samedi 24 janvier 2026

Omission

 
Voilà,
parfois, un film intrigue moins par ce qu’il montre que par ce qu’il dissimule. Un détail s’immisce dans l’esprit grossit et révèle quelque chose de l'ordre du point aveugle. 
Ici donc, il est question de la genèse de "Hamlet", et de son lien avec la mort du fils de Shakespeare. Passons sur le traitement du personnage de Shakespeare. Il apparaît surtout comme un banlieusard appliqué, dont le travail l'occupe à Londres et qui revient à son foyer éloigné quand son agenda le permet.
Une représentation bourgeoise du travail artistique en somme.
On comprend qu'au cours des ans Les affaires s’améliorent. Bientôt il envisage ce qu'aujourd'hui on appellerait un "projet immobilier" à Stratford : une maison plus vaste pour sa famille. Comme quoi on peut-être un génie littéraire et gérer ses affaires "en bon père de famille". Sans doute aussi pour lui une façon de se dédommager de ses absences.
Je passe rapidement sur l'histoire, essentiellement centrée sur la femme et les enfants de Shakespeare. Le fils meurt alors que son père n'est pas là. Il y a du reproche dans l'air, du deuil impossible, le couple s'étiole, et William revient de moins en moins chez lui.
La matérialité du théâtre, elle, reste abstraite. Peu de planches. Peu de corps. Une seule scène de répétition, chichement offerte. Puis arrive le moment où la femme de Shakespeare assiste à la première représentation d'Hamlet dont elle ne sait rien. Cela occupe les dernière vingt minutes du film. On y montre surtout le premier acte ou Hamlet rencontre le spectre de son père joué par Shakespeare. Puis le duel de l'acte V qui révèle la vérité et à l’issue duquel les principaux protagonistes de l’histoire meurent.
Ophélie, en revanche, n’y est jamais évoquée. Aucune scène. Aucun regard. Pas même la première scène de l'acte III entre Hamlet et Ophélie, qui est une scène qui parle du couple de l'amour et du mariage. Étrange oubli, alors que la femme de Shakespeare est présente dans la foule des spectateurs. La correspondance possible entre la fiction et la réalité est écartée.
 Gertrude la mère de Hamlet dans la pièce n'a, elle non plus, droit à aucun gros plan. Même lors de la scène où elle boit par inadvertance la coupe empoisonnée.
Le film est une production américaine. Cela s’entend. Malgré quelques belles scènes, le pathos déborde. La musique souligne, insiste là où il faudrait laisser respirer. C'est en outre une production d’un pays qui censure ses archives, réécrit l'histoire, et bannit des milliers de livres de ses bibliothèques. Une question s’insinue alors. Est-ce parce que les rôles féminins étaient à l’époque élisabethaine, 
tenus par des hommes qu’on ne les montre pas ? Cela pourrait-il offenser aujourd'hui les femmes que leurs rôles soient joués par des hommes ? Ou bien, si l'on l'on respectait strictement la réalité historique n'y aurait-il pas un risque à montrer — ce qui pourrait être préjudiciable à l'exploitation du film — des travestis à l'écran ? Dans ce pays puritain qui, en toute connaissance de cause, a pourtant porté au pouvoir un prédateur sexuel et pédophile notoire, la question du genre est devenue si politique, si inflammable, que la représentation historique elle-même semble devoir être effacée. Comme si l’on préférait l’omission au trouble et à la vraisemblance.  
pendant la projection j'ai repensé à ce très beau film intitulé "Stage Beauty" que j'avais vu et aimé à sa sortie en 2004, et qui raconte précisément le moment où les femmes ont acquis le droit de monter sur scène.
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