vendredi 12 mars 2021

Pouvoir nouveau


Voilà,
"ces derniers temps, un pouvoir nouveau et fortifiant s'est affirmé dans ma réflexion sur moi-même, pouvoir que je suis maintenant, et maintenant seulement, en état de reconnaître, parce que à force de stérilité de tristesse, je me dissous positivement dans la semaine qui vient de s'écouler" (Franz Kafka in "Journal") Linked with the weekend in black and white)

jeudi 11 mars 2021

Rayons printaniers

 


Voilà,
en regardant cette image, on peut presque penser qu'elle rappelle des jours heureux, des jours paisibles, des jours insouciants. C'était bien avant le confinement. C'était un temps où l'on pouvait profiter du premier soleil printanier sur les berges de la Seine, faire comme si le monde alentour n'existait pas. S'abandonner à un plaisir archaïque, animal, auquel nos ancêtres à peaux de bêtes, lorsqu'ils se sentaient à l'abri du danger, devaient aussi s'adonner, comme le font nos chats nos chiens et tant d'autres animaux. Profiter avec gourmandise de l'offrande de la lumière. Savourer cette joie paisible et solaire. Fermer les yeux, et entre œil et paupière s'immerger dans la couleur orange. J'enviais, cette capacité d'abandon. Car ce jour-là quelque chose me tourmentait. Une effroyable et silencieuse catastrophe venait d'avoir eu lieu, et personne ne semblait en prendre la mesure. Peut-être parce que c'était loin. Peut-être parce qu'on ne peut prendre sur soi tous les malheurs du monde. Peut-être parce que le déni nous permet de survivre. Pourtant quelques heures auparavant il y avait eu cela qui était arrivé.
 
 
C'est une catastrophe lente qui pourtant continue. On n'en parle plus. Un désastre chasse l'autre. S'efforce-t-on de croire qu'elles ne font que se remplacer quand au contraire elles s'additionnent ? Depuis quelques années l'humanité doit payer la note. Mais ceux qui détiennent les cordons de la bourse ne peuvent s'y résoudre. Cette réfutation obstinée a quelque chose de pathétique. Elle caractérise notre espèce qui s'entête à se mesurer à la nature. A fabriquer des situations critiques qu'elle se refuse d'anticiper en s'en remettant à la providence, en pariant sur la quasi improbabilité du risque. Il y a peu l'épidémie de Covid, nous a démontré qu'en cas d'accident industriel majeur en France, au contraire de ce qu'affirment les pouvoirs publics nous ne sommes pas en mesure de faire face. Nos infrastructures hospitalières sont inadaptées. L'armée est incapable de défendre la population. L'État a depuis longtemps abandonné les citoyens au profit des intérêts privés. A la faveur de cette épidémie, on a pu constater combien l'argent de la fraude fiscale, qui devrait servir au bien commun et aux infrastructures du pays a pu manquer. Mais on continue, cependant, comme si de rien n'était. Business as usual serait-on tenté de dire. 
Et puis, on continue aussi à nous prendre pour des cons, et d'une certaine façon pourquoi s'en priver puisque ça marche. Ça marche pour tout. A croire que les gens raffolent de ça. Ainsi peut-on lire et entendre, qu'aucun cancer, aucune maladie n'est due à une contamination nucléaire à Fukushima. Qui peut raisonnablement croire ça ?  Mais c'est la fiction que Tepco et les pouvoirs publics japonais ont mis en place et relayent de façon permanente par des médias qui leur sont acquis. Heureusement il existe d'autres sources d'information. Toute façon c'est là. On n'y peut rien. On ne peut contenir ce désastre. Il est désormais un des éléments constituants de notre condition humaine. Il nous reste la musique


mardi 9 mars 2021

Les grandes aventures

 
Voilà
"Je n'arrive pas à penser à quelque chose. Je m'ennuie toujours et c'est pour ça que je me lance dans de grandes aventures. Je descends dans des gouffres. J'escalade un pic. Je traverse un bras de mer. Je dévalise une banque. J'avoue que tout ça m'ennuie encore plus. Je n'aime pas les grandes aventures. Mais j'espère qu'elles vont me permettre de penser à quelque chose et de m'ennuyer moins." (Norge in "Les Oignons")
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dimanche 7 mars 2021

Fort à propos


Voilà,
le fromager Vacroux, institution de la rue Daguerre, rue commerçante du XIVème arrondissement de Paris, immortalisée par la cinéaste Agnès Varda qui y vécut  et lui consacra un documentaire intitulé "Daguerréotypes" a fait représenter sur son rideau de fer un paysage bucolique où ne manquent ni la vache ni la biquette ni le sourire de la bergère, ce qui somme toute se révèle fort à propos.
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jeudi 4 mars 2021

