lundi 28 février 2022

Puissance maléfique



Voilà,
les réactions à un précédent post, que l'on trouvait sombre et pessimiste — il s'agissait d'une évocation de l'espèce humaine par Jacques Sternberg — n'ont pas manqué de me surprendre. Non seulement l'Histoire, mais aussi l'actualité la plus récente nous prouvent quotidiennement que l'humanité n'est pas très reluisante. Il est désormais évident qu'elle s'épanouit plus fréquemment dans la manifestation du mal que dans l'expression de la bonté. Le tropisme suicidaire et destructeur qui la caractérise paraît en outre se confirmer de jour en jour. Qu'on s'étonne du contraire me déconcerte. D'ailleurs même les religions, qui ne l'oublions pas sont une invention de l'homme, ont considéré que celui-ci, d'emblée avait quelque chose à expier.
Est-ce parce qu'elle s'est elle-même supposée porteuse d'une faute originelle que l'humanité s'est comportée comme une puissance maléfique ? A-t-elle a compensé sa faiblesse initiale qui, dans ses premiers âges, la rendait particulièrement vulnérable par un exceptionnel sens de l'adaptation et une singulière capacité à formuler et donc à transmettre sa pensée ? En cela, pour sûr, elle constitue une exception dans le domaine des vertébrés. Mais comme elle a perçu la Nature comme une puissance hostile et menaçante, elle s'est acharnée — non sans génie, comme lorsque dans l'île de Madère, elle a construit, à flanc de montagne ces canaux d'irrigation qui ont dû coûter bien des vies — à la domestiquer parfois, le plus souvent à l'asservir. 
La volonté de puissance est au principe même de l'espèce humaine. À présent elle est sans limite. Depuis qu'il est parvenu à plus ou moins maîtriser l'atome, à s'extraire de de la gravité pour aller faire sur la lune ce petit pas dont il espérait qu'il serait un grand bond, l'homme semble désormais vouloir tout détruire autour de lui. Et c'est avec une sorte d'effarement, de sidération que l'on en vient à constater tous les ravages dont se rend coupable l'espèce humaine. 
Bien sûr, il en est qui alertent des dangers, mais ils ne sont pas assez puissants. Ce ne sont pas les Chefs, les dominants de l'espèce qui réagissent de la sorte. Ce sont des jeunes, parfois même des enfants, dont on raille l'inquiétude. Comment cette espèce qui a su parfois s'exprimer de façon subtile et sublime, en est elle arrivée là ? Elle a inventé la musique, la peinture. Elle a érigé des monuments extraordinaires. Elle a inventé l'art de guérir... Mais elle a aussi conceptualisé les notions de Dieu et d'Absolu, et inventé des machines meurtrières dont la vitesse excède son temps de réaction. 
Nous disparaîtrons probablement plus vite que les dinosaures. Un autre cycle de vie, nous succédera et s'adaptera à cette planète que nous nous sommes, en particulier au cours de ces deux cents dernières années, tant acharnés à ravager. Continuons donc, avec cette allégresse stupéfiée qui distingue les maîtres de ce monde, notre course folle à la consommation et à l'armement, au pillage des ressources, au suicide collectif. Nos traces s'effaceront, les divinités stupides que nous avons inventées retourneront au silence et au néant. Les petites crevettes qui, au fond des océans, vivent à proximité de volcans sous marins pourront à leur tour prospérer, et c'est très bien comme ça. J'espère seulement que les fougères apparues sur terre il y a plus de trois cents millions d'années, continueront de s'épanouir après notre nuisible et fulgurant passage.

dimanche 27 février 2022

Temps déraisonnables

Voilà,
un joli trompe-l'œil aperçu à Nantes, avec deux boîtes électriques peintes elles aussi. J'ai réalisé quelques photos là-bas, mais je n'avais pas trop la tête à ça. J'étais pris entre l'émotion suscitée par la mise en place et l'émouvante réception de la forme brève du spectacle de Sophie T. présentée devant une assistance constituée de médecins, et la sidération provoquée par l'agression de l'armée russe sur le territoire ukrainien ainsi que par l'effrayante détermination et la folie destructrice de Poutine que rien ne semble pouvoir arrêter. 
Cette image qui évoque un monde paisible, convivial, où il fait bon partager le vin, semble en totale contradiction avec les temps déraisonnables que nous vivons. Alors qu'il faudrait faire preuve de solidarité au niveau mondial pour répondre aux défis que l'humanité doit relever en raison des périls écologiques qui la menacent, Poutine et son gang d'oligarques ne trouvent rien de mieux que de créer encore plus de chaos dans ce monde si dangereusement menacé. 
Quel sens trouver à notre présence sur terre ?
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vendredi 25 février 2022

Invasion


 
Voilà,
C’est dans la salle du petit-déjeuner dont la baie vitrée offrait ce paysage et ensuite dans la chambre du Novotel de Nantes situé à proximité du Palais des Congrès et où j'ai porté pour la première fois un pyjama gris que j’ai appris, hier matin, avec un effroi certain, la brutale déclaration de guerre de Poutine immédiatement suivie de l’invasion de l’Ukraine par les chars russes. 

jeudi 24 février 2022

Perspective éphémère

Voilà,
j'aime bien saisir, dans Paris, des perspectives éphémères. Cette trouée insolite offrant un point de vue sur la tour Montparnasse ne durera que le temps des travaux à l'emplacement de l'ancienne maternité et de l'hôpital pour enfants Saint Vincent de Paul. Il m'était arrivé de m'y rendre lorsque ma fille était toute petite, car s'y trouvait le service d'urgence pédiatrique le plus proche de chez nous. Après la fermeture de l’hôpital, cet endroit devint, durant quelques années un lieu alternatif qui s'appelait "les grands voisins". D'ici peu tout cela sera transformé en un ensemble d'appartements et constituera ce que la mairie nomme pompeusement un écoquartier. Je demande à voir. À part ça, Gary Brooker, la voix et le pianiste de Procol Harum est mort. Je n’ai jamais compris le sens de « wither shade of pale », mais c’est un peu de mon enfance qui prend la tangente…

