samedi 8 avril 2023

Empicassés

 
Voilà,
s'il ne fut pas un artiste aussi complet que Michel-Ange en son temps, qui en plus d'être peintre et sculpteur était architecte — et quel architecte, puisqu'on lui doit tout de même le palais Farnese, l'extraordinaire basilique Sainte Marie des anges et des martyrs, la chapelle des Médicis, la bibliothèque Laurentienne et la basilique Saint-Pierre pour ne citer que quelques-unes de ses réalisations —, Picasso demeure la figure majeure du XXème siècle en matière de peinture. On peut lui préférer Matisse, lui opposer Bacon, Klee, Kandinsky (pour lequel j'ai une particulière admiration car il fut quand même l'inventeur de l'abstraction) ou encore le tendre et merveilleux Mirò, si joyeusement coloré (pour ma part ils me sont tous aussi nécessaires, et je ne parle que de ceux qui ont contribué à l'art moderne du XXeme siècle), mais nul autre n'a fait preuve d'une aussi infatigable persévérance à transgresser les codes de la peinture, et d'une telle puissance de travail. Toujours il a cherché à se renouveler, exploitant le moindre accident, assemblant des objets incongrus pour les transformer en sculpture, métamorphosant parfois des petits cailloux en pierre gravée. Celui qui, à treize ans, dessinait mieux que Raphaël, n'a eu de cesse d'explorer de tordre de déconstruire d'expérimenter avec une aisance déconcertante qu'il lui fallait à chaque fois interroger, remettre en question transgresser nier abolir. 
Hier sur Arte j'ai regardé un passionnant documentaire intitulé "Picasso l'inventaire d'une vie", grâce auquel j'ai appris des nouvelles choses le concernant. On y raconte comment Maurice Rheims, un célèbre commissaire-priseur, se consacra à l'inventaire de son œuvre. Il pensait que cela durerait six mois, cela lui a pris huit ans. Il y raconte sa surprise de découvrir autant de toiles et d'œuvres diverses que Picasso avait produites et entreposées dans ses différentes propriétés et dont personne n'avait soupçonné l'existence : 1885 peintures, 11748 dessins,  1228 sculptures,  2800 céramiques, 18 000 gravures, 6000 litho. Un inventaire qui s'est évalué au début des années quatre vingt, à 1 milliard 300 millions de francs dont 20% sont revenus à l'État français. 
En 1972, pour fêter son 90ème anniversaire, huit toiles du maître malaguène, — les seules dont disposaient alors les collections nationales — furent exposées dans la grande galerie d'honneur du musée du Louvre parmi les chefs d' œuvre du passé. Je me souviens y être allé, et c'est à cette occasion que je fis sa découverte. C'était la première fois qu'on rendait un tel hommage à un peintre encore en vie. Seul Georges Braque en 1963 avait auparavant connu le privilège d'être invité de son vivant au Louvre, mais dans un espace qui lui était entièrement dédié. Il est amusant de constater que tous deux, qui travaillèrent presque de concert à l'invention du cubisme, aient, à quelques années d'écart ainsi partagé cette faveur.
Le film est parsemé de nombreuses anecdotes. L'une en particulier m'a touché. celle de Pierre Daix, qui a beaucoup écrit sur lui, et qui visiblement ne s'est jamais vraiment remis d'avoir connu cet homme tant son émotion est palpable à chacune de ses interventions. Lors de sa dernière visite chez Picasso, celui-ci, avant qu'il ne se séparent, l'emmène dans une petite pièce et tient à lui montrer posée sur une méridienne, la toile ultérieurement  titrée "L'autoportrait devant la mort", le dernier qu'il réalisa.
 

 
Comme on fête le cinquantième anniversaire de sa mort, de nombreux documentaires sont diffusés autour de Picasso. L'un deux est consacré à Françoise Gilot, qui vécut avec lui après-guerre. C'est une femme très intéressante et une peintre très talentueuse. Elle ne s'en laissa pas compter par son illustre compagnon qui n'était pas un homme facile à vivre, à cause de son machisme très espagnol. Il se comportait souvent en tyran domestique. Ce fut la seule femme qui sut se tirer des griffes de Picasso et refaire sa vie, rapidement après l'avoir quitté, la seule peut-être pour démentir cette chanson des Modern Lovers. Picasso fit en sorte de l'invisibiliser, en exigeant de son galeriste qu’il cesse de l’exposer. Le génie n'est pas exempt de mesquinerie. Lorsque Françoise Gilot, exilée aux États-Unis, publia un livre sur sa vie avec Picasso, ce dernier fit tout — sans succès d'ailleurs— pour empêcher sa parution. Et lorsqu'il fut traduit en français, Picasso mobilisa le ban et l'arrière-ban des intellectuels français pour empêcher sa publication. Une pétition fut signée par de nombreux artistes qui par ailleurs se targuaient d'être d'ardents défenseurs de la liberté. Aragon et la Triolette, Césaire, Alain Cuny, Michel Leris, même Jacques Prévert, Vercors, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renault, Serge Reggiani, Maurice Rheims, Geneviève Anthonioz De Gaulle... Cocteau, qui toute sa vie fut pourtant confit, d'une admiration peu payée en retour à l'égard du peintre (qui s'en amusait d'ailleurs), eut l'élégance de ne pas signer. Bref, l'homme si sûr de son génie, pouvait être mesquin cruel et d'une grande lâcheté. 
Claude Arnaud, dans un récent ouvrage intitulé "Picasso tout contre Cocteau", confie, que Michel Leiris, surnommait Picasso, "le mage noir", et que ce dernier disait "chaque fois que je change de femme je devrais brûler la précédente". Espérons qu'il ne parlait que des toiles peintes où celles-ci étaient représentées. A un spectateur indignée par un portrait de femme de Picasso, Colette rétorqua un jour "elle n'est pas affreuse, elle est empicassée" . Claude Arnaud, fait malicieusement remarquer  que "empicassé" est le mot qu'utilisent les paysans breton pour désigner une vache à qui leurs voisins ont jeté un sort.
J'ai choisi pour illustrer cet article trois œuvres mineures, aperçues lors de l'exposition Picasso et la préhistoire. De petits galets sculptés, qui révèlent la part d'enfance chez cet artiste. 
Un être qui fit longtemps mon bonheur, un jour me raconta que, lorsqu'elle était enfant, elle pensait être la reine des cailloux. A sa façon Picasso lui aussi régnait sur eux, leur accordant parfois son onction de vieil enfant ("ce pervers polymorphe", selon Freud), lui qui sa vie durant prétendait s'efforcer de dessiner comme eux.

