vendredi 20 mai 2022

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (8)

 

Voilà,
Ça me revient
les chewing-gum "Hollywood" à la cannelle l'été 1968, qu'on pouvait trouver au bar-tabac  (là où j'ai goûté mon premier coca-cola) des parents de Gélinet, un gars de ma classe. C'est lui qui en avait apporté à l'école. Je me souviens aussi des  chewing-gum "Chiclets" et des "wrigley's"

Ça me revient
l'année scolaire, lorsque j'étais à l'école communale de Biscarrosse, finissait aux alentours du 14 juillet. Mais à partir du premier juillet avec Mr Despons, ou Mr Peyreigne, la classe se transformait en une sorte de garderie. On rangeait la salle de classe, on fabriquait des planeurs en balza, on regardait le tour de France à la télévision. Je ne pouvais imaginer alors que ces souvenirs seraient, plus tard, une image du bonheur, et qu'ils me hanteraient jusqu'à la fin de mes jours
 
Ça me revient,
cette polka jouée à la flûte, générique d'histoires sans paroles, une émission qui diffusait dans les années soixante des films muets de Charlot, Max Senett, Harold Lloyd, et qui passait le dimanche en début de soirée

Ça me revient
"les parisiennes" de Kiraz que je regardais distraitement dans les "Paris-Match feuilletés dans les salles d'attente de médecin ou de dentiste au cours des années soixante dix. je considérais cela comme de l'humour petit-bourgeois. Aujourd'hui ce graphisme ne me semble finalement pas si inintéressant que je le pensais alors.
 
Ça me revient
que Dave Brubeck et Oscar Niemeier sont morts le même jour et que j'avais fait un post à ce sujet 

Ça me revient
il existait en Italie dans les années 70 un mouvement de contestation qui se nommait "les indiens métropolitains" dont les membres s'enduisaient le visage de peintures multicolores. Agnès, trouvait ça très amusant comme dénomination. Ils avaient même un cri de guerre pour clore leurs discours : " Scemi, scemi ! " (c'est-à-dire : idiots, deux fois). Ils usaient de dérision de second degré et de slogans ironiques, tels que : " Le pouvoir aux patrons ! " ou " L'école de masse est une injustice, nous voulons la sélection ! ".
 
Ça me revient
pour mes vingt ans Agnès m'avait offert l'album de Yes "Close to the Edge". A l'époque j'aimais bien aussi les illustrations de leurs disques faites par Roger Dean.
 
Ça me revient
l'apparition des berlingots de lait à la fin des années soixante
 
Ça me revient
les montres kelton étanches (on m'en offrit une, comme ce fut le cas pour la plupart de mes copains lors de ma communion solennelle). Le slogan de la publicité était "vous vous changez changez de kelton" mais je crois que j'en ai déjà parlé
 
Ça me revient
la première personne qui m'a parlé du film "Un jour sans fin" s'appelait Nathalie Adam. Je me souviens aussi que ce film a beaucoup été évoqué durant la pandémie
 
Ça me revient
Agnès, lorsque je l'ai connue, avait dans sa chambre le disque de Stomu Yamash'ta intitulé "Red Buddha" avec sa pochette rouge. Il me semble que c'était la bande originale d'un spectacle qu'elle avait, avec ses parents, vu à l'Espace Cardin  et dont elle me parlait alors avec enthousiasme. Je l'ai réécouté il y a peu sur you tube
 
Ça me revient 
c'est Pierre-Alain Chapuis, lorsque nous étions en tournée à Madrid, qui m'a fait découvrir l'orchiata dans un grand parc où, en compagnie d'Agnès nous avons pris un verre ensemble.
 
Ça me revient
à la fin des années soixante ou peut-être au début des années soixante-dix un groupe de rock hollandais appelé Ekseption avait fait un hit avec une adaptation à l’orgue Hammond de la cinquième de Beethoven
 
Ça me revient
Catherine la femme d’Enzo Cormann était une fan inconditionnelle de la chanteuse Sade
 
Ça me revient
le massif du Tanneron : lorsque, début Août 1973 nous étions, allés chercher Agnès à l'aéroport de Nice avec Dominique, nous avions aperçu cette colline ainsi nommée et Dominique m'avait raconté l'histoire de Martin Gray. Sa propriété, sise-là, avait été dévastée par un incendie où toute sa famille trouva la mort. A la suite à cet événement il avait écrit un livre intitulé "Au nom de tous les miens"
 
Ça me revient,
il y avait dans les années soixante-dix, rue Vavin, un traiteur russe qui s'appelait "Chez Dominique"
 
Ça me revient,
un jour pluvieux de cet hiver devant le Palais de Chaillot, j'avais vaguement associé la place de Trocadéro à un livre de Patrick Modiano, mais je ne sais plus lequel.
 

