mardi 3 octobre 2023

Nuages

Guéthary, Août 2009
 
Voilà,
je me permets de reproduire intégralement cet article particulièrement bien écrit par Anaïs Moran au sujet des nuages (édition du 30 septembre du journal Libération) .

"On les rêve, les poétise, les dévisage, les redoute, les cartographie. Ils sont autant objets de contemplation que de récits apocalyptiques. Peuplent la fantasmagorie. Bref, les nuages magnétisent. Dans le champ scientifique aussi, ces amas cotonneux captivent. Mais l’intérêt qu’on leur porte cache une réalité moins légère : sur une Terre en surchauffe et déréglée, la couverture nuageuse présente de grands risques de métamorphose. Le problème est d’importance car les nuages sont la bête noire des modélisateurs. Un mystère suspendu dans la communauté des savants.

Anticiper leurs comportements futurs, leur physionomie prochaine, leurs effets déterminants sur le climat, relève de la mission laborieuse, mais primordiale. «Le rôle des nuages était un gros sujet dans les années 80-90, et puis d’autres thématiques importantes pour l’étude du changement climatique sont apparues et les efforts de recherche se sont éparpillés, contextualise Sandrine Bony, directrice de recherche CNRS au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD). Aujourd’hui, les nuages se rappellent à nous parce qu’ils sont l’une des principales incertitudes pour les prévisions climatiques. On ne peut les ignorer.»

Sans aucun doute, «la» grande énigme porte sur le rôle des changements nuageux dans l’amplitude du réchauffement climatique. Cette interrogation devenue obsession, les chercheurs lui donnent un nom : la «rétroaction radiative des nuages». En moyenne, ceux-ci ont un effet refroidissant sur le climat planétaire. Ils renvoient plus d’énergie solaire vers l’espace qu’ils ne conservent de chaleur sur Terre. «Les nuages bas, épais et opaques, sont comme des parasols qui réfléchissent une partie du rayonnement solaire et tendent à rafraîchir le climat, synthétise le physicien Olivier Geoffroy, spécialiste de modélisation climatique à Météo-France. Les nuages hauts et froids, qui culminent à 15 kilomètres dans les airs à -40°C, ont, au contraire, un effet de serre notable car ils ont cette capacité d’empêcher une partie du rayonnement infrarouge de s’échapper de l’atmosphère.» Ainsi, le rôle refroidissant de la couverture nuageuse l’emporte globalement sur l’effet de serre. Tout l’enjeu est de déterminer à quel point le changement climatique pourrait modifier l’équilibre de ces deux influences. De premiers éléments laissent penser que la hausse du thermomètre mondial diminuera l’effet refroidissant des nuages. Seulement de fortes incertitudes persistent et la science tâtonne encore.

Les nuages portent une ribambelle de caractéristiques potentiellement évolutives. Largeur, hauteur, densité, façon de se mouvoir, de grossir, d’interagir avec les autres… Face à l’augmentation des températures planétaires, ces propriétés risquent d’être bouleversées. «Tous les types de nuages ne répondront pas à l’identique au réchauffement, c’est toute la complexité de l’affaire, analyse Jean-Louis Dufresne, co-auteur du sixième rapport Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et directeur de recherche à l’Institut Pierre-Simon Laplace en parallèle du Laboratoire de météorologie dynamique. Ce que nous cherchons à appréhender, c’est la répercussion générale de ces différentes réponses nuageuses sur le climat. Est-ce que l’effet dominant et refroidissant des nuages va se fortifier ou bien s’atténuer ? Même une petite diminution de ce mécanisme de régulation pourrait avoir un immense impact sur le réchauffement.» Dans l’hypothèse d’un réchauffement planétaire de +3,5°C par rapport à la période préindustrielle, le Giec vient d’estimer que jusqu’à 1°C de hausse de température pourrait être attribué aux comportements des nuages.

En 2020, Sandrine Bony s’est lancée dans la coordination d’une mission internationale, près de la Barbade, dans les Caraïbes, pour tester grandeur nature la crédibilité des mécanismes prévus par les modèles de simulation du climat. Une campagne pharaonique, impliquant quatre avions, autant de navires et des dizaines d’équipes de recherche. L’objectif principal de l’opération : disséquer les cumulus d’alizés, ces nuages bas et moutonneux les plus fréquemment observés à la surface de la Terre. «Il y en a tellement qu’un petit changement de leurs propriétés peut avoir un fort impact, explique la climatologue. La grosse crainte est de voir ces nuages diminuer avec la hausse des températures, ce qui diminuerait aussi l’effet parasol et amplifierait le réchauffement climatique.» Les observations de terrain ont quelque peu rassuré. Les cumulus d’alizés pourraient finalement être «plus résilients» que prévu.