vendredi 7 avril 2023

En pensant à Eugène Dabit

Voilà,
je relis depuis quelques temps — et avec un grand plaisir —, des nouvelles d'Eugène Dabit. Cet écrivain français du XXe siècle, est connu pour avoir écrit "L'hôtel du Nord", qui a inspiré le film "Hôtel du Nord" réalisé par Marcel Carné.  Dans ce grand classique du cinéma français d'avant-guerre, Arletty et Louis Jouvet y interprètent les rôles principaux servis par les dialogues d'Henri Jeanson auquel on doit le célèbre "atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère".
Une prose simple et directe, économe, évitant les effets littéraires artificiels pour décrire les scènes de la vie quotidienne et populaire, le souci du détail concret, et les sensations physiques caractérisent le style de Dabit. Ses nouvelles évoquent les conditions de vie des marginaux et des classes populaires d'avant-guerre, parfois les injustices sociales dont ils sont victimes. Dans la restitution des de ces tranches de vie transparaissent les émotions des personnages, souvent à la recherche de joies simples, et désireux de rendre plus supportables des existences souvent précaires où le malheur n'est jamais loin.
Eugène Dabit  mourut subitement du typhus, à Sebastopol en 1936, lors de ce voyage d'intellectuels français en URSS au nombre desquels on comptait, Jef Last, Louis Guilloux, Jacques Schiffrin et Pierre Herbart. André Gide qui en était l'écrivain le plus célèbre relatera ce périple dans Retour de l'U.R.S.S., et lui dédicacera son livre : "à la mémoire de Eugène Dabit. Je dédie ces pages, reflets de ce que j'ai vécu et pensé près de lui, avec lui." 
Il m'a semblé que l'homme sur cette photo prise en Octobre 2005, square Jean XXXIII, entre Notre-Dame de Paris et la Seine, aurait pu trouver sa place dans l'une de ses nouvelles.
 

jeudi 6 avril 2023

Juste une strophe

 

Voilà,
 Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs, / Prend en pitié nos jours vains et sonores. / Chaque matin, il baigne de ses pleurs / Nos aurores. Je me suis rappelé ce bout de poème. En fait non, j'en avais juste un vague souvenir. J'ai du chercher sur la toile, dans ma bibliothèque pour retrouver ce dont il s'agissait exactement. Ça a pris un peu de temps, j'ai fini par en avoir le cœur net. C'est dans "Les Contemplations" de Victor Hugo. Je me doutais quand même que c'était lui, mais le poème dans son intégralité je ne m'en souvenais pas du tout. Il n'y avait que cette strophe, comme sortie de nulle part, comme un bout d'os trouvé dans la terre. J'ai cherché un moment. J'ai du lire ça dans ma prime jeunesse. Je me souvenais juste de cette étrange versification, trois vers de dix pieds, un autre de trois pieds. Peut-être l'avais-je noté quelque part, adolescent, quand je scribouillais de maladroits poèmes. À cette époque où je trainais parfois mon mal de vivre du côté des serres tropicales du jardin des plantes.
 

mercredi 5 avril 2023

Tout regard est un leurre


 
Voilà 
Tout regard est un  leurre. 
 Un regard vrai 
devrait demeurer dans ce qu'il regarde
ou du moins être le flux qui l'irrigue et le fasse croître.

Toutes choses attendent ce regard.
Et si tout attend quelque chose, 
cela peut-il ne pas exister ?

