mardi 1 novembre 2022

Glaciale et paisible


 
 
Voilà
"Comment ne pas devenir un loup des steppes et un ermite sans manières dans un monde dont je ne partage aucune des aspirations, dont je ne comprends aucun des enthousiasmes ? Je ne puis tenir longtemps dans un théâtre ou dans un cinéma; je lis à peine le journal et rarement un livre contemporain ; je suis incapable de comprendre quels plaisirs et quelles joies les hommes recherchent dans les trains et les hôtels bondés, dans les cafés combles où résonne une musique oppressante et tapageuse, dans les bars et les music-halls des villes déployant un luxe élégant, dans les expositions universelles, dans les grandes avenues, dans les conférences destinées aux assoiffés de culture, dans les grands stades. La solitude est synonyme d'indépendance ; je l'avais souhaitée et atteinte au bout de longues années. Elle était glaciale, oh oui, mais elle était également paisible, merveilleusement paisible et immense, comme l'espace froid et paisible dans lequel gravitent les astres."

"Le Loup des steppes" de Hermann Hesse.

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lundi 31 octobre 2022

Trick-or-treat

 
Voilà  
cette nuit j'ai rêvé que quelqu'un m'insultait presque, pour la simple raison que je n'écrivais que des choses sinistres sur mon blog et que, disait-elle, ça commençait à bien faire ces conneries. Aujourd'hui à Kiev, temps clair, vitesse du vent 11 km/h. La température était de 12°. Cette nuit le thermomètre descendra en dessous de 0. Durant la journée, du fait de frappes massives russes sur l'ensemble du territoire, plusieurs quartiers de la ville ont été privés d’électricité tout comme des centaines de localités dans les sept régions d'Ukraine. En outre, à ce jour , et pour les mêmes raisons, 80 % des habitants de la capitale ne disposaient toujours pas d' approvisionnement en eau. Ce soir, un peu partout en Europe de l'ouest et aux USA les gens fêteront Halloween. Citrouilles, toiles d'araignées, squelettes, trik-or-treat, Joker.

dimanche 30 octobre 2022

L’Escapade


Voilà,
au bord du bassin d’Arcachon, à Andernos-les-bains, station balnéaire où, en compagnie de ma grand-mère qui vivait à Bordeaux, mes parents se rendaient quand j’étais tout petit enfant, se trouve aussi le port ostréicole avec ses petites cabanes colorées où il est possible de déguster des crustacés. Hors saison, c’est un lieu paisible et beaucoup moins fréquenté qu’en été. J’aime beaucoup le graphisme de cette peinture murale où l’on reconnait une pinasse, embarcation à fond plat typique du bassin d’Arcachon fabriquée avec du bois de pin (d’où son nom) et les deux « cabanes tchanquées », montées sur pilotis qui ont été restaurées il y a quelques années. Initialement construites  pour surveiller les voleurs qui s’introduisaient dans les parcs à huîtres, elles devinrent ensuite des maisons de plaisance.
 

vendredi 28 octobre 2022

La pieuvre


Voilà,
Je me perds dans la foule, je cherche une image, insolite, absurde. C’est une autre ville. Je suis un peu perdu. Je tâche, bien que je ne suscite aucune attention particulière, de faire bonne figure. Tout est couleur de chimère. Mes yeux brulent, ma vue baisse. Il y a ce mot, inventé dit-on par Victor Hugo, et cette silhouette détachée de son contexte. Ça fait une curieuse association. Je lis la pieuvre, je pense la guerre. Je ne comprends pas comment font tous ces gens autour de moi pour s’amuser. Il y a le sourire des jeunes filles qui ne voient rien venir, le bonheur des familles, la joie des enfants. On tire à la la carabine à plomb sur des pipes en terre, on mange de la barbe à papa et des pommes d’amour, on tient des ballons au bout d’une ficelle. Ce sont les vacances, l’air est tiède, le ciel chargé d’orages pour ailleurs et pour plus tard. Je suis là, tout me semble bizarre.

mercredi 26 octobre 2022

Devinette


Voilà 
peut-être parviendras tu, avec un peu de patience, à reconnaître la bergeronnette qui, sous la douce lumière d’un automne anormalement doux, picore dans le marais
Peut-être aussi, un bref instant, simplement parce qu’il y aura eu ce fragile paysage, en équilibre entre la nécessité d’oublier et celle de se souvenir, la rumeur du monde t’aura-t-elle paru plus lointaine, comme sur le point de s’évanouir.
Et si la bergeronnette s’est envolée pendant que tu songeais à tout cela, deviens le héron impassible qui guette au bord de l’étang
 



