mercredi 13 juillet 2022

Fête Nationale

 
Voilà,
ce quatorze juillet, comme tous les ans, le Président de la République et son état-major vont célébrer en grande pompe, l'attaque à main armée d'une prison d'état par un groupe de casseurs radicalisés qui contestaient des lois et un système injustes ne servant que les intérêts d'une classe dominante au détriment de toutes les autres. 
 En 1880, dix ans après la défaite de 1870 contre les Prussiens et la capture de Napoléon III, la France de la troisième république veut montrer qu'elle a reconstitué son armée et institue pour la fête nationale cette parade militaire devenue depuis une tradition. Ça réjouit le populo et les touristes en même temps que cela entretient chez certains l'illusion que ce pays compte encore dans le monde.  Sûrement ce défilé a-t-il aussi quelque chose à voir avec "l'art d'être français" concept fumeux dont notre président s'est gargarisé pendant un temps. Ce serait, d'après lui, "une manière très particulière d'être ce que nous sommes"  caractérisée par "la volonté de bâtir ensemble profondément résolument". Bâtir profondément, fichtre pour quoi faire ? Pour toucher le fond ? pour creuser notre tombe ? enfouir des déchets ? L'art d'être français, c'est surtout l'art d'être con, arrogant, prétentieux, de vouloir tout expliquer ("le français ne te parle jamais, il t'explique" constatait avec humour un éditorialiste suisse), tâche dont notre actuel leader s'acquitte avec un certain brio et sans crainte du ridicule. Il suffit de se rappeler qu'il y a bientôt deux ans — je ne sais toujours pas quelle mouche l'avait alors piqué —, mais tout à coup lui était venue l'idée de réformer le Liban. La France, où lui et sa clique d'incompétents avaient, – l'a-t-on déjà oublié ? – particulièrement brillé lors de la crise du Covid ne lui suffisait plus, il fallait qu'il aille faire le malin de l'autre côté de la Méditerranée. "Réformez vous où je vais me fâcher". Alors que la corruption régnait (et règne toujours) dans l'hexagone, et que bien des membres de sa majorité sont loin d'avoir les mains propres, il décidait de s'attaquer à celle qui gangrène le Liban. Et voilà qu'avec sa voix de fausset il jouait au Père Fouettard, dans un pays étranger, tançant ses dirigeants et invectivant même au passage un journaliste français qui, pour y avoir vécu, connaissait pourtant sûrement mieux que lui les arcanes du Moyen-Orient. 
Mais bon, sa Suffisance Manu le Premier qui fait souvent penser à Rusty le petit compagnon du chien Rintintin, l'a souvent dit, il se sent "porté par le destin". Persuadé que son verbe zozotant peut changer le monde, le voilà qui va prêcher et donner des leçons au delà de nos frontières, alors qu' il est incapable de convaincre la nation qui l'a élu par défaut. A ce titre, son attitude depuis le début du conflit en Ukraine est assez parlante. 
Ce pays est aussi celui de La Fontaine, qui a écrit la fable de "la grenouille un voulait se faire aussi grosse que le bœuf" et celui de Gide pour qui "c'est presque toujours par vanité qu'on montre ses limites en cherchant à les dépasser", mais peu s'en souviennent. 

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Ces derniers jours, les uberfiles (une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber, adressées anonymement au quotidien britannique The Guardian et transmis au consortium international des journalistes d'investigation et à 42 médias partenaires, dont le journal "Le Monde") laissent supposer que, lorsqu'il était ministre du budget, Macron a favorisé l'entreprise Uber au détriment de l'intérêt général et qu'il a activement œuvré pour tenter d'imposer une dérégulation du marché alors que le premier ministre de l'époque y était opposé. On apprend en outre que cette société utilisait en France et dans d'autres pays une technique (intitulée kill switch) lui permettant de verrouiller à distance ses ordinateurs, lors des visites des forces de l'ordre, tout en multipliant les pressions politiques.

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Cette photo de la femme au périscope, prise en 1983, lors du défilé sur les Champs-Elysées, comme en atteste le programme qu'ell tient à la main, me touche. Simplement parce qu'elle me rappelle ma jeunesse, et que l'avenir était alors beaucoup plus riche de possible qu'il ne l'est maintenant. Et c'est comme si elle regardait par-delà les années ce que le monde où elle n'est sûrement plus et où je demeure encore, est devenu.
Ce jour là, j'avais passé la matinée à photographier des groupes sur des bancs regardant passer le défilé. Certains avaient dû arriver très tôt et pour rien au monde n'auraient quitté leur piédestal, même si le fait d'être photographié leur déplaisait.


J'étais alors maladroit, pas très bon pour faire un cadre. Ça me permettait de prendre mon temps pour faire le point, ajuster ma convenance. D'ailleurs la plupart du temps, absorbé par le spectacle, les gens ne s'apercevaient pas que j'existais. J'avais eu à l'époque, l'idée de me rendre à tous les défilés du 14 juillet tant que la présidence serait socialiste. J'avais en tête que les français ne changeaient pas, même sous un nouveau régime et que la fascination nationaliste demeurait intacte. Et puis j'ai vite laissé tomber. Je me suis lassé. Comme de bien des choses et de bien des gens. Je crois me souvenir que c'est cet été là que j'ai lu la trilogie de Céline, Rigodon - Nord - D'un château l'autre. 
Tiens, Céline, à propos du peuple qui aime les défilés. C'est dans "Voyage au bout de la nuit" : « Il n’y a de repos, vous dis-je, pour les petits, que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt ou sadisme… Les philosophes, ce sont eux, notez-le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple… Lui qui ne connaissait que le catéchisme ! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l’éduquer… Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu’on en restait tout ébloui ! C’est ça ! qu’il a commencé par dire, le bon peuple, c’est bien ça ! C’est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu’à mourir le peuple ! Il est ainsi. “Vive Diderot !” qu’ils ont gueulé et puis “Bravo Voltaire !” En voilà au moins des philosophes ! Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l’émancipent ! Ça n’a pas traîné ! Que tout le monde d’abord sache lire les journaux ! C’est le salut ! Nom de Dieu ! Et en vitesse ! Plus d’illettrés ! Il en faut plus ! Rien que des soldats citoyens ! Qui votent ! Qui lisent ! Et qui se battent ! Et qui marchent ! Et qui envoient des baisers ! À ce régime-là, bientôt il fut fin mûr le bon peuple. Alors n’est-ce pas l’enthousiasme d’être libéré il faut bien que ça serve à quelque chose ? Danton n’était pas éloquent pour les prunes. Par quelques coups de gueule si bien sentis, qu’on les entend encore, il vous l’a mobilisé en un tour de main le bon peuple ! Et ce fut le premier départ des premiers bataillons d’émancipés frénétiques ! Des premiers couillons voteurs et drapeautiques qu’emmena le Dumouriez se faire trouer dans les Flandres ! »

mercredi 6 juillet 2022

la pure et souveraine grandeur de mes rêveries


 
Voilà,
mon aversion pour l'effort grandit jusqu'à l'horreur presque gesticulante, devant toutes les formes d'efforts violents – et la guerre, le travail énergique et productif, l'aide qu'on apporte aux autres, etc., tout cela n'est à mes yeux qu'une espèce d'impudeur.
Et, face a la réalité suprême de mon âme, tout ce qui est utile, tout ce qui est extérieur me paraît frivole et trivial, comparé à la pure et souveraine grandeur de mes rêveries les plus originales, les plus souvent rêvées. À mes yeux, ce sont ces rêves-là qui sont les plus réels. (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

dimanche 3 juillet 2022

Les Rigoles

 
 
