dimanche 30 janvier 2022

Comme une énigme


Voilà,
il m'arrive parfois de croiser sur mon chemin des réalisations brutes, sauvages, dont on ne sait à quelle nécessité elles répondent. Parfois, elles sont presque cachées, comme si elles ne voulaient pas se donner complètement à voir. Cet animal peint sur un mur m'émeut. Il tient de l'âne et du chien (je penche plutôt pour l'âne) et surprend néanmoins par sa puissance d'évocation. Il ne répond à aucune commande ou revendication. Il se tient là comme un incompréhensible défi, comme une énigme sur un mur sans grâce.
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mercredi 26 janvier 2022

Baleine à bosse


Voilà,
j'ai trouvé une bonne nouvelle : une étude publiée par la Royal Society estime que, la baleine à bosse a retrouvé 93 % des effectifs recensés en 1830 (qui se montaient à environ 270 000) grâce à l'interdiction décrétée dans les années 1980 de la chasse à cette espèce de baleine. Il est à noter qu'en moyenne, une seule de ces baleines stocke environ 33 tonnes de CO2. Si nous considérons uniquement les baleines à bosse de l’Antarctique qui se reproduisent au Brésil, leur protection a entraîné le stockage de 813 780 tonnes de CO2 dans les eaux profondes. Cela représente, selon les données d’émissions de 2018, environ le double des émissions annuelles de CO2 d’un petit pays de la taille des Bermudes ou du Belize. Formidable non ? A Paris, s'il n'y a pas de baleines, on peut cependant remarquer les petites bosses des tentes Quechua où s'abrite la misère, parfois contre le mur d'une vieille église, comme en des temps que l'on pensait à jamais révolus.

mardi 25 janvier 2022

Adoucir le paysage


Voilà,
il faudrait peut-être que j'aille consulter un cardiologue, et que je m'achète un appareil pour vérifier ma tension. J'ai quelques accès d'agacement qui ne sont pas bons pour ma santé. Je le sens bien, à la manière dont je peux très vite, ces temps-ci, me sentir irrité, dans des circonstances que l'on m'intime de ne pas évoquer car il ne faut pas froisser les susceptibilités. Quoi qu'il en soit certains comportements m'exaspèrent au plus haut point tout comme la fatuité des crétins. C'est comme ça que je me suis réveillé assassin, ce matin, d'un gros et sinistre imbécile, Philippe Fa. que je n'ai pourtant pas vu depuis longtemps — depuis qu'il s'est retiré dans son Poitou — mais dont l'arrogance et la morgue ont suffi à déclencher, dans mon rêve, une réaction si violente qu'elle m'a poussé au meurtre. Je suis pourtant d'un tempérament pacifique, amis des fleurs et des papillons, plutôt nonchalant, doux et contemplatif. Mon idéal de bonheur est de passer de longues heures contre un corps chaud et amical à se caresser mutuellement sans souci de conclusion ou d'achèvement, et de me répandre dans des langueurs sensuelles, usant  — pourquoi pas — de quelque adjuvant pour accroître les sensations. J'apprécie mon lit plus que tout autre lieu, et c'est là que je voyage le plus volontiers, et lorsque l'hiver, il m'arrive de sortir, j'aime les paysages brumeux et indécis qui gomment les contours et adoucissent le paysage. J'ai une inclination certaine pour ce qui s'estompe ou au contraire apparaît peu à peu. Je ne supporte pas ce qui surgit ou éclate ni les excès et de façon plus générale tout ce qui s'apparente à la violence et à la brutalité. 

dimanche 23 janvier 2022

Machilio Papus

Voilà,
tout près de chez moi, l'été dernier, est apparu sur un mur cet énigmatique lépidoptère. Pour qui passe beaucoup de temps à chercher ses clés, l'idée que l'une d'entre elles puisse s'envoler comme un papillon a quelque chose de séduisant.

 
Hélas, il n'y a pas que les clés qui s'enfuient. Je deviens de plus en plus distrait. De plus en plus lent aussi, et procrastinateur. Je remets les choses à des lendemains incertains. Je dresse des listes de gens que je devrais appeler, je les égare — les listes, pas les gens (du moins pas encore) — et j'oublie. Je projette des déplacements que finalement je ne fais pas, autant par négligence que par paresse. Je me réfugie dans les choses passées, les chansons d'autrefois, des souvenirs lointains et heureux, dans la musique classique aussi, qui demeure encore, malgré tout, une source d'étonnement, et bien sûr les films et les expositions. Le monde tel qu'il se profile ne m'intéresse plus guère. Ce n'est pas seulement que je m'y déplace de moins en moins aisément, mais on y rencontre aussi trop de fatrouilleurs insignifiants convaincus de détenir la vérité. Ça me gonfle. J'essaie de mettre à profit les heures qui passent pour assouvir ma curiosité, lire. Il y a peu, je suis tombé par hasard sur un article de Paolo Rovelli, dans son recueil "Écrits vagabonds"  concernant Vladimir Nabokov, qui nous ramène aux papillons qui passionnaient le célèbre écrivain. L'un d'entre eux avait particulièrement attiré son attention : le Polyommatus coridon, dit Argus bleu-nacré. Selon Nabokov, la migration de ces insectes s'était faite en cinq vagues depuis la Sibérie, en passant par le détroit de Bering, puis vers l'Alaska, avant d'arriver au Chili. Ayant fait l'objet d'un article signé par le romancier en 1945, cette théorie était considérée avec une certaine perplexité par la communauté scientifique. Depuis sa mort en 1977, l'hypothèse de Nabokov a cependant suscité la curiosité d'experts partis recueillir dans les Andes des spécimens du Polyommatus. Grâce a une technologies dont ne disposait pas alors l'écrivain, ces scientifiques ont pu établir le séquençage ADN du papillon pour en conclure qu'il avait eu raison et saluer à l'occasion son extraordinaire intuition biologique". 