Chacun de nos regards peut-être 
pourrait devenir celui que les choses attendent, 
si nous savions nous déprendre de lui 
comme quiconque donne un pain
(Roberto Juarroz)
 
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mardi 4 avril 2023

Un fait divers belge

Voilà
une des nouvelles les plus désopilantes qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps (j'ai d'abord cru à un poisson d'Avril) : "un père de famille s'est donné la mort après avoir dialogué pendant six semaines avec un chatbot, un ordinateur doté d'une intelligence artificielle. L'homme était très éco-anxieux, la machine ne l'a pas beaucoup rassuré et la famille accuse désormais Eliza, cette intelligence artificielle de l'avoir poussé au suicide. Ce trentenaire, père de deux jeunes enfants, souffrait depuis plusieurs mois d'une dévorante angoisse de fin du monde causée par le réchauffement climatique. Il a choisi d'en parler avec cette IA, tout d'abord pour lui poser des questions sur les espoirs de survie de l'humanité. La conversation aurait ensuite pris une dimension beaucoup plus humaine. "Elle était devenue sa confidente, une drogue dont il ne pouvait plus se passer", rapporte son épouse au journal La Libre Belgique. Ce n'est qu'après son décès que sa famille découvre la conversation où la victime fait part de ses pensées suicidaires, de la manière dont il compte mourir. Elisa, intelligence spécialement programmée pour ne jamais contredire ses interlocuteurs, le soutient. Suite à ce drame, le secrétaire d'État à la digitalisation a annoncé le lancement d'une réflexion sur la régulation des intelligences artificielles." 
Mais contre la connerie naturelle, apparemment, rien ne semble avoir été prévu. Et, si l'on en croit les programmes de radio et de télé mainstream, on pourrait même supposer qu'elle est, au contraire, fortement encouragée. Quoi qu'il en soit, les commentateurs évoquent désormais avec beaucoup de sérieux, les trois lois de la robotique énoncées pour la première fois par Isaac Asimov en 1942 dans sa nouvelle de S.F. Cercle vicieux (Runaround) :  1) un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger  2) un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ; 3) un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi.
J'ai donc, par curiosité, tapé la première phrase de cet article dans le prompt d'un générateur text-to-image, comme je l'avais déjà fait en décembre. J'ai obtenu ça : 

 
Qu'en conclure ? D'abord que ce générateur n'est pas si intelligent que ça. Je l'avais déjà constaté en décembre dernier, après un entretien avec un nouvel agent conversationnel dont on vantait alors les mérites. Je n'ai même pas publié ce que j'en pensais, tellement cela me semblait peu digne d'intérêt. J'avais l'impression de parler avec un prêcheur évangélique. C'est à dire le degré zéro de la pensée. Revenons à cette image : "un père de famille" c'est forcément un vieux avec une cravate. "Un ordinateur doté d'une intelligence artificielle", c'est une petite fille un peu difforme, blanche et blonde, avec une vague prothèse dans les cheveux. Je trouve même cette image sournoisement licencieuse. Cette petite fille à grosse tête, au cou étroit et au nez mal fini, ne serait-elle pas sur les genoux de ce vieillard pour que leurs visages soient ainsi à la même hauteur ? 
J'ai donc décidé de formuler ma requête avec le paragraphe allant de "un père de famille" jusqu'à "une drogue dont il ne pouvait plus se passer". Et là c'est le grand n'importe quoi :
 

D'une part la mort y semble toujours associé à la vieillesse. En outre, ce générateur d'images a toujours autant de problèmes avec la représentation des mains et les lois de la perspective. Quant à la représentation de l’IA par elle-même, je la trouve assez croquignolesque.
Évidemment, je suis un peu taquin, je propose délibérément des "prompts" vagues et abstraits, voire même confus. Je n'ignore pourtant pas qu'il existe déjà des banques de "prompts" qui s'affirment comme "la solution par défaut en matière d’achat-revente pour gagner du temps, obtenir de meilleures images et dépenser moins de crédits sur les services "d’IA et leurs API". Mais ce qui m'intéresse c'est le côté déconnant de l'affaire. Je cherche l'anomalie. Par exemple, ces générateurs ne prennent pas en considération ce qui choque. Tu files une description d'une scène d'orgie par le marquis de Sade, la machine refuse (mais qui sait peut-être cela marcherait-il avec la description du martyre d'un saint). Il y a malgré tout un certain charme au côté mal foutu, pas encore dégrossi. C'est d'ailleurs ce qui m'intéresse. Cette génération de "possibles totalement improbables" que produit la machine, avec des mains à sept doigts des bouches à cinquante dents, des tératologies numériques, des hasards algorithmiques, bref tout ce qui relève de l'anomalie.
Je me suis en outre livré à une autre expérience. J'ai tapé "elle se confond avec la pénombre. Une viscosité qui a une volonté, de la glu pétrie de haine ". Trois phrases relevées au hasard dans une page des "Travailleurs de la mer" de Victor Hugo. Cette image m'est apparue.
 

 Il est clair que le générateur Text-to-image n'est pour le moment guère compatible avec la poésie. Le résultat se révèle bien énigmatique. Néanmoins, l'image hasardeuse de ces silhouettes égarées dans un désert où se dressent de vastes monuments me plaît. Elle me rappelle ces collages d'architectures utopiques que je réalisais au début des années quatre-vingt.
J'ai ensuite fait d'autres tentatives, cherchant à obtenir des résultats plus scabreux. J'ai bidouillé, traficoté. J'en livrerai peut-être les résultats ultérieurement. Il faut que je laisse reposer. On doit toujours se méfier des enthousiasmes immédiats. 
Je ne peux guère sortir de chez moi, ces derniers temps. En attendant que je me rétablisse, c'est donc à cela que je m'occupe. Entre autres.

