriminé sans soutenir celle qui le portait. C'est sûr que j'ai irrémédiablement déchu à ses yeux. Dans ces circonstances les femmes préfèrent un mâle protecteur, même quand elles on demandé à un vieil enfant de les féconder. Je ne suis devenu père que lorsque j'ai tenu ma fille dans mes bras. C'est comme ça. La première fois, je lui ai tout dit, tout raconté du difficile chemin qui m'a conduit vers elle, je lui ai dit que je l'aimerai toujours et promis que je serai là pour l'aider. Sans doute était-ce un peu prétentieux, puisque désormais je ne lui suis d'aucune utilité en maths en physique en chimie en biologie, mais elle s'en sort très bien sans moi.
J'ai aussi retrouvé des pages que j'avais écrites pour et par elle, alors qu'elle n'avait que huit mois. Elles sont justes. Elles sont belles. Ça a atténué l'état dans lequel je me trouvais. En fouillant par-ci par là à la recherche de ce satané bouquin, je suis tombé sur ces graffiti dont je ne me souvenais plus. Impossible de savoir de quand ils datent exactement. Les années quatre-vingt sans doute. J'ai toujours eu besoin de laisser sortir mes monstres. Ceux que j'appelle mes clandestins.

 

jeudi 11 février 2021

Joggeuse


 
Voilà,
il songeait que le capital va toujours où il fait un maximum de profit, c’est-à-dire où les frais de production sont les plus bas. De là à en conclure que le principe de la maximisation du profit agit comme un principe meurtrier, il n'y avait qu'un pas. Et puis dans le jardin du Luxembourg dépeuplé, il pensa aussi que ces derniers mois, avec cette épidémie, entre le moment où une décision de confinement est prise, et son effet, il se passe bien trois semaines. Et que durant ces trois semaines, — à moins d'être directement concernés par la maladie, eux ou leur entourage — les gens, pour la plupart,  sont impatients et ne comprennent pas le sens des sacrifices auxquels ils doivent déjà consentir ni pourquoi on leur en impose d'autres. Évidemment les médecins et les personnels soignants n'évaluent pas la situation pareillement, eux qui sont en prise directe avec les incidences du virus sur le fonctionnement des hôpitaux. C'est alors qu'il réalisa que comme en matière d’écologie le temps de latence est de trente à cinquante ans, on ne s'en sortirait pas puisque les décisions que devraient prendre aujourd’hui les gouvernants n’auront d’effet que lorsqu'ils ne seront plus de ce monde. D'ailleurs c’est pour cela qu’elles n’ont jamais été prises par le passé. Il faudrait que la catastrophe soit évidente. Peut-être d'ailleurs l'est-elle déjà sans que nous nous en rendions compte. Ou peut-être sommes nous dans le déni. Personne ne se fait à l’idée que ça peut changer, que ça va changer. En fait on voudrait que les efforts soient pour les autres. La solidarité d’accord mais à condition que ça ne coûte pas. Apercevant la joggeuse qui venait à sa rencontre, il réalisa qu'il l'avait déjà croisée quelques minutes auparavant. Elle courait vraiment vite. C'est sans doute à ce moment là qu'une idée folle commença à germer dans le cerveau de Léonardo Vaccarèse.

mardi 9 février 2021

Nuit, La Défense

 
Voilà,
"Pourquoi la forme est-elle belle ? Parce que, je crois, elle nous aide à contrer notre pire crainte, celle que la vie pourrait n’être que chaos, et que donc notre souffrance ne veuille rien dire." La formule de Robert Adams est touchante, parce que naïve, car oui la vie est un chaos où, quoi qu'on fasse notre souffrance est dépourvue de sens. So what ? Nous ne pouvons y faire grand chose. Cette pensée rappelle celle d'un personnage de Dostoïevski, "la beauté sauvera le monde". Je n'en crois rien bien sûr. D'ailleurs n'a-t-on pas trouvé de la beauté dans la plus effroyable catastrophe que l'homme ait engendré et trop souvent reproduite. 
Une image n'est qu'une image, elle permet de faire écho à la réalité, mais aussi de la transformer parfois. Il peut arriver que notre regard atténue l'emprise de ce monde trivial et y trouve matière à poésie. L'image agit alors telle un charme, comme on nommait au moyen-âge l'enchantement produit par la magie ou par le sort dans le but d'apaiser la douleur. Rien de plus. Et cela ne dure jamais longtemps.

