vendredi 16 septembre 2022

La joie de l'expérimentation formelle


 
Voilà, 
je sais très bien où j'ai pris cette photo, un peu moins dans quelle circonstance, et plus du tout quel objet de verre y est représenté mais je m'en fous. Une certitude : le jeu des ombres et des reflets a du me plaire pour que je déclenche. 
J'en ai fait une image apaisante. C'est la joie de la forme pure qui se suffit à elle-même. J'imagine que l'on doit éprouver la même chose en photographiant des fleurs par exemple, mais, hélas dans l'univers urbain qui est le mien, je n'en ai que très rarement à disposition.
Cette image ne signifie rien, et me plaît pour cela. Elle rapporte une contingence qui affleurait au réel et qui m'est soudain parvenue. Eh oui, je suis comme tout le monde : ma vision détermine, non seulement ma relation au monde, mais aussi ma manière de le penser. Et moi, quand un phénomène advient et qu'il suscite mon intérêt,  je me demande aussitôt, quelle forme pourrait il prendre sur une surface
En l'occurence, s'est manifestée la nécessité, comme l'écrivait Michaux, d'intervenir un peu plus. J'ai donc choisi le noir et blanc. Oui c'est comme ça, il faut absolument, que je traduise, que je transforme, que je convertisse et que je m'approprie, sans quoi, depuis longtemps j'aurais viré fada sans doute. 
Qu'on me foute la paix, qu'on ne me demande rien, qu'on me laisse être bien con et bricoler dans mon coin.
Le poème de Michaux donc. Il s'appelle Intervention et c'est dans "La nuit remue" publié en 1930. 
 
Autrefois, j'avais trop le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire.
 
Fini, maintenant "j'interviendrai"
 
J'étais donc à Honfleur et je m'y ennuyais. Alors résolument, j'y mis du chameau. Cela ne paraît pas fort indiqué. N'importe, c'était mon idée. D'ailleurs, je la mis à exécution avec la plus grande prudence. Je les introduisis d'abord les jours de grande affluence, le samedi sur la place du Marché. L'encombrement devint indescriptible et les touristes disaient : " Ah ! ce que ça pue ! Sont-ils sales les gens d'ici ! " L'odeur gagna le port et se mit à terrasser celle de la crevette. On sortait de la foule plein de poussières et de poils d'on ne savait quoi.
 
Et, la nuit, il fallait entendre les coups de pattes des chameaux quand ils essayaient de franchir les écluses , gong ! gong ! sur le métal et les madriers !

L'envahissement par les chameaux se fit avec suite et sûreté. On commençait à voir les Honfleurais loucher à chaque instant avec ce regard soupçonneux spécial aux chameliers, quand ils inspectent leur caravane pour voir si rien ne manque et si on peut continuer à faire route ; mais je dus quitter Honfleur le quatrième jour.

J'avais lancé également un train de voyageurs. Il partait à toute allure dela Grand'Place, et résolument s'avançait sur la mer sans s'inquiéter de la lourdeur du matériel ; il filait en avant, sauvé par la foi.
 
Dommage que j'aie dû m'en aller, mais je doute fort que le calme renaisse tout de suite en cette petite ville de pêcheurs de crevettes et de moules.

16 commentaires:

  1. Thank you for the really helpful comment on my blog. I have inserted your comment into the post itself, as the information is important.

    best… mae at maefood.blogspot.com

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  2. Nul n'est toujours besoin de définir la beauté

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  3. I love the shapes - beautifully abstract!

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  4. What a beautiful play of light and glass. The composition is perfect.

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  5. Jouissif le texte-poème de Michaux, intervenons, oui, oui!

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  6. I had to go see Mae's blog--- Interesting for sure. The best meals I have ever had were 1. French, 2. Szeshaun, 3. Thai. In no particular order. I love this picture! My brain wants to decipher, but my gut says-- just let it go and enjoy it!

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  7. Das gefällt mir sehr gut, es ist anregend und inspirierend!

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  8. Le reflet et le texte de Michaux sont superbes. J'aime beaucoup ses textes, particulièrement le "Voyage en Grande Garabagne". Merci de nous faire penser à lui (ainsi que, de temps en temps, au "livre de l'intranquillité" d'un fameux lisboète ...).

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