mercredi 24 octobre 2012

Errant dans les ruines

Tipasa (1983)
Voilà,
au lieu de la sensation de plénitude que j'avais autrefois éprouvée dans ce paysage - il avait alors semblé agir sur moi, comme un musicien qui, s'emparant d'un banal instrument, le révèle en quelque sorte à lui-même - je sentais sourdre une vague angoisse. La folie furieuse des hommes s'était aussi étendue à ce lieu que j'avais, à tort, envisagé comme un sanctuaire, et je ne comprenais pas comment moi, d'ordinaire si vigilant, j'avais pu venir ici en dépit de toutes les incitations qui, je m'en souvenais à présent, m'avaient étaient faites de ne point m'y rendre. Une odeur d'essence et de viande grillée flottait dans l'air, et les cigales ne chantaient pas. Il m'était arrivé déjà, de devenir invisible, mais c'était parmi d'autres gens qui n'étaient guère différents de moi. Là j'étais seul et la probabilité que ça marche était bien ténue. Je trouvais tout à coup fort intéressante cette hypothèse du chat de Schrödinger, à la fois mort et vivant. Ça offrait tout de même quelques perspectives. Et un peu de réconfort. Mais ni mort, ni vivant, ce qui était plutôt mon état, à bien y réfléchir, je ne courais finalement aucun risque. Cela faisait tant d'années que je passais inaperçu.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N'hésitez pas à laisser un petit message ça fait toujours plaisir