Voilà,
dans les années 70, derrière la gare du Nord, au coin du boulevard de La Chapelle et de la rue du Faubourg-Saint-Martin entre un café et un magasin de farces et attrapes, se trouvait un théâtre abandonné. Il pleuvait à l’intérieur, la coupole était en ruine, et comme de nombreux clochards (qu'on n'appelait pas encore des SDF) y avaient élu domicile et fait du feu, les murs et le sol étaient calcinés. Lorsqu'il le découvrit Peter Brook vit dans ce lieu la synthèse de tout ce qu’il recherchait. Un théâtre installé dans un quartier populaire et cosmopolite, porteur d’une histoire et d’une mémoire inscrite sur ses murs comme sur une peau. Plus tard il découvrit que ses proportions étaient pareilles à celles du Théâtre de la Rose, l’un des deux théâtres de Shakespeare à Londres… C'est d'ailleurs une des pièces du dramaturge anglais, alors rarement montée en France, "Timon d'Athènes", que Brook mit en scène dans ce lieu dont il conserva les murs craquelés, calcinés et gris. Il y réalisa par la suite toutes ses créations. 
Ce fut le premier théâtre parisien où j'ai joué. "Prends bien garde aux zeppelins", écrit et mis en scène par Didier Flamand, y fut créé en 1977 puis rejoué en 1978. Il m'arriva alors de croiser Brook dans les couloirs et toujours il me saluait (comme il le faisait avec chacun) et s’enquérait de savoir si tout allait bien. Et dans le bref temps de l’échange, il gardait cette faculté d’être présent à l'instant, de créer un lien avec son interlocuteur. Ses yeux légèrement plissés à l'iris bleu clair lui donnaient un regard à la fois doux paisible et malicieux. Il avait toujours le sourire au bord des lèvres.
Le premier spectacle de lui que j’ai vu s’intitulait "Les Iks". Adapté de l'ouvrage de l'anthropologue Colin Turnbull, il relatait la rencontre d'un groupe de "Blancs civilisés" avec une petite peuplade d'Afrique qui, jusqu'en 1947, vivait de la chasse. À cette date, le territoire des Iks fut transformé en parc national. Pour cette raison, de chasseurs cueilleurs ils durent passer à l’état d’agriculteurs, c'est-à-dire effectuer, en quelques années, un changement qui avait nécessité 
des millénaires au reste de l'humanité. Dans cette tribu, tout lien social et même familial disparut alors, tout ce que nous appelons "valeur humaine", et que nous considérons comme partie intégrante de notre "nature". De ce spectacle je me souviens comment avec peu de moyens, les acteurs parvenaient à l’aide de quelques piquets à évoquer un village de brousse. Mais le plus étonnant est qu'une image s'est inscrite en moi, celle d'un groupe de d'anthropologues débarquant en jeep dans le village. Or, je sais qu'il n'y avait pas de jeep ni même d'accessoire qui de près ou de loin y ressemblât. Je ne me rappelle plus, aujourd'hui par quel artifice les comédiens sont parvenus à créer l'illusion, mais c'est celle-ci qui demeure et non la façon dont elle a été réalisée. Ave des moyens simples, Brook donnait la possibilité au spectateur que j'étais de fabriquer son propre livre d'images.
Je garde aussi un souvenir ému de son film "Rencontre avec des hommes remarquables" que j'avais vu au cinéma Saint André des Arts réalisé en Afghanistan pour y évoquer je crois, la jeunesse de Gurdjieff.
Peter Brook est mort samedi à 97 ans. De nombreux hommages lui sont d’ores et déjà rendus et nul doute que cela continuera dans les jours qui viennent, puisque c’était un maître du théâtre mondial. Cette disparition n'est pas une surprise. Les nécrologies étaient prêtes depuis longtemps dans les rédactions. Mais cet événement me renvoie à une époque où j'étais encore dans l'enfance de l'art, où chaque jour était riche de découvertes et de promesses, où j'écoutais souvent cet album de Léonard Cohen.


 
Enfin, il arrive encore malgré tout que des surprises surgissent au coin d'une rue. Ainsi ces bois peints à la devanture de ce bistrot du XXème arrondissement, non loin du métro Jourdain et de la rue des Rigoles, où je devrais aller traîner un peu plus souvent, car c'est un quartier populaire et très animé, que Willy Ronis a autrefois beaucoup photographié et où il est encore possible, j'en suis certain, de faire d'excellentes trouvailles. Écrivant cela je réalise soudain que dans ce spectacle très visuel créé aux Bouffes du Nord, et constitué d’une suite de tableaux muets soutenus par une bande son, j’interprétais, entre autres, un photographe d’ambassade, et un vieux photographe de campagne organisant péniblement une photo de classe. Je ne pense ps qu'il y ait une relation de cause à effet, mais toujours est-il qu'alors je n'imaginais pas que je prendrais tant de photos dans ma vie. 
Quoi d'autre ? il recommence à faire chaud dans la ville.

mardi 28 juin 2022

Mélanges


 
Voilà,
ces temps-ci se tient à la cinémathèque une rétrospective consacrée aux films noirs britanniques à laquelle je me rends plutôt assidument, même si je n'ai pas eu le temps de tout voir. Cela faisait longtemps que je n'avais pas enchaîné tant de films et j'ai vu quelques chefs-d'œuvre, tels que "Hell is a city" de Val Guest qui se passe à Manchester, le magnifique "wanted for murder" de Lawrence Huntington, et aussi "It always rains on Sunday" de Robert Hamer avec une musique de Georges Auric, dont l'intrigue se passe dans l'east end, d'après guerre, et qui est un film qui tient à la fois du néo réalisme italien, du film social français d'avant guerre comme ceux de Carné, avec cette touche anglaise le sens de l'intrigue, l'humour, des personnages hauts en couleurs. Un film que je ne connaissais pas et qui est une merveille. Robert Hamer, qui est aussi l'auteur, dans un genre tout à fait différent, de "Noblesse oblige" qui mettait en joie Philippe Tiry à sa seule évocation — rien que le doux écho de son rire gaillard de bon vivant et sa figure qui s'illuminait alors me le rend doux à mon souvenir et continue de m'enchanter par delà les années —. 
Le soir, je rentre à vélo le long des quais profitant de la tiédeur nocturne. Paris apparaît alors comme une ville un peu futile, désinvolte où il fait bon flâner. Les gens dansent ou pique-niquent sur les quais, s'attablent en nombre à l'une des nombreuses guinguettes au bord du fleuve. parfois je m'arrête pour photographier (J'ai attendu longtemps que le métro passe. J'y tenais absolument mais je craignais que les deux amoureux du bord de l'eau s'en aillent)
 
 
 