jeudi 20 janvier 2022

Takotsubo


 
Voilà,
Le cœur a son burn-out. Les Japonais l’appellent le takotsubo. Ce qui veut dire "piège à poulpe", un pot de terre dans lequel l’animal marin se réfugie, pensant se protéger, et que l’on remonte à la surface. Ce pot ressemble à une amphore, forme que prend le cœur quand il se ballonne et ne remplit plus sa fonction de pompe sous l’effet d’un stress aigu, d’une émotion forte. 
Le takotsubo a été identifié pour la première fois au Japon en 1991, d’où son nom. C’est le syndrome du cœur brisé par un chagrin, un décès, une rupture amoureuse, un accident physique… Mais cela peut aussi, à l’inverse, être le syndrome du cœur joyeux, provoqué par une demande en mariage, une naissance, un évènement heureux. En effet, les émotions vécues intensément submergent le cœur au point de donner l’impression qu’il pourrait exploser. L’accumulation de stress conduit alors à une fragilité pouvant provoquer une sidération, une paralysie du muscle cardiaque, entraînant la mort.
J'ai appris l'existence de ce syndrome dans une émission consacré au pianiste de jazz John Dennis. Le vibraphoniste Walt Dickerson a raconté que "les parents de John étaient des fondamentalistes qui lui ont mis une énorme pression pour qu’il ne joue pas la musique du diable… Cela a un effet dévastateur lorsqu'un artiste ne peut pas continuer à rechercher et à développer son art, quelque chose arrive à cette personne à la fois physiquement et mentalement… J'ai appris que beaucoup de gens meurent d'un cœur brisé, sans autre problème de santé, ils ont le cœur brisé et abandonnent tout simplement… Et c'est ce qui est arrivé à John."
John Dennis, n'a sorti qu'un seul disque sous son nom : "New piano expressions", réalisé le même jour que la session d'enregistrement de l'album de Thad Jones et Charles Mingus  "Jazz Collaborations" auquel il participait, parce que, Mingus et Roach, qui était  aussi présent, ont aussitôt exprimé le désir d'enregistrer un autre album avec lui en tant que leader.

dimanche 16 janvier 2022

Les Cousins d'Alice

Voilà,
cela fait longtemps que je ne suis pas rentré dans ce magasin. Ma fille est grande désormais, on ne lui achète plus de jouets ou de livres illustrés. Mais la devanture des "Cousins d'Alice" m'enchante toujours autant et il m'arrive encore parfois de m'attarder devant sa vitrine. Cela me plaît que cet endroit existe non loin de chez moi. C'est une institution de la rue Daguerre.
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jeudi 13 janvier 2022

Pâturages

 

Voilà
 d'aigres pensées cheminent vers nos déroutes
 les nuages là-haut pâturent dans le bleu du ciel
et quelquefois les souvenirs gambadent
parmi les voix mortes de l’enfance

mardi 11 janvier 2022

L'Incapacité


Voilà,
"Alors, avec le temps, à une certaine époque, on ne se paya plus de mots, on avoua la débilité profonde qui s'était implacablement emparée du monde, en larguant tout complexe à l'égard de l'incapacité. Et, corollaire fatal, on trouva à tous les niveaux du travail, des offres d'emploi d'un nouveau type : le recrutement d'inaptes à tout faire pour le compte d'inaptes à faire quoi que ce soitJacques Sternberg in "188 contes à régler" Sculpture by Urs Fischer in Pinault Collection

dimanche 9 janvier 2022

Bibliothèque


Voilà,
il y a quelques jours je suis repassé par ce tronçon situé dans ma rue (qui est longue) et où je ne vais plus trop souvent. J'ai revu cette imposante fresque conçue pour dissimuler en partie un mur sans grâce qui m'a alors rappelé que je devrais profiter des jours de pluie pour remettre un peu d'ordre dans ma bibliothèque. Il m'arrive si souvent de ne pas retrouver un livre que je cherche. Au lieu de quoi je traîne, procrastine, ou bien accepte des tâches contraignantes qui ne m'apportent que de piètres satisfactions. Les années s'amoncellent, et je remets à des lendemains incertains ce que la fatigue m'empêche de faire aujourd'hui. Je ne parviens plus à me concentrer autant qu'autrefois pour lire. Le covid est passé par là, mais aussi les applications chronophages du smartphone. Rédiger ma fiche de lecture mensuelle — le minimum qu'exige le comité de lecture auquel j'appartiens —, me coûte. Parfois il me semble que la vie se déserte elle même, comme si en moi s'effaçait la capacité d'agir. Bien sûr il y a quelques moments de félicité comme aller jouer au théâtre deux fois par semaine, lire de la poésie, contempler des livres d'art, regarder des films en compagnie de ma fille lorsque c'est possible. Aller au cinéma de temps en temps ou dans des expositions aussi. Mais le fait de devoir être perpétuellement masqué, d'avoir de la buée sur les lunettes, rend cela plus laborieux et n'incite guère à sortir. J'écoute la radio, j'apprends plein de choses que j'oublie aussitôt, j'écoute de la musique, mais ce sont des activités plutôt passives. J'ai du mal à voir des gens. Je ne supporte plus de m'entendre parler (sauf sur scène). 
Cela fait longtemps que je n'ai pas pris des crayons de couleurs. 
Je devrais peut-être m'y remettre, cela me ferait du bien sans doute.
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jeudi 6 janvier 2022