dimanche 23 octobre 2022

Il y a un loup


Voilà, 
il m'arrive encore parfois de prendre le métro. Je vais d'un point à un autre, hanté par des songeries, des images. Quelques petits projets à court terme — à long terme nous sommes tous morts disait Keysnes — m'occupent l'esprit. Des pensées me traversent encore, mais sans continuité — des flashes, des réminiscences, des associations d'idées—. Depuis six mois, je suis surtout intéressé par l'art d'accommoder les légumes. Je m'essaie à la cuisine diététique. 
Je m'attarde dans les musées. Je vais au cinéma. Je me promène, à l'affût de quelque photo. Les meilleures balades, je les fais avec ma fille. En fait, le tour que prend le monde me terrifie et si je ne peux m'empêcher d'en être affecté, je me refuse à en parler. Je l'ai déjà tant fait. À quoi bon commenter, encore et encore. Des envies plus ou moins avouables me passent par la tête. Parfois la tristesse m'accable. Je lis. Des romans, des poèmes, des blogs, des articles de journaux. Un flot de mots, d'images auxquelles je contribue puisqu'il charrie aussi mes propres alluvions. Ou bien je me replie sur mes nécessités immédiates : dormir, ranger, nettoyer, marcher, ne pas faire de gras. Prendre soin de mon corps, de ce qui lui reste de santé. Maintenir des relations de bonne intelligence et plus si affinité avec des personnes dignes d'intérêt. Je continue d'accompagner, Sophie dans son projet, qui lui est si nécessaire de mener, et de faire entendre  — à raison, car il concerne tous ceux qui, un jour ou l'autre, ont affaire à l'hôpital —. Je suis heureux et fier d'y contribuer un tant soi peu, dans la mesure de mes moyens. Je l'admire pour son acharnement, sa ténacité, son énergie ses multiples compétences. Ses talents d'écriture (comme en témoignent ses carnets) m'impressionnent autant que ses qualités d'actrice. 
Sinon, dans l'attente de cet hiver que les politiciens et les journalistes se plaisent — non sans une visible jubilation — à nous promettre rude, en raison de l’inflation combinée aux restrictions énergétiques, je goûte aussi la douceur de cet automne qui ces derniers jours et pour quelque temps encore se donne des airs de printemps. Peut-être vais-je m'autoriser un modeste voyage, histoire de m'affranchir des vicissitudes de la capitale où parfois il m'arrive cependant de voir de jolies choses sur les murs.



Comme par exemples ces papiers collés, dans le XXème arrondissement, rue Boyer, évoquant le petit chaperon rouge, œuvres d'un artiste qui s'appelle Thomas au pseudo de loup-y-es-tu

dimanche 16 octobre 2022

Spies

 
 
Voilà,
en ce moment la cinémathèque française propose une exposition intitulée Top Secret qui, je cite le programme "explore les relations imbriquées entre espionnage et cinéma". Disséminées un peu partout sur les murs du bâtiment, des silhouettes découpées évoquent des personnages de films.  Sinon, à part ça, en dépit du fait que je n'ai plus de comptes à rendre à qui que ce soit, ni d'obligations professionnelles ou si peu,  — même si demain je vais assurer une régie son pour un spectacle — j'éprouve néanmoins encore le blues du dimanche soir (sunday scaries)
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vendredi 14 octobre 2022

Migraine


Voilà,
peur de s’endormir et de ne pas se réveiller. L’essentiel qu’on n’a pas dit, aux uns et aux autres. Les mots d'amour qui se sont perdus, les excuses demeurées au bord des lèvres, les choses gentilles qu’il eût été bon de partager.
Il aura suffi d'un choc stupide, d'un accident idiot. Parce qu'il s'est cogné la tête contre une porte vitrée  — vraiment c'est trop ballot —un certaine matinée de cette funeste année, il souffre depuis de terribles migraines que chaque nouveau jour rend plus insupportables. Jamais il n'avait envisagé qu'une telle choses pût se produire ni que la souffrance le minerait à ce point. Incapable de faire quoique ce soit. Ni se concentrer ni se reposer.  Ses forces dont il a trop souvent présumé, autrefois, déclinent à présent. La réalité se dissipe dans un brouillard indistinct. Tout échappe  : la vigilance, l'à propos, le courage
Parfois les analgésique lui offrent un répit. Gisant alors sur son lit, parmi tant de pensées si difficiles à formuler, si confuses, il se sent comme une serpillère usée. Et toute cette fatigue qui pèse et l'entrave... Certitude que le temps manquera irrémédiablement... Fermer les yeux, écouter à la radio les histoires des autres, les voix des autres... A bien y réfléchir, il a si peu vécu, lui, au regard de tous les rêves qu'il formait autrefois. Trop traîné, trop paressé, trop bavardé. Sans doute n'était-il pas armé pour faire autrement. Ou bien la pente à gravir était-elle trop raide. Il revient de si loin – mais est-il seulement parti ? –. Sans doute n'a-t-il pas su s'y prendre, saisir les opportunités. Rien de lui ne subsistera. Sera vite oublié. Voudrait être à la fois ici et là, quand déjà il n'est plus vraiment quelque part.  Freddy Capolongo ne se sent pas vieux pourtant, mais passer à l'acte — ce qui n'a jamais été un truc facile pour lui — relève désormais du grand steeple-chase. Il comprend mieux maintenant pourquoi on a élevé la paresse au rang de péché capital. Pfff... N'ira pas au paradis. N'aura pas mis d'ordre dans ses affaires. À peine pris quelques dispositions. Mûrie dans l'étau la douleur, une face hideuse éclôt avec la stridence d'une mèche de perceuse vrillant dans le béton. Envie de s’endormir, de ne pas se réveiller, voilà.