jeudi 19 mai 2022

Les Anomalies


 
Voilà,
ce matin France Musique diffusait un entretien avec le metteur en scène russe Kyril Serebrennikov à propos de son film sur Tchaikovski, présenté au festival de Cannes. La barcarolle extraite de l'ensemble "Les saisons", qui évoque le mois de Juin servit à un moment de ponctuation musicale. J’ignorais ce répertoire de pièces brèves pour piano. En fait, je connais peu la musique de Tchaikovski en dehors du "Lac des cygnes"et de "Casse-noisettes" . Donc, sur ma plateforme favorite, j'ai cherché ces morceaux dont chacun illustre un mois de l'année.  Et là, j'ai eu la surprise d'apprendre que Tchaikovski comptait  parmi les maîtres de la relaxation et de la chill music. Je me réjouis d'avoir vécu jusque là, pour l'apprendre. Sinon, il est probable que je vais, la journée durant, demeurer chez moi, peu vêtu, volets clos et fenêtres ouvertes, pour échapper au premières chaleurs. Heureusement il y a aujourd'hui un peu de vent. 
A part ça, au cours de la nuit, parcourant mes carnets, j'ai retrouvé ce passage de Felix Guattari que j'avais noté : “dans une séquence de temps où tout le monde s'ennuie, un événement surgit qui, sans que l'on sache trop pourquoi, change l'ambiance. Un processus inattendu conduit à secréter des univers de référence différents; on voit les choses autrement; non seulement la subjectivité change, mais changent également les champs du possible, les projets de vie". Je ne sais exactement à quelle période il se réfère pour établir ce constat, (parle-t-il de Mai 68 de l'Italie de années 70 ?) pas plus que je ne puis dater ce texte.  J’ai du remarquer cette citation il y a quelques mois sur le net (sans doute au cours de l’un des confinements liés à l’épidémie de covid, car elle circulait beaucoup à ce moment-là) mais il est clair – et c’est le moins qu’on puisse dire – que ces derniers temps, l’ambiance change, en effet. Seulement à l’ennui risquent de substituer les ennuis. 
Car il n’y a pas un événement singulier mais plutôt une accumulation d’événements qui modifient l’équilibre des forces et des valeurs qui, jusqu'à présent, semblaient régir la marche du monde. Et soudain cela ne fonctionne plus tout à fait. Une cascade d’anomalies plus ou moins graves et une conjonction de situations critiques génèrent un désordre dont on perçoit bien qu’il peut très vite virer au chaos. Cependant on continue de bricoler ; on ne peut ni ne veut vraiment se résoudre à l’idée qu’il va falloir changer nos habitudes autant que nos modes de pensée et admettre que rien ne sera plus comme avant. La guerre, la crise énergétique, les pénuries alimentaire liée aux sécheresses, au conflits, la raréfaction des matières premières dues à la circulation de plus en plus restreinte des marchandises et à la perturbation des chaines d’approvisionnement, le coût inéluctablement croissant de l’électricité qui rendra bientôt difficile non seulement la possibilité de s’éclairer de se chauffer mais aussi de recharger nos appareils informatiques comme c’est déjà le cas au Liban, tout cela, certes on en parle, mais en cherchant toutefois à maintenir l’illusion que tout ça finira bien par s’arranger parce que, n'est ce pas, il faut être positif. Et les medias, les réseaux  continuent de nous abreuver de nouvelles à la con : comme, par exemple, les spéculations relatives tous les six mois au mercato de football à venir (Mbappé ira-t-il au Réal, qui pour diriger le PSG l'année prochaine ?), des rivalités entre vedettes du show-biz, les gossips des influenceurs, et j'en passe. 
Ainsi, en France, depuis la réélection de Macron et dans l’attente du scrutin des législatives la vie politique semble se dérouler dans un monde parallèle une sorte de "second life" où la guerre en Ukraine n'existe pas, où des crimes contre l'humanité de grande ampleur n’y sont pas commis, où rien ne se manifeste d’un projet visant à détruire la démocratie européenne fût-ce au prix d’une attaque nucléaire, un monde alternatif où la conjonction de la catastrophe écologique planétaire, de la crise sanitaire et des tensions géopolitiques n’a aucune conséquence économique, où la folie d’un autocrate ivre de pouvoir et de conquête ne plonge pas l'Europe entière dans un péril inédit et sous l’emprise d'une menace durable qui nécessiterait une unité renforcée, une défense commune et une refonte économique à la mesure de la situation exceptionnelle où nous nous trouvons. Au lieu de quoi nous avons droit à de mesquines petites tractations électoralistes comme si de rien n’était. On a parfois l’impression que le monde alentour n’existe pas dans la France de 2022.
Je repense souvent à cette brève histoire que l’on attribue à Kirkegaard : "Dans le grand théâtre de Copenhague, la pièce est commencée depuis une bonne heure lorsque, venant des coulisses, un homme crie à l'incendie. Les spectateurs se mettent à rire et à l'applaudir. L'homme a beau insister en expliquant que ce n'est pas une plaisanterie et que le feu s'est réellement déclaré, les spectateurs rient de plus belle. Une demi heure plus tard le théâtre est en feu et tout le monde meurt. La terre finira ainsi dans un très grand éclat de rire et l'incrédulité générale"

On en est à peu près là, me semble-t-il.

Et puis merde.

Je voudrais être au bord de la mer.

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mardi 17 mai 2022

Une figure



Voilà,
j'ai pris cette photo de Gabriel Garran, affectueusement surnommé Gaby par ses proches et ses amis au marché de la poésie en Juin, 2018. C'était un metteur en scène réputé dans les années soixante soixante-dix et quatre-vingt et qui a poursuivi son travail jusque dans les années 2000. J'ai vu quelques uns de ses spectacles, qui étaient souvent très intéressants. Il avait avant tout le souci de faire comprendre les textes. Je regrette d'avoir été trop timide et de ne pas être allé vers lui, à une époque où cela aurait été possible. Je n'ai su que sur le tard que c'était un homme doux et gentil. Pendant de longues années, animateur et directeur du Théâtre d'Aubervilliers, créé grâce à la complicité de Jack Ralite à l'époque maire communiste de cette municipalité de la banlieue nord de Paris, il fut un des grands artisans de la décentralisation théâtrale et de l'essor du théâtre populaire. Il était de ceux qui considéraient la culture comme nécessaire, et qu'elle devait être un service public, au même titre que l'éducation, la santé, la justice. De nombreux metteurs et metteuses en scène racontent comment ils ont pu commencer dans le métier grâce à sa bienveillance et son attention. Il les avait accueillis dans son théâtre et encouragés à suivre leur voie. C'était un homme revenu de loin, qui avait échappé aux rafles de juifs perpétrées par la police française pendant l'occupation.
Il est mort il y a quelques jours, on l'enterre aujourd'hui.