Tentative de récapitulation

Voilà,
une photo prise en Juin 2020, au Parc Monceau, peu après le déconfinement généralisé, succédant à la première période d'enfermement du 11 mars au 17 mai 2020. Avant cette parenthèse de l'été, si vite refermée. Puisqu'il y eut un autre confinement du 30 octobre au 15 décembre 2020. Si je me rappelle bien, l'autorisation de sortie permettait alors de se déplacer plus loin. Il y en eut ensuite un troisième du 3 Avril au 3 mai 2021, un peu plus souple, durant lequel tous les lieux de distraction étaient fermés et avec un couvre-feu à compter de 19 h, je crois. Puis il y eu la fin des attestations et le couvre feu repoussé à 21 h jusqu'au 19 mai, 2021 date à laquelle les terrasses les musées les salles de cinéma ont pu de nouveau ouvrir. Il y eut ensuite l'instauration d'un passe sanitaire à compter du 15 juillet, pour contraindre avec succès les français à se vacciner. Nous voilà en décembre 2021 confronté à une cinquième vague. Tout un système de contraintes semble de nouveau se mettre en place dans le but "d'emmerder tous les non-vaccinés", comme l'a si élégamment proclamé notre président dans une interview. Je note tout cela scrupuleusement car ma perception de cette période de pandémie, les souvenirs que j'en ai sont très confus. Pour la première fois de ma vie, je ne parviens pas à mettre les événements de ma vie dans l'ordre, à rétablir une continuité, comme si cette période avait ajouté de la confusion. Je ne crois pas être le seul dans ce cas. Nombreux, parmi mes amis ou camarades m'ont confié éprouver de semblables  sensations. J'ai même lu un article dans le journal "Le Monde" où l'on explique que les jalons s'effacent dès lors que le temps n'est plus rythmé.
L'anomalie est d'essayer de rétablir l'ordonnancement du passé immédiat en tentant de dresser le catalogue de mesures de contraintes sanitaires qui en outre nous font oublier tout ce qui précéda, en France du moins : la période de répression brutales des manifestations sociales lors des deux trois années qui ont précédé la pandémie,  les révoltes des gilets jaunes, les lois franchement dégueulasses restreignant les droits des travailleurs, les nouvelles dispositions à l'encontre des chômeurs, la privatisation des chemins de fer alors que l'on sait que partout en Europe c'est un fiasco au point que la plupart des pays européens qui ont tenté cela reviennent en arrière, l'appauvrissement du système de santé, la restriction des crédits de recherche, les restrictions budgétaires dans l'éducation nationale et au ministère de la justice, le peu d'empressement à combattre les lobbies de l'agroalimentaire, sans parler des scandales comme l'affaire Benalla qui ont secoué la première partie de son mandat. Mais tout cela a été submergé part la pandémie, de sorte qu'aujourd'hui seule la question des vaccins et de tout ce qui tourne autour de ce virus semble préoccuper les français. C'est sans doute sur la gestion de la crise que se jouera l'élection présidentielle où seuls des représentants de la droite ou de l'ultradroite sont en mesure de gagner l'élection. C'est paradoxal, mais c'est ainsi : beaucoup de gens sont mécontents, mais ils vont voter pour ceux qui ont pour programme de leur rendre la vie plus difficile, puisque de toute façon ceux qui sont supposés les défendre ne veulent pas en prendre la responsabilité.
Comme disait Gramcsi "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres" en même temps que des frangipanes trop dures dans des pâtes feuilletées trop sèches. En ces molles épiphanies les galettes des rois ne sont plus ce qu'elles étaient. D'ailleurs je ne comprends même pas que les catholiques traditionalistes honorent encore la crèche. C'est quoi une crèche ? Un enfant dans une étable né d'une mère porteuse par fécondation in vitro, dont le père adoptif est juif et auquel trois métèques viennent apporter des cadeaux
Je tiens à préciser pour ceux qui l'ignorent — on n'est jamais trop prudent sur les réseaux sociaux — que cette dernière ponctuation se nomme un point d'ironie et qu'elle appelle le second degré.

mardi 4 janvier 2022

Impasse de la Maîtrise


Voilà,
lu, il y a quelque temps dans le journal "Le Monde", sous la plume de Renaud Machart, un magnifique exemple de diplomatie funèbre (à envisager comme une sous-catégorie de l'éloge funèbre) : "Prompt à mélanger les genres et les fonctions, il écrivait sur ceux dont il dirigeait les enregistrements discographiques (chez harmonia mundi), à qui il confiait ses transcriptions, ou avec qui il donnait sur scènes ses textes en tant que lecteur. Mais ses amitiés n'étaient jamais de complaisance et le liaient durablement aux meilleurs". Une façon de désigner en 340 signes ce qu'on appelle communément un conflit d'intérêt, d'illustrer l'expression "être juge et partie" et et de moralement justifier l'arbitraire par un argument d'autorité, celui de la valeur : je transgresse la morale parce que celui dont je parle est valeureux, et je n'ai que des amis de qualité. Personne jamais ne dira "je l'aide parce qu'il est con, d'ailleurs tous mes potes sont des buses et des crétins notoires". 
Le défunt en question publiait aussi des chroniques dans la république des livres de Pierre Assouline. J'en ai lu quelques unes, avec un intérêt souvent mâtiné d'agacement. La plume vive et alerte, le trait souvent saillant laissent rarement la place au doute. On est sommé de comprendre que l'on a à faire à quelqu'un-qui-sait. Par exemple, cet homme qui semblait disposer de nombreuses cordes à son arc, dans une préface d'une pièce de Shakespeare qu'il avait traduite, n'aurait pas hésité, toujours selon Renaud Machart, à brocarder un traducteur, qui selon lui "avait les qualités requises pour traduire Shakespeare ; ne manquait que le talent". À ce propos ce fier trépassé considérait que "Les traductions de Shakespeare sont presque toutes incompréhensibles. D’une lenteur exaspérante, d’une parfaite inefficacité dramatique. Shakespeare y a résisté, comme les malades de Molière à leur médecin. Mais ce n’est pas le seul miracle : les comédiens aussi ont survécu à ce traitement, à ces phrases imprononçables, à ces tirades obscures ; et ce n’est pas le moins prodigieux… ". C'est faire peu de cas du travail considérable de Jean-Michel Déprats pour les pièces du dramaturge anglais, de celui de Yves Bonnefoy dont la traduction de "Hamlet" est subtile autant que merveilleuse à prononcer, sans parler de ses traductions des "Sonnets".
On nommait cela "se hausser du col", autrefois chez les gens polis. On pourrait aussi bien dire ne pas se moucher du pied, se faire mousser, avoir les chevilles qui enflent. Pour ma part "ne plus se sentir pisser" convient au futile et nonchalant clampin que je suis. Je déteste cette posture d'autorité, cette suffisance bourgeoise. Ce n'est pas contre le savoir que je m'insurge mais contre la posture arrogante de qui est persuadé d'être, du fait de sa cultureplus et mieux que le commun des mortels. Est-ce parce qu'il avait "la grosse tête" que le bonhomme est mort d'une tumeur au cerveau ? En outre, ce monsieur qui se targuait de posséder le sens de la nuance affirmait aussi "aimer Céline". Les gens qui prétendent "aimer Céline" sont, à mon sens, soit d'ignobles cons qui éprouvent une sympathie post mortem pour une infecte raclure, soit des gens qui ne mesurent pas le poids des mots. On touche là aux limites de la métonymie. Voici pourquoi : si pour ma part, j'aime passionnément certains livres de Céline et particulièrement "Voyage au bout de la nuit", (surtout la séquence africaine), ou la trilogie Nord Rigodon D'un château l'autre, je ne peux oublier le répugnant comportement du délateur qui voulait être comme l'a rapporté dès 1938 Hanns Erich Kaminski, dans son pamphlet "Céline en chemise brune," le plus nazi des collabos. L'abjection exsude à chaque page de "Bagatelles pour un massacre", "Les beaux draps" et "L'école des cadavres".  
Mais à propos de cadavre, revenons à celui dont il est question. 
De son vivant, il avait, dans la petite société des journalistes des musiciens et de l'édition, pignon sur rue et beaucoup d'entregent. Il disposait d'un petit pouvoir d'influence dans l'intelligentsia et pour cela devait être craint respecté ou haï. Au demeurant, sa notice wikipedia atteste du fait qu'il a accompli de nombreuses choses, apparemment fort intéressantes, et vraisemblablement je n'atteindrai jamais le centième de son érudition. Il suffira donc de ne retenir que le meilleur de cet homme suffisant — en tout cas c'est ce que renvoie son écriture — et, paraît-il, coléreux. Sûrement suis-je très injuste avec cet homme que je ne connais pas et qui peut-être avait moins de défauts que de qualités. J'espère que ce que je trouverai l'occasion de lire des choses de lui qui me le rendront plus sympathique. Ce n'est sûrement que mon problème : la fatuité, la morgue, la condescendance des autres me rendent teigneux. Mais peut-être est un trait de caractère difficilement évitable chez les gens sûrs d'eux-mêmes. J'ai vu récemment une interview de Charlize Theron soumise au questionnaire de Proust. A la question "quelle qualité préférez vous chez un homme" elle a répondu "la confiance en soi".  J'ai compris pourquoi Charlize et moi on n'a jamais fait affaire ensemble
Mais vanité que tout cela désormais.