dimanche 2 avril 2023

Fresques de l'oratoire de la Villa Litta

Voilà,
lors de ce passage au Louvre, précédemment évoqué, outre les fresques de Boticelli, j'ai aussi découvert celles que réalisa entre 1520 et 1525 Bernardino Luini et qui ornaient l'oratoire de la famille Litta à Greco Milanese près de Milan. Le cartel du musée dit en substance ceci : "Mêlant une composition rigoureuse et un raffinement de la technique picturale, sensible dans le traitement des figures et l'utilisation des couleurs rehaussées d'or, elles rendent compte du style de cet artiste lombard, fortement influencé par la peinture de Léonard de Vinci.". Luini travailla d’ailleurs avec ce dernier quand il séjourna à Milan de 1482 à 1499, puis surtout à partir de 1504 jusqu’à son départ pour la France. Giorgio Vasari, un de ses contemporains dit de lui qu'il fut un peintre "éminemment délicat, qui vaut aussi bien dans la peinture à l’huile qu’en fresque, et il fut une personne très courtoise et au service de son art; c’est pour cela justement que ces louanges lui conviennent et qu’il mérite quelque artifice qui, avec l’ornement de la courtoisie, fasse resplendir l’œuvre de sa vie autant que l’œuvre d’art ".
Ces fresques furent déposées vers 1810, sans doute lors de l'occupation des armées de Napoléon.
 

vendredi 31 mars 2023

A l'ombre des cerisiers

 
 
Voilà,
dimanche dernier je suis allé voir le prunus shirotae, une variété de cerisier du Japon,
qui compte parmi les arbres remarquables du Jardin des Plantes, surtout lors de sa floraison.
J'ai songé aux haikus que Kobayashi Issa leur a consacrés
 
*
 
 Être rien qu'en vie
à l'ombre des cerisiers
cela est miracle.
 
*
 
A l'ombre des fleurs de cerisiers
il n'est plus
d'étrangers. 
 
*
 
Ah, ces fleurs de cerisiers,
comme si descendues
en flottant du ciel ! 
 
et aussi ce dernier qui me semble on ne peut plus d'actualité 
 
 
 
en ces jours récents,
ces temps dégénérés,

des fleurs de cerisiers partout ! 
 

mercredi 29 mars 2023

Des pierres trop lourdes

Voilà,
Nulle autres possibilité de promenade, sinon celle qui mène de ce lampadaire au casino et du casino à ce lampadaire. Réaliser, dans la solitude d'un froid dimanche venteux, que les choses immédiates n'en sont pas pour autant plus saisissables ni compréhensibles. La vie tangue. On n'y peut rien. On la voudrait plus légère, plus soluble dans l'air du temps, mais on demeure là, chancelant, à regarder le paysage trembler. Les nuages passent, tels une armée en déroute. La gorge serrée ; les mots comme de trop lourdes pierres.
 

lundi 27 mars 2023

Tipasa

 

Voilà
"Du côté des ruines, aussi loin que la vue pouvait porter, on ne voyait que des pierres grêlées et des absinthes, des arbres et des colonnes parfaites dans la transparence de l’air cristallin. Il semblait que la matinée se fût fixée, le soleil arrêté pour un instant incalculable. Dans cette lumière et ce silence, des années de fureur et de nuit fondaient lentement. J’écoutais en moi un bruit presque oublié, comme si mon cœur, arrêté depuis longtemps, se remettait doucement à battre. Et maintenant éveillé, je reconnaissais un à un les bruits imperceptibles dont était fait le silence : la basse continue des oiseaux, les soupirs légers et brefs de la mer au pied des rochers, la vibration des arbres, le chant aveugle des colonnes, les froissements des absinthes, les lézards furtifs. J’entendais cela, j’écoutais aussi les flots heureux qui montaient en moi. Il me semblait que j’étais enfin revenu au port, pour un instant au moins, et que cet instant désormais n’en finirait plus. Mais peu après le soleil monta visiblement d’un degré dans le ciel. Un merle préluda brièvement et aussitôt, de toutes parts, des chants d’oiseaux explosèrent avec une force, une jubilation, une joyeuse discordance, un ravissement infini. La journée se remit en marche. Elle devait me porter jusqu’au soir." (Albert Camus - Retour à Tipasa)

dimanche 26 mars 2023

Palissades (2)