mardi 22 février 2022

Who's Mister Bones

 
Voilà,
je dois avouer ma parfaite ignorance, je ne connaissais pas la marque Kiehl's, je ne savais absolument rien de Mr Bones, et j'ai été très étonné de le croiser à la Samaritaine, ("on trouve tout à la samaritaine") grand magasin du centre de Paris dressé entre les quais de Seine et la rue de Rivoli, autrefois très populaire — son rayon bricolage en sous-sol était à juste titre fort réputé — et, après des années de travaux, transformé depuis un an une grande surface de luxe. Donc je me suis renseigné sur internet pour en savoir plus, et j'ai beaucoup appris sur cette vénérable institution. J'offrirai peut-être à ma fille une Original Musk Oil, ou comme Andy Warhol me paierai-je de la Blue Astringent Herbal Lotion. De toute façon Google n'a pas perdu de temps pour m'envoyer des notifications par mail pour m'avertir des offres promotionnelles de cette vénérable marque sur laquelle j'en sais beaucoup plus quant à sa localisation géographique à New-York, son marketing, et son autonomie au sein du groupe L'Oreal qui l'a racheté il y a peu.  Je n'en ai pas grand chose à foutre en l'état actuel des choses, à l'heure ou de séniles chefs d'Etat blancs, aux vieilles bites flaccides, compensent le peu de testostérone qu'il leur reste par une furieuse avidité à se castagner par armées interposées. Il ne seront bientôt plus de ce monde, qui est encore cependant leur terrain de jeu, leur bac à sable, et il veulent en profiter jusqu'au dernier moment, pourvu que ça saigne. Pendant ce temps là les chinois, investissent, misent sur la recherche, développent leurs infrastructure et leur marché intérieur et comptent les points. Selon les courbes de Meadows conçues en 1972, la population devrait commencer à décroître d'ici 2030. Pandémies, guerres, famines à venir dues aux sécheresses de plus en plus fréquentes, accident nucléaire majeur qui ne tardera pas à se reproduire tôt ou tard, oui haut les cœurs on devrait peut être y arriver... Allez, une petite tisane et hop ! au lit.
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lundi 21 février 2022

Caché

Voilà,
chaque fois que mes pas m'entraînent, ces derniers temps, du côté de la place du Palais Royal, mon attention est bien évidemment attirée par cette structure en trompe-l'œil qui dissimule en fait un ensemble de cabines de chantier. Le procédé est élégant autant que sa réalisation neo-classique, réplique agrandie d'un angle de la rue Saint-Honoré. A noter aussi, cette petite tente blanche, caractéristique du paysage parisien, et sans doute aussi de la plupart des villes et des villages français depuis l'apparition des tests PCR et antigéniques il y a un peu plus d'un an. De nombreuses pharmacies ont la leur afin qu'on puisse s'y faire contrôler si nécessaire. Un signe des temps en quelque sorte.

vendredi 18 février 2022

Formicidés



Voilà,
hier soir à la cinémathèque où je n'étais pas retourné depuis longtemps, j'ai vu "Phase IV", l'unique film de Saul Bass, ce graphiste génial, surtout connu pour ses affiches de films et surtout ses incroyables génériques conçus et cosignés pour la plupart avec sa femme Elaine pour Preminger , Hitchkock (notamment l’introduction célèbre de "Psychose") et même Scorcese ainsi que de nombreux autres réalisateurs. Réalisé en 1974 sur un scénario original de Mayo Simon, le film raconte l'histoire d'une expérience qui tourne mal.   
Le Dr Ernest D. Hubbs, scientifique issu d'une grande université, a découvert qu'un signal venu de l’espace serait la cause de la perturbation du comportement de certaines espèces de fourmis, en Arizona : malgré leurs différences, elles s'unissent, pour éliminer des prédateurs communs et construire des structures inhabituelles. Comme elles semblent faire preuve d'intelligence et de stratégie, Hubbs soupçonne qu'elles peuvent représenter un danger pour l'humanité. Il s'associe avec son collègue James Lesko pour en faire une étude plus poussée. Ils font alors évacuer la région, construire un laboratoire de pointe et commencent à étudier le comportement des bestioles.
Je ne vais évidemment pas divulgâcher ce film qui fut malheureusement un échec commercial.
Lors de cette séance, la fin prévue par le réalisateur, et coupée par les producteurs, fut immédiatement projetée. Plus onirique, graphique et psychédélique que la version commerciale, elle apportait une dimension esthétique supplémentaire dans la veine de ses précédents travaux, constituant la phase IV qui donne son nom au film qui dans sa version publique n'en comporte en fait que trois.
Si, paradoxalement, le film ne possède pas de générique, il s'ouvre cependant sur une longue séquence d'au moins quinze minutes mettant en scène de vraies fourmis en action (parfois en vitesse accélérée, parfois en surimpression sur d'autres images). Cette succession de plans savamment organisée se révèle d'emblée très inquiétante instillant l'impression que ces fourmis constituent une menace, non seulement parce qu'elles participent d'une intelligence collective, susceptible de suivre un dessein précis et organisé, mais aussi parce que certains gros plans où seules leurs têtes sont cadrées les rendent particulièrement effrayantes. 
En sortant de la salle, je me suis rappelé que j'avais, pour répondre à un souhait de Colo qui désirait une illustration, réalisé ce collage il y a quelques années.  

jeudi 17 février 2022

J'aime / Je n'aime pas (15)

 
Voilà
j'aime faire découvrir à ma fille des grands classiques du cinéma mondial
je n'aime pas être obligé de m'asseoir pour mettre mes chaussettes et mes chaussures
j'aime réaliser de nouvelles recettes de cuisine
je n'aime pas céder à la tentation de manger des aliments dont je sais qu'ils sont pourtant mauvais pour ma santé
j'aime les morceaux de jazz où il y a du vibraphone et c'est encore mieux s'il y a aussi un orgue hammond
je n'aime pas bricoler même si j'ai une grande satisfaction lorsque j'y suis parvenu
j'aime mon gel douche à la verveine, qui me rappelle les bonbons PEZ de mon enfance, et tant pis si c'est un parfum de synthèse
je n'aime pas que mes employeurs payent avec beaucoup de retard
j'aime emprunter une ligne de bus que je ne connaissais pas  et découvrir de nouveaux trajets (j'ai des plaisirs simples)
je n'aime pas qu'on réponde "c'est une excellente question" à celle qui vient d'être posée
j'aime les stades de rugby ceints d'un terre plein recouvert de pelouse en guise de gradins comme l'Owen Delany Park à Taupo
je n'aime pas subir ces cauchemars récurrents où il est questions d'assassinats terroristes
j'aime découvrir un compositeur dont l'œuvre m'était totalement inconnue
Je n’aime pas quand la lunette des chiottes ne tient pas verticalement
J’aime les filles qui ont peu de poitrine je les trouve très émouvantes, comme si leur enfance n'avait pas voulu abdiquer
Je n’aime pas le groupe de cinéphiles prétentieux qui parlent très fort entre eux avant les séances de la cinémathèque en faisant étalages de leur savoir et assénant des jugements définitifs sur les films qu’ils ont vus
J'aime aussi les filles avec de la poitrine
je n'aime pas trier les papiers les revues et les journaux
J’aime me limer les ongles
 je n'aime pas constater que je raconte toujours les mêmes trucs sur ce blog depuis douze ans
j'aime l'élocution parfois précieuse et un peu surannée de certains animateurs de France-Musique
je n'aime pas l'apparition de symptômes que j'ignorais jusqu'à présent
j'aime les matinées du dimanche à la Comédie Française surtout pendant les vacances de Noël
je n'aime pas me sentir contraint par mon emploi du temps
j'aime bien la photo qui ouvre ce post
 je n'aime pas devoir subir dans les transports en communs les conversation telephonique des autres 
J'aime cette version de "Don't blame me" par Thelonious Monk, mort il y a quarante ans un 17 février

