Voilà,
certains de mes occasionnels lecteurs trouvent excessive ma sensibilité aux aléas de ce monde. Ils considèrent que je remâche trop de pensées sombres. D'ailleurs, quand l’occasion se présente ils ne rechignent pas à me charrier gentiment comme ce fut le cas il y a une quelques semaines. Ils ont raison de se gausser sinon de mes inquiétudes, du moins de mon obstination à les ressasser. Rien ne sert de "vitupérer l'Époque", car malgré tout, de nos jours, il y a bien des motifs de se réjouir. L’existence des tardigrades par exemple, en est un.
Ils sont exceptionnels — on le sait déjà en long et en large — : quasiment invincibles, même dans des conditions
extrêmes. Les radiations dans l’espace ? Peu leur chaut ! les tardigrades
survivent. Et même à des doses plusieurs milliers de fois supérieures à ce que les autres êtres vivants, (dont les humains) peuvent endurer. Ils disposent en effet d’une
sorte de bouclier chimique très utile, qui intéresse les scientifiques. Une nouvelle étude parue le 26 février 2025 montre comment ces recherches pourraient conduire à l'amélioration des thérapies contre le cancer.
Les radiothérapies — notamment utilisées pour des tumeurs
au niveau de la tête, du cou, de la poitrine — nécessitent l’usage de radiations pour détruire les
cellules cancéreuses. Sauf que ces denières ne
détruisent pas seulement les cellules cancéreuses, elles génèrent aussi des
effets secondaires très importants et dangereux. "Cela affecte un très grand nombre de patients et peut se
manifester par quelque chose d’aussi simple que des plaies buccales, qui
peuvent limiter la capacité d’une personne à manger en raison de la douleur et des saignements qui s’ensuivent", explique James Byrne, l’un des chercheurs en oncologie ayant participé à cette étude. « Cela peut être très dangereux, et c’est quelque chose que nous souhaitons vraiment résoudre." Ces effets graves peuvent pousser certains patients à interrompre
temporairement et parfois même définitivement ces traitements. S'il existe quelques solutions,
très imparfaites, telles que des médicaments ou des gels, la recherche
médicale reste en quête de nouvelles solutions pour protéger les patients
et les patientes, afin de limiter le plus possible les dommages.
Des chercheurs se sont donc concentrés sur la protéine Dsup, celle qui,
chez les tardigrades, participe activement à la suppression des dommages
liés aux radiations. Ils ont eu l'idée de délivrer une dose d’ARN messager,
comportant le code génétique de la protéine Dsup, dans les tissus des
patients, en amont de la radiothérapie. Grâce à l’ARN messager et ses
particularités, les cellules pourraient alors apprendre à exprimer d’elles-mêmes la protéine Dsup au bon moment afin de protéger l’ADN pendant
la thérapie. L’un des points forts de notre approche est que nous utilisons
un ARN messager, qui ne fait qu’exprimer temporairement la protéine, ce
qui s'avère beaucoup plus sûr que quelque chose comme
l’ADN, qui peut être incorporé dans le génome des cellules",
expliquent les auteurs. En clair : comme l’ARN messager est temporaire,
il ne modifie pas l’ADN, ce qui permet de protéger l’ADN des radiations
sans l’altérer.
Les
tests effectués chez des souris ont été concluants. On a pu observer
une réduction de 50 % du nombre total de "cassures" génétiques
causées par des doses de radiation similaires à celles reçues par les
patients en radiothérapie. Autre réussite déterminante : la précision de l’ARN messager
porte aussi ses fruits, puisque la protéine Dsup ne semble pas étendre
sa protection au-delà du site d’injection. Il est donc possible de
contourner le site de la tumeur afin que celle-ci puisse être détruite,
comme prévu, par les radiations. On détruit le cancer tout en protègeant le
reste du corps, en somme. La prochaine étape de ces recherches consistera à étudier la réaction du
système immunitaire face à l’injection de cette protéine par ARN
messager. Pouvoir mobiliser cette solution à l’échelle humaine reste
encore un défi. Certes, je n’en profiterai pas, mais, ce sont là des résultats plus qu’encourageants pour les générations futures.
Illustration : L'Assomption du tardigrade d'après Le Titien

A quietly astonishing reminder that even the humble tardigrade may help transform radiotherapy into something far more precise, humane, and hopeful.
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