 
On ne songe pas à la guerre qui  menace de s'étendre à toute l'Europe. Je ne sais si tous ces gens n'en ont pas conscience ou feignent de l'oublier. A la vue de ce spectacle, parfois, je pense à la chanson de Claude Nougaro "Il y avait une ville"Sans doute suis-je très secoué aussi par la lecture du journal de guerre d'Evgenia Belorusets qui, au quinzième jour de son journal de guerre intitulé "Il est 15h30 et nous sommes toujours vivants", note ceci :"J’ai toujours du mal à imaginer ce qui se passe quand on apprend à l’avance, qu’une guerre est à nos portes, une guerre dont le cycle consiste a terroriser des villes pacifiques en larguant des bombes et à assassiner des milliers de personnes. On annonçait aujourd’hui aux informations que les pertes de la population civile ukrainienne sont bien plus élevées que celle de l’armée. Je suppose qu’avant le début de la guerre, même les hommes politiques qui l’avaient prophétisée n’y croyaient pas et espéraient qu’on pourrait l’éviter. Sans quoi le monde aurait tout fait et plus encore – pour ne pas laisser s’ouvrir cet abîme. La guerre était irréaliste, absurde, inimaginable. Et quand on se réveille au milieu de la guerre, elle conserver exactement cette qualité : elle reste toujours inconcevable. C’est la peur que nous a ligoté. La prudence paraissait une sage attitude. Chacun attendait que la catastrophe commence réellement. Désormais, à Kiev, je suis condamnée à voir en même temps que le reste du monde les maisons, les vies humaines, et les souvenirs disparaître dans un gigantesque brasier." 
Je ne peux pas m’empêcher de penser que Poutine qui fait toujours ce qu’il dit, a menacé de lancer une bombe nucléaire sur Paris Bruxelles ou Strasbourg qui sont des symboles de tout ce qu’il abhorre. 
 
*
 
Ces temps-ci les nouvelles sont consternantes aussi d'outre-Atlantique. J'ai trouvé ce dessin de Biche, paru dans Charlie-Hebdo et qui circule sur le net et que je traduis pour mes lecteurs non francophones : End of the abortion, the americans are reassured : "patience in five years he will be murdered in the school."

 

 


En décembre 2020 , j'avais rassemblé quelques notes pour un texte laissé en souffrance : en Iran, si une fille de 13 ans est violée et mise enceinte par son père, elle doit porter l'enfant à terme ou être jetée en prison jusqu'à la fin de ses jours. Ah non, pardon, c'est en Alabama. Dieu bénisse l'Alabama. Danielle Thornton a très justement remarqué que lorsque la sentence pour l'avortement est plus sévère que celle punissant le viol, on sait alors que c'est une guerre contre les femmes qui est déclarée. La raison pour laquelle un fœtus à plus de droit qu'une femme aux USA c'est qu'il peut éventuellement devenir un homme.

Ils votent une loi qui interdit l'avortement même en cas de viol ou d'inceste. Au nom du respect de la vie ils condamnent la destruction d'un ovule fécondé mais en même temps ils ont instauré la peine de mort.
En même temps l'Alabama est paraît-il l’État où l'impôt pour les riches est le plus faible du pays mais où la TVA sur les produits de première nécessité, la plus élevé. C'est aussi l’État qui vampirise les plus pauvres en leur prélevant leur sang en guise d'amende, l’État où les bureaux de votes sont inaccessibles mais où il y a le plus de débits de boissons, l’État où où il y a le plus de prisonniers mais aussi où les prisons sont abandonnées faute de personnel et où la criminalité explose à tel point que l’État fédéral US a du condamner l'Alabama pour l'insalubrité de ses prisons, etc, etc... 
A part ça 28 autres États américains ont instauré des restrictions au droit à l'avortement maintenu seulement dans les états de la côte Ouest et du Nord-Est de la confédération.
Aujourd'hui ce qui fut la première démocratie et le leader du monde libre, devient une théocratie aux mains de fanatiques religieux qui n'ont rien à envier aux mollahs iraniens. Les droits y régressent au point que les armes y sont mieux protégées que les femmes et les enfants. On ne peut plus guère considérer ce pays comme un modèle de civilisation. Pourtant, j'écris sur un ordinateur conçu là-bas, j'écoute du jazz et du rock, je porte des jeans, je vois encore quelques films indépendant US... C'est aussi, hélas, la seule puissance militaire occidentale sur laquelle l'Europe insuffisamment armée peut compter...
 

 Sinon, aujourd'hui je me suis souvenu des vieux et des adultes qui dans ma jeunesse ne comprenaient pas nos tenues vestimentaires, nos cheveux longs, nos rites, n’imaginaient pas nos vies sexuelles, ne soupçonnaient pas nos activités clandestines, s’étonnaient de nos enthousiasmes pour tel artiste ou tel courant de pensée. Leurs canons esthétiques et idéologiques n’étaient pas les mêmes. et souvent nous devions leur paraître arrogants naïfs ou irrespectueux. Je suis à présent à leur place dans un autre temps qui m’échappe. Je n’imaginais pas que tant de filles seraient tatouées ou auraient un anneau dans le nez par exemple. Que tant de jeunes gens seraient travaillés par les questions de genre et d’identité sexuelle. Mais leurs sourires autant que leurs indignations et leurs inquiétudes m’émeuvent même si je ne comprends pas toujours leurs engouements. 

 
Cinquante années, que je n'ai pas vu passer et que je n'ai pas non plus vraiment comprises. Je me suis débrouillé jusqu'à présent pour me faufiler entre les gouttes, pour survivre tant bien que mal. Bien qu'assez sauvage et peu doué pour la socialisation, la providence m'a tout de même fait quelques beaux cadeaux.

dimanche 26 juin 2022

Un heureux concours de circonstances

Voilà,
hier, je me suis retrouvé par hasard rue Jean-Pierre Timbaud et j'ai aperçu de loin, cette gigantesque peinture murale, en partie dissimulée par le feuillage des arbres. Comme elle recouvre un vaste pan de mur, et que de près, il est difficile de la photographier, j'ai choisi de n'en montrer que le haut, car le graphisme et les couleurs me plaisent. Elle a été réalisée en 1997 par Sarah Wilkins, dont je viens de découvrir sur internet, qu'elle est une illustratrice néo-zélandaise plutôt réputée. Il est d'ailleurs possible de voir sur son remarquable site une photo où l'on distingue plus nettement la fresque. Cet heureux concours de circonstances m'aura permis de faire connaissance avec le travail de cette artiste talentueuse et inspirée. 
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mardi 21 juin 2022

Le fleuve comme un miroir


 
Voilà,
ce n'est pas moi qui me répète, c'est l'humanité à laquelle j'appartiens qui non seulement recommence les même erreurs et reproduit les folies dont elle est si coutumière depuis des siècles mais qui en plus, mettant toute l'intelligence et le savoir-faire ancestral dont elle dispose, au service du mal et et de la destruction, s'ingénie à en inventer d'autres, désormais irréversibles.

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Le 3 juin 1958, Enzo Paci écrit dans son journal métaphysique "dans le vent frais qui se lève dans la nuit – et nos espérances et nos douleurs sont parfois liées aux saisons et semblent se fondre dans la pluie la neige le réveil du printemps — se ravive peut-être un souffle de confiance : confiance dans le fait que les horreurs de la vie puissent être oubliées et que ces problèmes labyrinthiques et déchirants se transforment en valeur avec le passage du temps, la tolérance, la patience, dans le lent et irréversible chemin qui nous mène à la mort. Un sourire nous console, un élan d’affection nous attend, même s'il ignore notre angoisse". Certes, certes... Mais il y a trois jours, en cette fin de printemps il faisait 39° à Paris et dans le sud Ouest de la France des records absolus de températures ont été battus. Ils dataient pour la plupart de la canicule de 2003. Et c'est cloîtré chez moi, les volets clos, les fenêtres ouvertes, à proximité d'un ventilateur que j'ai rêvé du sourire consolateur et de l'élan d'affection.
 