Sinon, le titre de cet article qui est aussi le nom d'une rue, me paraît à propos. Je suppose évidemment que la maîtrise en question doit ou devait être une de ces écoles de chant qu'on appelle aussi psallette (je viens de découvrir ce mot, et cette joie simple éclaire ma journée). Mais l'ambiguïté sied bien au sujet traité : à la fin, la maîtrise s'avère une illusion et finit en impasse, puisque c'est toujours la mort qui gagne. 
Quant à la photo elle me plaît car on y voit quelqu'un qui cherche son chemin. Je m'y reconnais : l'impression de n'avoir fait que cela ma vie durant, et peut-être avec cet air débonnaire et un peu ridicule d'un touriste égaré. Je m'en fous.

samedi 1 janvier 2022

Pêle-mêle, au passage

 

Voilà,
étrange passage d'une année à l'autre. Il fait très doux à Paris depuis plus d'une semaine. Près de 14° centigrades. Ce n'est vraiment pas normal. Je me suis rappelée de cette photo prise par ma fille au Jardin Public de Bordeaux, fin juillet. Il y avait ce panneau, intitulé "sentinelle du climat" dans lequel on pouvait glisser sa tête. Je me suis prêté au jeu.
 
*
 
Toujours ces messages mortifères chaque matin à la radio concernant cette épidémie de Covid. J'ai d'ailleurs vu à ce sujet une enquête menée par des journalistes scientifiques évoquant l'hypothèse de plus en plus plausible qu'un accident de laboratoire à Wuhan est à l'origine de cette épidémie, et que ce virus n'est pas d'origine naturelle, mais le fruit d'une manipulation préalable. Wuhan, par ailleurs le principal lieu de recherches des coronavirus. Il sera toutefois difficile d'en savoir plus, puisque la Chine a fermé toutes les banques de données scientifiques concernant les coronavirus, bien que celles-ci soient pourtant financées en partie par l'Europe et les USA. 
 
*
 
Je me sens dans un état bizarre, d'hyperémotivité et  d'extrême porosité aux événements. Tout me semble absurde. Je n'ai pas beaucoup de goût pour lire ou écrire. Je vais encore aux expositions, mais plus avec le même entrain qu'autrefois. Il y a encore le cinéma, le théâtre parfois. A Noël, en compagnie de Sophie, nous sommes allés voir une production intitulée "Mais quelle comédie", une sorte de revue musicale conçue par les comédiens du Français, et c'était formidable de joie et d'invention. Le public était ravi, et j'avais l'impression de me trouver dans une sorte de capsule temporelle, à l'abri du monde. Pourtant, la semaine suivante, toutes les représentations ont été annulées parce qu'une grande partie du personnel, (artistes et techniciens) était contaminée.

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Le médecin que je vois depuis plus de trente ans dans le dispensaire où je me fais soigner depuis que je vis seul à Paris (Jacques Chautemps, le grand père maternel d'Agnès, y exerçait), n'est toujours pas de retour. Il devait subir une intervention chirurgicale courant octobre, et il semblerait qu'il y ait eu des complications. Je l'aime bien. Depuis le temps que je le consulte, il fait un peu partie de ma vie. Un œil averti, peut dans son cabinet, parmi les livres de médecine, reconnaître le dictionnaire amoureux du Rugby de Daniel Herrero, et un livre sur le Stade Toulousain, car il est originaire de là-bas. Au delà de sa compétence cela me le rend encore plus sympathique. Je me fais du souci pour lui.
 
*
 
Revu, mercredi soir, en compagnie de ma fille, le remarquable film flamand "Bullhead" de Michaël Roskam, qui m'avait beaucoup impressionné il y a quelques années. C'est toujours aussi puissant, un véritable chef d'œuvre, et l'interprétation de Matthias Schoenaerts est absolument époustouflante. Je ne me souvenais pas que l'intrigue était autant concentrée sur son personnage. Ce n'était peut-être pas le film à voir en cette période, tant il est triste. Nous nous sommes promis un peu plus de légèreté pour la prochaine fois où nous regarderons quelque chose ensemble.
 
 
Le crétin qui laisse un message sur mon répondeur au prétexte qu'il voudrait "échanger avec moi", lui qui n'écoute jamais les autres. Rien que l'expression me fout la gerbe. Le gusse a essayé de m'entourlouper il y a quelques mois, et il voudrait, en plus, m'accabler de ses inanes monologues comme si rien ne s'était passé. Son comportement illustre bien l'adage selon lequel les cons c'est comme les rideaux de douche, ça vous colle toujours au cul.

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Une année nouvelle commence, plus incertaine que jamais. 
Je me réjouis d'avoir passé la précédente. Elle fut contrariante pour cette raison, bien sûr, mais aussi pour cette autre et bien évidemment pour celle-ci. Mais cependant, je l'aurais paisiblement et paresseusement finie. À la faveur de la période des fêtes de fin d'année, et de la recrudescence de l'épidémie de Covid, j'ai passé beaucoup de temps à la maison, m'abandonnant à la futilité : non seulement j'ai relu avec plaisir des nouvelles de Robert Scheckley, mais j'ai regardé des vieux films des Monty Python, et aussi écouté avec délectation de la muzak pseudo-hawaienne d'Arthur Lyman. L'un des morceaux "Quiet Village" me rappelle d'ailleurs mon enfance, car il servait de générique à une émission de télévision intitulée "La vie des animaux". Produite et par Frédéric Rossif et commentée par Claude Darget, elle passait le samedi en début de soirée juste avant le journal télévisé de 19h30. Les commentaires étaient souvent amusants et décalés. Je me rappelle l'évocation du zèbre "noir rayé de blanc ou blanc rayé de noir". C'était à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne) au début des années soixante alors que je découvrais la télévision qui était à l'époque un objet encore nouveau et relativement insolite. 
 