dimanche 13 février 2022

Paresse

 
Voilà,
par hasard je suis tombé sur cette citation de Françoise Sagan, que je n'ai malheureusement guère lue, mais que je trouve tout à fait pertinente en la circonstance : "Il est très difficile d'être paresseux, car cela suppose d'avoir assez d'imagination pour ne rien faire, ensuite d'avoir assez de confiance en soi pour n'avoir pas mauvaise conscience de n'avoir rien fait, et enfin d'avoir assez de goût pour la vie, afin que chaque minute qui passe semble suffisante en elle-même, sans qu'on soit obligé de se dire : j'ai fait ceci ou cela. Ne rien faire implique aussi d'avoir de très bons nerfs et que la considération des autres, le fait de se prouver à soi-même qu'on est capable, sont des lettres mortes". Pour ma part, j'ai encore du mal à résister au sentiment de temps perdu, alors qu'en fait, sur le moment, j'éprouve un réel plaisir à ne rien glander, même si cette paresse doit beaucoup à la fatigue quasi ontologique qui me caractérise. Le problème avec la paresse, c'est qu'elle engraisse. La sédentarité augmente les risques cardiovasculaires. Il faut donc flâner aussi, traîner. L'hiver n'incite guère à sortir. Vivement que le temps s'adoucisse, et que je passe un peu plus de temps dehors. 
Cette photo je l'ai prise en Mars dernier, à l'approche du printemps. Si je me souviens bien, il y avait une sorte de semi-confinement. Les rues étaient plutôt désertées, malgré les premiers beaux jours. Ce bas-relief, je ne l'avais jamais remarqué auparavant. Ceci-dit la rue du Jardinet est une sorte d'impasse sans commerce que je n'emprunte jamais, assez peu fréquentée, ce qui fait sans doute son intérêt en plein centre de Paris.
J'ai un souvenir un peu mitigé de cette période. J'avais contracté le covid fin février. J'étais très fatigué. J'avais eu, courant janvier quelques échanges téléphoniques avec mon oncle à peine plus âgé que moi qui ordinairement téléphonait peu. Je ne peux pas m'empêcher, aujourd'hui de songer à lui qui avait décidé de changer tout un tas de choses dans sa vie sentimentale, domestique, pris des résolutions — j'ai gardé les SMS que nous somme envoyés durant les six premiers mois de l'année — et qu'une maladie foudroyante a emporté fin août. Je ne parviens pas non plus à oublier la solitude et le sentiment d'injustice et d'abandon éprouvés aussi à l'époque pour d'autres raisons. Heureusement qu'il y a eu ce spectacle qui s'est esquissé courant mai, et qui d'une certaine façon a imposé une sorte d'objectif et de discipline. Cela m'a tenu en haleine pour quelques mois, et j'ai retrouvé le goût, non seulement de jouer, mais aussi une sorte de légèreté. Et puis c'est toujours bon de retrouver des amis perdus de vue depuis longtemps ou de croiser des inconnus après le spectacle. Je regrette juste que cela finisse bientôt. J'espère que je vais être capable de profiter du temps libre pour faire quelques escapades. Que rien de contrariant ne m'en empêchera.
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samedi 12 février 2022

Divaguer

 
Voilà,
un jour à la radio, j'ai entendu la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, révéler son incapacité à se souvenir, ce qu'elle qualifiait même de pathologie. Plusieurs fois aussi, elle se définit comme psychorigide. A un moment, elle explique que son rapport à l'écriture s'est d'abord déterminé sur une notion quantitative. Très tôt elle s'est astreinte à produire 8000 signes par jours. Elle est même allée jusqu'à s'en imposer 24 000, avant de constater qu'ainsi elle risquait de se faire trop de mal. Elle est revenue à 16 000, qui lui paraît une norme raisonnable, ce qui représente à peu près cinq pages A4 avec une police de 12. Cette discipline lui est nécessaire. Ce n'est qu'ainsi que la réflexion peut émerger. Peu importe, dans un premier temps, la qualité. Elle admet aussi son incapacité, bien qu'elle en soit une fervente lectrice, à produire des œuvres ou de fictions ou poétiques. Écrire, pour elle, consiste à formuler des hypothèses, à construire des raisonnements, éclaircir le maquis de sa pensée. 
 
J'admire les gens qui parviennent à s'imposer de telles contraintes, à décider d'un emploi du temps, à établir des plans, à organiser leur journée. J'ai l'impression pour ma part d'aller de-ci de-là. J'ai besoin de marcher, de me promener, de divaguer, ou bien de paresser. Regarder me suffit. Témoigner, transformer, transmettre, agencer, bidouiller, traficoter, jouer au théâtre faire rire, dire des bêtises, ça j'aime bien. Je sais un peu le faire. Je ne sais plus qui affirmait, qu'il faut faire sérieusement des choses pas sérieuses. Je crois que c'est à cela que j'ai employé toute ma vie. Je ne peux d'ailleurs pas faire autrement. Ces derniers temps, ce qui m'amuse c'est d'aller jouer au théâtre. J'y interprète un gars bien bas de plafond et incarner un crétin total me convient parfaitement. Mais ne rien faire est ce pour quoi je suis tout de même le plus doué
 
 

 
De toute façon, depuis quelques temps tout semble se dérober. En premier lieu ma capacité à construire des raisonnements. Je ne sais si c'est un effet de cette phase d'accablement qui a succédé au covid, attrapé en Février dernier, si quelque chose en moi a jeté l'éponge. J'ai toujours eu de sérieux problèmes avec le passage à l'acte, mais aujourd'hui... 
En revanche, je suis plutôt aux antipodes de Cynthia Fleury en ce qui concerne les souvenirs. Ils ne me lâchent pas, les bons comme les mauvais, même si j'ai une plutôt bonne aptitude au refoulement concernant les mauvais. Il me reste des rêves et des images. Et puis il y a toute cette zone indistincte, floue relative à ces années où je traînais à la Défense. J'y ai pris beaucoup de photos. Longtemps que je n'y suis pas retourné. Je pense à ça entre les draps chauds d'une nuit qui peine à s'achever.



Souvent, je m'identifie à cette chanson. De plus en plus souvent. Car me lever le matin, s'avère de moins en moins facile. Je peux traîner des heures dans mon lit comme autrefois, lorsque j'étais enfant et que j'avais toute la vie devant moi. Maintenant je l'ai derrière, et je suis toujours keepin' an eye on the world going by my window / Takin' my time / Lyin' there and staring at the ceiling / Waiting for a sleepy feeling ...

jeudi 10 février 2022

Devant un paysage d'enfance

 