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Il n'est déjà pas très réjouissant de vivre dans une époque chaotique, mais encore moins lorsque ceux qui sont supposés nous gouverner ou qui aspirent à nous représenter disposent pour la plupart du QI d'une limande, et d'une conscience historique proche du zéro,  
 
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Je vois bien à travers ce que je lis — sur les réseaux sociaux ou dans la presse — à quel point, concernant l’invasion ukrainienne la plupart des gens prennent leurs désirs pour des réalités. Ceux que la détermination de l’autocrate russe inquiète, se raccrochent à des signes ténus pour dire que Poutine a déjà perdu. Bien sûr qu’il perdra, à terme, mais entre aujourd’hui et sa disparition du circuit, combien de morts, de blessés, de vies brisées, de champs de ruines, de surfaces agricoles contaminées, de pays ravagés, de villes dévastées ? Et qui aura gagné ? Pas les civils c’est sûr, ni la civilisation. Un peu plus de surface terrestre aura juste été rendue inhabitable, sur cette planète où la place vient à manquer.

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Un petit peu de sarcasme. Tous mes camarades artistes bien pensants de gauche, si prompts à s'insurger quand l'extrême-droite gouverne en Autriche, qui refusent la venue d'artistes russes au prétexte de la guerre en Ukraine, qui mettent un point d'honneur à ne pas bouffer des oranges de Jaffa par solidarité avec les palestiniens, vont quand même aller jouer à Avignon, dans ce département du Vaucluse qui a élu 4 député sur 5 du Front National, boire des verres de rosé là-bas, claquer leur fric dans les restaus là-bas, bref s'accommoder du fascisme local, parce que "tu comprends, le festival d'Avignon c'est une vitrine importante, pour le spectacle."

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Ce qui caractérise notre époque c'est vraiment l'ivresse du présent et son corollaire, la mémoire courte. Ici en Europe, on a déjà oublié le sénile aux cheveux orange, avec ses colères, ses caprices, ses délires paranoïaques traduits en tweets compulsifs, ses solutions fantasques comme de détourner les ouragans à coup de bombe atomique ou de soigner le covid avec des injections d'eau de Javel. On ne se rappelle pas le président brésilien qui encourageait les incendiaires de la forêt amazonienne. Ce premier ministre britannique totalement fantasque qui s'obstine à suivre sa propre idée sans écouter les conseils de son entourage continue de gouverner. Ces gens là ont été élus. Ils ne sont pas arrivés au pouvoir par la force. Ce sont des tyrans ou des idiots qui ont été désirés. Et il y a tous les autres, plus ou moins sanguinaires qui usent et abusent de la force et de la violence et qui sont persuadés que le monde s'arrêtera à leur mort. Ils sont tout de même mes semblables. A présent dans mon pays, un parti d'extrême droite constitue le premier parti d'opposition alors qu'il y a cinq ans le président nouvellement élu faisait la promesse solennelle de réduire son influence. 

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Je repense à ces mots de Cioran. ... "nous voici maintenant à la fin des anomalies prévues, plus d'un signe annonce l'hégémonie du délire... ". Que la réalité puisse être dramatique, ne me surprend pas vraiment. Mais que les principaux protagonistes du drame soient à ce point grotesques, m'étonne encore en dépit de tous les précédents historiques. "Tis the time's plague when madmen lead the blind"
La puissance de la bêtise est fascinante. Surtout lorsqu'elle apparaît dans des pays qui se réclament d'une ancestrale culture. L'apparition du nazisme au pays de Kant, Goethe, Hegel, Bach, Brahms, etc aurait dû nous servir de leçon. Mais non, l'art, la Culture, l'éducation ne nous immunisent pas contre la force brute de la stupidité. Ces brasiers qui s'allument un peu partout constituent de sinistres présages. Cioran encore "Nous savons maintenant que la civilisation est mortelle, que nous galopons vers des horizons d'apoplexie, vers les les miracles du pire, vers l'âge d'or de l'effroi". 
 
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Le fleuve comme un miroir d'eau, sans aucune ride. Cette image paisible d'un pêcheur, prise il y a quelques jours en bord de Seine, au petit matin d'une journée s'annonçant caniculaire, a quelque chose d'irréel et de trompeur. Elle ne dit pas cette sensation de plus en plus vive que chaque seconde qui passe me sépare un peu plus du monde.

dimanche 19 juin 2022

Une curieuse coïncidence


Voilà,
rue de la mare, dans le vingtième arrondissement de Paris, j'ai découvert cette fresque récemment réalisée en mémoire de Josette et Maurice Audin. Ce dernier, né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie) et déclaré mort le 21 juin 1957 à Alger fut un mathématicien français, assistant à l'université d'Alger, membre du Parti communiste algérien et militant de l'indépendance algérienne. Après son arrestation le 11 juin 1957 au cours de la bataille d'Alger, il disparaît et meurt assassiné à une date inconnue. Son corps n'a jamais été retrouvé. Pour ses proches ainsi que pour nombre de journalistes et d'historiens, il a été tué par des parachutistes pendant son interrogatoire. Cette thèse a longtemps été rejetée par l'armée et l'État français, qui prétendait qu'il s'était évadé, jusqu'à ce que le général Aussaresses affirme avoir donné l'ordre de le tuer au couteau pour faire croire à un meurtre par des Algériens. Quant à Josette sa femme, qui partageait les engagements politiques de son époux, elle a passé toute sa vie pour que soit établie la vérité sur la mort de son mari. Ce n'est qu'en 2018, que le président Macron a reconnu la responsabilité de l'État français dans la mort de Maurice Audin en même temps qu'il prononçait la dérogation générale des archives relatives aux disparus de la guerre d'Algérie encourageant les témoins à faire connaître la vérité. Josette  est morte en 2019 à Bobigny.
La coïncidence — Chris Marker disait des coïncidences, qu'elles étaient "les pseudonymes de la grâce pour ceux qui ne savent pas les reconnaître"— m'a étonné car, quelques heures auparavant j'avais lu la publication de Mae faisant mention d'un livre de leur fille Michèle Audin, elle aussi mathématicienne, et en outre romancière et membre de l’Oulipo.
 