*
J'ai du mal à me projeter dans les mois qui viennent. J'ai des appréhensions que je ne peux formuler. Je goûte le bonheur des moments que ma fille m'offre de passer avec moi. Nous regardons des vieux films ensemble. Nous déjeunons au restaurant. Nous rions beaucoup tous les deux. 

dimanche 26 décembre 2021

Vieux fantômes et résolutions

 
Voilà,
comme ces derniers temps, j'ai rapatrié tous mes posts sur un disque dur, il m'est arrivé de relire quelques uns d'entre eux. Je me suis donc aperçu qu'en fait, depuis plus de dix ans je radote, je ressasse, je raconte les même conneries,  je récrimine contre les mêmes absurdités, je traîne les mêmes vieux fantômes,  je tente d'exorciser les mêmes vieilles angoisses.
Ceux qui ne me connaissent pas personnellement doivent penser que je suis sinistre, alors qu'en fait je suis plutôt un gros déconneur, en compagnie. Bon c'est vrai que je fuis de plus en plus la société et que mes occasions de faire le mariole deviennent plutôt rares, mais quand même. Les différents confinements y sont bien sûr pour quelque chose, mais pas seulement. J'ai toujours été assez casanier, et je le suis de plus en plus. C'est comme ça quand on a longtemps été enfant unique. On se suffit à soi-même. On se raconte des histoires tout seul, ou bien on trouve du plaisir à écouter des choses instructives à la radio. Mais bref, là n'est pas la question. Dans ces deux mille billets, il y a quand même parfois d'assez jolies choses, surtout dans les premières années, qui rétrospectivement m'étonnent. Je ne pensais pas être aussi inspiré à l'époque. Je parle de la formulation, du style. Oui, il y a des trucs pas mal. Parfois. Le problème, c'est juste l'accumulation des idées noires. La vision sombre de la réalité. Et la répétition.
Cela dit, je ne me suis pas vraiment trompé, car la situation générale ne va vraiment pas en s'améliorant, c'est le moins qu'on puisse dire. Je n'en tire aucune vanité, j'aurais préféré cent fois me tromper. Mais il y a aussi des fois ou le pire peut prendre des formes inattendues. La crétinisation massive des élites de droite ou de gauche ça je ne l'avais pas vu venir. Du moins pas à ce point. Les ravages de l'inculture croissante, non plus. La bigoterie croissante en France que ce soit les catholiques les musulmans ou les juifs, ça non plus je ne l'avais pas imaginé. Que les fachos de toutes espèces se rassemblent derrière un juif sépharade xénophobe, chantre du grand remplacement et témoignant de la reconnaissance à Pétain, au point d'en faire leur candidat pour l'élection présidentielle, ça aussi c'est pas mal. Que les gens continuent en France d'être aussi cons, quand on a vu les ravages causés par Trump aux USA, quand les italiens se sont décidés à chasser les néo-fascistes qui ont pitoyablement gouverné quelques unes de leurs grandes villes, quand les pays du nord reviennent à la social démocratie, tout cela explique amplement que notre emblème soit un coq, cet animal qui chante tous les matins sur un tas de fumier. Sans doute qu'on ne veut pas croire aux erreurs des autres. On veut expérimenter les siennes propres. 
Si désormais je dois encore m'attarder sur l'actualité, il faudrait que je le fasse avec un peu d'humour, puisque de toute façon je n'y peux rien changer. Finalement, des posts que j'ai écrits, les plus intéressants sont évidemment ceux qui ne rendent pas spécialement compte de la réalité extérieure, sociale, politique, écologique. 
Puisqu'au début je n'avais pas beaucoup de lecteurs, il est probable que l'année prochaine, je republierai de temps à autre quelques billets, dont je pense qu'ils gagnent à être vus ou lus. Ce que j'ai d'ailleurs un peu commencé ces dernières semaines. Certaines photos anciennes, ont alors pu être vues et appréciées. Les textes les accompagnant, ne référaient qu'à la photo sans aucun lien avec l'actualité.
J'ai, en outre, constaté que, lorsque l'image était un collage ou un photomontage, ça ne suscitait pas beaucoup de réactions. Ça m' a un peu attristé, parce que je les aime bien moi mes collages, même les très vieux, réalisés avec des ciseaux et du papier, au siècle dernier. Au temps où on n'imaginait même pas internet, ni les gafa, — on imaginait d'ailleurs même pas l'association de ces deux syllabes — ni les smartphones ; au temps où Picard Surgelés était un truc nouveau et intéressant, lorsqu'il n'y avait pas des algorithmes à la con pour me suggérer d'écouter tel ou tel disque, quand le monde était plus lent, et moi plus vif, bref quand j'étais jeune, que le temps ne m'était pas compté et que je pouvais alors me permettre d'en perdre beaucoup.
je jette tout ça un peu pêle-mêle, dans le désordre, parce qu'en ce moment je n'ai pas les idées très claires. Je glande considérablement. Cela fait longtemps que je ne n'ai pas pris de photos intéressantes. Celle-ci date de 2006, je crois, peu après la rénovation du Petit-Palais.

jeudi 23 décembre 2021

Les eaux tumultueuses de la Garonne

 
Voilà,
on ne peut mettre de garde-fou sur tous les ponts pensais-je appuyé au parapet tout en contemplant, non sans un certain vertige, les eaux tumultueuses de la Garonne. Une pluie d'été déversait ses trombes sur la rive que nous venions de quitter. C'était un temps de répit. La vie normale reprenait son cours. Le virus se faisait oublier avec l'été — pourtant peu prodigue en soleil et en chaleur — mais continuait de circuler à bas bruit. Tout en déplorant mon incapacité à m'abandonner à de plus futiles pensées, je ne pouvais cependant m'empêcher de songer à certaines recensions humiliantes que nous impose parfois la décrépitude du corps, ni à la furtive et contrariante sensation ressentie quelques jours auparavant au Jardin Public où j'étais venu me promener en compagnie de ma fille.