Ahlala


 
Voilà,
cette année passée nous aura comme anesthésiés. C’est une sensation étrange : car les événements les péripéties du début du premier confinement se sont effacés. Un an qu'on ne parle que du Covid. 
A peine si l'on se souvient les points presse de la porte-parole du gouvernement. Comme s'ils n’avaient pas existé, comme si elle-même n'avait jamais été de ce monde, et comme si tous les errements du début de la pandémie n'avaient été qu'une fiction. Pourtant il y a un an on demeurait stupéfait par la bêtise effarante l’aplomb les mensonges de Sibeth N’Dyaye. On se demandait par quel miracle autant de nullité pouvait atteindre une telle audience.  C'était un numéro de clown tout à fait assumé. La bêtise fière d'elle-même. Évidemment les élucubrations stupides de Trump outre Atlantique, avaient plus d'audience et étaient encore plus sidérantes. Mais tout de même, nous parvenions en matière de bêtise ouvertement assumée à combler notre retard à grand pas. 
Et les mensonges des responsables de la santé, toute l’impéritie des pouvoirs publics les manquements de l’État en matière de santé, le scandale des masques, l'absence de tests, tout ça qui était si énorme et qui pensait-on ne manquerait pas de faire l'objet de commissions d'enquêtes afin que soient jugées les responsables. 
Certains se sentaient des vocations de procureurs. On allait voir ce qu'on allait voir.  Collés à leurs écrans ils se répandaient en imprécations solitaires sur le réseau sociaux. On n'en resterait pas là . Ça ne pourrait jamais être comme avant, après. C'est fou quand même tous ces gens qui ont des solutions à nos problèmes et qui passent leur temps sur facebook ou twitter. "Une fois l'urgence passée, il faudra bien en revanche que les responsables sanitaires et politiques rendent des comptes sur la manière dont ils se seront révélés totalement pris de court par un risque sanitaire parfaitement identifié, avec une situation en l'occurrence très peu grave par rapport à ce que serait une vraie pandémie tueuse." disait l'un. 
"Il faudra aussi répondre de l'inaptitude à répondre vite et bien (comme d'autres nations) en requérant au besoin de manière contraignante la mise à disposition des capacités industrielles et scientifiques pour faire ce qu'il aurait fallu." vitupérait un autre. 
Entre leurs quatre murs beaucoup se sentaient démangés par le prurit révolutionnaire. "Rappelons que le risque pandémique est redouté depuis plus de 30 ans, en provenance d'Extrême-Orient comme désormais des toundras subarctiques, à risque de libérer d'innombrables variétés de virus jusque là congelées sous le permafrost... Un peu donc comme si dans une région à risque de tremblement de terre, on n'avait ni prévu de normes de construction antisismique ni de procédures de protection de la population ! Ceci alors que des cohortes de hauts fonctionnaires et universitaires étaient généreusement payés pour anticiper ces risques". Je ne sais plus qui a écrit cela. Quelqu'un qui croyait que la justice est indépendante du pouvoir politique. Quelqu'un qui pensait que les gens fortunés ont l'amour de la patrie chevillé au corps et se soucient de l'intérêt de la nation. Un romantique révolutionnaire en chambre. Or que voit-on aujourd'hui ? Un an après. La résignation, l'oubli. la fatigue, la dépression. Le goût pour la lutte s'est bien émoussé.
Tout cela semble aujourd’hui lointain et comme fictif. D'ailleurs il est difficile d'en trouver des traces sur Internet. Tout ça s'est dilué dans une sorte d'éternel présent uniquement relié à l'épidémie. Le virus est devenu le maître des horloges. Quant aux projets de lois mal goupillés qui devaient trouver le peuple sur leur chemin, ils repassent en catamini, sans rencontrer de grande opposition.
 
Tout ce qui précède le premier confinement semble s’être perdu dans un lointain aussi incertain que confus. Pour ma part, mes albums de photos sont les seuls éléments qui me permettent de reconstituer les semaines qui ont précédé, où ce qui advenait en Chine semblait ne jamais devoir nous atteindre. Par exemple je me souviens de cette "nuit des Bodysnatchers", à la cinémathèque où  Philip Kaufman était présent, à laquelle j'avais assisté avec Pascal. Nous avions regardé les quatre films, réalisés sur ce thème. Je me souviens qu’une seule personne dans l'assistance portait alors un masque. Mais dans ma mémoire tout cela semble relever d'une vie parallèle, d'un souvenir bien plus lointain. Je peux toutefois me rappeler l'empressement qui fut le mien à aller voir un maximum de spectacles, de films, d'expositions au début du mois de mars
 
Ces derniers temps une émission de divertissement, s'amuse à revenir sur l'actualité un an en arrière, jour pour jour. Ces piqûres de rappel, nous donnent l'impression que ce pays n'a pas avancé d'un iota, puisqu'on en est encore à parler de reconfinement, et que ce qui se passait à l'époque pour les tests et les masques se reproduit aujourd'hui avec les vaccins. C'est la même désorganisation et l'improvisation dans les chaînes de décision, la confusion dans les objectifs et tout le monde y va de son point de vue. Il y a des commissions des sous commissions, des agences locales, régionales, des comités transversaux, interceci intracela, de suivi de prospectives, des experts qu'on consulte et qu'on n'écoute pas. Ce qui ressort de tout ça, c'est le ridicule dont se couvre notre pays qui s'autorise à donner des leçons à tout le monde et qui n'est pas plus capable de concevoir un vaccin que d'en produire et à toute les difficultés à organiser la vaccination de la population.
Ahlala !  comme on dit en France. 
Je me suis rappelé cette sculpture qui se trouvait quai de Conti au début des années 10. 
Aux images récentes je ne trouve plus beaucoup d'attrait.
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mercredi 24 février 2021

Mouvant vertige


Voilà,
ouvrant une vieille revue consacrée à Antonin Artaud, que j'ai beaucoup lue autour de mes 17 ans — c'est étrange cette tendance à revisiter les livres de ma jeunesse — je tombe sur cet extrait de "L'Ombilic des Limbes" qui décrit assez précisément l'état dans lequel me met le Covid ces derniers jours,
"Une sensation de brûlure acide dans les membres, 
Les muscles tordus et comme à vif, le sentiment d'être en verre et brisable, une peur, une rétraction devant le mouvement, et le bruit. Un désarroi inconscient de la marche, des gestes, des mouvements. Une volonté perpétuellement tendue pour les gestes les plus simples, 
le renoncement au geste simple,
une fatigue renversante et centrale, une espèce de fatigue aspirante. Les mouvements a recomposer, une espèce de fatigue de mort, de la fatigue d'esprit pour une application de la tension musculaire la plus simple, le geste de prendre, de s'accrocher inconsciemment à quelque chose,
à soutenir par une volonté appliquée.
Une fatigue de commencement du monde, la sensation de son corps à porter, un sentiment de fragilité incroyable, et qui devient une brisante douleur,
un état d'engourdissement douloureux, une espèce d’engourdissement localisé à la peau, qui n’interdit aucun mouvement mais change le sentiment interne d’un membre, et donne à la simple station verticale le prix d’un effort victorieux.
Localisé probablement à la peau, mais senti comme la suppression radicale d’un membre, et ne présentant plus au cerveau que des images de membres filiformes et cotonneux, des images de membres lointains et pas à leur place. Une espèce de rupture intérieure de la correspondance de tous les nerfs.
Un vertige mouvant, une espèce d’éblouissement oblique qui accompagne tout effort, une coagulation de chaleur qui enserre toute l’étendue du crâne ou s'y découpe par morceaux, des plaques de chaleur qui se déplacent.
Une exacerbation douloureuse du crâne, une coupante pression des nerfs, la nuque acharnée à souffrir, des tempes qui se vitrifient ou se marbrent, une tête piétinée de chevaux." 
 