mercredi 12 octobre 2022

Une nuit de pluie et de boue

 

Voilà,
"Il y a des moments où chaque détail de la vie ordinaire m'intéresse par son existence même, et où j'éprouve envers toutes les choses le souci de tout savoir dire clairement. (…)  mais il est aussi des moments – tel celui qui me prime à présent – où je me sens davantage moi-même que les choses extérieures, et où tout se change pour moi en une nuit de pluie et de boue, dans la solitude d'un quai de gare, sur quelque voie de garage entre deux trains de troisième classe.  
(Fernando Pessoa in "Le livre de l'intranquillité")

mardi 11 octobre 2022

Le bon choix


Voilà,
le problème est là. On croit ce qu'on voit et ce que l'on voit nous fait oublier ce que pourtant l'on sait. J'ai évoqué la notion de biais cognitif, dans une publication précédente. Alors qu’on est déjà, ici sous le régime de la catastrophe annoncée, on demeure ébahi par tant de beauté. Pourquoi tout cela devrait-il cesser ? C'est ainsi depuis si longtemps. Pourtant, sans que nous nous en rendions compte cela n’est déjà plus vraiment ce à quoi ça ressemble. Comme l'a écrit quelque part Woody Allen, "L'humanité se retrouve à un carrefour. Un chemin mène au désespoir et à l'impuissance absolue, l'autre chemin mène à l'extinction définitive. Prions pour avoir la sagesse de faire le bon choix".

dimanche 9 octobre 2022

Une curieuse enseigne

Voilà, 
au fond de la cour du 98 de l'avenue Denfert-Rochereau, se trouve l'entreprise Leconte, installée dans le quartier depuis 1936, année faste de l'histoire sociale française qui vit l'instauration des congés-payés. Sous le porche qui permet d'y accéder, cette sorte de bas-relief en bois, témoignant du savoir-faire de l'entreprise tient lieu d'enseigne.
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jeudi 6 octobre 2022

Bien, juste bien


Voilà, 
ce fut le terme d'une délicieuse excursion à bicyclette (électrique et confortable) le long de la côte, par une douce matinée, légèrement couverte, comme je les aime. Je n'étais encore jamais venu ici, mais sur le chemin j’avais parfois retrouvé des sensations d'enfance, lorsque j'habitais sur la côte landaise. Il y avait  là, tout le charme d'un début d'automne sous ces latitudes. Les terrasses des stations balnéaires encore ouvertes à une clientèle de retraités et de jeunes couples sans enfant, n'étaient pas surpeuplées, et il était possible de circuler sans encombrement sur les pistes cyclables. J'étais en compagnie d'un vieil ami avec lequel j'avais partagé non seulement des rêves de jeunesse, mais aussi les excès qui s'attachent à cet âge. Et puis nous étions entrés dans l'âge adulte suivant chacun notre chemin sans jamais vraiment nous perdre de vue. A présent nous étions là, ensemble et c'était bien, c'était simple, c'était le paisible et silencieux bonheur de l'amitié.

lundi 3 octobre 2022

Automne inquiet

 
  
Voilà,
c'est peu dire que le proche avenir m'inquiète. Il est évident que Poutine ne veut pas que le monde lui survive. Une fois encore il a exprimé son dégoût de l'Occident qualifié de satanique dans un discours dément où se dévoilent ses obsessions homophobes, son fantasme messianique de Russie libératrice, son inextinguible désir de revanche. De nouveau, il a brandi la menace nucléaire pour assouvir sa folie meurtrière ;  il a continué de semer la haine en encourageant les populismes, les fascismes de toute sorte à profiter du contexte de crise économique et sociale pour semer le désordre sur le vieux continent. C'est qu'il lui faut survivre au piège dans lequel il s'est embourbé tout seul, maintenant que son armée, dans un état de délabrement qu'on n'imaginait même pas, subit un revers dans les territoires qu'elle était supposée conquérir en peu de temps. Désormais il tente de propager la guerre en Europe, n'hésitant pas à saboter — au risque d'une catastrophe écologique majeure — ce qui la reliait encore à son pays. 
Je comprends le désarroi qu'éprouvait Zweig à la fin de sa vie. Mais aujourd'hui, aller se réfugier au Brésil, où là non plus la situation ne semble pas vraiment brillante, ne lui viendrait peut-être pas à l'idée. Pendant que les uns, à différents endroits de la planète, consentent au néofascisme, d'autres ailleurs essaient de soustraire au pouvoir des religieux. J’admire le courage des femmes de la jeunesse iranienne.
Pour faire écho à Lie Tseu, juste ce constat : ainsi va l'humanité ; si son aspect est multiforme tous ses peuples cependant suivent la voie du destin. 
Serais-je moins inquiet si je vivais à la campagne ?
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mercredi 28 septembre 2022

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (10)


 
Voilà,
ça me revient, 
en Juin 84, j'étais allé passer quelques jours dans cette maison de bord de mer avec Jean-Jacques et Chantal et d'autres amis. On fumait beaucoup, on faisait des parties de ping-pong endiablées, on allait se baigner parfois. Je n'y étais pas retourné depuis, et la vue y est toujours aussi belle, et j’étais content de retrouver mes amis qui s’aiment toujours depuis tout ce temps. Une certitude : je n'aurais pas l'occasion d'y retourner dans quarante ans.
 