lundi 16 mai 2022

La liberté guidant le peuple

Voilà,
non loin du centre Georges Pompidou, dans le quartier Rambuteau, on peut apercevoir cette fresque — citation de "la liberté guidant le peuple" d'Eugène Delacroix —  en hommage à la résistance ukrainienne contre l'invasion russe. 
La guerre est à nos portes et pendant ce temps, les signes de la catastrophe climatique apparaissent de plus en plus évidents. Il y a bien sûr ces températures hallucinantes en Inde et au Pakistan, les glaciers de l'Himalaya qui fondent entraînant crues et glissements de terrain, et tous ces chocs en cascade qui s'accumulent sans que nous ne puissions rien y faire. 
Des ressources qui se raréfient peu à peu, des rivières en Europe asséchées au printemps, et déjà les prémices de conflits en raison de ce qui va manquer se laissent aisément deviner. Ces indications dispersées sont comme autant de signes avant-coureurs d'un grand chaos. Cela devrait d'ores et déjà nous alerter et nous faire comprendre que l'urgence est  absolue. Aujourd'hui, par exemple, l'Inde, deuxième producteur de blé au monde, a décidé d'en interdire l'exportation afin de pouvoir nourrir en priorité ses habitants. La réalité faite de limites physiques concrètes, s'impose à nous, mais nous continuons plus ou moins à nous voiler la face. Pourtant le rapport du GIEC est on ne peut plus explicite quant à l’urgence du calendrier : "Tout retard dans la mise en œuvre d’une action concertée, globale et anticipée, en faveur de l’adaptation et l’atténuation, nous fera rater la courte fenêtre d’opportunité, qui se referme rapidement, pour garantir un avenir vivable et durable pour tous"
je voudrais bien faire preuve d'optimisme — puisque, paraît-il, j'ai une vision déprimante du monde — mais là quand même, force est d'admettre que c'est de plus en plus difficile. Chaque semaine apporte son lot de  nouvelles alarmantes. 
Alors on se console avec les menus plaisirs. Tant qu'il en reste. Par exemple, écouter au milieu de la nuit la face B de l’album Apostrophe (´) de Frank Zappa.

jeudi 12 mai 2022

L'Heure tombe


Voilà,
"l'heure tombe, légère, vague de lumière qui cesse, mélancolie du soir inutile, nuée sans brouillard qui entre dans mon cœur. Elle tombe, légère et douce, pâleur indéfinie, transparence bleue de la fin du jour aquatique - légère, douce et triste sur la terre simple et froide. Elle tombe légère, en invisible cendre, monotone, douloureuse, d'un ennui sans torpeur" Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

dimanche 8 mai 2022

Fais attention où tu marches


Voilà,
parfois ce ne sont pas les murs, mais les sols qui attirent l'attention. Et l'on se prend soudain à songer à toutes ces choses qu’on n’aura peut-être pas dites, pas faites, qu’on n’aura su partager, faute de temps, d'attention, à cause de la fatigue de la paresse ou par négligence, et aussi parce que la mort sera venue plus vite qu’on ne le redoutait.

vendredi 6 mai 2022

Face à l’avenir


Voilà,
au bord du monde qui vient nous nous trouvons à présent bien désemparés. Nous ne nous étions pas préparés. Nous n’avions pas su ou voulu voir. Nous nous étions laissés bercer par l’illusion que nos problèmes, toujours, trouveraient une solution qui irait dans le sens de l’intérêt général. Et puis ne nous avait-on pas persuadés que nous serions toujours capables de faire face, que nous étions protégés, que nulle adversité ne saurait nous résister, que tout était sous contrôle, que ce qui n’était pas encore résolu serait en passe de l’être d’ici peu ? Qu’il fallait faire preuve d’optimisme, que le scepticisme n’était qu’une forme de frilosité, que de toute façon on s’en était toujours sortis. Nous étions la Civilisation. Certains même avaient inconsidérément clamé que l'Histoire était finie. Et cette niaiserie avait trouvé un écho favorable dans les gazettes de la Puissance Dominante d'alors. 
Les années ont passé, nous avons changé de siècle, et imperceptiblement l’ordre ancien s’est désagrégé. Des guerres locales se sont multipliées générant des zones de chaos toujours plus nombreuses. Des états se sont affaissés, des nations se sont fracturées. D’autres se sont consolidées gagnant en influence et en prospérité. L’intelligence a déserté certains empires et des armes de destruction massives sont désormais entre les mains de tyrans qui ne veulent pas que le monde leur survive. Pendant ce temps les conditions physiques et matérielles qui rendent possible la vie sur terre s’amenuisent. Des ressources se tarissent, des incendies se propagent toujours plus gigantesques et meurtriers, des canicules s’intensifient, des pluies torrentielles engloutissent des populations, des espèces animales et végétales disparaissent, des zones sont submergées, d’autres deviennent irrespirables, des sols autrefois durs et gelés fondent et se transforment en une boue d’où s’échappent des virus millénaires conservés dans le froid et des nuées de méthane toxiques. J’arrête là cette énumération, chacun peut la compléter à son gré, puisque chaque jour apporte sont lot de nouvelles alarmantes sur les écrans qui nous lient à ce qui autrefois nous demeurait lointain et ignoré et qui désormais nous éclabousse de sa permanente proximité. 
De ce point de vue nous avons progressé de façon fulgurante. Mais ce réseau d’information fait de nous des mouches prises au piège d’une toile d’araignée. Penchés sur eux ou cramponnés a nos smartphones, nous sommes comme  tétanisés, sidérés devant ce qui se révèle progressivement, à la façon de ces effets d’optique quand, au milieu d’une image confuse, émerge un motif clair. Mais notre cerveau ne veut s’y résoudre et nomme illusion l’effroi qui prend forme. Et nous demeurons pareils à des rêveurs qui dans leur paisible et confortable maison songeraient à changer les rideaux du salon quand déjà autour d’eux ne cesse de s'étendre un paysage de ruines et de désolation.