Je n'ai rien à  ajouter. Ce qui épuise c'est la sensation d'aller mieux, puis de retomber encore plus bas, plus profond, d'être aspiré par un gouffre. Et passer de suées en grelottements. tout en étant assailli de pensées sombres, d'images confuses.  La peur parfois d'être à la merci d'une trop forte toux. Je rêve de nature, de campagne, de soleil, de ciel bleu. Il me semble parfois que je ne retrouverai jamais la paix, la sensation de douceur de sérénité. Par chance pour le moment je ne tousse pas trop et je parviens à respirer sans encombre.
Sinon Lawrence Ferlinghetti a rejoint les "pictures ot the gone world". On peut dire qu'il aura fait sa part
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mardi 23 février 2021

Constat


Voilà,
au matin d'une douce journée tu découvres ce surprenant panorama. L'été tire à sa fin. Comment se sont agencées les pensées, tu l'ignores. Sans doute la marche à pied a-t-elle favorisé les libres associations. Bref, tu en es là, à cet instant de ta vie. Tu songes à ce que cela t'a coûté d'efforts durant tant d'années de tenter de surseoir à l'angoisse de vivre. Et soudain tu réalises que désormais c'est celle de mourir qui t'inquiète.
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dimanche 21 février 2021

Déambulation

 
Voilà,
à l'angle de la rue saint Médard et de la rue Mouffetard, dans le cinquième arrondissement de Paris, c'est à dire entre cet endroit qui se trouve dans mon dos, et celui-ci lorsque je remonte la rue, j'ai aperçu cette étrange peinture qui se trouve à l'entrée d'une école je crois. Je ne me souviens pas de mon trajet exact ce jour là. Sans doute suis-je remonté jusque vers l'ancienne Ecole Polytechnique en face du bar "les pipos". Après j'ai du rejoindre la rue des Écoles où se trouve en face de la Sorbonne et du Collège de France la statue de Montaigne, peut-être ai-je ensuite erré du côté de Saint Germain-des-prés, et qui sait ensuite poussé jusque vers les bords de Seine. Je ne me lasse pas du quartier latin et de Saint Germain des prés.
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samedi 20 février 2021

Tisanes onguents et gargarismes


Voilà,
tu te lèves au milieu de la nuit. Fièvre. Tu prends la résolution de laver ton linge. Au cas où. Sait on jamais. Ton cerveau comme une boule de mousse qu'une main hargneuse s'emploierait à lacérer à coups de fourchette. Maladresse. Lessive liquide, tu la renverses. Te reviennent en mémoire les insultes de la Prédatrice lorsque tu étais enfant. Tu en es encore là penses tu. Allez du nerf ! Absolument pas question que cette vieille carne te survive. Programme à 60°. Puis tisanes, onguents, gargarismes. Puis marcher dans l'appartement monter et redescendre l'escalier pour se sentir vivant. Puis au passage un petit coup de Rhum de la Dominique avec du miel dans la tisane de thym. D'ailleurs c'est peut-être elle la correctrice anonyme, celle qui te l'avait ramené lors de ce funeste et lointain décembre. Puis contempler le chaos de cet appartement. toutes les choses en plan. La semaine dernière tu étais bien parti pourtant. Maintenant incapable de lire.  Quelques vidéos. Hier matin, ce documentaire sur le Caravage. Une bonne raison pour aller à Naples, Syracuse, Malte. Mais quand ? Tiens une petite inhalation. Assainir les bronches. Retourner se coucher. Souvenirs. Autrefois tu réalisais des Polareliefs. Tu étais bien plus vigoureux alors. Il y avait encore dans ta vie, place pour la désinvolture.
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jeudi 18 février 2021

Entre paupière et mémoire


Voilà,
guetter les signes de ce qui, selon toute probabilité et au regard de faits indiscutables, doit survenir d’ici peu, mais néanmoins espérer y échapper ou n’en subir que faiblement les embarras. Écouter dans son lit duquel on a du mal à s’extraire un concerto anonyme pour flûte à bec, procrastiner et consentir à la paresse, vice nécessaire dont il n’y a vraiment pas lieu de se culpabiliser et plaisir absolu qui en appelle d’autres. Dehors le ciel grisaille uniformément par-dessus les toits humides alors on s'abandonne à la douillette chaleur du lit. La musique suggère de lointaines et fugitives réminiscences évapanouies dans un battement de cils, visions, sensations à peines perceptibles — oui on a vraiment tous les âges de sa vie — d'anciens paysages émergent entre paupière et mémoire, autres cieux autres rivages, la cabane de bord de plage où l'on ne s'est pas arrêté parce qu'il commençait à faire un peu frais, les souvenirs qui en en appellent d'autres, les occasions manquées, les promenades mélancoliques, la méfiance, les peurs enfouies, les images qu'on ne peut chasser, les coïncidences, l'esprit d'à propos, celui de l'escalier, les petits bruits inquiétants, les gestes embarrassés, les regards embarrassants, les aveux inattendus, les propositions déconcertantes, les voix que l'on croit reconnaître, les refrains idiots, le petit théâtre de la jeunesse, les destins absurdes, les noms sur le bout de la langue, les vaines agitations, les brouillons, les listes forcément incomplètes, les secrets dans des boîtes en fer blanc, les bouts de ficelles, les trombones tordus, les vieux timbres, les articles de journaux jaunis, les équations non résolues, la parenthèse ouverte qui, plutôt que de se refermer finira en points de suspension...
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mardi 16 février 2021