Voilà,
devant ce paysage qui me rappelle tant mon enfance, je n'arrive pas à réaliser que la cinquième limite planétaire vient d’être officiellement franchie. Cela demeure une information que je ne peux mettre en lien avec ce que je vois, et ce que je ressens, parce que rien ne semble avoir changé ici, pour qui ne fait que passer. Pourtant, le 18 janvier dernier, des scientifiques du Stockholm Resilience Center (SRC) ont confirmé que nous avons franchi la limite “pollution chimique” aussi appelée “introduction d’entités nouvelles dans la biosphère“. La cinquième donc, sur les neuf limites planétaires identifiées. C'est une menace supplémentaire contre la stabilité des écosystèmes mondiaux nécessaire à la survie de l’humanité. Rien d'étonnant : la production de produits chimiques a été multipliée par 50 depuis 1950 et devrait encore tripler d’ici 2050. Une progression jugée "préoccupante" — c'est un euphémisme — selon une étude récemment publiée dans la revue Environmental Science & Technology, puisqu'elle nous fait franchir une "limite planétaire". 
Inventée en 2009 par des scientifiques du climat et de l’environnement, cette notion exprime les seuils que l’humanité ne doit pas dépasser dans certains domaines pour que les conditions dans lesquelles elle a pu se développer ne soient pas compromises
Au total, neuf limites ont été répertoriées :

  • le changement climatique (la concentration de CO2 doit rester inférieure à 350 parties par million – PPM – dans l’atmosphère), 
  • l’érosion de la biodiversité (mesurée en disparition d’espèces et en perte des fonctions écologiques),  
  • la modification des usages des sols
  • la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore
  • l’utilisation d’eau douce (inférieure à 4 000 km3/an), 
  • la diminution de la couche d’ozone, 
  • l’acidification des océans, 
  • la concentration des aérosols atmosphériques 
  • la pollution chimique. 
Les quatre premières limites sont déjà considérées comme franchies à des niveaux divers. Par exemple, la teneur de l’atmosphère en CO2 s’établit déjà aux environs de 420 ppm.
Cette fois, les scientifiques se sont concentrés sur l’impact de la pollution chimique sur la stabilité du système terrestre, pour constater que cette limite était également dépassée. Selon l’étude, il existe environ 350 000 types différents de produits chimiques manufacturés sur le marché mondial : plastiques, pesticides, produits chimiques industriels, produits chimiques dans les produits de consommation, antibiotiques et autres produits pharmaceutiques. Or, des volumes importants pénètrent les écosystèmes et les organismes vivants chaque année. Le rapport conclut que "le rythme auquel les sociétés produisent et libèrent de nouveaux produits chimiques et d’autres nouvelles entités dans l’environnement n’est pas compatible avec le fait de rester dans un espace d’exploitation sûr pour l’humanité". Les chercheurs appellent à la création d’un plafond sur la production et au rejet de produits chimiques. Ils préconisent en outre de se tourner vers l’économie circulaire.
 En France, la nouvelle n'intéresse aucun média mainstream. On préfère relayer les conneries des différents candidats à l’élection présidentielle, comptabiliser le nombre de médailles d'or de la France aux Jeux olympiques, se féliciter de la vente de quelques avions de combats à une puissance étrangères, se passionner pour les marques qui se tournent vers le métavers, débattre du  port du hijab dans le football féminin scolaire et autres compétitions sportives etc...
Selon la neurobiologiste Sylvie Granon, l'inaction face au désastre planétaire en cours tiendrait au fait que le cerveau humain est réticent à toute modification de ses habitudes parce que "le changement est extrêmement énergivore et stressant pour l’organisme, lequel va essayer de diminuer l’impact de ce stress en adoptant les comportements les plus automatiques et les plus rassurants possible. Quelqu’un qui propose de continuer comme d’habitude aura toujours raison face à quelqu’un qui appelle à changer". Il faut sans doute trouver là une des raisons pour lesquelles l'un des candidats de l'extrême-droite recueille tant d'intentions de vote. Il exalte la possibilité de retrouver la France d'avant, une France fantasmée (qui n'a jamais existé) où tout allait bienEst-ce un effet de dissonance cognitive ? Pour ne pas se mettre psychiquement en danger, l’individu a besoin de maintenir une certaine cohérence entre ses croyances, ses attentes et ses actes. Quand la dissonance est trop grande, cela provoque une réaction de négation, de rejet, d’évitement ou d’oubli. Lorsque l'on comprendra qu'il est temps de réagir peut-être alors sera-t-il trop tard. Je fais sans doute partie de la dernière génération qui n'aura pas eu à trop souffrir durant sa vie active, de la dégradation de l'équilibre écologique mondial.

mercredi 9 février 2022

Station Saint Michel


Voilà, 
sur la ligne 4 la station de métro Saint Michel a, en raison de sa singularité architecturale, toujours exercé sur moi une fascination particulière. Je crois que son éclairage à l'ancienne, dans le style art déco n'existe malheureusement plus désormais, car cette photo a été prises en 2011. Mais il y a toujours cette perspective qu'offre la hauteur de ses escaliers en fer forgé, depuis ce silo métallique qui la caractérise. Lorsque je passe par là, étrangement, je suis content de n'être qu'un passant de plus. J'oublie que ma vie n’a guère d’importance, guère de sens et que je compte pour si peu dans cette réalité, car il me semble qu'une multiplicité d'autres mondes est possible. Cela peut paraître bizarre, mais c'est comme ça. Je m'explique : ici plus qu'ailleurs, différentes époques de ma vie, me reviennent en mémoire. J'ai remarqué que certains lieux, excitent l'imagination et semblent aussi receler des accès vers d'autres dimensions où des réalités concomitantes pourraient s'enchâsser les unes aux autres. C'est une illusion, bien sûr à laquelle, maintenant que le corps se déglingue un peu plus chaque jour, je voudrais cependant me fier, afin que ma pensée puisse migrer dans un de ces hypothétiques mondes parallèles. Comme Mitterrand, je voudrais "croire aux forces de l'esprit". À ce propos comme cette expression n'a été prononcée qu'aux cours d'une allocution télévisée, et que je n'en connais pas le verbatim, a-t-il écrit "je crois aux forces de l'esprit" ou "je crois aux forces de l'Esprit". Ce qui convenons en, ne signifierait pas tout à fait la même chose
(...)
Me voilà à chercher sur le net la définition exacte du mot "Esprit". La première occurrence sur laquelle je tombe est celle-ci : Esprit.fr la boutique en ligne Esprit. Confortables & décontractés, chics & élégants. Trouvez vos looks chez Esprit! Essentiels intemporels et tendances actuelles. Vous trouverez tout chez Esprit. Retour jusqu'à 100 jours. Soyez durable avec Esprit. 10% de remise Newsletter. Livraison pour 0,99€.
"Soyez durables avec Esprit". Je suis tenté de laisser tomber. Et si ce monde n'était que la version dévoyée d'un autre où l'intelligence ne cesserait au contraire de se déployer.
Mais quand même. Je constate que la définition "principe et activité de la pensée" ne vient qu'en huitième position. En même temps le 8 ressemble au signe de l'infini.

lundi 7 février 2022

A quoi sert la philosophie ?