 

 
Il est à probable que cette fresque, réalisée par l'artiste Orel Ruys, (vraisemblablement une commande municipale commémorant par la même occasion le soixantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie) ne restera pas longtemps en l'état dans un pays où, avec son entrée fracassante à l'assemblée nationale, l'extrême-droite, dès ce soir, s'installe durablement dans le paysage politique français. D'ailleurs une plaque à eux dédiée a déjà été vandalisée en janvier 2021, à Bagnolet.
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jeudi 16 juin 2022

Déjà l'été dernier

 
Voilà,
Garris, Quintin, Arradon, Saint-Laurent-du-Var, Saint-Georges-sur-Cher, Marcilly-en-Villette, Harnes, Maizières-la-Grande-Paroisse, Rezé, Pignan, Saint-Hilaire-lez-Cambrai, La Roche-Chalais, Beausoleil, Saint-Sebastien-de-Morsent, Saran, Ramatuelle, Hagetmau, Vescovato, Port-Louis, La Gaude, Treillieres, Meracq, Crasville-la-Mallet, Albens, Quiberon, Amendeuix-Oneix, La Fouillouse, Carnoux-en-Provence, Gastes, Vilars-les-dombes, Cires-lès-Mello, Charpey, Saint-Julien-de-Chédon, La Wantzenau, Ramonville-Saint-Agne, Paray-le-Monial, Villenave d'Ornon, Cassis, Bagnols-sur-Cèze, Allonzier-la-Caille, Le Rouret, Volvic, Archamps, Verniolle, Roscanvel, Soleymieu, Bon-Encontre, Saint-Felix-de-Villadeix, Le Mazis, Coursan, Montillot, Jarsy, Uckange, Sablé sur Sarthe, Marcellaz-Albanais, Collonges-sous-Salève, Dinan, Avon, Ferrassières, Combo-les-bains, Saint-Paul-de-Varces, Allauch, Limeray, Meythet, Grand-Champ, Illkirch-Graffenstaden, Ladon, Bois-Guillaume, Cléon, Aucamville, Gigean, Seveux, Sallebœuf, Cambo-les-bains, Le Coteau, Châtres-sur-Cher, petits patelins de France et de Navarre où se tiennent peut-être des brocantes semblables à celle des Lèches en Dordogne et que sans doute je n'aurais jamais l'occasion de traverser, sauf à y passer par hasard  — ce qui me semble désormais plus qu’improbable —, mais où des inconnus songent peut-être à moi de temps à autre sans pour autant savoir à quoi je ressemble, comment je parle, quel est le timbre de ma voix, et pour qui je ne suis que d’images et de mots. Mais au fond, n’est-ce pas ce que je désirais ?
(linked with skywatch friday

mercredi 15 juin 2022

Je ne demande qu'à voir

 
Voilà 
comme je ressens le plus souvent les choses. Je les ai parfois déjà montrées ainsi, à l'occasion. Pour évoquer des traces de rêveries adolescentes. Ou bien pour exprimer un sentiment de lassitude, pour communiquer une fugitive sensation de ne faire qu'un avec le monde, ou encore pour tenter d'évoquer le sortir d'un rêve — effort souvent infructueux que l'allemand nomme Traumneustartversuch
D'ailleurs, je suis surpris, (tant il y en a dans mes fichiers), de ne pas avoir publié un plus grand nombre d'images de cette facture, qui est bien plus qu'un effet de style, un filtre ou une forme de dégradation. C'est ça que j'ai envie de montrer ces derniers temps.
Les familiers de ce blog, le savent depuis longtemps, j'ai besoin d'interpréter ce que me renvoie la réalité, et que je saisis comme un chasseur de papillons (au petit bonheur la chance, au gré des événements). J'ai beau essayer, je suis incapable, en dépit d'ailleurs du désir que j'en ai, d'objectiver les choses. 
Il me semble nécessaire d'adopter un point de vue, au sens où, de vue il n'en est point. Car on croit voir, mais on ne fait que percevoir, entr'apercevoir. Cela fait longtemps que j'ai des doutes sur ce sens que constitue la vue. D'abord je ne vois que d'un œil et de l'autre je suis hypermétrope, et dyschromate. Souvent il m'est arrivé de ne pas être certain que ce que je voyais était vrai. Ou de faire comme si ce que je voyais n'existait pas. Ai-je vraiment vu l'homme égorgé à Djelfa ? Ai-je vraiment vu quelqu'un se noyer au loin alors que j'étais assis en compagnie de ma mère et de ma grand-mère sur la dune de Biscarrosse ? Pourquoi ai-je détourné les yeux dans cet ascenseur d'un hôtel d'Amsterdam, refusant d'admettre ce que j'avais vu ? Ai-je imaginé avoir vu enfant cette vallée en Allemagne ou cela a-t-il bien été réel ? Et tous ces films que j'ai "vus" (je pourrais même dire la date et les circonstances) dont je réalise qu'il ne me reste si peu d'images lorsque je les revisionne... 
Donc les visions de l'intramonde, entre visible et invisible, entre sommeil et veille, entre raison et déraison, mémoire et oubli sont mes territoires, les zones où je me sens le moins en péril. Du réel je n'en apprécie que les interstices, les lacunes, les failles. Ce que j'imagine, est plus vrai que ce que je vois. Et ce que je vois, n'est vrai que lorsque je le photographie. Et encore, il m'arrive souvent, de photographier des choses qui m'avaient échappées, que je n'avais pas vraiment vues. J'aime bien. De toute façon je suis de passage, souvent distrait, ni vraiment ici, ni tout à fait là. Je dois composer avec ça. Et s'il n'en demeure pas moins vrai que "Le réel c'est quand on se cogne", je fais tout mon possible pour éviter les embûches.

dimanche 12 juin 2022

En revenant du bureau de vote


Voilà,
en revenant du bureau de vote, en ce beau dimanche de Juin, j'ai aperçu, passant par ce square où je n'étais jamais venu, cette magnifique rose qui était autrefois l'emblème du Parti Socialiste désormais quasi moribond. Peu de citoyens ont voté pour désigner leurs représentants au parlement. Sans doute, les gens sont-ils désabusés. Ou ont ils préféré sortir par cette chaude journée de printemps. On dit que les jours qui viennent vont être particulièrement chauds. 
 
 
 
Il est vrai que si la dictature c’est "ferme ta gueule", il n'en demeure pas moins vrai que la démocratie c’est "cause toujours". Et puis comme le faisait si judicieusement remarquer Clémenceau "on ne ment jamais tant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse". 
De toute façon force est d'admettre que ceux qui sont aux affaires sont souvent très sots, quel que soit leur bord. Beaux parleurs, ne doutant de rien, leur assurance, leur faconde en imposent. Là où l’intelligence hésite, la sottise fonce. Voilà pourquoi, ainsi que le constatait déjà Montaigne en son temps, "les sots tout naturellement mènent le monde. Ils le mènent mal, mais ils le mènent."
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vendredi 10 juin 2022

De bonnes surprises

Voilà,
une journée comme je voudrais qu'il m'en arrive plus souvent. Hier, une amie que je n'avais pas vue depuis longtemps m'a proposé de me rendre à un colloque intitulé «Chris Marker écrivain en premier» qui se tenait à l'université Gustave Eiffel à Noisy. Je n'étais jamais allé là-bas. Sur le chemin du campus, devant ce bâtiment conçu par Dominique Perrault abritant l'école d'ingénieurs en électronique, j'ai associé, sans trop savoir pourquoi, cette perspective au souvenir du film "La jetée". J'ai passé une très bonne journée. Eu des échanges très intéressants avec des gens que je ne connaissais pas. J'ai appris et aussi vu des choses que j'ignorais. Rien de tout cela n'était prévu. Je devrais plus souvent aller au devant de l'inconnu. Et ce soir je me sens revigoré par toutes ces surprises.

jeudi 9 juin 2022

Penser aux homards

 
 