Okay Café


 
Voilà,
en ce moment il ne me reste plus de goût pour grand chose. Écrire m'est trop pénible. Choisir les mots, les tournures de phrases, couper les cheveux en quatre afin de tenter de préciser une pensée, un fait, lui donner une couleur particulière, je n'ai plus la patience, tout ça est bien long à venir et les idées trop rares. Hésiter pendant un certain temps, comme ce fut le cas récemment entre  "Elle tressaille soudain en étouffant un sanglot "ou bien "elle tressaille et ne parvient à retenir ses larmes", à quoi bon ? Et pourquoi fallait-il qu’elle pleure cette conne ? Pourquoi n’aurait-t-elle pas été plutôt saisie par une féroce envie de chier qui l'aurait immédiatement détournée de ce lieu qui la ramenait à ses souvenirs ? 
Mais bon je l'ai déjà évoqué, je m'impose cette discipline comme une gymnastique mentale. Cela donne ainsi à d'autres la possibilité d'exprimer leurs fantasmes de domination. Comme l'intraitable grammairien.ne ou le.la lexicologue obsessionnel.le qui plutôt que de m'envoyer un aimable message pour me signaler une erreur ou suggérer une autre formule va me bombarder de majuscules anonymes. Ça se trouve c'est quelqu'un de très bien, qui manque juste de tact. Pourquoi imaginer un vieux con grincheux et tatillon que la retraite rend maussade ? Et encore tout ça n'est pas bien grave. Il paraît qu'il existe pire ailleurs. Peut-être aurais-je d'ailleurs du apposer au début de ce message un "Trigger Warning" — que les québecois ont astucieusement traduit par le mot-valise "traumavertissement" —, car quand même, j'ai non seulement tenu un propos qui peut paraître sexiste et insultant pour quiconque éprouve de la peine, mais aussi énoncé de peu amènes jugements sur les "seniors" et les "malcomprenants".
Donc, par paresse, je traîne sur mon ordinateur, je retrouve de vieilles photos. Celle-ci date de fin Octobre 2011, prise depuis une péniche lors d'une excursion sur le canal de l'Ourcq avec ma fille. A cette époque je n'avais pas trop de problèmes d'argent. Je n'en étais pas pour autant insouciant. Mais je prenais encore d'aimables clichés de la vie parisienne. Même ça désormais ne me divertit plus. toutefois j'éprouve encore du plaisir à redécouvrir des images autrefois négligées et auxquelles finalement je trouve un certain charme.
Sinon, hier j'ai acheté du mimosa qui embaume la maison. Quoi d'autre ? j'ai aussi envie de rencontrer des inconnus. Et pourquoi pas un mécène ou un bienfaiteur. On peut rêver, non?
 

dimanche 14 février 2021

Couleurs chaudes par temps froid

 
Voilà,
non loin de chez moi, se trouve un restaurant qui organise aussi des cours de salsa dans la journée. Je n'y suis jamais entré, ni pour manger, ni pour danser, sans doute à cause de ces rabatteurs qui le soir sur le Boulevard Edgar Quinet encouragent le passant à s'y rendre, en précisant pour l'appâter qu'on y rencontre de très belles filles. J'ai toujours pensé que la Pachanga était une boîte un peu louche, un attrape nigaud, mais en regardant le site je me dis qu'à la réflexion cela n'est peut-être pas le cas. Je suis passé en début d'après-midi, dans cette rue Vandamme que je n'emprunte pas souvent car je n'avais jamais prêté attention à cette peinture murale aux couleurs chaudes qui se trouve à l'entrée dudit club-restaurant bien évidemment fermé depuis des mois en raison de l'épidémie de Covid. (Linked with Monday murals)

samedi 13 février 2021

En cherchant un livre


Voilà,
Chick Corea, Louis Pons, Jean-Claude Carrière... ces derniers temps des artistes, qui ont stimulé mon univers sensible et intellectuel, qui m’ont aidé à penser, ont accompagné des périodes de création, ou m’ont simplement offert des moments de plaisir, ont quitté cette réalité. Ils furent les compagnons du jeune adulte en formation que les années passées depuis m'ont rendu de plus en plus incertain — je parle de celui qui s’efforçait de se frayer un chemin dans un monde hostile, incompréhensible bien souvent énigmatique. Leur disparition me rappelle à quel point leur œuvre fut autrefois précieuse. Je n’imaginais pas vieillir à l’époque, je ne songeais pas que cela fût même possible. Il m’arrivait parfois, en de très rares moments de me projeter dans cette vague et abstraite hypothèse, mais sans être en mesure d’en imaginer la condition ni l’état. Je connaissais peu de vieux et n’avais aucune empathie particulière pour ceux que je croisais. Je ne voulais surtout pas leur ressembler. D’ailleurs je faisais commencer la vieillesse bien plus tôt que je ne le fais maintenant. J’éprouvais pourtant une admiration sans borne pour Henri Michaux — déjà bien âgé —, mais s’il me semblait le comprendre à l’aune de nos expériences communes, (les drogues et l'hypocondrie), j’étais incapable de vraiment le ressentir aussi intensément que je le supposais. Pourtant je m’en sors pas mal. Je fais encore illusion. Les fées Kératine et Mélamine se sont penchées sur mon berceau. Ce sont bien les seules d’ailleurs...  On me croit plus jeune que je ne le suis à cause de mes cheveux noirs. Peut-être le suis-je vraiment d'ailleurs. Après tout n'ai-je pas perdu ma dernière dent de lait à 64 ans ? Cette apparente jeunesse me permet d'entendre des gens de mon âge ou parfois même ne l'ayant pas encore atteint, pérorer du haut de leur "expérience" et même m'expliquer la vie. Prenant l'air un peu con, non sans une certaine jubilation, je les écoute dispenser leurs théories souvent vaseuses et leurs prétentieuses considérations. Quand je suis très lassé de ces conneries, il m'arrive parfois d'avoir envie de leur balancer qu'à cinq ans je savais déjà à quoi ressemble un type égorgé et les tripes à l'air qui gît dans un fossé et quelques autres détails mais à quoi bon. Où je m'aperçois que j'ai franchement pris un coup de vieux dans la tête, c'est que les gens me fatiguent avec leurs histoires. J'ai déjà tant de mal à me rappeler des miennes...
Sur la photo du haut, il manque un élément. Le livre de Louis Pons consacré au dessin. Un ensemble de notes et d'aphorismes, sur lequel je n'arrive pas à remettre la main. Rien ne m'agace tant que ce genre de situation. En le cherchant — sans succès donc —, je suis tombé sur d'autres documents. En particulier un petit carnet où la mère de ma fille a noté toutes les choses horribles que j'ai pu dire pendant sa grossesse, tant j'étais paniqué. J'ai éprouvé non seulement une immense honte, mais un terrible chagrin et le remords de lui avoir infligé ça, elle qui est une bonne et très courageuse personne. Il lui en fallu de la force pour résister. Même si je n'ai pas été pris par surprise et que j'ai acquiescé à son désir d'enfant, l'attente de celui-ci a été pour moi une source d'angoisse terrible, que j'ai extériorisée, sans discernement. Je m'en suis voulu par la suite de n'avoir pas été capable de manifester de l'amour pour l'être-à- venir, et d'avoir tant récriminé sans soutenir celle qui le portait. C'est sûr que j'ai irrémédiablement déchu à ses yeux. Dans ces circonstances les femmes préfèrent un mâle protecteur, même quand elles on demandé à un vieil enfant de les féconder. Je ne suis devenu père que lorsque j'ai tenu ma fille dans mes bras. C'est comme ça. La première fois, je lui ai tout dit, tout raconté du difficile chemin qui m'a conduit vers elle, je lui ai dit que je l'aimerai toujours et promis que je serai là pour l'aider. Sans doute était-ce un peu prétentieux, puisque désormais je ne lui suis d'aucune utilité en maths en physique en chimie en biologie, mais elle s'en sort très bien sans moi.
J'ai aussi retrouvé des pages que j'avais écrites pour et par elle, alors qu'elle n'avait que huit mois. Elles sont justes. Elles sont belles. Ça a atténué l'état dans lequel je me trouvais. En fouillant par-ci par là à la recherche de ce satané bouquin, je suis tombé sur ces graffiti dont je ne me souvenais plus. Impossible de savoir de quand ils datent exactement. Les années quatre-vingt sans doute. J'ai toujours eu besoin de laisser sortir mes monstres. Ceux que j'appelle mes clandestins.