Voilà,
c'était au printemps dernier, dans le treizième arrondissement de Paris. Le ciel était pur. Je me souviens très bien à quoi je pensais ce jour-là et précisément au moment où j'ai déclenché. Au pied de cet immeuble peint par Bom-K (diminutif de Bombing Killa), situé au croisement de la Place Pinel et du Boulevard Vincent Auriol, au pied de cette oeuvre intitulée “Jeune graffeuse” représentant une fillette en train d’utiliser une bombe de peinture pendant que sur son épaule une souris tient par une patte une tasse avec l'inscription “J’aime Paris", en cet endroit précis, donc, j'essayais de me remémorer cette réflexion de Gilles Deleuze au sujet de la bêtise, que j'avais lue il y a bien longtemps et dont il ne me restait qu'un souvenir vague et confus, raison pour laquelle je m'étais alors promis de la retrouver "un de ces jours". C'est enfin chose faite, dix mois après, c'est dire mon aptitude de procrastination. C'est en l'occurrence formulé ainsi : "La bêtise est une structure de la pensée comme telle : elle n'est pas une manière de se tromper, elle exprime en droit le non-sens dans la pensée. La bêtise n'est pas une erreur, mais un tissu d'erreurs. On connaît des pensées imbéciles, des discours imbéciles qui sont faits tout entiers de vérités ; mais ces vérités sont basses, sont celles d'une âme basse, lourde et de plomb. La bêtise et, plus profondément, ce dont elle est le symptôme : une manière basse de penser. [...] Lorsque quelqu'un demande à quoi sert la philosophie, la réponse doit être agressive, puisque la question se veut ironique et mordante. [...] Elle sert à nuire à la bêtise, elle fait de la bêtise quelque chose de honteux. C'est dans l'ouvrage "Nietzsche et la Philosophie". Plutôt bien, non ? 

dimanche 30 janvier 2022

Comme une énigme


Voilà,
il m'arrive parfois de croiser sur mon chemin des réalisations brutes, sauvages, dont on ne sait à quelle nécessité elles répondent. Parfois, elles sont presque cachées, comme si elles ne voulaient pas se donner complètement à voir. Cet animal peint sur un mur m'émeut. Il tient de l'âne et du chien (je penche plutôt pour l'âne) et surprend néanmoins par sa puissance d'évocation. Il ne répond à aucune commande ou revendication. Il se tient là comme un incompréhensible défi, comme une énigme sur un mur sans grâce.
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mercredi 26 janvier 2022

Baleine à bosse


Voilà,
j'ai trouvé une bonne nouvelle : une étude publiée par la Royal Society estime que, la baleine à bosse a retrouvé 93 % des effectifs recensés en 1830 (qui se montaient à environ 270 000) grâce à l'interdiction décrétée dans les années 1980 de la chasse à cette espèce de baleine. Il est à noter qu'en moyenne, une seule de ces baleines stocke environ 33 tonnes de CO2. Si nous considérons uniquement les baleines à bosse de l’Antarctique qui se reproduisent au Brésil, leur protection a entraîné le stockage de 813 780 tonnes de CO2 dans les eaux profondes. Cela représente, selon les données d’émissions de 2018, environ le double des émissions annuelles de CO2 d’un petit pays de la taille des Bermudes ou du Belize. Formidable non ? A Paris, s'il n'y a pas de baleines, on peut cependant remarquer les petites bosses des tentes Quechua où s'abrite la misère, parfois contre le mur d'une vieille église, comme en des temps que l'on pensait à jamais révolus.

mardi 25 janvier 2022

Adoucir le paysage


Voilà,
il faudrait peut-être que j'aille consulter un cardiologue, et que je m'achète un appareil pour vérifier ma tension. J'ai quelques accès d'agacement qui ne sont pas bons pour ma santé. Je le sens bien, à la manière dont je peux très vite, ces temps-ci, me sentir irrité, dans des circonstances que l'on m'intime de ne pas évoquer car il ne faut pas froisser les susceptibilités. Quoi qu'il en soit certains comportements m'exaspèrent au plus haut point tout comme la fatuité des crétins. C'est comme ça que je me suis réveillé assassin, ce matin, d'un gros et sinistre imbécile, Philippe Fa. que je n'ai pourtant pas vu depuis longtemps — depuis qu'il s'est retiré dans son Poitou — mais dont l'arrogance et la morgue ont suffi à déclencher, dans mon rêve, une réaction si violente qu'elle m'a poussé au meurtre. Je suis pourtant d'un tempérament pacifique, amis des fleurs et des papillons, plutôt nonchalant, doux et contemplatif. Mon idéal de bonheur est de passer de longues heures contre un corps chaud et amical à se caresser mutuellement sans souci de conclusion ou d'achèvement, et de me répandre dans des langueurs sensuelles, usant  — pourquoi pas — de quelque adjuvant pour accroître les sensations. J'apprécie mon lit plus que tout autre lieu, et c'est là que je voyage le plus volontiers, et lorsque l'hiver, il m'arrive de sortir, j'aime les paysages brumeux et indécis qui gomment les contours et adoucissent le paysage. J'ai une inclination certaine pour ce qui s'estompe ou au contraire apparaît peu à peu. Je ne supporte pas ce qui surgit ou éclate ni les excès et de façon plus générale tout ce qui s'apparente à la violence et à la brutalité. 

dimanche 23 janvier 2022

Machilio Papus

Voilà,
tout près de chez moi, l'été dernier, est apparu sur un mur cet énigmatique lépidoptère. Pour qui passe beaucoup de temps à chercher ses clés, l'idée que l'une d'entre elles puisse s'envoler comme un papillon a quelque chose de séduisant.

 
Hélas, il n'y a pas que les clés qui s'enfuient. Je deviens de plus en plus distrait. De plus en plus lent aussi, et procrastinateur. Je remets les choses à des lendemains incertains. Je dresse des listes de gens que je devrais appeler, je les égare — les listes, pas les gens (du moins pas encore) — et j'oublie. Je projette des déplacements que finalement je ne fais pas, autant par négligence que par paresse. Je me réfugie dans les choses passées, les chansons d'autrefois, des souvenirs lointains et heureux, dans la musique classique aussi, qui demeure encore, malgré tout, une source d'étonnement, et bien sûr les films et les expositions. Le monde tel qu'il se profile ne m'intéresse plus guère. Ce n'est pas seulement que je m'y déplace de moins en moins aisément, mais on y rencontre aussi trop de fatrouilleurs insignifiants convaincus de détenir la vérité. Ça me gonfle. J'essaie de mettre à profit les heures qui passent pour assouvir ma curiosité, lire. Il y a peu, je suis tombé par hasard sur un article de Paolo Rovelli, dans son recueil "Écrits vagabonds"  concernant Vladimir Nabokov, qui nous ramène aux papillons qui passionnaient le célèbre écrivain. L'un d'entre eux avait particulièrement attiré son attention : le Polyommatus coridon, dit Argus bleu-nacré. Selon Nabokov, la migration de ces insectes s'était faite en cinq vagues depuis la Sibérie, en passant par le détroit de Bering, puis vers l'Alaska, avant d'arriver au Chili. Ayant fait l'objet d'un article signé par le romancier en 1945, cette théorie était considérée avec une certaine perplexité par la communauté scientifique. Depuis sa mort en 1977, l'hypothèse de Nabokov a cependant suscité la curiosité d'experts partis recueillir dans les Andes des spécimens du Polyommatus. Grâce a une technologies dont ne disposait pas alors l'écrivain, ces scientifiques ont pu établir le séquençage ADN du papillon pour en conclure qu'il avait eu raison et saluer à l'occasion son extraordinaire intuition biologique". 

