Voilà,
comme 85% de mon lectorat vit hors de France, une petite mise au point concernant les émeutes du week-end dernier qui ont été parfois évoquées en commentaire, me semble nécessaire. Il est probable que des images spectaculaires ont été diffusées à l'étranger. Ces faits existent c'est indéniable. Ils suscitent néanmoins quelques réflexions.
On peut se poser des questions. Depuis quelques années la police française fait preuve de beaucoup de zèle pour réprimer violemment des manifestations pacifiques, autorisées, légales, n’hésitant pas à viser les manifestants à tir tendu. Il semble que sa mission consiste désormais à protéger le pouvoir plutôt que les citoyens et la stratégie de maintien de l’ordre s'est depuis longtemps substituée à celle du compromis politique et de l’arbitrage.
Voici neuf ans, depuis l'arrivée de Macron au pouvoir que les lois de notre pays relèvent déjà de celles d’un état policier. Lorsque la justice sera mise au pas — ce qui semble le prochain objectif des partis de droite, dont presque tous les leaders sont visés ou condamnés pour corruption — nous ne serons pas loin d’une dictature.
Pour ce qui est des émeutes du week-end, on peut raisonnablement se demander pourquoi les renseignements généraux n’ont pas anticipé ou fait remonter les informations sur la présence de casseurs. On peut aussi s’interroger sur le fait que la police soit si peu efficace à protéger les biens communs. Au vu des images et des informations rapportées, comment
expliquer l'absence apparente des forces de l'ordre, et leur sous-effectif manifeste, dans
plusieurs lieux particulièrement sensibles ? Une seule compagnie de CRS aurait été mobilisée à
Marseille, deuxième ville de France. À Bordeaux, la résidence du préfet,
pourtant a priori facile à sécuriser, a été mise à sac. À Marseille
comme à Limoges et à Lyon, des bâtiments municipaux, symboles de la
République, auraient été laissés pratiquement sans protection.
On veut faire passer le souvent grincheux Mélenchon et son mouvement — que la plupart des médias qualifient de représentants de l'extrême-gauche au seul prétexte qu'ils veulent taxer les grandes fortunes et s'attaquer à l'évasion fiscale — pour responsable de ces exactions. La ficelle est un peu grosse. Il a eu beau jeu de remarquer que le pouvoir est "capable de mettre 14 000 personnes à Paris pour
accueillir dignement le pape quand il n’y en a que 10 000 dans toute la
France" lors d'une journée de protestation sociale annoncée de longue date. Il est aussi possible que les responsables au gouvernement, soient incapables d’assurer à la fois l’ordre public et la liberté de manifester
On peut aussi s'étonner du fait que la police ait fait preuve de beaucoup moins de célérité à charger les casseurs alors qu'elle ne manquait pas une occasion d'agresser les manifestants pacifistes souvent jeunes lors des dernières semaines. Il est probable aussi que l’infiltration d’agents provocateurs au service du pouvoir ait été importante. La simultanéité d’émeutes dans tant de villes de France a tout de même de quoi surprendre.
"A qui profite le chaos ?" Cette question n'est, dans les médias mainstream aux mains d'oligarques qui monopolisent la télévision, les instituts d'opinion et la presse écrite, bien évidemment jamais posée.
Les violences, les dégradations et les scènes d'émeutes ont éclipsé les revendications initiales. On ne parle plus des causes de la colère, mais du rétablissement de l'ordre. Une manière commode d'éviter de relayer les demandes exprimées par les manifestants. D'ailleurs le pouvoir n'a pas réellement les moyens politiques et financiers d'y répondre.
"A qui profite le chaos ?" Cette question n'est, dans les médias mainstream aux mains d'oligarques qui monopolisent la télévision, les instituts d'opinion et la presse écrite, bien évidemment jamais posée.
Les violences, les dégradations et les scènes d'émeutes ont éclipsé les revendications initiales. On ne parle plus des causes de la colère, mais du rétablissement de l'ordre. Une manière commode d'éviter de relayer les demandes exprimées par les manifestants. D'ailleurs le pouvoir n'a pas réellement les moyens politiques et financiers d'y répondre.
Le chaos n'est pas seulement un échec de l'État. Il peut aussi, pour certains, devenir une formidable opportunité politique. La violence des pillards et des émeutiers profite surtout à la droite et à l’extrême droite. Les chaînes d’information continue ont, ce week-end, fait tourner en boucles les images de destruction plutôt que celles des manifestations pacifiques contre la vie chère, la casse de l’hôpital de l’école de l’université de la recherche de la sécurité civile (en particulier les pompiers). Et les intervenants invités sur les plateaux étaient tous de droite et d’extrême-droite. Pour en finir avec ce sujet, je citerai cette réflexion du sociologue Pierre Bourdieu qui me paraît toujours d’actualité et d'une extrême pertinence : "je dirai seulement pour donner à réfléchir, qu'il y une loi de conservation de la violence et que si l'on veut faire diminuer véritablement la violence la plus visible, crimes vols viols et voire attentats, il faut travailler à réduire globalement la violence qui reste invisible (en tout cas à partir des lieux centraux ou dominants), celle qui s'exerce au jour le jour, pêle-mêle, dans les familles, les usines, les ateliers, les commissariats, les prisons ou même les hôpitaux ou les écoles, et qui le produit de la "violence inerte" des structures économiques et sociales et des mécanismes impitoyables qui contribuent à les reproduire".
Sinon il semble que l'été soit définitivement derrière nous. Certes il ne fut pas des plus sereins, et les questions qu'il a soulevées sont plus que jamais d'actualité, mais elles ne seront sûrement pas à l'ordre du jour pendant la campagne électorale. Quoi qu'il en soit, il
est fini le temps des pantalons de lin, des chemises hawaïennes, des
salades grecques et des tomates-mozarella, des boissons rafraichissantes
au citron et au gingembre. Les jours frisquets reviennent avec l'envie de s'emmitoufler de ne pas sortir, de rester
chez soi, de boire du thé avec du pain d'épices, et que la maison sente
le potage, la cannelle, la mandarine et le chocolat. Le corps oublie
cette sensation d'accablement qui ne l'a pas quitté de tout l'été en
raison des vagues de chaleur qui s'y sont succédées. De nouveau le
temps des rhumes et des angines approche.
Bientôt nous allons changer d'heure ; les jours seront encore plus courts et nous nous enfoncerons dans l'hiver. Rien qu'à écrire ces mots j'ai envie de me mettre sous la couette.
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