Ça me revient
dans ma petite tente canadienne, ce mois de juillet 1973 où j'écimais le maïs pour me faire un peu d'argent, il y avait la photo de mon amoureuse, et j'écoutais l'album "Dark side of the moon" sur mon mini K7, je crois que mon morceau préféré était "Us & Them". J'avais aussi le recueil de poèmes et de chansons de Léonard Cohen dans la collection de poche 10-18. Lorsque je roulais de Riscle à Mirande sur ma mobylette, et qu'à la nuit tombée je passais par Bassoues, j'apercevais les moissonneuses batteuses illuminées travailler dans les champs, et ce spectacle me fascinait. J'aimais cette liberté. Et cette région si belle où j'espérais alors un jour y élire domicile.

Ça me revient  
dans les années soixante-dix, il existait la maison d'édition P.J. Oswald, qui publiait de la poésie et en particulier les textes tristes et nostalgiques de Franck Venaille que j'aimais particulièrement. Me sont aussi revenus les noms d'autres poètes que je lisais alors, Daniel Biga, Robert Champigny
 
Ça me revient,
ces années où j'ai découvert l'amour sans exigence de retour, l'amour que l'on porte à un enfant, où je suis devenu père, moi qui avais tant redouté de l'être, où j'ai décidé de consacrer le plus de temps possible à ma fille, et le bonheur que j'en ai éprouvé. Ceux qui me lisent savent que je suis peu doué pour l'autosatisfaction, mais là, pour une erreur de casting, je m'en suis plutôt bien sorti

Ça me revient
aussi le fait que de toutes les femmes avec lesquelles j'ai eu une relation durable, sa mère était probablement celle qui qui m'a le plus pris pour quelqu'un que je n'étais pas, et le moins bien compris, mais aussi sans doute celle dont la différence m'était sinon la plus nécessaire du moins la plus attendrissante. Je ressens parfois ce que les japonais appellent le natsukachii, cette nostalgie du passé mêlant le bonheur de se souvenir de certains instants et la tristesse que ces instants soient révolus
 
Ça me revient
lorsque je me rendais à la cartoucherie de Vincennes en 2005 pour y jouer "Meurtre" de Hanokh Levin, j'écoutais souvent l'album Human de Nitin Sawhney et en particulier la chanson "Waiting (o mistress mine)" qui insère une chanson au cœur des paroles d'une autre chanson écrite par Shakespeare, et aussi "Chaos and Creation in the Backyard" de Mac Cartney qui est particulièrement réussi et excellemment produit par Nigel Godrich
 
Ça me revient 
Catherine Ribeiro + Alpes. C'était une chanteuse de rock française dans les années 70, originaire de Grenoble très politisée et libertaire, une belle brune racée aux cheveux longs et raides avec une sacrée voix.  Alpes était le nom du groupe qui l'accompagnait. Je me souviens qu'elle a fait plusieurs tentatives de suicide. Aux dernières nouvelles elle est toujours vivante
 
Ça me revient
ce surplus américain au croisement de la rue Monge et de la rue des Écoles où j'allais acheter mes fringues dans les années soixante-dix
 
Ça me revient
la mélancolie éprouvée sous la dernière douche des vacances, lorsqu'on se débarrasse du sel et du sable et que l'on n'a pas du tout envie de rentrer et qu'il faut dire au revoir pour un temps à la rêvasserie, la désinvolture et la paresse de l'été
 
Ça me revient
Ce dessin qui était sorti dans Pilote (le journal qui s’amuse a réfléchir) représentant des insectes écrasés sur un pare brise après un long trajet, chacun étant désigné par son nom savant. Aujourd’hui ce dessin n’a plus aucun sens. On peut faire des kilomètres l'été, sans que plus aucun insecte ne s'écrase
 
Ça me revient 
après le massacre de Las Vegas qui a avait fait une soixantaine de mort début octobre 2017, les actions des fabricants d'armes côtés à Wall Street avaient bondi en bourse dès le début de la semaine suivante. Les marchés s'étaient d'ailleurs attendus à une hausse des ventes auprès des américains désireux de mieux se protéger suite à cette tuerie la plus meurtrière de l'histoire des États-Unis, au cours de laquelle précisément, posséder une arme n'aurait en l'occurrence été d'aucune utilité pour se défendre .
 
Ça me revient
l'Aqua alta historique (la plus puissante depuis 53 ans) qui avait inondé Venise fin 2019 était survenue après qu'en eût constaté peu de temps auparavant des inondations sans précédent ayant ravagé cinq pays de l'est de l'Afrique
 
Ça me revient
parfois je dis à voix haute "je vais aller faire sécher mon linge" en prenant l'accent québecois, juste parce que je me souviens de Dominique Daoust qui était venue de Montréal passer quelques semaines à Paris, chez Philippe et Dominique, et qu'elle disait souvent ça.
 