 

jeudi 11 février 2021

Joggeuse


 
Voilà,
il songeait que le capital va toujours où il fait un maximum de profit, c’est-à-dire où les frais de production sont les plus bas. De là à en conclure que le principe de la maximisation du profit agit comme un principe meurtrier, il n'y avait qu'un pas. Et puis dans le jardin du Luxembourg dépeuplé, il pensa aussi que ces derniers mois, avec cette épidémie, entre le moment où une décision de confinement est prise, et son effet, il se passe bien trois semaines. Et que durant ces trois semaines, — à moins d'être directement concernés par la maladie, eux ou leur entourageles gens, pour la plupart,  sont impatients et ne comprennent pas le sens des sacrifices auxquels ils doivent déjà consentir ni pourquoi on leur en impose d'autres. Évidemment les médecins et les personnels soignants n'évaluent pas la situation pareillement, eux qui sont en prise directe avec les incidences du virus sur le fonctionnement des hôpitaux. C'est alors qu'il réalisa que comme en matière d’écologie le temps de latence est de trente à cinquante ans, on ne s'en sortirait pas puisque les décisions que devraient prendre aujourd’hui les gouvernants n’auront d’effet que lorsqu'ils ne seront plus de ce monde. D'ailleurs c’est pour cela qu’elles n’ont jamais été prises par le passé. Il faudrait que la catastrophe soit évidente. Peut-être d'ailleurs l'est-elle déjà sans que nous nous en rendions compte. Ou peut-être sommes nous dans le déni. Personne ne se fait à l’idée que ça peut changer, que ça va changer. En fait on voudrait que les efforts soient pour les autres. La solidarité d’accord mais à condition que ça ne coûte pas. Apercevant la joggeuse qui venait à sa rencontre, il réalisa qu'il l'avait déjà croisée quelques minutes auparavant. Elle courait vraiment vite. C'est sans doute à ce moment là qu'une idée folle commença à germer dans le cerveau de Léonardo Vaccarèse.

mardi 9 février 2021

Nuit, La Défense

 
Voilà,
"Pourquoi la forme est-elle belle ? Parce que, je crois, elle nous aide à contrer notre pire crainte, celle que la vie pourrait n’être que chaos, et que donc notre souffrance ne veuille rien dire." La formule de Robert Adams est touchante, parce que naïve, car oui la vie est un chaos où, quoi qu'on fasse notre souffrance est dépourvue de sens. So what ? Nous ne pouvons y faire grand chose. Cette pensée rappelle celle d'un personnage de Dostoïevski, "la beauté sauvera le monde". Je n'en crois rien bien sûr. D'ailleurs n'a-t-on pas trouvé de la beauté dans la plus effroyable catastrophe que l'homme ait engendré et trop souvent reproduite. 
Une image n'est qu'une image, elle permet de faire écho à la réalité, mais aussi de la transformer parfois. Il peut arriver que notre regard atténue l'emprise de ce monde trivial et y trouve matière à poésie. L'image agit alors telle un charme, comme on nommait au moyen-âge l'enchantement produit par la magie ou par le sort dans le but d'apaiser la douleur. Rien de plus. Et cela ne dure jamais longtemps.

dimanche 7 février 2021

L'Arbre bleu


Voilà,
sur le billet précédent j'évoquais quelques souvenirs liés à la petite place située en face de l'ancienne École Polytechnique. Si on longe celle-ci, on remonte la rue Descartes qui croise la rue Clovis et se continue jusqu'à la place de la Contrescarpe. Puis dans le prolongement, c'est la rue Mouffetard qui redescend vers Censier Daubenton. Juste après le croisement de la rue Clovis, au 46 rue Descartes on peut apercevoir cette fresque, intitulée "L'arbre bleu" réalisée en 2000 par Pierre Alechinsky qui fut notamment l’un des membres influents du groupe COBRA (1949-1951) fondé par les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret, les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn. l'une des marques distinctives d'Alechinsky est d'entourer son motif central de cases, vignettes inspirées des prédelles des retables médiévaux. A droite de cette fresque, un poème d'Yves Bonnefoy intitulé "L'arbre des rues"

Passant,
regarde ce grand arbre
et à travers lui
il peut suffire.

Car même déchiré, souillé,
l'arbre des rues,
c'est toute la nature,
tout le ciel,
l'oiseau s'y pose,
le vent y bouge, le soleil
y dit le même espoir malgré
la mort.