dimanche 7 février 2021

L'Arbre bleu


Voilà,
sur le billet précédent j'évoquais quelques souvenirs liés à la petite place située en face de l'ancienne École Polytechnique. Si on longe celle-ci, on remonte la rue Descartes qui croise la rue Clovis et se continue jusqu'à la place de la Contrescarpe. Puis dans le prolongement, c'est la rue Mouffetard qui redescend vers Censier Daubenton. Juste après le croisement de la rue Clovis, au 46 rue Descartes on peut apercevoir cette fresque, intitulée "L'arbre bleu" réalisée en 2000 par Pierre Alechinsky qui fut notamment l’un des membres influents du groupe COBRA (1949-1951) fondé par les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret, les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn. l'une des marques distinctives d'Alechinsky est d'entourer son motif central de cases, vignettes inspirées des prédelles des retables médiévaux. A droite de cette fresque, un poème d'Yves Bonnefoy intitulé "L'arbre des rues"

Passant,
regarde ce grand arbre
et à travers lui
il peut suffire.

Car même déchiré, souillé,
l'arbre des rues,
c'est toute la nature,
tout le ciel,
l'oiseau s'y pose,
le vent y bouge, le soleil
y dit le même espoir malgré
la mort.

Philosophe,
as-tu chance d'avoir l'arbre
dans ta rue,
tes pensées seront moins ardues,
tes yeux plus libres,
tes mains plus désireuses
de moins de nuit.
 
Quelques mètres plus bas, on peut apercevoir le café "Le Bateau ivre", titre d'un des plus célèbres poèmes de Rimbaud, (auquel soit-dit en passant Yves Bonnefoy a autrefois consacré une monographie) où se donnaient dans ma jeunesse des lectures littéraires. Des artistes débutants s'y produisaient aussi avec leur guitare. Je n'ai jamais osé y rentrer. Non loin, sur l'autre trottoir, au 37 se dresse un immeuble qui abrita autrefois le poète Paul Verlaine.  

 
 
Ainsi, par la grâce du petit commerce, les deux poètes qu'une liaison orageuse réunit autrefois se voient de nouveau associés. A ce sujet, il fut, par l'entremise d'une lettre signée par de nombreux abrutis, proposé il y a quelques mois que tous deux soient rapatriés au Panthéon dont le frontispice s'orne de la devise "Aux grands hommes la patrie reconnaissante", au prétexte que "le fait de faire entrer ces deux poètes qui étaient amants, oui, ensemble, au Panthéon aurait une portée qui n'est pas seulement historique ou littéraire, mais profondément actuelle". Notre actuel ministre de la culture s'est enthousiasmée pour cette proposition débile, de même que quelques intellectuels désireux de faire le buzz. Une telle ineptie, a de quoi atterrer car elle témoigne d'une volonté de refaire l'histoire au profit d'une cause par ailleurs tout à fait respectable. Mais l'idée de séquestrer au Panthéon ce "voyou" que fut le jeune Rimbaud, qui railla avec génie le "patrouillotisme" français, fit l'Eloge de la Commune, et manifesta souvent une ironie cruelle à l'égard des grands hommes de son temps, cette idée on se demande comment elle a pu germer tant elle semble absurde. Un excellent article du journal "Marianne", recense d'ailleurs tous les arguments contre cette proposition à laquelle il n'a heureusement pas été donné suite. 
Linked with Monday murals
 & Mersad's Through my lens