Voilà
tenant ma promesse de la semaine dernière, je propose trois vieux pochoirs de Blek le Rat, pseudonyme de Xavier Prou. Entré aux Beaux-Arts de Paris en 1972, il décroche son diplôme d’arts plastiques en 1976, avec une spécialisation en sculpture. Puis il entreprend des études d’architecture l’année suivante à La Villette. Il découvre, lors d’une exposition à Paris, le travail du peintre et photographe anglais David Hockney, figure du mouvement pop-art des années 60. Une scène du film « The Bigger Splash » où l’on voit un homme peindre un visage sur le mur d’un appartement, restera particulièrement gravé dans sa mémoire.
L’art de rue qu’il a découvert à New-York mûrit pendant dix ans en lui avant qu’il n’ose prendre une bombe et peindre les murs. En 1981, il commence à peindre au sein d’un collectif Blek, qu’il forme avec un copain. Leur pseudonyme fait référence à un personnage de bande dessinée italienne, Blek Le Rock.
 Le collectif fabrique des pochoirs le jour et graffite la nuit dans les 14e et 18e arrondissements de Paris où à l’époque, des dizaines de maisons étaient abandonnées et murées. Un vaste terrain de jeu , comme le fut la palissade entourant le chantier de la pyramide du Louvre.
Lors de la Saint Sylvestre du 31 décembre 1982 au 1er janvier 1983, ils taguent des dizaines de rats et de tanks autour du Centre Pompidou. Quand les gardiens viennent leur demander ce qu’ils font, ils répondent : « de l’art »! Un an plus tard, Blek Le Rat poursuit son épopée artistique anonyme tout seul et naît alors une certaine reconnaissance. Pour lui c’est le début de la notoriété. "J’ai pris la photo d’un vieil Irlandais dans Libé et l’ai peint dans plusieurs villes de France au pochoir. L’impact a pris une dimension à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Je retrouvais mon pochoir dans différents journaux pour traiter des sujets qui n’avaient parfois rien à voir avec le graffiti… ", raconte-t-il. Cet homme en noir deviendra la marque de fabrique de Blek Le Rat. Les pochoirs présentés ici ont été réalisés au milieu des années 80.
Blek Le Rat a laissé sa patte sur les murs des plus grandes villes du monde. Son travail a inspiré de nombreux artistes de la scène urbaine, comme Banksy chez qui l’on décèle des pochoirs très semblables.

vendredi 24 mars 2023

Vestiges romains

Voilà,
en 1995, alors que nous étions en tournée à Béziers avec un spectacle, Jean Alibert, Lionnel Astier et moi fîmes un détour par Sète pour y voir la tombe de Georges Brassens, pour lequel nous éprouvions une commune admiration. Pour ce qui me concerne, il me bouleverse toujours autant. Nous étions ensuite allés faire un tour en bord de mer, où j'ai aussi pris cette photo. Quand je suis retourné à Sète, en Avril dernier, j'ai secrètement espéré que le hasard de mes pas me conduirait à cette relique romaine que j'avais photographiée, et qui m'était alors apparue dressée au milieu d'un tas d'immondices entassées à ses pieds. Mais je ne l'ai pas revue.

jeudi 23 mars 2023

Jaune et bleu

Voilà,
je ne l'ai pas fait exprès mais c'est une photo aux couleurs de l'Ukraine. Ça pourrait aussi bien être aux couleurs de la Suède. Le jaune allié au bleu me réjouit. À cause de ma dyschromie sans doute. Mais, passant par là, c'est surtout ce reflet inattendu qui a retenu mon attention. Une fraction de seconde j'ai cru être sujet à une hallucination. Je n'ai pas immédiatement compris ce que je voyais. A première vue les choses ne me semblaient pas à leur place. 
En fait l’ancien Louvre des antiquaires, ce grand bâtiment haussmannien en arrière-plan va abriter dès 2025, un deuxième site de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. C’est à Jean Nouvel, architecte du site situé Boulevard Raspail, qu’a été confié le soin de dissimuler durant toute la durée des travaux, ces disgracieuses cabanes de chantier qu’on appelle Algeco. Deux des quatre faces du cube sont parées de miroirs. Une troisième devrait bientôt l’être à son tour pour couvrir les actuels échafaudages, et la quatrième restera couverte d’une bâche représentant les arcades face à elle. Les façades donnent à voir, selon l’orientation, le reflet des bâtiments alentours, le Louvre et le Conseil d’État et bien sûr, celui du ciel. 
 

Sinon, 
mon valet me chuchote qu'il ne faut pas faire chier le monde juste parce qu'on a le sentiment de ne pas s’être vraiment accompli au cours de son existence. Il me rappelle aussi cette citation d'Horvath "Quand je suis vraiment moi-même, je suis très différent, mais cela n'arrive qu'exceptionnellement." 
Mon valet est très espiègle, et je ne sais alors s'il parle de lui ou s'il fait allusion à moi. 
En outre, il me conseille aussi de programmer de vieux posts, publiés quand je commençais tout juste ce blog et que j'avais très peu de lecteurs. "Choisir exige beaucoup moins d'efforts que rédiger, Et puis de toute façon tu racontes toujours les mêmes choses" s'exaspère-t-il. "Et de moins en moins bien. C'est pénible à la fin."
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mardi 21 mars 2023

Dans l'ambre du passé


Voilà, 
ces fractions de secondes, bien des années après, comme serties dans l'ambre du passé. Ces instants insignifiants qui pourtant exigeaient de ne pas se laisser oublier. Je me souviens d'errances solitaires dans la ville froide et humide, de cet accablement et ce sentiment d'échec que je traînais alors, songeant qu'il me faudrait vivre désormais avec ça, le restant de mes jours. Était-ce à cause de la lumière pâle, de cette silhouette solitaire, de l'étonnement d'être là ? J'ai pris la photo. Depuis j'ai vécu plus d'années que je n'en avais alors. 

dimanche 19 mars 2023

Palissades du chantier du Louvre


Voilà,
au milieu des années 80, le chantier consacré à l'édification de la pyramide du Louvre, était ceint d'une palissade de bois. Elle se révéla un terrain de jeux et d'expérimentation pour nombre de muralistes et graffitistes parisiens, qui purent ainsi exposer leurs travaux sans enfreindre la loi ni risquer de poursuites pour dégradation ou vandalisme. Beaucoup débutaient comme Blek Le Rat, Jef Aérosol ou Miss-Tic. Reprenant les règles de conduite du graffiti, ils s’exprimaient en utilisant le pochoir, avec une esthétique militante et poétique. J'ai alors photographié les travaux de ces artistes aujourd'hui reconnus. Pendant quelques semaines, je proposerai un retour dans le passé en publiant certains de leurs travaux d'alors.
En premier lieu, je commencerai par ces dessins non signés mais qui rappellent beaucoup le style de Reiser, le célèbre dessinateur de Charlie Hebdo. Je n'en connais pas l'auteur.
 