jeudi 20 janvier 2022

Takotsubo


 
Voilà,
Le cœur a son burn-out. Les Japonais l’appellent le takotsubo. Ce qui veut dire "piège à poulpe", un pot de terre dans lequel l’animal marin se réfugie, pensant se protéger, et que l’on remonte à la surface. Ce pot ressemble à une amphore, forme que prend le cœur quand il se ballonne et ne remplit plus sa fonction de pompe sous l’effet d’un stress aigu, d’une émotion forte. 
Le takotsubo a été identifié pour la première fois au Japon en 1991, d’où son nom. C’est le syndrome du cœur brisé par un chagrin, un décès, une rupture amoureuse, un accident physique… Mais cela peut aussi, à l’inverse, être le syndrome du cœur joyeux, provoqué par une demande en mariage, une naissance, un évènement heureux. En effet, les émotions vécues intensément submergent le cœur au point de donner l’impression qu’il pourrait exploser. L’accumulation de stress conduit alors à une fragilité pouvant provoquer une sidération, une paralysie du muscle cardiaque, entraînant la mort.
J'ai appris l'existence de ce syndrome dans une émission consacré au pianiste de jazz John Dennis. Le vibraphoniste Walt Dickerson a raconté que "les parents de John étaient des fondamentalistes qui lui ont mis une énorme pression pour qu’il ne joue pas la musique du diable… Cela a un effet dévastateur lorsqu'un artiste ne peut pas continuer à rechercher et à développer son art, quelque chose arrive à cette personne à la fois physiquement et mentalement… J'ai appris que beaucoup de gens meurent d'un cœur brisé, sans autre problème de santé, ils ont le cœur brisé et abandonnent tout simplement… Et c'est ce qui est arrivé à John."
John Dennis, n'a sorti qu'un seul disque sous son nom : "New piano expressions", réalisé le même jour que la session d'enregistrement de l'album de Thad Jones et Charles Mingus  "Jazz Collaborations" auquel il participait, parce que, Mingus et Roach, qui était  aussi présent, ont aussitôt exprimé le désir d'enregistrer un autre album avec lui en tant que leader.

dimanche 16 janvier 2022

Les Cousins d'Alice

Voilà,
cela fait longtemps que je ne suis pas rentré dans ce magasin. Ma fille est grande désormais, on ne lui achète plus de jouets ou de livres illustrés. Mais la devanture des "Cousins d'Alice" m'enchante toujours autant et il m'arrive encore parfois de m'attarder devant sa vitrine. Cela me plaît que cet endroit existe non loin de chez moi. C'est une institution de la rue Daguerre.
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jeudi 13 janvier 2022

Pâturages

 

Voilà
 d'aigres pensées cheminent vers nos déroutes
 les nuages là-haut pâturent dans le bleu du ciel
et quelquefois les souvenirs gambadent
parmi les voix mortes de l’enfance

mardi 11 janvier 2022

L'Incapacité


Voilà,
"Alors, avec le temps, à une certaine époque, on ne se paya plus de mots, on avoua la débilité profonde qui s'était implacablement emparée du monde, en larguant tout complexe à l'égard de l'incapacité. Et, corollaire fatal, on trouva à tous les niveaux du travail, des offres d'emploi d'un nouveau type : le recrutement d'inaptes à tout faire pour le compte d'inaptes à faire quoi que ce soitJacques Sternberg in "188 contes à régler" Sculpture by Urs Fischer in Pinault Collection

dimanche 9 janvier 2022

Bibliothèque


Voilà,
il y a quelques jours je suis repassé par ce tronçon situé dans ma rue (qui est longue) et où je ne vais plus trop souvent. J'ai revu cette imposante fresque conçue pour dissimuler en partie un mur sans grâce qui m'a alors rappelé que je devrais profiter des jours de pluie pour remettre un peu d'ordre dans ma bibliothèque. Il m'arrive si souvent de ne pas retrouver un livre que je cherche. Au lieu de quoi je traîne, procrastine, ou bien accepte des tâches contraignantes qui ne m'apportent que de piètres satisfactions. Les années s'amoncellent, et je remets à des lendemains incertains ce que la fatigue m'empêche de faire aujourd'hui. Je ne parviens plus à me concentrer autant qu'autrefois pour lire. Le covid est passé par là, mais aussi les applications chronophages du smartphone. Rédiger ma fiche de lecture mensuelle — le minimum qu'exige le comité de lecture auquel j'appartiens —, me coûte. Parfois il me semble que la vie se déserte elle même, comme si en moi s'effaçait la capacité d'agir. Bien sûr il y a quelques moments de félicité comme aller jouer au théâtre deux fois par semaine, lire de la poésie, contempler des livres d'art, regarder des films en compagnie de ma fille lorsque c'est possible. Aller au cinéma de temps en temps ou dans des expositions aussi. Mais le fait de devoir être perpétuellement masqué, d'avoir de la buée sur les lunettes, rend cela plus laborieux et n'incite guère à sortir. J'écoute la radio, j'apprends plein de choses que j'oublie aussitôt, j'écoute de la musique, mais ce sont des activités plutôt passives. J'ai du mal à voir des gens. Je ne supporte plus de m'entendre parler (sauf sur scène). 
Cela fait longtemps que je n'ai pas pris des crayons de couleurs. 
Je devrais peut-être m'y remettre, cela me ferait du bien sans doute.
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jeudi 6 janvier 2022