Voilà,
"Jamais nos mots ne disent les choses ; voici mon enfer le plus secret, écrire, c'est se séparer, c'est admettre douloureusement qu'à chaque étape de l'écriture, quelque chose renonce et meure. On a beau polir, enrichir, sculpter le corps des phrases, on ne cesse de se trahir soi-même, il y aura nécessairement des perditions entre l'idéal et le monde, entre le monde et la représentation que l'on s'en fait, puis entre cette représentation et l'image mentale qui en surgit, puis entre l'image mentale et sa mise en mots, puis entre la mise en mots et ce qui va pouvoir s'écrire, puis entre l'histoire dont on a rêvé et ce qui sera vu ou imprimé et la page noircie n'est que la pauvre doublure grimaçante de ce qui ne cesse pas de s'écrire mais qui toujours échappe à l'écriture".
Est-ce pour ces raisons que j’écris de moins en moins sur ce blog ? C’est possible. Ce dont Pessoa se plaint, sans que cela ne l’ait toutefois empêché d’accomplir une œuvre considérable, est un symptôme que j’ai maintes fois constaté, et même douloureusement éprouvé. Il m'a toujours tenu dans un rapport conflictuel à l’écriture. Avec ces publications régulières depuis treize ans, j’ai tenté de le surmonter. Mais aujourd'hui encore mon constat ne diffère guère de celui que je formais déjà dans mon devoir du bac philo consacré au langage : les mots ne sont que l'anamorphose de la pensée. Trop de pièges dans la langue. On est condamné à se trahir. Et rédiger au plus près de sa pensée nécessite un temps que mes dispositions physiques et mentales ne me permettent pas.
Là n’est pourtant pas, dans cette entreprise dont il me semble, presque à mon insu, me déprendre, peu à peu, la principale raison de ma désaffection. C’est que, — je l'ai déjà mentionné à bien des occasions — de nombreux brouillons de textes ont été accumulés, qui attendent une image. Et grand nombre d'images n’ont pas non plus encore trouvé de texte. Tout cela manque désormais de spontanéité. Je ne me sens pas plus en adéquation avec moi-même qu'avec le monde et en outre, l'inspiration me fuit, tant l’actualité mondiale autant que les vicissitudes du corps alimentent des frayeurs qui me paralysent. Il est à craindre que désormais rien n'aille en s'améliorant.
C'est quoi déjà la phrase de Nietzsche ? Ah oui "dangereux de passer, dangereux d'être en chemin, dangereux de se retourner, dangereux de trembler et de rester sur place". 
 

*

Quelque chose s'est cassé, je n'ai plus la force. Tout me semble dérisoire et inutile au regard de ce qui se passe sur cette planète. Je n'arrive pas plus à me projeter qu'à me préserver. Et sous la guirlande des jours aux jours ajoutés je me sens parfois comme un boxeur dans les cordes, je n'ai plus la force de lutter contre mes démons intérieurs, contre la pieuvre invisible qui m'enserre m'étouffe et m'injecte je ne sais quel venin, contre les menaces du dehors et la farandole macabre de notre époque qui voit un autocrate fou, semblable à ceux des bandes dessinées de mon enfance menacer du feu nucléaire certaines capitales européennes. Il y a des moments où je comprends le suicide de Stefan Zweig.
Même prendre des photos ne m'amuse plus autant qu'autrefois. Les traficoter, les transformer, les subvertir, encore un peu, oui. Mais je vois bien que ça n'intéresse pas les gens. Les images comme celles du 28 mai, du 4 juin et du 6 juin qui ont exigé de ma part le plus d'effort et de travail et qui sont parmi celles que je préfère de ma production, laissent mes lecteurs parfaitement indifférents, lorsque je les publie. Cela me navre. Alors je traîne. Je me promène quand je ne suis pas trop fatigué. Je vais au cinéma, ou voir des expos. Tant que je peux encore regarder et marcher. Je découpe des bouts de cartons pour les lombrics de mon lombricomposteur, il parait que c'est bon pour eux. Je passe des matinées à écouter de la musique classique mais aussi de la variété vietnamienne des années soixante dix, des vieux morceaux de jazz. Le matin j'épluche des légumes, pour mettre en place le régime alimentaire supposé me sauver. Parfois j'ai l'impression de partir à la dérive. Je vaque. Sans goût sans désir. Il est vrai que sur ce point je suis assez peu sollicité. Je n'ai pas beaucoup de vie sociale.
Il y a peu, sur internet j'ai lu ceci : "Quand tu n'as plus d'espoir, pense aux homards qui se trouvaient dans l'aquarium du restaurant du Titanic".
Ouais. Bof. Pour ma part ça ne le fait pas trop.
Sinon, cette photo, il y a longtemps que je voulais la publier. Au bord de l'abstraction. Mais plus vraiment figurative. Comme une forme donnée, autant à l'inquiétude qu'à la menace.

lundi 6 juin 2022

Dans le sommeil est-ce que je vis seulement comme sujet ?



Voilà
"Dormir. La pensée semble en accord avec le corps : Elle n'émerge pas du corps. Dans le sommeil, est-ce que je vis seulement comme sujet ? Non pas seulement comme un rêve, de toute façon. Je suis dans un contact profond avec une espèce de corporéité anonyme. Dans la veille, je commence à regarder, à me mouvoir. Le corps devient une expression qui est mienne. Dans le rêve, l'expression est désincarnée, elle ne s'actualise pas dans le mouvement réel mais dans le fantasme. C'est seulement dans la veille qu'il y a une expression kinesthésique, un geste effectivement accompli. Le Langage même a son origine dans le geste, dans la vie du corps. Langage gestuel. "( Enzo Paci 23 juillet 1956)

samedi 4 juin 2022

La petite porteuse d'eau

Voilà,
"Perspectivité de la nature. La nature dans le complexe de ses relations, contient aussi bien les formes qui émergeront en elle dans les yeux d'un insecte que celles qui émergeront dans les yeux de l'homme. La structure et le rythme sont traduisibles en de nombreuses langues, en de nombreuses formes émergentes" écrivait le 5 Juillet 1956 Enzo Paci dans son "Journal phénoménologique". Pour ma part, je ne sais si je vois avec les yeux d'un insecte ou ceux d'un rêveur, si je rêve ainsi parce que je me suis hybridé à des machines, et que ce qu'il me reste de nature et de merveilleux tient à la fois dans une jardinière de balcon et sur un écran d'ordinateur. C'est ainsi que m'est apparue ma petite porteuse d'eau.
Je procède comme autrefois, lorsque, enfant, je disposais mes soldats de plomb dans les plis d'une couverture qui devenaient autant de tranchées, ou bien quand jeune homme j'assemblais, faute de voyages, des bouts d'images pour m'inventer des paysages. Je bricole, j'assemble je juxtapose, je mets en relation des choses qui n'ont aucun rapport, je sample je mixe je triture je crée des formes à partir d'autres formes, je mélange et cache le diable dans les détails, je m'interstice, je fraude, passe en contrebande des fictions décalées, des représentations subverties afin d’enrayer, d'infléchir le cours de la réalité immédiate. Je joue, je ne fais que ça, parce que je suis immature, parce que je ne veux pas regarder la réalité en face. Je n'y peux rien c'est comme ça. Au reste c'est de loin la part de moi qui m'est la plus supportable. Si au moins j'étais capable de m'en tenir qu'à ça. Mais je ne peux m'empêcher de commenter, d'émettre un avis, une réflexion sur ceci-cela. Un peu comme Gaev, dans "La Cerisaie" de Tchekhov, à qui sa nièce Ania répond ainsi : "mon oncle mon gentil tu ferais mieux de te taire, de te taire "