 
J'en aime toutefois la spontanéité, le côté sauvage et caricatural, les couleurs aussi.
 
 
Ces photos sont les traces et les reliques d'une époque depuis longtemps révolue. Leur aspect trash rappelle aussi par certains aspects des peintures du groupe Cobra dans les années soixante. 

samedi 18 mars 2023

Celleneuve


Voilà, 
"j’ai énormément de respect pour mes collègues scientifiques qui donnent de leur temps au GIEC. Moi, je n’aurais jamais la patience. La planète est en feu. Mais pour ne pas froisser certains pays, ils vont sûrement devoir diluer ce message dans la synthèse qui sera publiée lundi. Pas à cause des experts du climat bien sûr, mais de certains responsables gouvernementaux qui participent aux discussions et bloquent la publication s’ils ne sont pas satisfaits de chaque mot. Les rapports du Giec sont très utiles, comme bases de travail pour les chercheurs et les étudiants du monde entier. Mais leur message, archi-simple, est limpide, et ce depuis longtemps. Ces textes ne devraient pas devenir des objets politiques, dont la réécriture incessante sert à repousser les décisions qui fâchent" constate la climatologue Céline Heuzé dans un entretien à Libération du 16 mars. Tel est monde où nous vivons : le souci du mot juste non pour décrire la réalité mais bien pour la travestir.
Dans le même journal, hier, sous la plume de Margaux Lacroux, je lis ceci : "Avant de dévoiler leur synthèse, les scientifiques du Giec ont dû se prêter à un exercice éprouvant cette semaine à Interlaken, en Suisse. Après l’élaboration de chaque rapport, ils écrivent en supplément un "résumé à l’attention des décideurs" qui doit être examiné ligne par ligne, voire mot par mot, avec les représentants de 195 États lors d’une session d’approbation. Des centaines de personnes se réunissent ainsi pendant une sorte de conclave qui dure plusieurs jours. Les délégués des États font des milliers de commentaires, pour améliorer ou préciser certains points, voire pour faire valoir leurs intérêts. Les négociations sont de plus en plus longues et houleuses : les tensions montent entre pays du Nord et pays du Sud, surtout sur les passages concernant les financements, tandis que l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe tentent inlassablement d’affaiblir la question de la sortie des énergies fossiles. Au final, la décision de modifier, ou non, des parties du résumé revient aux experts"
 
J'ai réalisé cette photo l'année dernière au mois d'Avril, vers Pâques. Il faisait anormalement beau pour la saison. Ce fut d'ailleurs l'occasion de mon premier bain de mer de l'année. Le monde était en proie à de nouvelles convulsions. Mais dans le jardin de S., à Celleneuve ce vieux quartier un peu excentré de Montpellier, sous la franche lumière du Sud, la proximité de l'église moyen-âgeuse de Sainte Croix, avait quelque chose de rassurant. Car celle-ci, bâtie au 12° siècle, de style roman (la seule qui subsiste à Montpellier) a survécu à bien des fléaux. Au 14° siècle, lors de la guerre de cent ans, pour s’abriter des Grandes Compagnies (en quelque sorte les milices Wagner de l'époque) qui ravageaient les campagnes, des travaux furent entrepris pour la mettre en défense : murs rehaussés, mâchicoulis, contreforts. Elle résista aussi par la suite aux guerres de religion, et à bien d'autres aléas de l'Histoire. Elle résista même au petit âge glaciaire.

mercredi 15 mars 2023

Cinq-cents jours

 
Voilà,
hier les panneaux lumineux annonçaient qu'il ne reste plus que 500 jours avant le début des Jeux Olympiques. Je n’ai jamais compris cette obstination à vouloir organiser les jeux, alors que l’on sait que cela génère plus de coûts que de bénéfices pour les villes qui accueillent cette manifestation. Il est probable que rien ne sera prêt à temps. Il y a du retard dans beaucoup de travaux, et l'on a même renoncé à certaines infrastructures concernant en particulier les transports. Il faut dire que la gouvernance de la ville est particulièrement incohérente. Mais on s'efforce de nous persuader que ça sera une fête, alors que tous les jours on nous parle de la guerre en Ukraine, des perturbations climatiques, de la sécheresse en France, de la probable baisse des rendements agricoles, des problèmes soulevés par le vieillissement des centrales nucléaires. Cerise sur le gâteau, en raison du mouvement de protestation qui dure depuis quelques jours un peu partout en France, les éboueurs sont en grève et les poubelles s'entassent dans les rues de Paris. C’est là qu’on s’aperçoit que les gens nécessaires sont mal payés, et que ce sont précisément ceux-là qui meurent précocement et cotisent toute leur vie, pour une retraite dont il sont à peu près certain de ne pas pouvoir profiter.