jeudi 5 mai 2022

La beauté ne sauvera pas le monde

 
 
Voilà 
certes je prends la photo mais je suis incapable de m’accorder à la douceur du paysage.
Trop d’idées sombres me traversent desquelles je ne peux me déprendre.
Je marche encore, je vois encore, je parle encore.
J’agis me déplace me fatigue.
Je lis j’entends des informations.
Je suis au monde, encore.
Je m’accroche aux mots, encore.
Sans espoir sans illusion.
Je fais l’état des lieux.
Je constate.
J’établis des bilans.
Ne projette aucune perspective.
Ne suis pas maître de mon sort.
Il se  peut que ça se précipite.
Que je sois pris de court.
Il se peut aussi que tous, nous soyons pris de court.
Mais ça c’est une autre histoire.
Quoi qu’il en soit la lumière est belle.

vendredi 29 avril 2022

Un Refuge

 
Voilà
au centre d'un magnifique airial de chênes et de pins centenaires, à l'entrée du bourg du Muret, la chapelle Saint Roch (protecteur de la nature et du bétail, mais aussi des pèlerins), offre un bel exemple d'architecture religieuse typique de la région.  Elle se distingue par son campanile (dont la cloche date de 1654) sommé d'une croix, un clocher-mur orné d’un abat-son, et un porche ainsi qu'une maçonnerie en "garluche". Autrement nommée pierre des Landes, la garluche est un grès ferrugineux employé primitivement comme matériau de construction, mais qui a aussi servi, pendant la révolution industrielle du dix-neuvième siècle, de matière première à l'industrie sidérurgique locale. 
Érigée au douzième siècle, la chapelle Saint Roch fut dès cette époque, mentionnée comme une étape sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.  
Bien que trois mois se soient écoulés depuis qu'elle m'est apparue, j'en garde un souvenir ému, en dépit de sa modestie. Cet endroit où tant de générations sont passées dégage une secrète et mystérieuse puissance.  Peuplé de tous ceux qui sont venus s'y recueillir avec foi, il témoigne de ce qui me manque probablement le plus en ce moment. Il me rend, en outre, nostalgique d'un temps, où l'humanité, quoique jamais avare de grands massacres, n'avait cependant pas encore les moyens physiques de concourir à sa propre destruction. Les hommes et les femmes de la région préservant cette chapelle, on su manifester leur attachement à cette terre, et honorer en même temps leurs ancêtres qui l'ont bâtie. Sans doute aussi ont ils eu la chance  — car c'est parfois une grande malédiction de naître ici plutôt qu'ailleurs —  de vivre sous des latitudes jusqu'à maintenant relativement préservées des convulsions de l'histoire.
 
Bien sûr ceci n'est qu'une image. Rien d'autre que le regard ne me rattache à ce lieu. Mais je voudrais m'y effacer, sans conscience ni effroi.

Me fondre en ce paisible asile nimbé de miséricorde où flottent encore de secrètes prières

jeudi 28 avril 2022

Les amoureux russes

Voilà,
le soleil se couchait sur Aigues-Mortes, et vraiment cela avait été une belle journée. J'avais, en bonne compagnie, découvert des endroits que je ne connaissais pas. L'après-midi dans la station balnéaire voisine, surpeuplée en ce lundi de Pâques, je m'étais baigné. Le premier bain de l'année. Je n'avais pu cependant, tout au long de l'après-midi, me départir de ce trouble insidieux, comme si flottait dans cet air printanier et sous cet ardent soleil, le funeste présage d'une catastrophe à venir. Cette apparente insouciance, que je voyais tout autour de moi, cette frivolité de laquelle je participais moi aussi, me semblaient bien irréelles alors que la sauvagerie et la folie enténébraient d'autres latitudes pas si lointaines, et qu'un autocrate fou menaçait de vitrifier les nations qui auraient la velléité de s'opposer à sa volonté de ravage et d'asservissement. 
 
 
 
 
Sur le bord de mer, alors que je photographiais ces deux amoureux, qui ressemblent à tous les amoureux d'un bord de mer, une jeune fille à ma droite tenait une conversation téléphonique aussi joyeuse que bruyante en russe, ou peut-être en bulgare ou en ukrainien, mais ça me semblait quand même bien du russe et je me suis demandé ce qu'elle pouvait penser de ces récents événements. Mais peut-être n'en pensait elle rien du tout. Un peu plus tard, les deux amoureux se sont levés, j'ai compris qu'ils étaient copains de la fille au téléphone quand ils ont discuté avec elle, et puis tous les trois se sont éloignés.

mercredi 27 avril 2022

Il faut être toujours ivre


 Voilà,

"Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
 
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.


Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : « Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris, XXXIII
 
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dimanche 24 avril 2022

Un revenant

 
 
Voilà,
Place Edouard-Adam à Montpellier, s'offre à la vue des passants un trompe-l’œil monumental et très spectaculaire réalisé par l'atelier du peintre muraliste Olivier Costa, je suppose en 2006, année indiquée au-dessus de l'entrée de la (fausse) librairie où l'on reconnaît la silhouette de l’ancien maire de Montpellier, Georges Frêche, "l’amoureux des librairies et des livres" qui a marqué de son empreinte la vie politique montpelliéraine et régionale de 1973 à 2010, année de sa disparition. En costume sombre, moins bedonnant qu'il ne l'était en réalité, debout sur le seuil de la librairie Adam, il semble inviter les passants à y entrer. En fait, comme en témoigne une photo prise en 2015, il n'a pas toujours été là. En 2017, il fut ajouté dans une posture différente, puis effacé, un espace blanc remplaçant, paraît-il, la silhouette de l'édile, comme s'il n'était qu'un fantôme, et enfin il fut de nouveau rajouté en  avril 2021, tel qu'on l'aperçoit sur cette photo. J'apprécie particulièrement, dans le tissu urbain, ces trompe-l'œil réalistes pour l'illusion qu'ils proposent de perspectives nouvelles et d'une temporalité figée sur un simple pan de mur.
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vendredi 22 avril 2022

Nous passions jeunes encore

Voilà,
nous passions, jeunes encore, à peine encombrés du poids léger de l'insouciance. Nos existences frivoles ne réclamaient que la surprise du jour qui vient. Il nous arrivait parfois d'entreprendre de furtives incursions dans un rêve où tout n'était que langue étrangère et, dans cet obscur périmètre, volubiles parmi de tremblantes ombres, sans crainte de nous duper nous-mêmes, nous parlions alors souvent aux chiens et aux fantômes.  

mercredi 13 avril 2022

Les choses les plus simples

 
 
Voilà,
l'église romane fortifiée de Saint-Martin-les-Eyzies-de-Tayac, bâtie au XIIIème siècle à la fin du Moyen-Age, se caractérise par la présence de tourelle et de mâchicoulis. Je l'ai visitée peu avant de prendre le train du retour après notre visite au musée de la préhistoire et une promenade dans ce village si fascinant en compagnie de ma fille et ma cousine. Cela avait été, an août 2014, une journée joyeuse, détendue, inspirée, une de celles qui longtemps après, continue de resplendir dans la mémoire. Constance s'était amusée à réaliser des bandes annonces d'un film imaginaire avec une application de son smartphone. J'avais fait des imitations et des petits sketches. Le pitre quoi. Nous avions beaucoup ri, surtout ma cousine qui ne perd jamais une occasion de travailler ses zygomatiques. En repensant aujourd'hui à ces quelques heures passées en ce lieu où, depuis tant de siècles, les pierres et les roches témoignent de la puissance de la vie, me reviennent à l'esprit ces quelques lignes écrites par Enzo Paci dans son "Journal phénoménologique" : "Arriverons-nous un jour à comprendre que ce sont les choses les plus simples qui nous donnent le sens de la vie ? Il faut croire que c'est là notre chemin, que le chemin souvent terrible de l'humanité tend vers cela, que la vie est la vie pour cela, que les choses, les pierres, les fleurs, les animaux, les hommes existent pour cette signification de vérité qui attend d'être dévoilée, pour la vérité intentionnelle". 

dimanche 10 avril 2022

Rien de neuf


 
Voilà,
comme il était à prévoir le second tour de l'élection présidentielle opposera, comme il y a cinq ans, l'actuel locataire de l'Elysée dont le bilan n'est pas très brillant : la négation des principes du bien commun,  la suppression des contrats emplois aidés, la suppression de l’Impôt sur la fortune, la baisse des Aides au logement, 137 milliards d’euros de profits des entreprises du CAC 40 en 2021, 1 milliard d’argent public versé aux cabinets de conseil privés dont la plus grande part à McKinsey (qui n’a pas versé un centime de "l’impôt sur les sociétés"), l'affaire Benalla, dont on ne connaît toujours pas les détails, les nassages policiers lors de manifestations pourtant pacifiques et tirs de LBD sur les manifestants, la réforme des retraites, la loi sécurité globale, les tentes de migrants lacérées, le refus de droit d’asile aux lanceurs d’alerte, la gestion hasardeuse de la pandémie, les librairies fermées mais les hypermarchés ouverts pendant celle-ci, la suppression de 5700 lits d’hôpitaux en 2020 malgré le Covid, les milliards versés aux industries automobiles et aériennes sans aucune contrepartie sociale ni environnementale, le vote du CETA, le maintien du Glyphosate, l’augmentation des émissions de CO2, l’incapacité de la France à respecter les accords de la COP21, le démantèlement de la recherche et de l'Enseignement public, la paupérisation des universités et des étudiants, les mensonges divers et les effets d'annonce, et j'en passe. En face, une candidate d'extrême droite raciste et xénophobe, d'une bêtise crasse et qui n'a aucun programme, mais dont les "idées" ont infusé jusque dans l'ancien parti gaulliste. Depuis des années on ne cesse de jouer sur la peur des immigrés — enfin de ceux qui ne sont pas blancs, car malgré tout on se prétend prêt à accueillir les réfugiés ukrainiens (tant mieux pour eux). Les offices d'HLM proposent même par courrier à leurs locataires la possibilité d'en héberger. On n'a pas fait ça pour les kurdes, les afghans et les syriens. bien évidemment. 
Que dire de la gauche ? Elle est morte. Sûrement en raison de la médiocrité de ses dirigeants mais pas seulement. Le peuple français, si tant est que ça veuille dire quelque chose, est assez con en ce moment. Il ne vaut guère mieux que le peuple russe et bien d'autres par le monde. Il ne cesse de se plaindre, mais donne ses suffrages aux candidats qui promettent de l'asservir encore plus. Il rêve d'ordre et de maître. Il y a cinq siècles, Etienne de le Boétie, qui vécut a peine plus de trente ans, a écrit dans un texte génial  —"Le discours de la servitude volontaire" — que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux". Il constatait et déplorait que les peuples se laissent déposséder sans réagir, en venant même à remercier la bienveillance d’un prince qui les a spoliés. Il insistait sur l'incohérence du peuple : "il est soupçonneux envers celui qui l’aime et confiant envers celui qui le trompe" et remarquait aussi que "le peuple a toujours fabriqué lui-même des mensonges pour y ajouter ensuite une foi stupide". Nous en sommes donc là. Encore et toujours là. Voilà pourquoi, je me suis assez peu exprimé sur la question ces derniers temps. Tout cela me déprime particulièrement. Le rapport du GIEC indique des chiffres alarmants, mais la question écologique, et les conditions de la transformation économique nécessaire pour envisager une transition n'ont pas été abordées. Tout cela est déplorable. Si on en est là, c’est que nous avons aussi des leaders de gauche extrêmement stupides, qui menèrent une politique très  néo-liberale quand ils étaient au pouvoir et qui n’ont pas su se remobiliser, s’unir sur un projet cohérent après la défaite de 2017. Et en plus de tout ça, la guerre est à nos portes.
Il y a quelques mois, j'ai photographié cette amusante peinture murale  à la Butte-aux-cailles, rue de l'Espérance. Je la poste aujourd'hui, même si désormais les motifs d'espérer se font de plus en plus rares. 
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vendredi 1 avril 2022