vendredi 5 février 2021

Le Bar des Pipos


Voilà,
j'ai pris cette photo il y a fort longtemps, en 1998, je crois. Mais Le Bar des Pipos, existe toujours. Les "Pipos" c'est ainsi qu'on appelait les polytechniciens qui étudiaient juste en face lorsque l'École Polytechnique, dont on peut apercevoir l'entrée principale reflétée sur la vitre du bar,  se trouvait encore rue de la Montagne Sainte Geneviève. Ce fut mon quartier entre 1970 et 1975. Toute ma découverte de Paris s'est faite à partir de cet endroit, de cette petite place. Si l'on remonte par la gauche, la rue de la Montagne sainte Geneviève continue vers l'église. La petite échoppe qui fut autrefois une librairie papeterie où l'on vendait des journaux, puis ensuite une librairie, puis un restaurant corse, a été récupérée par le restaurant "L'écurie" une vieille institution du quartier qui faisait l'angle de la rue de la Montagne Sainte Geneviève et de la Rue Laplace. Un peu plus haut sur la gauche juste avant l'église, perpendiculaire, se trouve la rue Saint-Etienne-du-Mont rejoignant la rue Descartes et qui m'a toujours ému, parce qu'elle est inchangée depuis deux siècles. Les soirs d'hiver, avec la neige, elle m'évoquait des illustrations de calendrier de l'Avent.
J'espère qu'au printemps il sera de nouveau possible d'aller boire des coups à la terrasse des Pipos. Si je me souviens bien, ils ont un très bon Saint-Joseph là-bas. Rien n'a changé, le comptoir est un bon vieux zinc. Je ne suis pas un acharné des cafés parisiens mais là j'ai envie d'y retourner. La petite épicerie que l'on aperçoit était autrefois asiatique. C'est là que j'ai pour la première fois goûté des boules de cocos et des pâtisseries vietnamiennes à la pâte de soja. La rue que l'on voit se prolonger mène tout droit vers le Collège de France. Elle passe devant le restaurant "le coupe-chou" qui me faisait rêver lorsque j'avais quinze ans. Plus tard, j'y ai mangé car un des comédiens de la troupe de Didier Flamand qui s'appelait Francis Lemonnier, en était propriétaire. C'est là que nous faisons nos repas de premières et de dernières. 
Je me demande si je ne suis pas en train d'éprouver cette sorte de nostalgie dépourvue de regret que les japonais appellent Natsukashii 

jeudi 4 février 2021

Déplorations


Voilà,
Je déplore ne pas me trouver en ce moment à cet endroit, je veux dire non loin de la mer
 
Je déplore le fait que l’un des plus beaux disques jamais édités porte un nom aussi con et une couverture aussi peu en accord avec la musique qui y est gravée. Je veux parler d’atomic basie bien sûr.

Je déplore qu’en entendant aujourd’hui l’album « songs of Leonard Cohen » mon incapacité à l’écouter sans être hanté par le jeune homme que j’étais alors et accablé par le constat que ma vie n’a pas ressemblé à ce que je rêvais d’en faire.

Je déplore cet embarras dans lequel au moment d’un départ ou d’une arrivée, nous mettent les gestes barrière qui, depuis quelques mois nous privent du témoignage de la joie ou de la gratitude

Je déplore apercevoir autant de masques usagés jetés n'importe comment dans la nature 
 
je déplore le fait que les gens qui gueulent parce que les bars sont fermés ne gueulaient pas aussi fort quand on a fermé les lits d'hôpitaux, qu'on a réduit les budgets pour la recherche ou pour l'enseignement.
 
je déplore devoir  parfois me heurter à l'incommensurable bêtise et l'acrimonie des "imbéciles heureux fiers d'être nés quelque part", qui revendiquent leur terroir comme un étendard, et qui, pour peu qu'on écrive de Paris, vous assignent à ce lieu, vous reprochant soudain d'être de la capitale avec tous les clichés s'y afférant
 
je déplore avoir quelquefois la faiblesse d'accorder du temps à des gens qui n'en valent pas la peine et qui par conséquent me le font perdre

je déplore  constater que le proverbe "si jeunesse savait et si vieillesse pouvait" s'avère aussi juste
 
je déplore  ne pas savoir jouer du piano ou de la guitare
 
je déplore être aussi fauché en période de crise
 
mais heureusement je trouve qu'il y a encore bien des motifs de se marrer 
(Linked with skywatch friday

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