*
 
Sinon, pour concéder à l'actualité, mon partenaire de scène a contracté le covid. Comme nous ne jouons que deux fois par semaine, si je dois l'avoir attrapé, c'est dimanche soir. Vu notre proximité je ne vois pas comment j'aurais pu y échapper. Ou alors je dispose encore de beaucoup d'anticorps. C'est aussi très possible. Me voilà donc de nouveau confiné, attendant d'en savoir un peu plus. Je crois que je n'aurai pas longtemps à attendre. Comme j'ai été contaminé, en février et vacciné en Juillet, l'idéal serait que je l'attrape et qu'il ne soit pas trop virulent. Ça me permettrait d'éviter une dose de rappel dans l'immédiat. De grosses bouffées de chaleur me submergent, un peu mal à la tête et beaucoup de douleurs rhumatismales. Si ça s'arrête là c'est O.K. Ça me donne au passage une putain de bonne excuse pour ne pas foutre les pieds dehors pendant ces fêtes. J'ai de quoi lire et relire. Par exemple les nouvelles de Robert Sheckley que je n'avais pas ouvertes depuis 1985, lorsque nous travaillions sur une création collective sur l'utopie. Avec mon camarade Dominique Gras on avait essayé d'injecter de la contre-utopie dans le projet en utilisant quelques une de ses nouvelles. En vain. On travaillait avec un metteur en scène et un dramaturge très intellos qui s'astiquaient le jonc sur un livre de Lipovetski qui s'appelle "L'ère du vide". Du reste notre spectacle ne fut pas un franc succès. On passait plus d'heure à discuter qu'à occuper le plateau. Ce metteur en scène est mort cette année. Que le Grand Autre ait son âme, lui qui était lacanisé jusqu'à la moelle. Je ne sais si Lacan fut un grand psychanalyste comme d'aucuns le prétendent, mais c'était un sacré cabot qui a fasciné au cours de ses séminaires un grand nombre d'intellectuels dans les années soixante-dix. 
Mais je m'égare. J'en étais à Sheckley, que je me réjouis à retrouver et dont certaines nouvelles évoquent des situations tristement contemporaines. Façon tout à fait convenable de mon point de vue de régresser. Je me souviens d'un Noël lointain que j'ai passé au premiers temps où j'habitais cet appartement. J'avais lu l'intégrale d'Ivanhoé de Walter Scott, et c'était bien. Je crois que je vais me faire quelque chose dans le genre, allumer une guirlande clignotante écouter des Christmas carols par le King's college choir, ou le string quartet numéro 2 op 41 de Schumann, qui est une des œuvres les plus apaisantes que je connaisse (je l'ai beaucoup écouté à une époque, vers la fin des années 90 au début des années 2000), ou le quatuor en do mineur opus 12 de Schubert, ou l'andante du premier sextet à cordes de Brahms.... Oui relire des livres faciles, peut-être même des bandes dessinées, et ça ne sera pas plus mal.
Ce matin, très tôt en me rendant au labo pour subir un test PCR — il y avait un monde considérable  — j'ai remarqué que cette année, aucune guirlande lumineuse n'ornait la rue Daguerre pour Noël.

samedi 18 décembre 2021

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (7)

 

Voilà,
ça me revient
lorsque j'ai vu tout au fond de la salle de cinéma "le Louxor", avant que ne commence la projection, cette femme solitaire en train de s'atteler à ses mots fléchés, et sans doute séduit par sa robe colorée, j'ai, songeant aussi qu'il y aurait peut-être dans cette image quelque chose qui pourrait évoquer Edward Hopper, discrètement déclenché mon smartphone. J'ai eu raison. En plus c'est vraiment un coin du monde.
 
Ça me revient
c'était en 1991, lors de la première guerre du Golfe, alors qu'elle était  sur le point de s'achever, la fois où le géniteur a dit devant la télévision "ah j'aimerais vraiment y être". J'ai alors compris, que toute ces histoires de défendre le drapeau, l'honneur la civilisation ou je ne sais quoi, c'était vraiment des conneries, que ce qui excitait vraiment les guerriers, c'était l'adrénaline, l'odeur de la poudre, qui laissait une empreinte définitive dans le corps

Ça me revient
la boîte en fer blanc des cigares "Panter" que fumait parfois mon grand-père, et que j'allais chercher en vélo chez Malardeau le buraliste de Saumur où il avait ses habitudes

Ça me revient 
la fois où j’ai pris un pot avec Philippe Faure, place de la Madeleine et qu'il m'avait fait remarquer que j’étais habillé très à la mode parce que j'avais emprunté un genre de sarouel qui appartenait à la Primevère, ce qui constituait pour moi une sorte de futile audace, inhabituelle mais cependant bienvenue.

Ça me revient
la chanson "Education sentimentale" de Maxime le Forestier que ma cousine surnomme Maxime le foxterrier pour déconner. Je me souviens que Dominique m'avait dit qu'elle la trouvait quand même un peu cucul. C'est vrai qu'on a des faiblesses à seize ans. Mais les images mentales que suscitaient cette chanson je ne les ai pas oubliées j'ai toujours seize ans
 
Ça me revient
La plage au bord du lac d’Hourtin où ma fille fit sa première marche sur de sable. J'ai toujours pensé que ça serait bien d'y passer des vacances d'été, mais je ne l'ai jamais fait.
 
Ça me revient
Eric Doye mettant Yma Sumac très fort dans sa loges du TGP lorsque nous y jouions Cymbeline de Shakespeare
 
Ça me revient 
la boulangerie Poujauran rue Jean Nicot ou j’allais avec ma moto chercher du pain et où il était possible de trouver ce gâteau qu'on appelle pastis landais
 
Ça me revient : La revue systeme D, la revue des bricoleurs dans les années 60
 
Ça me revient
au jardin public de Bordeaux alors que je m’y promenais avec ma fille, la désagréable sensation l'été 2021 concernant ma mobilité , et puis courant août ces problèmes de vue.
 
Ça me revient
à une certaine époque j'écoutais souvent à la maison la première sonate de Brahms, ma fille devait avoir trois, quatre, ou cinq ans. Si je me souviens bien, on l'entend en arrière plan dans un film où je l'interroge sur un dessin qu'elle est en train de fabriquer
 
Ça me revient
un bouquiniste à l'accent marseillais dont la boîte se trouve non loin de l'Institut m'a fait découvrir Lennie Tristano
 
Ça me revient
à Parentis-en-Born, un mât surmonté d'une couronne de laurier tricolore se dressait devant la maison du député maire André Mirtin
 
Ça me revient 
il y avait un disque de Randy Weston chez les Tiry.
 