Itinéraires recommencés

 
Voilà
"Je reparcours les mêmes rues, aller et retour, dans les mêmes trams, les mêmes autobus. La toile des itinéraires prédéterminés s'étend sur la ville, parcourue par l'histoire vivante (au sens de Husserl) des hommes. Il semble que leur regard laisse quelque chose dans les rues, le long des murs des maisons. Ils se rappellent être passés pendant des années devant un palais ou devant une boutique. Il y a deux ans ou deux mois, quand ils espéraient encore ou n'espéraient plus, et qu'ils attendaient ce qui n'est pas venu, ou se demandait ce que pouvait être cet avenir qui est présent, maintenant devant ce palais ou cette boutique"  écrit Enzo Pacci, 27 mars 1958, dans son "Journal Phénoménologique". Je connais bien cette sensation des itinéraires recommencés. On s'y rend compte de la façon dont les lieux habitent et nourrissent nos rêves. Ils nous confrontent à toutes ces versions de nous-mêmes que l'on avait endossées au gré des circonstances, plus ou moins malgré soi, bien que l'on pût, en certaines époques, s'être persuadé qu'on était maître de son destin. La vie passe en un battement de cils. Des regrets rôdent dans les quartiers à l'abandon où de pauvres fantômes vagabondent. Toujours ils nous appellent mais jamais leur rumeur ne nous parvient.
- Ah bon tu crois aux fantômes toi ?
- J'sais pas. Des fois oui. Quand les murs sont sales et que le ciel est gris.

dimanche 27 mars 2022

Dans une rue d'Amiens

Voilà,
en me promenant, jeudi matin dans les rues ensoleillées d'Amiens, songeant comme il était étrange que je me retrouve là, dans cette ville au charme si singulier dès que les beaux jours apparaissent, je suis tombé par hasard sur ce mur. C'était malheureusement une journée de travail, et je me suis dit qu'il faudrait que je revienne ici juste pour musarder. Un instant les soucis, les angoisses, les craintes, la sensation de délabrement physique, tout ça s'est dissipé, peut-être grâce à la surprise de ce motif en relief, réalisé par Gunter et intitulé le Batofar, accroché à un modeste mur de briques.  (shared with Monday mural   -   aww monday

jeudi 24 mars 2022

Sensation


Voilà,
comme si
lentement, à bas bruit 
je passais du côté obscur de la faiblesse

lundi 21 mars 2022

Le Visage du Printemps


Voilà,
c'est donc le début du printemps. Je me demande si l'année dernière en Ukraine des gens redoutaient que cela soit leur dernier printemps paisible. Je pense à mon oncle aussi. Imaginait-il fin mars qu'il ne verrait pas le mois de Septembre ? Certainement pas, puisqu'il avait pris des grandes décisions et s'était même emballé pour une nouvelle maison qu'il comptait acheter. Le monde tel qu'il ne va pas, m'inspire des pensées maussades. Pourtant, il y a des choses qui ne changent pas. Mon appartement est toujours aussi agréable dès que viennent les beaux jours avec le salon inondé de lumière qui invite à se lever tôt. Les voix joyeuses de l'émission du milieu de matinée sur France Musique m'apaisent. Le ciel bleu, même s'il fait encore frais, donne envie de sortir. Hier, j'ai eu envie de revoir le prunus shirotae en fleurs du Jardin des Plantes. Je n'étais pas le seul et il constituait là-bas la grande attraction d'un public qui se pressait autour de lui. J'ai volé cette image exprimant si bien la beauté, la grâce et la légèreté associées à  cette saison que l'on aurait espéré plus insouciante cette année. Elle était là, comme une apparition, fleur parmi les fleurs, se faisant photographier par son amie. J'ai profité d'un moment où elle ne prenait pas encore la pause. Cette jeune femme est l'image même de tout ce qui est aujourd'hui menacé

dimanche 20 mars 2022

Nails


Voilà,
ces commerces qu'on appelle ongleries, ont, ces dernières années, proliféré dans les rues de Paris. Certes j'avais bien remarqué que nombre de filles et de femmes étaient affublées de faux ongles, ou d'ongles décorés, mais je n'imaginais pas que cela pût à ce point constituer une niche commerciale, comme les salons de coiffure, par exemple. Je pensais que les histoires d'ongles se réglaient dans les salons de beauté, qu'une manucure s'en chargeait. Quoi qu'il en soit, une de ces échoppes est apparue dans le voisinage. J'aime bien sa devanture et surtout  sur ce visage dessiné, la coiffure constituée de fleurs (artificielles sans doute) situées à l'extérieur, au-dessus de la vitrine. 
Pour combien de temps encore, l'Epoque nous accordera-t-elle l'illusoire privilège de la futilité ?
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lundi 14 mars 2022

