Voilà,
que ce soit clair, je ne me moque pas de cet homme. Bien au contraire, sa silhouette, je la trouve émouvante, et cette image, en dépit de ce que j'en sais, puisque c'est moi qui l'ai prise, me bouleverse. Elle raconte quelque chose de la solitude quand vient la vieillesse, et de l'enfance aussi qui ne nous quitte pas. Quand je l'aperçois, dans le jardin d'acclimatation, il marche seul, obstiné, déterminé avec son Bunny qui flotte au dessus de lui, retenu par une ficelle qu'il tient fermement. Sa dégaine a quelque chose d'incongru, mais il va d'un bon pas en dépit de ce corps qui semble un peu cassé. Son visage est lumineux. Je comprends très vite qu'il n'est pas si seul qu'il en a l'air. Il y a un couple non loin qui se promène quelques pas en arrière avec une petite fille. Le ballon d'hélium lui appartient vraisemblablement. D'ailleurs à un moment, le père de la fillette parle au vieil homme et s'éloigne. Vraisemblablement il doit les quitter plus tôt, ou peut-être va-t-il chercher la voiture garée un peu loin, pour reprendre à la sortie du jardin femme, enfant et grand-père. Peu importe. Ce qui me touche chez cet homme c'est qu'il reste dans son mouvement, dans son rythme. Il fait en sorte qu'on ne l'attende pas. Il y a une volonté de rester indépendant, malgré tout, malgré l'âge et la fatigue. Il ne veut pas lambiner. Mais parfois il s'arrête, intéressé par quelque chose qu'il a vu ou cru apercevoir, comme à ce moment précis, devant l'une des cages de la volière. Peut-être autrefois était-il un businessman avisé, dur en affaires et autoritaire. Maintenant, devant cette scène, je pense au père de Pierre que je ne connais pas, mais qu'il évoque parfois dans son blog, à l'oncle Jacques dans ses dernières années, et même à Giscard d'Estaing, autrefois si sûr de lui et souvent même très arrogant que, dans un documentaire qui lui était consacré il y a quelques mois, l'on voyait, trottiner à petit pas, dans un jardin public, l'air vaguement égaré. Cette fraction de seconde va bien au-delà de l'anecdote et condense tout ce qu'une vie peut avoir de pathétique de grotesque de tragique et dérisoire à la fois. (linked with The weekend in black and white - art for fun friday )