Tentative de récapitulation

Voilà,
une photo prise en Juin 2020, au Parc Monceau, peu après le déconfinement généralisé, succédant à la première période d'enfermement du 11 mars au 17 mai 2020. Avant cette parenthèse de l'été, si vite refermée. Puisqu'il y eut un autre confinement du 30 octobre au 15 décembre 2020. Si je me rappelle bien, l'autorisation de sortie permettait alors de se déplacer plus loin. Il y en eut ensuite un troisième du 3 Avril au 3 mai 2021, un peu plus souple, durant lequel tous les lieux de distraction étaient fermés et avec un couvre-feu à compter de 19 h, je crois. Puis il y eu la fin des attestations et le couvre feu repoussé à 21 h jusqu'au 19 mai, 2021 date à laquelle les terrasses les musées les salles de cinéma ont pu de nouveau ouvrir. Il y eut ensuite l'instauration d'un passe sanitaire à compter du 15 juillet, pour contraindre avec succès les français à se vacciner. Nous voilà en décembre 2021 confronté à une cinquième vague. Tout un système de contraintes semble de nouveau se mettre en place dans le but "d'emmerder tous les non-vaccinés", comme l'a si élégamment proclamé notre président dans une interview. Je note tout cela scrupuleusement car ma perception de cette période de pandémie, les souvenirs que j'en ai sont très confus. Pour la première fois de ma vie, je ne parviens pas à mettre les événements de ma vie dans l'ordre, à rétablir une continuité, comme si cette période avait ajouté de la confusion. Je ne crois pas être le seul dans ce cas. Nombreux, parmi mes amis ou camarades m'ont confié éprouver de semblables  sensations. J'ai même lu un article dans le journal "Le Monde" où l'on explique que les jalons s'effacent dès lors que le temps n'est plus rythmé.
L'anomalie est d'essayer de rétablir l'ordonnancement du passé immédiat en tentant de dresser le catalogue de mesures de contraintes sanitaires qui en outre nous font oublier tout ce qui précéda, en France du moins : la période de répression brutales des manifestations sociales lors des deux trois années qui ont précédé la pandémie,  les révoltes des gilets jaunes, les lois franchement dégueulasses restreignant les droits des travailleurs, les nouvelles dispositions à l'encontre des chômeurs, la privatisation des chemins de fer alors que l'on sait que partout en Europe c'est un fiasco au point que la plupart des pays européens qui ont tenté cela reviennent en arrière, l'appauvrissement du système de santé, la restriction des crédits de recherche, les restrictions budgétaires dans l'éducation nationale et au ministère de la justice, le peu d'empressement à combattre les lobbies de l'agroalimentaire, sans parler des scandales comme l'affaire Benalla qui ont secoué la première partie de son mandat. Mais tout cela a été submergé part la pandémie, de sorte qu'aujourd'hui seule la question des vaccins et de tout ce qui tourne autour de ce virus semble préoccuper les français. C'est sans doute sur la gestion de la crise que se jouera l'élection présidentielle où seuls des représentants de la droite ou de l'ultradroite sont en mesure de gagner l'élection. C'est paradoxal, mais c'est ainsi : beaucoup de gens sont mécontents, mais ils vont voter pour ceux qui ont pour programme de leur rendre la vie plus difficile, puisque de toute façon ceux qui sont supposés les défendre ne veulent pas en prendre la responsabilité.
Comme disait Gramcsi "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres" en même temps que des frangipanes trop dures dans des pâtes feuilletées trop sèches. En ces molles épiphanies les galettes des rois ne sont plus ce qu'elles étaient. D'ailleurs je ne comprends même pas que les catholiques traditionalistes honorent encore la crèche. C'est quoi une crèche ? Un enfant dans une étable né d'une mère porteuse par fécondation in vitro, dont le père adoptif est juif et auquel trois métèques viennent apporter des cadeaux
Je tiens à préciser pour ceux qui l'ignorent — on n'est jamais trop prudent sur les réseaux sociaux — que cette dernière ponctuation se nomme un point d'ironie et qu'elle appelle le second degré.

mardi 4 janvier 2022

Impasse de la Maîtrise


Voilà,
lu, il y a quelque temps dans le journal "Le Monde", sous la plume de Renaud Machart, un magnifique exemple de diplomatie funèbre (à envisager comme une sous-catégorie de l'éloge funèbre) : "Prompt à mélanger les genres et les fonctions, il écrivait sur ceux dont il dirigeait les enregistrements discographiques (chez harmonia mundi), à qui il confiait ses transcriptions, ou avec qui il donnait sur scènes ses textes en tant que lecteur. Mais ses amitiés n'étaient jamais de complaisance et le liaient durablement aux meilleurs". Une façon de désigner en 340 signes ce qu'on appelle communément un conflit d'intérêt, d'illustrer l'expression "être juge et partie" et et de moralement justifier l'arbitraire par un argument d'autorité, celui de la valeur : je transgresse la morale parce que celui dont je parle est valeureux, et je n'ai que des amis de qualité. Personne jamais ne dira "je l'aide parce qu'il est con, d'ailleurs tous mes potes sont des buses et des crétins notoires". 
Le défunt en question publiait aussi des chroniques dans la république des livres de Pierre Assouline. J'en ai lu quelques unes, avec un intérêt souvent mâtiné d'agacement. La plume vive et alerte, le trait souvent saillant laissent rarement la place au doute. On est sommé de comprendre que l'on a à faire à quelqu'un-qui-sait. Par exemple, cet homme qui semblait disposer de nombreuses cordes à son arc, dans une préface d'une pièce de Shakespeare qu'il avait traduite, n'aurait pas hésité, toujours selon Renaud Machart, à brocarder un traducteur, qui selon lui "avait les qualités requises pour traduire Shakespeare ; ne manquait que le talent". À ce propos ce fier trépassé considérait que "Les traductions de Shakespeare sont presque toutes incompréhensibles. D’une lenteur exaspérante, d’une parfaite inefficacité dramatique. Shakespeare y a résisté, comme les malades de Molière à leur médecin. Mais ce n’est pas le seul miracle : les comédiens aussi ont survécu à ce traitement, à ces phrases imprononçables, à ces tirades obscures ; et ce n’est pas le moins prodigieux… ". C'est faire peu de cas du travail considérable de Jean-Michel Déprats pour les pièces du dramaturge anglais, de celui de Yves Bonnefoy dont la traduction de "Hamlet" est subtile autant que merveilleuse à prononcer, sans parler de ses traductions des "Sonnets".
On nommait cela "se hausser du col", autrefois chez les gens polis. On pourrait aussi bien dire ne pas se moucher du pied, se faire mousser, avoir les chevilles qui enflent. Pour ma part "ne plus se sentir pisser" convient au futile et nonchalant clampin que je suis. Je déteste cette posture d'autorité, cette suffisance bourgeoise. Ce n'est pas contre le savoir que je m'insurge mais contre la posture arrogante de qui est persuadé d'être, du fait de sa cultureplus et mieux que le commun des mortels. Est-ce parce qu'il avait "la grosse tête" que le bonhomme est mort d'une tumeur au cerveau ? En outre, ce monsieur qui se targuait de posséder le sens de la nuance affirmait aussi "aimer Céline". Les gens qui prétendent "aimer Céline" sont, à mon sens, soit d'ignobles cons qui éprouvent une sympathie post mortem pour une infecte raclure, soit des gens qui ne mesurent pas le poids des mots. On touche là aux limites de la métonymie. Voici pourquoi : si pour ma part, j'aime passionnément certains livres de Céline et particulièrement "Voyage au bout de la nuit", (surtout la séquence africaine), ou la trilogie Nord Rigodon D'un château l'autre, je ne peux oublier le répugnant comportement du délateur qui voulait être comme l'a rapporté dès 1938 Hanns Erich Kaminski, dans son pamphlet "Céline en chemise brune," le plus nazi des collabos. L'abjection exsude à chaque page de "Bagatelles pour un massacre", "Les beaux draps" et "L'école des cadavres".  
Mais à propos de cadavre, revenons à celui dont il est question. 
De son vivant, il avait, dans la petite société des journalistes des musiciens et de l'édition, pignon sur rue et beaucoup d'entregent. Il disposait d'un petit pouvoir d'influence dans l'intelligentsia et pour cela devait être craint respecté ou haï. Au demeurant, sa notice wikipedia atteste du fait qu'il a accompli de nombreuses choses, apparemment fort intéressantes, et vraisemblablement je n'atteindrai jamais le centième de son érudition. Il suffira donc de ne retenir que le meilleur de cet homme suffisant — en tout cas c'est ce que renvoie son écriture — et, paraît-il, coléreux. Sûrement suis-je très injuste avec cet homme que je ne connais pas et qui peut-être avait moins de défauts que de qualités. J'espère que ce que je trouverai l'occasion de lire des choses de lui qui me le rendront plus sympathique. Ce n'est sûrement que mon problème : la fatuité, la morgue, la condescendance des autres me rendent teigneux. Mais peut-être est un trait de caractère difficilement évitable chez les gens sûrs d'eux-mêmes. J'ai vu récemment une interview de Charlize Theron soumise au questionnaire de Proust. A la question "quelle qualité préférez vous chez un homme" elle a répondu "la confiance en soi".  J'ai compris pourquoi Charlize et moi on n'a jamais fait affaire ensemble
Mais vanité que tout cela désormais.