Ça me revient
parce que ces deniers temps on en a beaucoup entendu parler de la reine d'Angleterre, la chanson de Jacques Higelin "I love the queen" écrite dans les années 70 sur ce disque que j'ai beaucoup écouté sous influence dans des états que la loi réprimait alors. Je peux raisonnablement considérer que ce morceau a d'ailleurs été conçu et chanté lui aussi sous influence.
 
Ça me revient
Dominique chantonnant dans le salon de la rue de Vaugirard "il n'y a plus d'après à Saint Germain des prés". Chaque fois que j'entends cette chanson je pense à elle.
 
Ça me revient
parce qu'Alain Tanner est mort il y a peu de temps, d'avoir vu en octobre 1973 au studio Raspail, avec Agnès et Laurence, et peut-être aussi Delphine, "Le retour d'Afrique", un film avec François Marthouret et Juliet Berto. C'était peu de temps après mon retour de fugue.
 
Ça me revient  
le jour où Jean-Luc Godard est mort, je suis retombé pour quelques heures en dessous de 70 kg, mais il n'y a aucune relation de cause à effet
 
Ça me revient
les voisins de mon grand-père à Souzay-Champigny s'appelaient les Séché. La mère de madame Séché qui vivait avec eux s'appelait madame Boilève. Elle aimait les voyages organisés en car.  Elle en avait fait en "Nollande" — dont elle parlait souvent — pour y voir les champs de tulipes
 
Ça me revient
en 1976, je crois, j'ai, à la chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, été régisseur en coulisse du spectacle "Les assiettes" de Pierre Byland et Philippe Gaulier, un duo de clowns suisses qui cassaient des assiettes en scène pendant une heure. Ils étaient très drôles, à la scène comme à la ville. Je me souviens qu'ils avaient déformé le slogan "nous sommes tous des juifs allemands" en scandant "nous sommes tous des suisses allemands"
 
Ça me revient 
mais il y a toujours quelque choses qui m'échappe 

lundi 26 septembre 2022

Parmi ces rocailleux débris


 Voilà 
What are the roots that clutch, what branches grow
Out of this stony rubbish? Son of man,
You cannot say, or guess, for you know only
A heap of broken images, where the sun beats,
And the dead tree gives no shelter, the cricket no relief,
And the dry stone no sound of water. Only
There is shadow under this red rock,
(Come in under the shadow of this red rock),
And I will show you something different from either
Your shadow at morning striding behind you
Or your shadow at evening rising to meet you;
I will show you fear in a handful of dust.
 
 
Quelles racines s’agrippent, quelles branches croissent
Parmi ces rocailleux débris ? Ô fils de l’homme,
Tu ne peux le dire ni le deviner, ne connaissant
Qu’un amas d’images brisées sur lesquelles frappe le soleil :
L’arbre mort n’offre aucun abri, la sauterelle aucun répit,
La roche sèche aucun bruit d’eau. Point d’ombre
Si ce n’est là, dessous ce rocher rouge
(Viens t’abriter à l’ombre de ce rocher rouge)
Et je te montrerai quelque chose qui n’est
Ni ton ombre au matin marchant derrière toi,
Ni ton ombre le soir surgie à ta rencontre ;
Je te montrerai la peur dans une poignée de poussière.
(TS Eliot, trad Pierre Leyris )

dimanche 25 septembre 2022

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (9)


 
 
Voilà, 
ça me revient la fois où une jeune femme m'a dit bonjour, tard le soir sur un passage clouté où je m'étais retrouvé un peu contre mon gré en compagnie de quelqu'un dont la présence commençait a devenir pesante sans que je n'ose pourtant manifester ma gêne. Je n'avais alors pas répondu a ce salut me demandant s'il m’était vraiment adressé.

ça me revient la fois où, en Aout 2009, à la station de bus de la porte de Vincennes, j'ai vu ce type un peu gros et suant descendant du bus en tenant son pantalon dont la jambe droite était remontée laissant apparaitre des chaussettes blanches. Il avait aussi la braguette ouverte, et semblait légèrement égaré

ça me revient la fois où — c'était un matin — je marchais dans les rues de la vieille ville du Havre, recherchant de maisons qui avaient survécu aux bombardements. Pensant à une femme qui aimait les jeux érotiques avec des aliments, une certaine idée m'avait traversé que jamais je ne realiserais puisque nous venions de nous séparer 

ça me revient la fois où j'ai vu, du côté de la Butte-aux-cailles, cette salamandre peinte sur un mur par une artiste qui signe Louyse et que j'ai trouvé ça bien

ça me revient la fois où j'ai pensé que ça serait sympa de passer des vacances au lac de Clarains à Casteljaloux, mais je ne l’ai jamais fait.

ça me revient la fois où, en juin 2011 il y avait eu cette fille parlant très fort avec sa copine dans la file d'attente de la cinémathèque pour voir le film qui me confierait-elle plus tard avait fait le buzz au festival. Je ne pus faire autrement que de nouer la conversation avec elle puisque moi aussi j'attendais pour la même chose. Elle était en hypokhâgne à Paul Valéry pour être prof de cinéma dans l'enseignement supérieur. Elle venait de présenter l'ENS. À fontenay ? m'étais-je enquis. Non à Ulm, avait-elle répondu. Vous faites du latin ? Oui. Une lueur de triomphe dans son œil. Mais quand même, je n'avais pas l'impression d'être en présence d'un spécimen de l'élite intellectuelle à venir.