Philosophe,
as-tu chance d'avoir l'arbre
dans ta rue,
tes pensées seront moins ardues,
tes yeux plus libres,
tes mains plus désireuses
de moins de nuit.
 
Quelques mètres plus bas, on peut apercevoir le café "Le Bateau ivre", titre d'un des plus célèbres poèmes de Rimbaud, (auquel soit-dit en passant Yves Bonnefoy a autrefois consacré une monographie) où se donnaient dans ma jeunesse des lectures littéraires. Des artistes débutants s'y produisaient aussi avec leur guitare. Je n'ai jamais osé y rentrer. Non loin, sur l'autre trottoir, au 37 se dresse un immeuble qui abrita autrefois le poète Paul Verlaine.  

 
 
Ainsi, par la grâce du petit commerce, les deux poètes qu'une liaison orageuse réunit autrefois se voient de nouveau associés. A ce sujet, il fut, par l'entremise d'une lettre signée par de nombreux abrutis, proposé il y a quelques mois que tous deux soient rapatriés au Panthéon dont le frontispice s'orne de la devise "Aux grands hommes la patrie reconnaissante", au prétexte que "le fait de faire entrer ces deux poètes qui étaient amants, oui, ensemble, au Panthéon aurait une portée qui n'est pas seulement historique ou littéraire, mais profondément actuelle". Notre actuel ministre de la culture s'est enthousiasmée pour cette proposition débile, de même que quelques intellectuels désireux de faire le buzz. Une telle ineptie, a de quoi atterrer car elle témoigne d'une volonté de refaire l'histoire au profit d'une cause par ailleurs tout à fait respectable. Mais l'idée de séquestrer au Panthéon ce "voyou" que fut le jeune Rimbaud, qui railla avec génie le "patrouillotisme" français, fit l'Eloge de la Commune, et manifesta souvent une ironie cruelle à l'égard des grands hommes de son temps, cette idée on se demande comment elle a pu germer tant elle semble absurde. Un excellent article du journal "Marianne", recense d'ailleurs tous les arguments contre cette proposition à laquelle il n'a heureusement pas été donné suite. 
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vendredi 5 février 2021

Le Bar des Pipos


Voilà,
j'ai pris cette photo il y a fort longtemps, en 1998, je crois. Mais Le Bar des Pipos, existe toujours. Les "Pipos" c'est ainsi qu'on appelait les polytechniciens qui étudiaient juste en face lorsque l'École Polytechnique, dont on peut apercevoir l'entrée principale reflétée sur la vitre du bar,  se trouvait encore rue de la Montagne Sainte Geneviève. Ce fut mon quartier entre 1970 et 1975. Toute ma découverte de Paris s'est faite à partir de cet endroit, de cette petite place. Si l'on remonte par la gauche, la rue de la Montagne sainte Geneviève continue vers l'église. La petite échoppe qui fut autrefois une librairie papeterie où l'on vendait des journaux, puis ensuite une librairie, puis un restaurant corse, a été récupérée par le restaurant "L'écurie" une vieille institution du quartier qui faisait l'angle de la rue de la Montagne Sainte Geneviève et de la Rue Laplace. Un peu plus haut sur la gauche juste avant l'église, perpendiculaire, se trouve la rue Saint-Etienne-du-Mont rejoignant la rue Descartes et qui m'a toujours ému, parce qu'elle est inchangée depuis deux siècles. Les soirs d'hiver, avec la neige, elle m'évoquait des illustrations de calendrier de l'Avent.
J'espère qu'au printemps il sera de nouveau possible d'aller boire des coups à la terrasse des Pipos. Si je me souviens bien, ils ont un très bon Saint-Joseph là-bas. Rien n'a changé, le comptoir est un bon vieux zinc. Je ne suis pas un acharné des cafés parisiens mais là j'ai envie d'y retourner. La petite épicerie que l'on aperçoit était autrefois asiatique. C'est là que j'ai pour la première fois goûté des boules de cocos et des pâtisseries vietnamiennes à la pâte de soja. La rue que l'on voit se prolonger mène tout droit vers le Collège de France. Elle passe devant le restaurant "le coupe-chou" qui me faisait rêver lorsque j'avais quinze ans. Plus tard, j'y ai mangé car un des comédiens de la troupe de Didier Flamand qui s'appelait Francis Lemonnier, en était propriétaire. C'est là que nous faisons nos repas de premières et de dernières. 
Je me demande si je ne suis pas en train d'éprouver cette sorte de nostalgie dépourvue de regret que les japonais appellent Natsukashii 

jeudi 4 février 2021

Déplorations


Voilà,
Je déplore ne pas me trouver en ce moment à cet endroit, je veux dire non loin de la mer
 
Je déplore le fait que l’un des plus beaux disques jamais édités porte un nom aussi con et une couverture aussi peu en accord avec la musique qui y est gravée. Je veux parler d’atomic basie bien sûr.

Je déplore qu’en entendant aujourd’hui l’album « songs of Leonard Cohen » mon incapacité à l’écouter sans être hanté par le jeune homme que j’étais alors et accablé par le constat que ma vie n’a pas ressemblé à ce que je rêvais d’en faire.

Je déplore cet embarras dans lequel au moment d’un départ ou d’une arrivée, nous mettent les gestes barrière qui, depuis quelques mois nous privent du témoignage de la joie ou de la gratitude

Je déplore apercevoir autant de masques usagés jetés n'importe comment dans la nature 
 
je déplore le fait que les gens qui gueulent parce que les bars sont fermés ne gueulaient pas aussi fort quand on a fermé les lits d'hôpitaux, qu'on a réduit les budgets pour la recherche ou pour l'enseignement.
 
je déplore devoir  parfois me heurter à l'incommensurable bêtise et l'acrimonie des "imbéciles heureux fiers d'être nés quelque part", qui revendiquent leur terroir comme un étendard, et qui, pour peu qu'on écrive de Paris, vous assignent à ce lieu, vous reprochant soudain d'être de la capitale avec tous les clichés s'y afférant
 
je déplore avoir quelquefois la faiblesse d'accorder du temps à des gens qui n'en valent pas la peine et qui par conséquent me le font perdre

je déplore  constater que le proverbe "si jeunesse savait et si vieillesse pouvait" s'avère aussi juste
 
je déplore  ne pas savoir jouer du piano ou de la guitare
 
je déplore être aussi fauché en période de crise
 
mais heureusement je trouve qu'il y a encore bien des motifs de se marrer 
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dimanche 31 janvier 2021