Pipes en tous genres


 
Voilà, 
n'allez pas imaginer un contenu érotique à cette publication en raison de son titre. C'est juste qu'il existe un curieux magasin place du Palais Royal, non loin de la Comédie Française, qui ne vend que des pipes, de toutes formes et de toutes matières. Nombre d'entre elles sont entassées dans une vitrine. Je n’arrive pas à imaginer qu’on puisse en acheter une d’occasion qui a déjà été machouillée, têtouillée. Mais peut-être après tout ce magasin n'est-il finalement destiné qu'aux collectionneurs.
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dimanche 13 mars 2022

Divagations


 
Voilà
depuis le 9 mars, sur le balcon le forsythia est éclos. Le romarin s'est aussi paré de fleurs bleues. Et encore le thym qui, depuis la fin de l’été dernier en est, je crois, à sa troisième floraison.
 

Cette semaine, pour cesser de creuser ma tombe avec mes dents, j'ai commencé un régime alimentaire. Une nutritionniste me conseille. Je suis incapable de me débrouiller seul.
 
*
 

Mais tout paraît bien futile, tant les nouvelles ici sont alarmantes. La guerre semble inéluctablement s’approcher. C'est une question de mois. Aujourd'hui une base militaire en Ukraine située à vingt kms de la frontière polonaise a été pilonnée. Du jour au lendemain tout peut s'embraser. Rien ne paraît pouvoir arrêter Poutine, qui multiplie les provocations sauf un accident de santé ou un coup d’état. C’est la même folie meurtrière que Bachar el Assad, mais avec en plus le feu nucléaire et l’assurance d’une quasi impunité. 

En d’autres temps on aurait, sur les écrans, parlé en boucle de Jean-Pierre Pernault ce célèbre présentateur de télévision français qui vient de disparaître. Ou l'on se serait hystérisé à propos de la campagne électorale. Au lieu de quoi, passent sur les chaînes d'information continue des images de colonnes de civils fuyant des ville ukrainiennes bombardées qui, vont s'ajouter à la longue liste des villes martyres de ce début de siècle. Évidemment, on parle beaucoup moins du Yémen où une autre catastrophe humanitaire est en cours. Mais bon, pour les occidentaux, ce n’est qu'une affaire d’arabes qui se font massacrer — avec des armes françaises — par d’autres arabes. 


*


Un détail qui en dit long : dans les salles d’attente d’hôpital, on n’allume plus les télévisions tant les nouvelles du monde sont anxiogènes.

 

*

 

Je n’ai pas trop le goût d’écrire. Je suis comme anesthésié. Je suis sidéré par ce qui arrive, et par les conséquences à long terme pour la planète des événements actuels. Bien sûr, j'ai souvent évoqué le tropisme suicidaire de l'espèce humaine. Mais j'écrivais sans doute cela pour exorciser mes propres peurs. Il faut s'y résoudre, l'humanité est définitivement prédatrice. Je crains que dans les années qui viennent, on parle moins d'écologie que de stratégie militaire, de décisions d'états- majors, de mesure de rétorsion, de gaz, de pipe-line, et de famines.


*

 

Même, regarder les highlights du super Rugby Pacific me laisse mélancolique. Je me prends à envier les gens qui vivent sous ces latitudes lointaines, loin des zones de turbulences. Ce qui faisait le sel de la vie, les secrets rituels, le retour du printemps (avec les beaux jours on change de parfum, je délaisse "L'Autre" de dyptique pour "Cédrat intense" de Nicolaï, je bois du"thé des moines"), les sorties, le théâtre le cinéma, les dimanche matin à écouter France-Musique quand se succèdent de formidables émissions, tout cela désormais a le goût d'une eau saumâtre. Le peu d'avenir qu'il me reste ne sera pas très lumineux . Je m'inquiète pour ma fille.


*


Avant les matches du tournoi des 6 nations les spectateurs applaudissent en solidarité avec les Ukrainiens. Cela semble si dérisoire, si infantile. Contre l’aviation russe, ce n'est sûrement pas de cela dont ils ont besoin. Je me sens tellement impuissant.


*


Je n'ai plus trop le goût de la photo. Je ne suis pas très inspiré. Il y a quelques mois à peine, je pouvais m'émerveiller d'un mur peint découvert par hasard, comme celui-ci, du côté de Ménilmontant, où il y en a de nombreux autres. Aujourd'hui, je crains de me retrouver un jour coincé dans cette ville sans possibilité de m'en échapper.