Sinon, le titre de cet article qui est aussi le nom d'une rue, me paraît à propos. Je suppose évidemment que la maîtrise en question doit ou devait être une de ces écoles de chant qu'on appelle aussi psallette (je viens de découvrir ce mot, et cette joie simple éclaire ma journée). Mais l'ambiguïté sied bien au sujet traité : à la fin, la maîtrise s'avère une illusion et finit en impasse, puisque c'est toujours la mort qui gagne. 
Quant à la photo elle me plaît car on y voit quelqu'un qui cherche son chemin. Je m'y reconnais : l'impression de n'avoir fait que cela ma vie durant, et peut-être avec cet air débonnaire et un peu ridicule d'un touriste égaré. Je m'en fous.

samedi 1 janvier 2022

Pêle-mêle, au passage

 

Voilà,
étrange passage d'une année à l'autre. Il fait très doux à Paris depuis plus d'une semaine. Près de 14° centigrades. Ce n'est vraiment pas normal. Je me suis rappelée de cette photo prise par ma fille au Jardin Public de Bordeaux, fin juillet. Il y avait ce panneau, intitulé "sentinelle du climat" dans lequel on pouvait glisser sa tête. Je me suis prêté au jeu.
 
*
 
Toujours ces messages mortifères chaque matin à la radio concernant cette épidémie de Covid. J'ai d'ailleurs vu à ce sujet une enquête menée par des journalistes scientifiques évoquant l'hypothèse de plus en plus plausible qu'un accident de laboratoire à Wuhan est à l'origine de cette épidémie, et que ce virus n'est pas d'origine naturelle, mais le fruit d'une manipulation préalable. Wuhan, par ailleurs le principal lieu de recherches des coronavirus. Il sera toutefois difficile d'en savoir plus, puisque la Chine a fermé toutes les banques de données scientifiques concernant les coronavirus, bien que celles-ci soient pourtant financées en partie par l'Europe et les USA. 
 
*
 
Je me sens dans un état bizarre, d'hyperémotivité et  d'extrême porosité aux événements. Tout me semble absurde. Je n'ai pas beaucoup de goût pour lire ou écrire. Je vais encore aux expositions, mais plus avec le même entrain qu'autrefois. Il y a encore le cinéma, le théâtre parfois. A Noël, en compagnie de Sophie, nous sommes allés voir une production intitulée "Mais quelle comédie", une sorte de revue musicale conçue par les comédiens du Français, et c'était formidable de joie et d'invention. Le public était ravi, et j'avais l'impression de me trouver dans une sorte de capsule temporelle, à l'abri du monde. Pourtant, la semaine suivante, toutes les représentations ont été annulées parce qu'une grande partie du personnel, (artistes et techniciens) était contaminée.

*

Le médecin que je vois depuis plus de trente ans dans le dispensaire où je me fais soigner depuis que je vis seul à Paris (Jacques Chautemps, le grand père maternel d'Agnès, y exerçait), n'est toujours pas de retour. Il devait subir une intervention chirurgicale courant octobre, et il semblerait qu'il y ait eu des complications. Je l'aime bien. Depuis le temps que je le consulte, il fait un peu partie de ma vie. Un œil averti, peut dans son cabinet, parmi les livres de médecine, reconnaître le dictionnaire amoureux du Rugby de Daniel Herrero, et un livre sur le Stade Toulousain, car il est originaire de là-bas. Au delà de sa compétence cela me le rend encore plus sympathique. Je me fais du souci pour lui.
 
*
 
Revu, mercredi soir, en compagnie de ma fille, le remarquable film flamand "Bullhead" de Michaël Roskam, qui m'avait beaucoup impressionné il y a quelques années. C'est toujours aussi puissant, un véritable chef d'œuvre, et l'interprétation de Matthias Schoenaerts est absolument époustouflante. Je ne me souvenais pas que l'intrigue était autant concentrée sur son personnage. Ce n'était peut-être pas le film à voir en cette période, tant il est triste. Nous nous sommes promis un peu plus de légèreté pour la prochaine fois où nous regarderons quelque chose ensemble.
 
 
Le crétin qui laisse un message sur mon répondeur au prétexte qu'il voudrait "échanger avec moi", lui qui n'écoute jamais les autres. Rien que l'expression me fout la gerbe. Le gusse a essayé de m'entourlouper il y a quelques mois, et il voudrait, en plus, m'accabler de ses inanes monologues comme si rien ne s'était passé. Son comportement illustre bien l'adage selon lequel les cons c'est comme les rideaux de douche, ça vous colle toujours au cul.

*

Une année nouvelle commence, plus incertaine que jamais. 
Je me réjouis d'avoir passé la précédente. Elle fut contrariante pour cette raison, bien sûr, mais aussi pour cette autre et bien évidemment pour celle-ci. Mais cependant, je l'aurais paisiblement et paresseusement finie. À la faveur de la période des fêtes de fin d'année, et de la recrudescence de l'épidémie de Covid, j'ai passé beaucoup de temps à la maison, m'abandonnant à la futilité : non seulement j'ai relu avec plaisir des nouvelles de Robert Scheckley, mais j'ai regardé des vieux films des Monty Python, et aussi écouté avec délectation de la muzak pseudo-hawaienne d'Arthur Lyman. L'un des morceaux "Quiet Village" me rappelle d'ailleurs mon enfance, car il servait de générique à une émission de télévision intitulée "La vie des animaux". Produite et par Frédéric Rossif et commentée par Claude Darget, elle passait le samedi en début de soirée juste avant le journal télévisé de 19h30. Les commentaires étaient souvent amusants et décalés. Je me rappelle l'évocation du zèbre "noir rayé de blanc ou blanc rayé de noir". C'était à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne) au début des années soixante alors que je découvrais la télévision qui était à l'époque un objet encore nouveau et relativement insolite. 
 
*
J'ai du mal à me projeter dans les mois qui viennent. J'ai des appréhensions que je ne peux formuler. Je goûte le bonheur des moments que ma fille m'offre de passer avec moi. Nous regardons des vieux films ensemble. Nous déjeunons au restaurant. Nous rions beaucoup tous les deux. 

Publications les plus consultėes cette année