Ça me revient
mon père possédait des vieux soixante-dix-huit tours dont l'un de Duke Ellington sur lequel était gravé "In my solitude"
 
Ça me revient 
que l'intitulé de mon devoir de français à l'épreuve du BEPC, que j'ai passée rue d'Alésia, était "S'informer est notre premier devoir"
 
Ça me revient
avoir passé fin 1988 la Saint Sylvestre dans un hôtel particulier de l'avenue de Villiers, vide, à part le matériel pour diffuser de la musique et des tables pour manger et boire, parmi des gens pour la plupart plus jeunes que moi, très bourgeois, et souvent assez cons, et y avoir rencontré un jeune type qui ressemblait déjà à un vieux, très imbu de lui-même, qui m'avait dit qu'il serait un jour président de la république, et j'avais opiné du chef en disant que "ma foi c'était une fort belle ambition", tout en pensant intérieurement que ce mec était vraiment une truffe. Bien des années après, j'ai appris que j'avais été en présence d'un homme qui, était devenu un leader politique des années 2010 et au passage un remarquable petit trou du cul très imbu de lui-même. Plus tard il est tombé sur plus retors que lui, et s'est fait en outre rattraper pour quelques malversations et combines frauduleuses. Mais il est toujours maire d'une petite ville d'Ile-de-France et continue de disposer de tous les avantages d'un ancien député.
 
Ça me revient
lorsque j’étais enfant j’ai vu au cinéma de Biscarrosse-Bourg, dans le cadre d’une sortie scolaire un documentaire en noir et blanc sur Valparaiso où je n’irai jamais, et je me rappelle qu'il était question d'un funiculaire

Ça me revient
ce soir là où je n'avais pas eu très envie d’aller à une soirée vers le canal Saint Martin et que j'avais éprouvé cette sensation entre la déprime et la flemme, qui nous fait nous demander si ça vaut le coup, si on va vraiment passer un bon moment, finalement je m'étais dit "Non, je suis aussi bien chez moi", de toute façon je m'étais fait larguer quelques semaines auparavant, j'étais pas en forme, j'avais commencé à regarder un match de foot chiant à la télé puis j'étais allé m'endormir....

Ça me revient
le premier concert classique que ma fille a vu était dans une église en Bourgogne, à Bois Sainte Marie le 2 Août 2019 avec Les Maubert, les Guillebon. Je ne me souviens plus du programme, il y avait du Schumann en tout cas mais je me rappelle que le pianiste était Nelson Freire disparu le 1 novembre de cette année

Ça me revient 
j’ai découvert la salade tomate mozarella chez Philippe et Dominique. Je me souviens aussi des foies de volailles en gelée que préparait Dominique

Ça me revient, 
dans un train qui pourtant m’emporte en automne vers Lille, des descentes de Châteaudouble à Draguignan l’été pour y faire des courses et surtout des pâtes fraîches qu’on achetait chez l’italien et aussi le détour par la piscine de Draguignan avant de remonter au village.

Ça me revient 
mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

dimanche 12 décembre 2021

Encore un homme qui dort

Voilà,
cette photo a été prise en juin dernier, rue des cascades dont j'ai déjà parlé ici et là. Il y a des quartiers où des rues dans Paris, qui sont les terrains de prédilection de nombre de muralistes, celle-ci en est une. Par sa thématique, ce dessin collé sur un mur reflète une triste réalité parisienne à laquelle il est difficile d'échapper tant elle touche de gens. J'en ignore l'auteur. A côté se trouve une affiche où sont écrits de médiocres bouts rimés qui disent à peu près ceci 

Monsieur regardez j'viens de trouver un chocolat 
j'vous jure là, juste là
A croire qu'il n'attendait que moi 
qu'il était posé sur mes pas
 
C'est un beau jour monsieur
j'suis à deux doigts de faire un vœu 
de m'souhaiter encore mieux
savez pour moi c'est pas heureux
 
un chocolat c'est not'canar
quand il y en a c'est les grands soirs
n'en trouve pas beaucoup su'l trottoir
putain j'vous jure peux pas y croire 
 
Et pourtant Monsieur 
ce chocolat est-ce que t'en veux
on a un bébé qu'est pas au mieux
j'fais ça c'est pour nous deux 

comme la dernière strophe est illisible et en partie recouverte, je suppose, peut-être à tort, que l'auteur du dessin collé et celui du poème sont différents.  

*
 
Je rédige ce post bien à l'abri chez moi, en écoutant Jean-Pierre Changeux, un grand neurobiologiste français, raconter dans un entretien son rapport à la musique. Il évoque son milieu familial, modeste  — une mère standardiste et un père employé de la compagnie du gaz, mais tous deux catholiques — et que c'est grâce aux chants grégoriens que lui est venu l'amour de la musique. 
Je pense à ma fille. 
je me demande ce que je lui ai transmis d'essentiel, au fond.
Dehors il pleut.
J'ai tant de choses à faire. 
Et encore trop de contraintes. 
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mercredi 8 décembre 2021

Hors-Jeu

 
Voilà,
ce n'est pas simplement que je vieillis. Cette lassitude, cette fatigue a sans doute d'autres raisons. Le monde m'épuise, son spectacle, ses bavardages, ses rumeurs. L'aveuglement au désastre dont font preuve nos dirigeants, l'impuissance, l'indifférence ou le cynisme qu'ils manifestent face à la situation écologique qui réclame autre chose que des demi-mesures, m'affligent.
Il semblerait qu'aucune leçon n’ait été tirée de la crise récente provoquée par la première vague de covid. L’ultralibéralisme qui ne sait fonctionner qu’à flux tendus nous impose des hausses de tarifs pour avoir du gaz, de l’essence ou de l’électricité. Le prix des matières premières et de certaines denrées alimentaires flambe, en raison de l'épuisement des ressources et des sécheresses dues aux dérèglement climatiques. Les villes continuent d'être saturées par des embouteillages où les voitures sont de plus en plus lourdes, plus volumineuses et toujours aussi peu remplies. Suite au confinement généralisé qui a mis en relief les aberrations de l'économie globalisée, on aurait pu supposer une prise de conscience à l’échelon mondial, de la nécessité d’un ralentissement, mais au contraire, on se précipite pour compenser ce qui aurait été perdu lors des confinements. On s'acharne à produire plus, à rattraper le taux de croissance que la crise a fait baisser. Un penseur contemporain Byung-Chul Han, considère que "ce que nous nommons la croissance aujourd’hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l’organisme social. D’une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l’infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales." A partir de ce constat il élabore et développe le concept de thanatocapitalisme. 
 