Les Résistants et les Essentiels

 
Voilà,
sur Instagram un copain, que j'aime bien pourtant, poste une photo de lui rentrant dans un théâtre au premier jour des répétitions, légendée de la sorte : "l'impression de rentrer en résistance". Rapport au fait que tous les théâtres sont fermés en raison de la pandémie. Étonnant de la part d'un acteur supposé connaître le poids et le sens des mots — la base tout de même du travail d'interprétation, non? —.
Rentrer en résistance, Vraiment ? 
T'inquiète pas copain, Déjà tu n'es pas dans l'illégalité. Si tu sors en dehors des horaires prévus, tu risques tout au plus une amende de 135 balles. Certes c'est beaucoup — dura lex, sed lex —. Cependant les flics ne t'emmèneront pas dans une cave, on ne te retournera pas les ongles, ta famille ne sera pas menacée, et personne ne te passera la gégène sur les testicules. Tu aurais risqué bien plus si tu étais allé manifester dans la rue ces deux dernières années en France. Je te rappelle juste les chiffres officiels assez effrayants : 2.448 manifestants blessés, 440 incarcérés, 11.000 en garde à vue, 1 décès. 19.071 tirs de LBD, 1.428 tirs de grenades lacrymogènes instantanées, 5.420 tirs de grenades de désencerclement entre le 17 Novembre 2018 date de la première manifestation parisienne des Gilets Jaunes et le 1 décembre 2019. Peut-être d'ailleurs que toutes les lois liberticides passées en loucedé au prétexte de l'urgence sanitaire, t'offriront une raison valable d'ici quelques temps de vraiment rentrer en résistance. J'espère alors que tu n'en parleras pas sur Instagram. 
Allez, je veux bien supposer que c’était du second degré.
 
(...)
 
Je n'ai pas vérifié si mon camarade a mis sur son compte facebook  — parce que franchement j’ai autre chose à foutre —  un bandeau où est écrit non-essentiel, à l'instar de bien des comédiens qui ont ainsi manifesté par antiphrase à quel point ils se considèrent comme essentiels. Déjà là-dedans il y a un paquet de  crétins souvent très prétentieux, narcissiques et autocentrés. Beaucoup témoignent d'une grande indigence en matière de culture, et peinent à échafauder un raisonnement. Ce n'est pas grave d'ailleurs, l'intelligence du jeu, passe par d'autres canaux, elle est aussi faite de beaucoup d'instinct et d'intuition et d'une maîtrise de ses émotions. De nombreux artistes sont d'habiles artisans d'eux mêmes. Ils sont comme des Stradivarius, à la fois le luthiste et l'instrument. Mais il vaut mieux qu'ils ne s'occupent pas d'autre chose, d'épidémiologie en particulier, ce qui est très tendance depuis un an. Et puis nombre de mes amis comédiens n’ont fait ce métier que parce qu’ils ne pouvaient s’adapter au monde social, pour sauver leur peau en quelque sorte, pour exprimer ce qu’ils éprouvaient, pour canaliser leur névrose, pour donner forme à leurs angoisses. Je connais peu d'entre eux qui ont agi en se disant "je vais faire ça pour être essentiel". Pour ma part, cette idée ne m’a jamais effleuré. Sinon j'aurais fait médecine, infirmier, philosophe, rebouteux, ou de la recherche scientifique... Il est possible au contraire que la superficialité de l'affaire m'ait paru un excellent exutoire pour fuir les abîmes d'angoisse, les gouffres d'effroi où je craignais de sombrer, et ainsi échapper à une certaine réalité. Et puis la perspective de vivre des personnages, de continuer a faire semblant, de poursuivre cette activité  enfantine qui consiste à jouer, se déguiser, d'aller d'une époque à l'autre, de rester immature, est assez partagée par tous ceux qui se sont engagés dans cette voie. Quand tu es comédien, si tu interprètes un gros con, on te trouve drôle on te félicite, et en plus on te paye pour ça, alors que dans la vie, quand tu es con on te crache à la gueule. Si tu joues un pervers psychopathe avec talent, on peut même te filer une récompense au lieu que dans la réalité on t'envoie en taule ou en asile psychiatrique.

(...)