vendredi 3 juin 2022

Promiscuité

 
Voilà,
c'est un lointain souvenir car cette photo, prise au parc floral de Paris, lorsque des concerts de jazz y étaient donnés durant les week-end de juillet, remonte au début des années 2010. Je ne sais à quoi j'ai pensé à ce moment là, sûrement ai-je déploré qu'il y ait trop de monde, que je ne puisse cadrer seulement la femme et le volatile, j'ai aussi dû vraisemblablement songer à Léda et son cygne, des conneries comme ça... En fait je n'aime pas trop ces oiseaux-là. Ils sont assez méchants. De façon générale je ne les supporte que de loin. Tout ce qui porte plumes, quoique nécessaire à la nature, ne m'inspire en outre, guère confiance. Ce n'est pas à proprement parler une phobie, mais je me méfie. J'imagine toujours que ces bestioles, pourtant souvent très belles, trimballent des maladies potentiellement transmissibles. Néanmoins je considère qu'elles méritent le respect. Ainsi dans la proximité que révèle cette scène, je vois le signe d'un abus manifeste, d'un empiètement, qui me dérange ; les humains y sont vraiment trop intrusifs. 

dimanche 29 mai 2022

L'amateur de singes

Voilà,
c'était en mars dernier, près du salon de coiffure où je me rends ordinairement, il y avait cette boutique où l'on vend du thé, avec sa devanture peinte que je n'avais jamais vue auparavant. J'ai trouvé ça surprenant. Surtout cette fausse perspective avec le jeune homme sur son banc, dont on pourrait imaginer qu'il soit par exemple en train de lire l'histoire de l'amateur de singes dans "Le vrai classique du vide parfait" de Lie Tseu : "A Song vivait un amateur de singes. Il aimait les singes et en  possédai tout un troupeau. Il était capable de comprendre leurs désirs et les singes (de leur côté) comprenaient leur maître. Il restreignait sa propre nourriture pour satisfaire les singes, mais survint une disette, et il dut diminuer la nourriture des animaux. Cependant, craignant que ceux-ci ne se rebellent, il leur dit tout d'abord avec ruse : «si je vous donnais le matin trois châtaignes, et le soir quatre, cela suffirait-il ?". Tous les singes se levèrent furieux. Se ravisant, il dit alors : "Soit, vous aurez le matin, quatre châtaignes et le soir trois. Sera-ce suffisant ?". Les singes se couchèrent, satisfaits.
C'est ainsi que les êtres, les uns habiles, les autres sots, se dupent les uns les autres. Le cheng-jen dupe, grâce a son intelligence, la foule des sots de la même façon que fit l'amateur de singes qui dupa ceux-ci. Sans changer le nom ni la chose, il sut les rendre furieux, puis joyeux. J'aime beaucoup cette fable qui pourrait se rapporter à la vie politique du pays où je vis.
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samedi 28 mai 2022

Les 24 préludes

 
Voilà,
j'ai entendu par hasard cette nuit à la radio, quelques uns des 24 préludes pour piano de Maurice Ohana, et j'ai repensé à l'amphithéâtre Poincaré de l'École Polytechnique, rue de la Montagne Sainte Geneviève. J'en ai déjà parlé il y a quelques années. Je suis donc allé sur Youtube, pour les réécouter plus attentivement. Étrangement, comme pour le morceau de Feldman "Palais de Mari", je retrouve la même sensation et d'une certaine façon le même transport en réentendant ces préludes. Non d'ailleurs, je ne les réentend pas, puisque je les découvre. Mais c'est l'écho d'un lointain désir qui me parvient aujourd'hui (dans le dixième ou onzième prélude par exemple) C'était ainsi que j'éprouvais, intuitivement le son. Ce type d'harmonies et de timbres, ces alternances de rythmes. J'explorais maladroitement le clavier, fasciné par la profondeur des graves, les échos de la pédale que je faisais durer jusqu'au silence. Ou alors je dispersais d'aigrelettes notes sur les dernières touches. Recommençant, osant même parfois quelques trilles — comme au début du huitième du dix septième, ou dans le 22 ème prélude — et aussi de vagues accords dispersés et — puisque je n'y connaissais rien —  forcément dissonants que je faisais durer. Mais ça me plaisait. J'aimais ce que cela me faisait, à moi. J'avais l'impression de pénétrer du mystère. Que ce soit clair. Je ne dis pas que je faisais du Ohana — j'ignorais jusqu'à son existence —, mais c'est vers quelque chose de semblable, que m'entraînait le contact de ce piano dans l'amphithéâtre désert. Oui le lieu et le moment appelaient ça, ce genre de climat musical. C'était comme si le présent se matérialisait en une suite d'instants aux couleurs dissemblables, comme si je pouvais tout à coup palper le temps, lui assigner une forme. Rien d'autre alors ne comptait que ce qui advenait au hasard des touches.
Je ne veux pas dire non plus, que la musique d'Ohana ressemble à celle d'un ignorant musical. Ce sont au contraire des compositions subtiles qui ont exigé beaucoup de temps pour être conçues. Mais elles possèdent pourtant la force et la puissance de la spontanéité. Ces pièces, dit-on constituent un hommage aux préludes de Chopin. Pour ma part, c'est surtout l'affranchissement des conventions qui me touche. Le côté "buissonnier" face au clavier. Enfin, je dis peut-être des conneries, parce que je n'y connais pas grand chose en musique, je n'ai pas les mots pour en parler — et c'est bien en cela que la musique est stupéfiante, c'est qu'elle peut aisément se dispenser des mots — mais pour moi, ces préludes d'Ohana ont la saveur et le charme infini des premières fois, la grâce des commencements, et constituent une suite d'apparitions disparaissantes comme aurait dit Vladimir Jankélévitch.
Il est aussi possible que les formes ne soient pas crées, mais qu'elles apparaissent soudain et que certains les perçoivent les saisissent et les transforment, à la façon d’un cristal que l'on taille et qui devient diamant. C'est exactement ce que j'éprouve à l'écoute cette musique. Elle exprime parfaitement ce dont je rêvais alors, secrètement sans être en mesure de le formuler.
En plus je trouve les partitions très belles graphiquement.

mercredi 25 mai 2022

Les matins où je redoute la banalité


 Voilà 
"une de mes promenades favorites – les matins où je redoute la banalité de la journée qui s'annonce, autant que l'on peut craindre la prison – consiste à partir lentement à travers les rues, avant l'ouverture des magasins et des boutiques, en écoutant les lambeaux de phrases que les groupes de jeunes gens ou de jeunes filles (ou des deux) laisse tomber, comme des aumônes ironiques, dans cette école invisible de ma méditation en liberté". (Fernando Pessoa)