ça me revient la fois où — c'était le 16 août 2018 — j'étais longtemps demeuré attablé à l'ombre, dans cette merveilleuse impasse du Trésor dans le quartier du marais. Derrière moi des américaines piaillaient. A ma droite un homme écrivait à la main sur son cahier.  Quant à moi, je rassemblais des notes pour la rédaction d’une fiche de lecture lorsque envahi par une soudaine sensation d'angoisse j'eus tout à coup du mal à respirer et fus pris de vertiges.  
 
ça me revient la fois où un scientifique à la radio parlait du variant Iota du covid et que l'interviewer répondit "ah celui-là" on ne le connaissait pas". Le scientifique avait alors précisé "si, si nous on le connaît très bien depuis longtemps", l'interviewer  avait alors insisté "oui mais moi je ne le connaissais pas". je m'étais alors demandé si le fait d'affirmer avec autant de forfanterie — qui plus est sur une chaine culturelle — son ignorance est sa bêtise, ne constituait pas en-soi, une faute professionnelle. Il faut croire que non, puisque Guillaume Erner continue d'animer les matinales de France-Culture
 
ça me revient la fois où, alors que soudain me rappelant que je ne m'étais pas encore lavé les mains après avoir pris le métro, je les avais nettoyées avec gel hydrolique, la psychanalyste avec laquelle je discutais dans un café avait cru bon de me préciser "si tu fais ça c'est tu as peur de quelque chose" et que je n'avais rien trouvé de mieux à répondre que "c'est possible". C'était en juin 2020 et les terrasses venait tout juste de rouvrir après le grand confinement.

ça me revient la fois où j'ai entendu Cecile Duflot l'actuelle dirigeante d'Oxfam utiliser l'expression "attitude remerciative" sur une chaîne culturelle,
 
ça me revient la fois où j’ai entendu l'expression "désuète comme un vieux jouet futuriste du passé" et que j'ai pensé à un cadeau venu bien trop tard, alors que je n'étais plus tout à fait un bambin

ça me revient mais il y a toujours quelques chose qui m'échappe
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vendredi 23 septembre 2022

Face à Face


Voilà,
choses qui semblent pas si mal bien des années après : en cherchant dans mes fichiers, une toute autre photo pour ce blog, photo que bien évidemment je ne retrouve pas, en dépit du soin que je mets à les classer (mais il y en a beaucoup), je suis tombé sur celle-ci, prise au Père-Lachaise en octobre 2012, dont je ne me souvenais plus. C'est la sépulture de Fernand Arbelot, né en 1880, décédé en 1942 et seulement connu pour sa tombe !  Forgée dans le bronze par le sculpteur et peintre belge Adolphe Wansart, elle représente le gîsant d’un homme (s'agit-il du défunt ?) tenant entre ses mains le visage d’une femme, peut-être son épouse qui repose dans le même caveau. Au pied du gisant une épitaphe : "Ils furent émerveillés du beau voyage qui les mena jusqu'au bout de la vie"

jeudi 22 septembre 2022

Flamants roses

 
Voilà
une vue de l'étang de l'Arnel prise depuis la presqu-île de Maguelone aux alentours du weekend de Pâques en avril dernier dont je ne pense pas comme TS Eliot qu'il soit le plus cruel des mois. C'était juste étrange et imprévu pour moi d'être là d'être là, mais cependant bien agréable. J'ai pris quelques photos de flamants roses, ce qui est un peu inévitable dans la région, bien que les photos d'animaux ce n'est pas trop mon truc — faut dire que je n'en croise pas trop non plus dans le quatorzième arrondissement de Paris —. Tout au fond on aperçoit les contreforts des Cévennes. Je ne suis pas certain d'avoir  beaucoup d’occasions d'y retourner.

dimanche 18 septembre 2022

Supercherie


Voilà,
" C'est une vie entre les coulisses. Il fait jour, c'est un matin en plein air, et puis aussitôt la nuit tombe, et c'est déjà le soir. Ce n'est pas une supercherie compliquée, mais il faut se soumettre tant qu'on est sur les planches. On n'a le droit de s'enfuir que si on a la force de se diriger vers le fond, de fendre la toile, de passer à travers les lambeaux de ciel peint et d’enjamber un ou deux accessoires pour se réfugier dans la rue réelle, une rue obscure et étroite qui, en raison de la proximité du théâtre, s’appelle encore rue du théâtre, mais est vraie et possède toutes les profondeurs de la vérité". (Franz Kafka)
Bien sûr cette rue de Nantes ne s'appelle pas la rue du Théâtre, mais, ni obscure ni étroite, elle est cependant réelle et possède néanmoins non pas la profondeur, mais l'illusion de la vérité. Et il faut y regarder à deux fois pour reconnaître la supercherie.
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vendredi 16 septembre 2022