  

C'est un peu le bordel, il faut bien l'admettre, et ni l'état du monde ni celui de ce pays n'incitent à l'optimisme. Difficile de se projeter dans l'avenir (même cinq-cents jours) avec ne serait-ce qu'une once de sérénité. Des manifestations sont encore prévues aujourd'hui, contre cette loi sur les retraites qui suscite beaucoup de mécontentement. Mais elle sera tout de même probablement votée au parlement. Je suis curieux de voir ce qu'il va se passer désormais. On vit des temps vraiment étranges. 
Dans toute cette confusion, je continue d'aller au cinéma.  Il y a encore des salles de cinéma à Paris. Et c'est bien. Quand le film est bon j'oublie les douleurs, j'oublie les tracas quotidiens, la vie est suspendue. Ce soir j'ai vu le merveilleux film de Sam Mendes "Empire of light". Une fable subtile délicate et émouvante, parlée en anglais british, jouée par d'excellents acteurs et actrices au service de personnages complexes. Le cinéma tel que je l'aime. Sans esbrouffe, parfaitement maîtrisé, laissant toute la place au spectateur. 

lundi 13 mars 2023

Toute chose fait signe


Voilà,
au lieu de me prendre à des activités plus concrètes et peut-être aussi plus nécessaires – mais j’en suis tout à fait incapable  – et sans doute mû par une sensation d’urgence, je publie ces dernières semaines beaucoup de chroniques sur ce blog. C’est une dérisoire parade au fait que je sens mes facultés intellectuelles et physiques s’amoindrir. Je redoute même de les perdre tout à fait d’ici peu. Il est certes possible que je dramatise la situation, mais tout de même, des symptômes agaçants autant qu’inquiétants s’accumulent. Je dors beaucoup à des heures irrégulières. Quoique je ne sois ni écrivain ni terriblement âgé, j’ai parfois l’impression d’être le personnage interprété par John Gielgud dans "Providence", le film d’Alain Resnais. J’ai tendance à me couper du monde, je vois peu de gens, et c’est très bien comme ça. Lorsque j’en vois je me retrouve dans des situations embarrassantes. L’autre soir au théâtre par exemple, j’ai croisé un camarade que je n’avais pas revu depuis longtemps. Au moins l’ai-je reconnu, je savais qui c’était, où et avec qui il travaillait en ce moment (merci facebook), j’étais en mesure de lui demander des nouvelles d’amis communs, mais me rappeler son nom et son prénom, je m’en trouvai soudain tout à fait incapable. Je crois que ma défaillance est passée inaperçue, mais le malaise suscité m’a poursuivi quelques heures durant. Alors je préfère ne pas trop socialiser. En outre la mémoire des mots et des noms se dérobe aussi quand je suis seul. Il y a quelques jours, j’étais incapable de retrouver le prénom du producteur des Beatles. Je pensais John au lieu de George Martin. D’ici peu, si cela continue j’oublierai bientôt le nom des quatre gars de Liverpool. Je serai alors vraiment cuit
Ces jours-ci, prendre des notes et bidouiller des images, sont les seules contraintes que je m’impose volontiers, en plus de faire les courses parce qu’il faut bien se nourrir. Je lis ou relis quelques bouquins aussi. J’ai cependant du mal à me concentrer, je me lève tard me couche de même. Je me réveille souvent au milieu de la nuit. J’écoute alors de la musique classique à la radio. Cela m’aide parfois à me rendormir, parfois non. Il arrive même de temps à autre que cela me stimule pour travailler, la plupart du temps cela m’intrigue, retient mon attention et suscite ma curiosité. Je me livre alors à toutes sortes de recherches désordonnées sur le net. Et c’est déjà le matin.
De nouveau le merle chante à l’aube, ce qui annonce le retour des beaux jours. Le Forsythia qui a commencé de fleurir plus prématurément que jamais auparavant (les premiers bourgeons ont éclos fin février) s’épanouit et se constelle de fleurs jaunes de plus en plus nombreuses. Peut-être le prunus du jardin des plantes est-il déjà en train de fleurir. Je pourrais aller y faire un saut un de ces jours prochains. Cela me fera une promenade si toutefois cesse la douleur qui s’est installée depuis quelques temps dans ma jambe droite. En attendant je consulte des planches contact et continue de scanner de vieilles photos. Les souvenirs remontent. Je repense à ce poème de Roberto Juarroz, que je lis beaucoup ces derniers temps.
  
Toute chose fait signe vers autre chose.

Vers quoi fait signe 
l'histoire verticale de l'arbre ?
Vers quoi fait signe 
l'oasis de ton corps?
Vers quoi fait signe la lumière
et vers quoi la nuit ? 
Vers quoi fait signe 
la raideur méthodique des morts ?