Pour ma part en ce moment, je finis de répéter un court spectacle qui se jouera la semaine prochaine devant une poignée de professionnels, et qui sans doute finira mort-né. En un an il y a eu tant de productions programmées annulées ou reportées qui attendent de trouver un théâtre, qu'il est probable qu'au regard de l'engorgement prévisible, il n'y aura pas suffisamment de dates de lieux ni d'argent disponibles pour tout le monde. J'en suis fort dépité mais pourtant ce qui me préoccupe, c'est que depuis l'apparition du nouveau variant, je redoute d'être contaminé dans le métro ou dans la rue, en dépit de toutes les précautions que je prends. Le couvre-feu en vigueur, n'empêche pas qu'il y ait beaucoup de monde dans les rues et les transports publics.
Je vois autour de moi, des gens qui se fatiguent de cette paralysie générale — et moi aussi je suis fatigué —, et qui voudraient que les lieux de culture réouvrent. Moi aussi, je voudrais retourner dans un musée, une salle de cinéma. Lacan disait "la réalité c'est quand tu te cognes". Aujourd'hui, la réalité c'est la pandémie qui révèle toutes les incohérences des organisations qui structurent nos existences. Il est étonnant de constater que les mêmes qui critiquaient   — à juste titre — Macron et sa rhétorique martiale ("nous sommes en guerre"), adoptent les la même posture et se fantasment aujourd'hui en résistants. 
C'est déjà pas mal de résister au virus quand tu l'as chopé, ou de résister en te planquant pour ne pas le choper. Et puis il est vraisemblable que ceux qui trouvent qu'on en fait trop aujourd'hui contre ce virus, seront les mêmes qui dans trois mois gueuleront qu'on en n'aura pas fait assez aujourd'hui, si par malheur la situation venait à empirer comme c'est le cas dans les pays voisins, dont pourtant les politiques sanitaires ont été très efficaces et pertinentes durant la première vague.
Depuis quelques temps il se trouve même des leaders populistes qui, en dépit des leçons qu'il y aurait à tirer de la débâcle trumpienne en matière de gestion de la pandémie, considèrent que porter le masque ne sert à rien, que la fermeture des restaurants est absurde, et le confinement inutile. Certains appellent à la désobéissance civile considérant qu'il y a là une dictature sanitaire. 
Bref, c'est le chaos dans les pensées. Et le pouvoir redoute par dessus tout le chaos dans les rues, car la colère qui existait ces deux dernières années demeure toujours vive. Le président a cristallisé sur sa personne beaucoup de ressentiment et parfois même une certaine haine en partie due à son mépris de classe et à son manque d'empathie envers les populations défavorisées. Et même lorsqu'il essaie de faire semblant, il est tellement peu crédible que cela redouble l'acrimonie des gens auxquels il s'adresse. 
Ce qui est le plus étrange, c'est que cette situation fait fi des clivages politiques, et l'on voit des personnes intelligentes se mettre à colporter des publications complotistes sur les réseaux sociaux. 
Souvent, il m'arrive aussi de douter, de me demander si cette maladie est vraiment aussi grave qu'on le prétend, si on ne pourrait pas s'en accommoder, comme le XIX eme siècle s'est accommodé de la tuberculose lorsqu'il n'y avait aucune solution pour l'enrayer. Pourtant je fais partie des populations à risque. J'ai conscience des troubles mentaux très préoccupants induits chez certaines populations par ce confinement, et de la misère qui grandit, en particulier dans le milieu étudiant. Et en même temps je me répète que cette situation n'est pas l'Afghanistan ou le Kurdistan, que les jeunes adultes mâles d'aujourd'hui ne subissent pas le sort de toute une génération appelée sous les drapeaux à la fin des années cinquante et au début des années soixante pour faire 18 mois de guerre en Algérie ; ce n'est pas l'occupation nazie, la déportation des juifs ou les tranchées sanguinaires de la guerre de 14, ou pour en revenir à notre époque, c'est sans commune mesure avec le siège de Sarajevo, ou encore avec ce que vivent aujourd'hui les libanais, ou ce qu'on vécu les syriens ces dernières années. Je n'ai pas de solutions j'ai conscience que la crise économique à venir risque d'être terrible. Surtout pour les vieux, et ceux qui ne sont plus sur le marché du travail. Je sais aussi que les spéculateurs se portent bien et se sont enrichis.
 
(...)
 
A part ça, c'est dimanche, il fait gris, il pleut et à présent la nuit est tombée. En début d'après midi ma fille m'a proposé que nous allions faire un tour. Elle avait envie de marcher avant de se remettre au travail. Nous avons poussé jusqu'à l'Odéon, sommes revenus par le Luxembourg, puis le Bd Raspail. Ce fut mon bonheur du jour. 
De retour à la maison, j'ai relu une partie du "Roman inachevé" d'Aragon, puis j'ai écrit cela en écoutant des sonates pour flûtes de Bach.
Bach oui, même dans ses œuvres profanes, on peut dire sans risque de se tromper que lui, est vraiment essentiel. Comme disait Cioran, "S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach c'est bien Dieu"
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jeudi 28 janvier 2021

Ce petit air de flûte

 
Voilà,
"Ce petit air de flûte s'enfonçait très bien dans le paysage. On glissait, on flottait, on effleurait des girouettes. C'était paisible comme une odeur de buis ; tout un jardin s'ouvrait pour faire plaisir au cœur. Le temps ? Mais il durait mieux. Et la petite flûterie continuait à l'ombre d'une vigne" Norge in "Les Oignons"  Linked with skywatch friday - my sunday best 

mercredi 27 janvier 2021

Le Moulin de la galette

Voilà,
nous cherchons en effet des signes qui nous donneraient une raison d'espérer, nous les guettons même, mais ils sont rares. Une rue déserte est elle un signe ? Sans doute oui, en ces temps de confinement. Celui de la joie abolie. Et le Moulin de la Galette, vestige d'un temps ancien qui fut au XIXème siècle une guinguette bruyante, ou le populo venait danser (de célèbres tableaux de Renoir et de peintres impressionnistes en témoignent) a désormais des allures de fantôme. 
Quand j'étais enfant, passait à la télévision un émission animée par Albert Raisner, intitulée "Age tendre et tête de bois"où les artistes de variétés en vogue venaient se produire. Je crois me souvenir qu'elle était enregistrée au moulin de la Galette. 
"La cloche de mon cœur chante à voix basse un espoir très ancien". Je ne sais pourquoi ce vers d'Aragon me revient en mémoire.

dimanche 24 janvier 2021

Fleur de pavé


Voilà,
Elle aura bien essayé, mais sans y parvenir. Les démons et les monstres étaient plus forts. Les fantômes aussi. Et le puissant instinct de destruction de cet homme. L'attention la tendresse et l'amour qu'elle lui portait n'auront pas suffi. Qui veut disparaître ne peut se reconnaître dans l'émerveillement des commencements et se hâte au contraire de les abréger. 
L'appel du gouffre aura été plus puissant que celui de la lumière. Tant qu'elle l'a pu, elle a tenté d'entretenir les braises, de maintenir la flamme pour le soutenir. Mais que faire quand il y a trop de fatigue, trop de chagrins, trop de souffrance pour durer dans le oui. Le poids de cette souffrance bien sûr qu'elle le comprenait. Mais parfois il s'égarait, en proie à une peur panique autant qu'irrépressible. Il fuyait, dévoré du dedans par une secrète terreur. Un jour elle n'a pu que constater l'étendue du désastre. Toujours plus vaste. Et c'est elle alors qui a pris la fuite. Un autre jour, bien des années après, le hasard la mène devant cette porte qu'elle a si souvent poussée. Sur laquelle parfois il lui était arrivé, redoutant le pire, de cogner des deux poings. Apercevant le dessin délicat de cette rose comme inopinément surgie du pavé, elle tressaille soudain et ne parvient à retenir ses larmes.
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