samedi 18 avril 2026

Le futur n’a pas eu lieu


 
Voilà,
lové dans un véhicule qui tient à la fois du bobsleigh capitonné et de la pantoufle géante, je glisse dans le futur qu’imaginait mon enfance, un futur qui n’a pas eu lieu. La vitesse elle-même semble s'être assouplie pour m’accueillir. La carlingue, à l’extérieur, comme vêtue — oui, vêtue — d’une étoffe d’anorak, peau souple et légèrement mate, donne à l’engin une apparence plus textile que mécanique. Ainsi enveloppé, je me tiens à quelques mètres du sol, cinq ou six tout au plus, dans une suspension aussi énigmatique qu'enivrante.
Je pourrais m’élever davantage, m’arracher délibérément à la gravité, mais je préfère cette fidélité au monde d'en bas : je surplombe légèrement les autres véhicules, leurs flux continus sur des autoroutes mesquines et trop prévisibles. Je les accompagne sans les toucher, tel un témoin distant, une ombre détachée.
Reste ce problème, tenace et vaguement embarrassant : les tunnels. Vaut-il mieux s’y engager, consentir à leur obscurité, ou bien les franchir par-dessus, dans un surplomb qui serait une forme d’évitement ? Entre la pénétration et l’esquive, mon cœur balance. Mais, depuis La Grande Épidémie, n’en est-il pas ainsi de toute mon existence ?

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