Peut-être que tout fait signe vers un centre.
Mais tout centre fait signe vers le dehors.

oui, ce poème qui, je ne sais pourquoi, lui aussi fait signe vers ce paisible paysage du port de Cadaquès, pris en Janvier 1991, la veille de la première invasion de l'Irak. Une image du temps passé, dont je ne sais plus si elle est un centre ou un dehors. 

dimanche 12 mars 2023

Rue Grégoire-de-Tours



Voilà,
au 6 de la rue Grégoire de Tours, entre le Boulevard Saint-Germain et la rue de Buci, se trouve un charmant hôtel pour touristes, qui toutefois doit s'avérer un peu bruyant le soir,  surtout l'été, en raison des nombreux restaurants qui s'y trouvent et, les beaux jours venus, transforment la rue en une longue terrasse. A l'entrée une fresque charmante, évoque une vision bucolique de la place St-Germain-des-prés et de l’église romane reconstruite après la Révolution Française qui s’élève toujours sur l’emplacement même choisi au milieu du VIème siècle par le roi mérovingien Childebert Ier, fils de Clovis. Car au commencement, il y eut d' abord l’Abbaye Saint-Germain. Théâtre des grands moments de l’Histoire, détruite une première fois pendant les Invasions Normandes à la fin du neuvième siècle elle fut ensuite fortifiée au seizième siècle, car toujours à l’extérieur de l’enceinte de Paris. Florissante au dix-huitième siècle, l’Abbaye dissoute à la Révolution Française, vit alors ses bâtiments monastiques transformés en dépôts d'armes et en prisons. En 1794, un incendie dévasta la Bibliothèque. Les annexes furent donc vendus et les terrains  lotis d’immeubles d’habitation  dessinant le quartier tel qu’il est aujourd’hui. Ça, c'est la version guide touristique pour mes lecteurs étrangers.
La vision que propose cette peinture murale est certes quelque peu idyllique et rêvée, et ne reflète sans doute aucune réalité historique. Mais elle a le charme des "peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires" qu'évoque Rimbaud dans "Une saison en enfer". 
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samedi 11 mars 2023

Méprisant de la République


Voilà,
la semaine dernière, à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, avait estimé que "mettre la France à l'arrêt" à partir du 7 mars, comme promis par les organisations syndicales mobilisées contre la réforme des retraites, serait "prendre le risque d'une catastrophe écologique, agricole ou sanitaire". 
Nos gouvernants sont des guignols au service des lobbies agroalimentaires et industriels, on le savait déjà. Ils s'acharnent à détrousser les pauvres et les classes moyens et à détruire tout ce qui relève, dans notre tradition sociale et politique, des "communs" (santé, éducation, culture, justice, recherche), ils ne s'en cachent même plus. Ils appauvrissent les plus démunis et les classes moyennes, en accordant toujours plus de privilèges fiscaux aux plus fortunés, la prospérité de la nation est selon eux, à ce prix. Mais qu'ils manifestent avec autant d'arrogance leur bêtise et leur mauvaise foi, voilà qui continue de me surprendre. Car tout de même, l'action de ce gouvernement en matière d'écologie se résume à des déclarations d'intentions jamais suivies d'effets. Que son porte-parole s'autorise à faire, en la matière, porter le chapeau au mouvement social, relève vraiment du foutage de gueule. "Les cons osent tout c'est à cela qu'on les reconnaît". On a l'impression qu'Olivier Véran s'obstine à illustrer cette maxime de Michel Audiard. Il oublie, Véran, que la conjonction de catastrophes naturelles et le spectacle trop visible de l'impunité et de l'accroissement des privilèges des classes aisées, favorise souvent des bouleversements sociaux qui ne sont pas toujours pacifiques. Il y a tout de même quelques exemples dans l'histoire passée et non des moindres.


Tout se passe comme si la crise du Covid avait effacé le souvenir des révoltes des gilets jaunes. Comme si la répression brutale de ces insurgés de tous bords avait effacé le malaise qui affecte ce pays, auquel d'ailleurs aucun parti politique ne semble vraiment en mesure de répondre. Car ce qu'il reste de la gauche ne brille pas non plus par la cohérence de sa pensée ni par son aptitude à offrir des propositions satisfaisantes. Je ne sais pas si un vent de fronde se lève sur le pays ou si quelque chose de plus insidieux rampe sournoisement sans qu'on s'en rende compte. Toujours est-il que 72% des français sont opposés à cette réforme qui s'ajoute à un nombre croissant d'injustices sociales. Mais Macron a choisi l'épreuve de force avec son peuple autant qu'avec les syndicats. Il s'obstine à faire passer cette réforme des retraites qui génèrera peu de profits alors que s'imposerait plutôt une révision de la fiscalité des entreprises et des grandes fortunes. Mais n'oublions pas que supprimer des acquis sociaux permet aussi de rassurer les investisseurs étrangers et les créanciers de notre dette nationale. Son mépris, sa suffisance, sa morgue et son obstination à protéger les grandes fortunes prouvent bien qu'il est totalement déconnecté des réalités quotidiennes qui affectent les citoyens de ce pays. Il parie sur leur fatigue et leur résignation. Sur le fait que la plupart d'entre eux sont liés aux banques par des crédits et que cela conditionne leur servitude volontaire. Il parie sur le pain et les jeux, que les gens continueront de grogner, plutôt que de se mettre véritablement en colère. Mais en ces temps déraisonnables une étincelle peut aussi suffire. Peu probable certes, mais néanmoins possible.
Pendant ce temps là, l'extrême-droite attend paisiblement son heure. Notre méprisant président symptôme d’une démocratie déjà défaillante, lui chauffe la place. Et par dépit, aveuglement, crédulité une majorité de votants portera ses suffrages à la candidate du Rassemblement National pendant qu’un plus grand nombre encore désertera les bureaux de vote. Ça c’est beaucoup plus vraisemblable.
D’ici là, du côté du pouvoir on nous aura certainement asséné que le mouvement social fait des citoyens en lutte des alliés de Poutine.

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