mardi 24 mai 2022

Des faits encore des faits

 
Voilà,
des faits encore des faits, même si "les faits ne pénètrent pas dans le monde de nos croyances", les ventes de voitures de luxe, de yachts et de jets privés ont explosé durant la pandémie de covid. Des polluants du quotidien s'avèrent délétères pour la construction du cerveau de jeunes enfants. En février de violentes tempêtes ont fait cinq morts en Europe. Pour enrayer le déclin démographique la Chine veut limiter les avortements non médicaux. Au Brésil des inondations ont ravagé la ville touristiques de Petropolis après les pluies les plus importantes en quatre-vingt dix ans. Dans l'Europe entière les agriculteurs malades de pesticides sont abandonnés à leur sort. Plus d'une femme sur quatre dans le monde a été victime de violences conjugales. En Australie les koalas sont désormais une espèce en danger. Trois des cinq banques européennes qui financent le plus les hydrocarbures sont françaises. En Bretagne, les conséquences de l'acidification des océans sont évaluées sur les huîtres. Manger plus sainement peut permettre de gagner dix ans de vie. La famine menace treize millions de personne dans la corne de l'Afrique. Selon le WWF la pollution plastique atteint toutes les parties des océans. La terre abriterait 9200 espèces d'arbres n'ayant pas été découvertes. Le broyage des poussins mâles est désormais interdit dans les filières françaises de poules pondeuses. En Colombie au début du mois de février, des feux en Amazonie ont mis la capitale sous "alerte environnementale". L'Islande compte cesser la chasse à la baleine dès 2024. L'armée russe a bombardé une centrale nucléaire en Ukraine. Il fait +30°C par rapport à la normale en Arctique et + 40°C en Antarctique. Il y a quelques semaines nous apprenions que l'Amazonie est sur le point de franchir un point de bascule et de devenir une savane : quasiment aucune reprise presse ni TV. Will Smith met une claque à Chris Rock aux oscars : tous les médias sont en ébullition, émission spéciale, des débats interminables pour savoir s'il méritait une claque ou pas. Covid : atrophie du cerveau, risques d'AVC... ces effets recensés sur le long terme, même après une forme légère. 500 morts suite à des inondation en Afrique du sud. En Inde et au Pakistan, la température atteint le seuil fatal à l’homme au mois de mai 2022. A mesure que la terre se réchauffe, les primes d’assurance augmentent, devenant inaccessibles pour une grande partie de la population australienne. Le dernier rapport du GIEC incarne l’avertissement le plus sévère jamais lancé à l’humanité. Pour les experts, le comportement humain accélère de manière alarmante le réchauffement climatique et facilite donc la survenue de catastrophes en tout genre. Les météorites transportent avec elles toutes les molécules nécessaires pour l’apparition de la vie sur Terre. Le changement climatique va accélérer les transmissions virales entre espèces. 89% des déchets plastiques trouvés sur les fonds marins profonds sont du plastique à usage unique provenant des activités humaines sur terre, tel que bouteilles, sacs et l’enveloppe d’aliments. Mais les plastiques utilisés en mer sont aussi une source de pollution : le polystyrène expansé, les bouées ou encore les filets de pêche représentent environ 18% des microplastiques présents dans les mers et océans. Six sur neuf ; le monde vient de franchir une nouvelle limite planétaire, et ce pour la deuxième fois de l’année. Cette sixième limite planétaire concerne le cycle de l’eau, et plus particulièrement l’eau verte, celle qui est absorbée par les végétaux. Sécheresses historiques en Californie, et dans une bonne partie de l'Amérique du Sud, ce qui a ruiné une partie des récoltes depuis le mois de février. Mégafeux en Sibérie, vagues de chaleur exceptionnelles dans le désert Africain, etc. etc. etc. En France. Et bien nous sommes aussi concernés : plusieurs départements en alerte sécheresse au mois d'avril... Au mois d'avril !! Un "avion de l’apocalypse" (un Boeing 747 modifié nommé Boeing E-4B) résistant aux bombes nucléaires de l’US Air Force s’est envolé pour une brève mission d’entraînement le lundi 28 février au-dessus du Nebraska. Son décollage est intervenu peu de temps après l’intervention du président russe Vladimir Poutine au cours de laquelle il annonçait mettre les forces nucléaires de son pays en état d’alerte maximale. Des bourgeons éclosent trop tôt, des oiseaux sont balayés par des cyclones, des insectes se reproduisent à gogo... Les hivers sont plus chauds et plus courts, et cela bouleverse les écosystèmes. Bombardements russes, incendies, eau contaminée, fuites radioactives... La guerre contre l’Ukraine pollue. Les dommages pourraient être irréversibles. Le sol, lui, est durablement contaminé. Mais les retombées ne sont que très peu étudiées. Avant l’invasion de l’Ukraine la faim dans le monde touchait près d’une personne sur dix et un tiers de la population était en insécurité alimentaire, sans accès régulier à une alimentation adéquate. À Zagreb il existe un musée des broken relationships. Suite à l'invasion de l'Ukraine, Mc Donald a fermé 847 restaurants en Russie. Une nouvelle marque est née "Uncle Vanya". Ils ont pris le logo de Mc Do, et l'ont tourné à 90°. En raison de la guerre en Ukraine, et de la sécheresse en Amerique l’année dernière La tonne de blé approche les 400 euros, soit le double de son prix à la fin 2021. Malgré la pandémie, le niveau de CO2 dans l’atmosphère atteint un nouveau record. On lit parfois des choses étranges, et je m'étonne que personne e trouve rien à y redire. Washington accuse Moscou d'utiliser l'arme de la faim. Mais c'est quand même bien Washington qui maintient un embargo sur Cuba depuis soixante ans. Un jeune homme de dix-huit ans armé d'un fusil d'assaut a tué dix-huit enfants dans une école primaire du Texas. Le diable n’a plus rien à faire sur terre l’humain le surpasse en besogne.

dimanche 22 mai 2022

"J'ai plus d'une corde à mon art"


Voilà, 
depuis le début des années 80 les pochoirs de la street-artiste Miss-Tic, qui ce weekend a quitté le monde des vivants, font partie du paysage parisien, y apportant une touche de poésie. Celui de gauche a été repéré en Avril 2020, dans le sixième arrondissement vers la rue Mazarine je crois, l'autre se trouve dans ma rue. C'est dans le quatorzième arrondissement où je vis qu'elle a réalisé sa première intervention. Sa signature, elle l'a trouvée dans un vieil album de Picsou. C'était le nom dont elle a retranché une lettre de la petite sorcière qui veut toujours s'emparer du sou fétiche du vieil oncle radin. D'arrondissements en arrondissements, préférant les ruelles peu exposées aux boulevards, elle essaimait ses dessins en noir et blanc, représentant des filles sexy souvent dans des attitudes plus ou moins provocantes portant des robes fourreau,  des décolletés, ou des porte-jarretelles. Un texte lapidaire les accompagnait jouant la plupart du temps sur les mots (et pour cela intraduisibles) : "Chair amie, Tes griffes me coulèrent dans le ventre, J'en miaule encore" ou bien "J'ai le mal de taire et mes ailes en réclament encore". Parfois les messages semblaient plus intimes, comme des appels: "Je suis bien seule", ou : "Bricole-moi un été", "J'aime l'inconnu et les inconnus", "Fais de moi ce que je veux", "Je laisse à désirer", ou encore celui que j'ai photographié "la solitude est la rançon de la lucidité".  
Je me réjouissais de découvrir au gré de mes promenades une nouvelle image. C'était sa façon de nous donner de ses nouvelles, comme si elle nous passait le bonjour.  Il y avait souvent beaucoup d'astuce et d'esprit dans ses phrases-slogans et ses détournement de sens qui faisaient parfois songer à ceux du cinéaste Jean-Luc Godard. 
Il faudra faire sans elle, désormais.
De nombreux photographes ont suivi le travail de celle qui s'affichait "voyelle du mot voyou" et des sites web lui ont été consacrés. Il en existe même d'ailleurs un tout ce qui a de plus officiel
 
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