Et pendant ce temps là, les personnels soignants qu'on a vraiment pris pour des cons, ces dernières années en France, désertent nos hôpitaux, par fatigue, par lassitude de se sentir méprisés. Alors on ferme le peu de lits qu'il reste dans ce pays parce qu'il n'y a plus suffisamment de personnel hospitalier. Rappelons juste les chiffres : en 1981 il y avait 392 641 lits d'hôpitaux pour une population de 56 millions d'habitants en 2018 il y avait 243 200 lits pour 67 millions d'habitants. Pourtant, il semblerait qu'une majorité de la population s'apprête à voter pour des politiciens qui vont continuer cette politique de dégraissage de la fonction publique et de privatisation de ce qui relevait ces soixante dix dernières années du bien commun (Santé, Éducation, Culture, Justice). C'est à n'y rien comprendre. Comment ne pas repenser à cette réflexion — datant pourtant de 1576, et malheureusement toujours d'actualité — d'Etienne de La Boétie, dans son "Discours de la servitude volontaire" : "Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté, qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais gagné sa servitude". 

Je devrais m'en foutre puisque je suis hors jeu, passé un peu plus dans la catégorie des improductifs. Je gagne encore vaguement ma vie. Je continue parfois de faire l'acteur,  — un peu. Il me semble cependant que rien de ce que j'accomplis, de ce qui m'a permis de survivre n'a encore de sens dans la réalité où je me trouve. D'ailleurs les gens viennent de moins en moins au théâtre, en tout cas celui que je pratique, qui a encore quelque prétention artistique. Est-ce la peur, la flemme, l'accoutumance à la claustration, l'absence de curiosité ? Ou peut-être les gens ont ils juste envie de s'amuser. 
Hier je suis passé devant la Nouvelle Eve, il y avait une file d'attente pour assister au stand-up de quelqu'un qui semble très populaire auprès d'un public jeune. Du monde, il y en a aussi à l'approche des fêtes, dans les magasins bondés, et le récent "black friday", coutume consumériste importée d'outre Atlantique il y trois ou quatre en France, confirme cette soif de consommation.
 
C'est un monde étrange que celui qui prend forme sous nos yeux. Il est possible que la réalité ait, aux personnes âgées, toujours semblé confuse et quelque peu énigmatique. Mais l'hyper-information propagée par le web, rend plus vive encore, et aussi plus absurde, la perception de ce qui nous entoure. Je me sens parfois comme ces passagers d'un autre temps contemplant à leur insu un futur qu'ils ne peuvent soupçonner.

dimanche 5 décembre 2021

Le Beau-Père

Voilà, 
les amateurs de vins bordelais reconnaîtront la silhouette qui orne l'étiquette du "Clos du Beau-Père", un Pomerol à la robe sombre, que ses  créateurs qualifient de "généreux, riche, ample, avec des tanins boisés et de la structure" et qu'il est recommandé de garder en cave durant quelques années. Après des vendanges manuelles, un tri minutieux et une vinification faisant intervenir l'inox, le bois et le béton, le vin est élevé en barriques neuves pendant 18 mois dans un domaine qui couvre quatre hectares en propriété. Les vignes en occupent trois, d'un terroir dominé par des graves profondes, des graves argileuses et un sol sableux sur des argiles bleues. Comme partout dans la Rive Droite, le merlot domine, avec 90% de la surface qui lui est dédié, le reste étant planté en cabernet franc. Si le premier cépage a plus de 50 ans en moyenne sur les parcelles, le cabernet franc est plus jeune, avec un âge moyen de 30 ans en 2020. C'est à Saint-Emilion, où les propriétaires de ce cru disposent d'un point de vente, que cette photo a été prise. (Linked with Monday Mural)

jeudi 2 décembre 2021

Aphone


Voilà,
ce matin Jérôme Frontenac s'est réveillé aphone. C'est fou comme une simple phrase peut vous laisser sans voix, vous dévaster intérieurement, non seulement à cause de ce qu'elle dit mais encore en raison de tout ce qu'elle sous-entend. Il avait fait comme si c'était un détail sans importance. Peut-être même avait-il alors baissé les yeux. A quoi bon réagir, il déteste le conflit. Rétrospectivement il se faisait l'effet d'un pauvre type incapable d'inspirer le respect. En la circonstance la remarque était particulièrement indélicate et malvenue. Les excuses n'y pourraient rien.
Bien sûr il aurait pu penser que c’était un accident, un geste d’humeur un acte manqué, dû à l’épuisement, à une certaine panique et que cela ne s’adressait pas directement à lui, que c’était juste parce qu'il était là. Mais c'est sur lui, précisément que c'était tombé, pas un autre. Simplement parce qu'il avait fait une proposition qui ne semblait pourtant pas prêter à conséquence.
Pendant la nuit il a retourné ça dans sa tête. Dressé des listes, émis des hypothèses. Parfois les gens se trahissent et passent des messages qu’ils ne parviennent pas à formuler. Ça faisait mal. Il fallait bien se rendre à l'évidence, ça suggérait nombre d'éventualités qu'il n'était pas certain d’avoir envie d'admettre. Mais l’événement, c'en était un, tellement imprévisible — semblable à une gifle silencieuse — sans cesse appelait les questions. 
Que devait-il comprendre ? Qu'il coûtait et qu’en même temps il ne valait pas beaucoup. Ou bien que quelque chose de lui, coûtait mais qu'il comptait pour peu. La nuance était mince. Ou bien ne donnait-il pas assez ? Ou voulait-on lui faire payer pour quelque chose qu'il devait trouver tout seul ? Une faute, une négligence ? Cela voulait-il signifier "cela me coûte trop de partager avec toi" ? Était-ce une façon de solder tout ce qui avait été déjà partagé ? Au regard de la somme alors le tout ne valait pas grand chose.
Il avait toujours détesté, les rébus, les charades, les devinettes. Il n'avait pas envie d'être à cette place. Ça le rendait triste. Parfois les fantômes vous rattrapent, et c'est toujours le même vieux linge qui sèche au fil du temps. Il s'est souvenu du titre d'un livre assez populaire dans sa jeunesse. "Éloge de la fuite". Il n'y avait pas d'autre choix. Après tout, chaque partie ferait ainsi l'économie de ce que cela lui coûtait. Et basta, ils en seraient quittes.

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