La joie de l'expérimentation formelle


 
Voilà, 
je sais très bien où j'ai pris cette photo, un peu moins dans quelle circonstance, et plus du tout quel objet de verre y est représenté mais je m'en fous. Une certitude : le jeu des ombres et des reflets a du me plaire pour que je déclenche. 
J'en ai fait une image apaisante. C'est la joie de la forme pure qui se suffit à elle-même. J'imagine que l'on doit éprouver la même chose en photographiant des fleurs par exemple, mais, hélas dans l'univers urbain qui est le mien, je n'en ai que très rarement à disposition.
Cette image ne signifie rien, et me plaît pour cela. Elle rapporte une contingence qui affleurait au réel et qui m'est soudain parvenue. Eh oui, je suis comme tout le monde : ma vision détermine, non seulement ma relation au monde, mais aussi ma manière de le penser. Et moi, quand un phénomène advient et qu'il suscite mon intérêt,  je me demande aussitôt, quelle forme pourrait il prendre sur une surface
En l'occurence, s'est manifestée la nécessité, comme l'écrivait Michaux, d'intervenir un peu plus. J'ai donc choisi le noir et blanc. Oui c'est comme ça, il faut absolument, que je traduise, que je transforme, que je convertisse et que je m'approprie, sans quoi, depuis longtemps j'aurais viré fada sans doute. 
Qu'on me foute la paix, qu'on ne me demande rien, qu'on me laisse être bien con et bricoler dans mon coin.
Le poème de Michaux donc. Il s'appelle Intervention et c'est dans "La nuit remue" publié en 1930. 
 
Autrefois, j'avais trop le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire.
 
Fini, maintenant "j'interviendrai"
 
J'étais donc à Honfleur et je m'y ennuyais. Alors résolument, j'y mis du chameau. Cela ne paraît pas fort indiqué. N'importe, c'était mon idée. D'ailleurs, je la mis à exécution avec la plus grande prudence. Je les introduisis d'abord les jours de grande affluence, le samedi sur la place du Marché. L'encombrement devint indescriptible et les touristes disaient : " Ah ! ce que ça pue ! Sont-ils sales les gens d'ici ! " L'odeur gagna le port et se mit à terrasser celle de la crevette. On sortait de la foule plein de poussières et de poils d'on ne savait quoi.
 
Et, la nuit, il fallait entendre les coups de pattes des chameaux quand ils essayaient de franchir les écluses , gong ! gong ! sur le métal et les madriers !

L'envahissement par les chameaux se fit avec suite et sûreté. On commençait à voir les Honfleurais loucher à chaque instant avec ce regard soupçonneux spécial aux chameliers, quand ils inspectent leur caravane pour voir si rien ne manque et si on peut continuer à faire route ; mais je dus quitter Honfleur le quatrième jour.

J'avais lancé également un train de voyageurs. Il partait à toute allure dela Grand'Place, et résolument s'avançait sur la mer sans s'inquiéter de la lourdeur du matériel ; il filait en avant, sauvé par la foi.
 
Dommage que j'aie dû m'en aller, mais je doute fort que le calme renaisse tout de suite en cette petite ville de pêcheurs de crevettes et de moules.

jeudi 15 septembre 2022

Le chérubin de la Bonne-Mère

Voilà,
au pied de Notre-Dame-de-la-Garde qui surplombe Marseille protégée par la Bonne-mère que l'on voit tout en haut du clocher, un petit ange, le doigt posé sur sa bouche, invite les pèlerins et les visiteurs au silence et au respect de ce lieu de prière. Prenant cette photo, il y a quelques jours, j'ai repensé à l'ange musicien de Sintra et à cet autre qui qui pleure dans la cathédrale d'Amiens. La publiant aujourd'hui, elle raconte aussi que j'ai choisi de me taire à propos des morts récentes de célébrités. Bien sûr la reine d'Angleterre, Jean-Luc Godard, William Klein... A quoi bon écrire là-dessus ? Qu'aurais-je à raconter qui n'ait été écrit dans les médias, sur les réseaux sociaux ? Y aller de mon sarcasme ou de mon émoi ? A quoi bon ? Tout au plus puis-je affirmer que je suis capable d’assez bonnes imitations de Godard. 
De toute façon, cela ne va pas cesser. De plus en plus de personnalités ayant, d’une façon ou d’une autre marqué l’histoire au cours des soixante dernières années  prennent ou vont prendre la poudre d'escampette. C'est ainsi, autant s'y résoudre. 

dimanche 11 septembre 2022

Une illusion de Vietnam

 
Voilà, 
il existe à Aix-en-Provence, un restaurant, Dakao situé au centre ville dont le décor, donne l'impression d'une rue vietnamienne et se révèle tout à fait réussi et surprenant. Dans l'une des salles ce très beau portrait a aussi particulièrement retenu mon attention.
 