*

Il ne m'est pas très facile de me conformer à ces recommandations d'un personnage de la pièce de Peter Handke, "Par les villages" publiées hier dans un post en fait rédigé, comme tant d'autres, il y a plusieurs semaines. Je ne suis d'ailleurs pas certain, à l'heure qu'il est, d'avoir encore la force, l'envie, la nécessité de proposer de nouvelles pages. Je ne sais pas. Il y en a une cinquantaine, plus ou moins terminées, mais dont le texte ne me satisfait guère, qui attendent sagement dans mon ordinateur. On verra. Peut-être les idées viendront-elles. Ou pas. Ou bien je me contenterai de citations, sous des images. Le mieux serait de parvenir à une description strictement phénoménologique de la réalité telle que je la constate, de m'abstenir de tout jugement, mais je n'ai pas les dispositions intellectuelles pour cela. Et puis il est probable que ce que l'on perçoit, retient de la réalité constitue déjà en-soi, une forme de jugement.


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vendredi 11 mars 2022

Passe par les villages


Voilà,
"Évite les arrière-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fais des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets toi dans tes couleurs, sois dans ton droit et que le bruit des feuilles devienne doux. Passe par les villages, je te suis."
Peter Handke in  "Par les Villages" 

mardi 8 mars 2022

Sous le regard des passants


Voilà,
sous le regard des passants, dans son magasin du côté de la butte Montmartre, ce type dessinait des chats et des natures mortes au vu de tous. Cela se passait il y a deux ou trois ans, j'ignore s'il le fait encore. J’avais alors repensé à ce présentateur de télévision français des années soixante, Georges De Caunes. J'aimais le timbre de sa voix, grave et sa diction à la fois élégante et désinvolte, un brin blasée, teinté d'un soupçon d'impertinence. Dans les années quatre-vingts, il s'était exposé dans un zoo pendant une quinzaine de jours. L'idée lui était venue alors qu'il avait, en compagnie de personnalités et d'hommes politiques traversé un jardin zoologique. On rapporte que le regard énigmatique des grands singes sur le cortège lui avait alors donné envie de les rejoindre et d'adopter leur point de vue.
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lundi 7 mars 2022

Un souvenir d'Avignon

Voilà,
c'était l'été 2019, la dernière fois où je suis allé à Avignon. Je jouais là-bas. Jamais je n'étais resté durant toute la durée du festival. Je me souviens de ce trompe-l'œil sur cette palissade qui devait dissimuler les travaux de réfection d'un magasin. J'avais pris la photo par un de ces soirs où j'avais du déambuler, comme dans une légère ivresse, vaguement hébété à cause de la foule. A dire vrai, toute cette ambiance me fatiguait, et cette grand messe du théâtre me paraissait elle aussi comme un trompe-l'œil. Nous ne savions ou feignions de ne pas savoir que nous vivions dans une sorte d'illusion, dans un équilibre précaire. Et puis six mois plus tard il y a eu la pandémie qui s'est répandue dans le monde, et maintenant c'est la folie d'un autocrate qui contamine l'Europe, avec cette guerre qui se rapproche. Et ces jours d'alors, qui certes pour ma part n'étaient pas insouciants, me paraissent rétrospectivement, d'une enviable légèreté au regard de ce qui nous attend désormais. Ils ont le charme que l'on trouve parfois aux objets anciens et comme rescapés d'un monde révolu. (Linked with Monday mural)

mercredi 2 mars 2022

Florilège


Voilà,
j'ai constaté avec un étonnement à la fois amusé et légèrement dépité que, pour un site avec lequel je souhaitais me mettre en lien, ma publication d'hier était suspectée de contenir un message inapproprié à caractère politique. Que dire alors de celui d'aujourd'hui ! Je me contente  cette fois-ci de relayer une information que j'ai vu passer sur le net et qui en dit long sur la bêtise de certains commentateurs et correspondants de presse, et sur le racisme ordinaire qui les caractérise. Ces vidéos ont été collectées par AlanRMacLeod sur son compte Twitter, on peut vérifier de visu.
1. La BBC
"C'est très émouvant pour moi parce que je vois des Européens aux yeux bleus et aux cheveux blonds se faire tuer" - David Sakvarelidze, le procureur en chef adjoint de l'Ukraine
 
2. Nouvelles de CBS
« Ce n'est pas l'Irak ou l'Afghanistan... C'est une ville relativement civilisée et relativement européenne" - Charlie D'Agata correspondant étranger de CBS

3. Al-Jazeera (de toutes les chaînes)
« Ce qui est fascinant, c'est de les regarder, la façon dont ils sont habillés. Ce sont des gens prospères et de classe moyenne. Ce ne sont pas évidemment des réfugiés qui essaient de s'éloigner du Moyen-Orient... ou l'Afrique du Nord. Ils ressemblent à n'importe quelle famille européenne à côté de laquelle vous vivriez"

4. BFM TV (France)
« Nous sommes au 21e siècle, nous sommes dans une ville européenne et nous avons des tirs de missiles de croisière comme si nous étions en Irak ou en Afghanistan, vous imaginez !? "

5. Le Daily Telegraph
Cette fois-ci, la guerre est fausse parce que les gens nous ressemblent et ont des comptes Instagram et Netflix. Ce n'est plus dans un pays pauvre et reculé. - Daniel Hannan

6. ITV (UK)
"L'impensable est arrivé... Ce n'est pas une nation du tiers monde en développement ; c'est l'Europe ! "

7. BFM TV (France) (encore)
« C'est une question importante. On ne parle pas ici des Syriens qui fuient... On parle des européens. "
. « Pour le dire franchement, ce ne sont pas des réfugiés de Syrie, ce sont des réfugiés d'Ukraine... Ce sont des chrétiens, ils sont blancs. Ils sont très semblables [à nous]" - *expliquant pourquoi la Pologne accepte les réfugiés. *
 
Édifiant, n'est-ce pas ? Ne reste qu'à se souvenir de ces moments où le regard pouvait se tourner vers le ciel sans trop songer au malheur.

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