Dans les mois à venir, gagné peut-être par la nostalgie de ce séjour passé entre Aix et Marseille, ou parce que soudain me paraîtra nécessaire d'écrire quelque chose à propos du Vietnam (un souvenir familial qui sait ?), il est vraisemblable que je publierai d'autre images de cet endroit.
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mercredi 7 septembre 2022

La Sainte Victoire et Vauvenargues


Voilà,
Non loin d’Aix en Provence, la montagne Sainte Victoire s’élance comme une vague minérale par-dessus les garrigues. A partir des années 1880, Paul Cezanne en a fait son motif principal la représentant sous toutes les lumières possibles. De Cezanne, Picasso a dit qu’il était son seul maître et « notre père à tous » , parlant pour les peintres de sa génération. Est-ce pour cette raison qu’il avait, en 1958 acquis une propriété non loin, à Vauvenargues, ainsi que 1100 hectares sur le flanc nord de la montagne ? On raconte d’ailleurs qu’il s’était réjoui devant son marchand d’art d’avoir « acheté la Sainte-Victoire de Cezanne ». « Mais laquelle ? Il y en a tant… » « L’originale », aurait alors répondu Picasso. 
C’est d’ailleurs dans le parc de son château, aujourd’hui occupé par sa belle-fille Catherine Hutin-Blay qu’il fut inhumé. Sa dernière épouse, Jacqueline Roque qui s’est suicidée en 1986 repose à ses côtés. Le domaine ne se visite pas.
 
 


dimanche 4 septembre 2022

Depuis 1954


Voilà,

Le mouvement Emmaüs constitue, selon Wikipedia, « un ensemble d’associations et groupements de solidarité présents dans 37 pays. La première communauté Emmaüs, d'inspiration initialement chrétienne, a été fondée en 1954 en France par l’abbé Pierre. Les divers groupes Emmaüs actuels, en France et à l'étranger, sont sans attache religieuse et se proposent de lutter contre la pauvreté et l'exclusion, par des moyens divers, adaptés au contexte des pays où ils se trouvent. La majorité d'entre eux exercent une activité économique, souvent basée sur la récupération et le réemploi, mais pas exclusivement. »

À Aix-en-Provence, le local du mouvement, situé dans la vieille ville se reconnaît aisément grâce à cette peinture murale au charme désuet où sont représentés des objets domestiques d’un autre âge.





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jeudi 1 septembre 2022

Le Mal qui vient


Voilà,
c'est la fin de l'été, mais pas n'importe quel été. Ce qui nous gagne n'est pas juste cette légère mélancolie liée à la fin des vacances. C'est aussi l'inquiétude face au monde qui vient, toujours plus incertain, plus menaçant. Les faits sont sans équivoque. On a atteint un point de non-retour. On ne se débarrassera pas des déchets nucléaires, de la radioactivité, des pollutions chimiques. On ne pourra pas grand chose contre la multiplication de phénomènes naturels extrêmes. C'en est fini de l'illusion de tout maîtriser. 
Et puis la démence de dirigeants va-t-en-guerre, ivres de conquêtes et de destructions et dévorés par leur désir de puissance me rappelle ce qu'écrit Pierre-Henri Castel dans "Le Mal qui vient", ouvrage déjà évoqué dans une publication précédente mais qui n'a pas, hélas, suscité de réaction malgré ou peut-être à cause des graves questions qui y sont abordées. "Plus la fin sera certaine donc proche, plus la dernière jouissance qui nous restera sera la jouissance du mal. Plus proche sera la fin et plus passionnément l'humanité trouvera les sources d'excitation nécessaires à vivre dans des actions excessives, atroces, démentes. Mettez en effet ceci en balance : s'assurer, en cherchant le moindre mal, les moyens toujours plus précaires de retarder la fin, ou assumer la volupté cruelle de les arracher à autrui, quitte à précipiter pour tous un destin de toute façon inévitable ? Les vices les pires (la cruauté venant tout de suite à l'esprit) ne seraient plus dès lors, les effets collatéraux du désespoir universel. Pour les derniers hommes ces vices seraient les derniers moteurs affectifs (...) Car les gens n'auraient peu à peu plus rien à considérer que leur mort en tant qu'individu pris un à un. Ceux ou celles à qui se réduira alors l'humanité (non plus collectivement, mais par composition) pourraient donc parfaitement s'avérer tous (en fait chacun) suicidaires.
C'est pourquoi il faut avoir peur, très peur des temps d'avant la fin des temps. Nullement d'une peur métaphysique face à l'idée insupportable du crépuscule de l'espèce humaine, mais à cause des événements parfaitement concrets et tous terribles qui pourraient s'enchaîner et qui s'enchaîneront sans doute sous la forme d'une spirale omni-englobante du Mal. Ceux qui ne voudront pas la rejoindre, en effet, et même la rejoindre en hâte, s'en trouveront plus vite encore victimes, ils serviront d'exemple aux scrupuleux et aux hésitants. En sorte que, si l'on y réfléchit bien, l'idée de l'inéluctabilité de la fin, tel un germe catastrophique infectant toutes les anticipations, constitue déjà le commencement réel du processus d'annihilation — dès aujourd'hui." 
Il suffit d'écouter les déclarations des grands tyrans de ce siècle, ou de se souvenir de leurs actes, pour constater que d'une certaine façon on y est déjà.
Est-ce vraiment là le monde que nous allons laisser à Keith Richards  
Alors haut les cœurs ! 

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