Désormais, les cumulonimbus (caractéristiques des phénomènes orageux) et les stratocumulus (les plus bas) sont au centre de l’attention. «Si le rôle des nuages dans la machine climatique est aussi incertain, c’est parce que leur comportement dépend d’un nombre de facteurs considérable, de l’échelle microscopique à l’échelle planétaire, souligne la chercheuse. La science des nuages, c’est comme un puzzle géant. On doit décomposer le problème en mille morceaux et voir comment les uns s’articulent par rapport aux autres. On a posé quelques éléments mais il reste encore des pièces à placer.»

Dans cette équation aux variables éclectiques, un autre facteur est scruté par la communauté scientifique : la pollution. Car la vapeur d’eau présente dans l’atmosphère a besoin des particules fines en suspension, les «aérosols», pour se condenser et devenir nuages. «Il en existe d’origine naturelle, comme ceux provenant des embruns marins, des pollens, des volcans ou des poussières désertiques ; et d’autres liés aux activités humaines, aux suies, aux fumées d’industrie, au gaz d’échappement, liste Jean-Louis Dufresne. Plus ces particules sont nombreuses, plus les gouttelettes d’eau se forment facilement, sont de toute petite taille, et créent des nuages brillants et réfléchissants. Or qui dit réfléchissant, dit effet refroidissant sur le climat.» Plus l’humanité limitera sa pollution, plus le ciel nuageux au-dessus de sa tête perdra son pouvoir rafraîchissant. Effet indésirable et très fâcheux

Déjà en mer, les scientifiques se sont rendu compte des prémices du phénomène. Particulièrement depuis que l’Organisation maritime internationale (OMI) a imposé aux bateaux, en 2020, de limiter la teneur en soufre du fioul à 0,5 % (contre 3,5 % auparavant) pour raison de santé publique. «Les paquebots fonctionnaient avec du fioul de très mauvaise qualité, qui contenait beaucoup de dioxyde de soufre, et qui, une fois libéré sous forme de particules, influençait fortement les propriétés réfléchissantes des nuages, détaille Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS et responsable du centre de modélisation du climat de l’Institut Pierre-Simon Laplace. Depuis quelques années, les traînées de navire tendent à s’atténuer et l’effet refroidissant des nuages s’estompe. Mais nous ne sommes pas encore capables de mesurer l’impact précis de ce changement d’interactions aérosols nuages sur les températures.» Même flou s’agissant de la terre ferme. Que se passera-t-il, à mesure que la pollution continentale diminuera ? «Probablement la même chose que sur les océans, poursuit Olivier Boucher. On va vers un réchauffement, mais on ne sait pas de combien, tout est incertain.»
 
 

 
Les chercheurs s’affairent aussi à mieux saisir le lien entre vapeur d’eau et évènements climatiques extrêmes. A commencer par les fortes pluies. Le principe de base est celui-ci : en se réchauffant, l’atmosphère s’humidifie. Partant de cette règle d’or confirmée par les modèles et les observations, les scientifiques estiment que ce phénomène conduira à une intensification des précipitations. Seul point solide et consensuel entre eux sur les nuages. «Les fortes pluies vont devenir de plus en plus extrêmes dans la plupart des régions et cette intensification sera amenée à se poursuivre tant que la température du globe ne sera pas stabilisée, commente Hervé Douville, climatologue à Météo France et coordinateur du chapitre consacré aux «changements du cycle de l’eau» dans le sixième rapport du Giec. Les récentes inondations en Grèce et en Libye ne sont qu’un aperçu de la situation à venir. Les précipitations extrêmes vont gonfler de l’ordre de 7 % pour chaque degré de réchauffement atmosphérique supplémentaire. Si par malheur nous nous dirigions vers une hausse globale des températures de +3°C, les pluies intenses pourraient donc croître d’environ 20 % et entraîner des pertes humaines et des dégâts considérables si les mesures d’adaptation restent insuffisantes.»

S’agissant du nombre d’évènements pluvieux, tout est plus confus. «On se dirige probablement vers le scénario “il pleut moins souvent, mais quand il pleut, il pleut plus fort”, même si on ne peut pas affirmer que c’est une vérité générale acquise. Ces changements de fréquence vont dépendre de la zone géographique, de la saison, et même de l’intensité des pluies elle-même… Régionalement, nous avons des débuts de réponse. Mais c’est encore insuffisant, aujourd’hui, pour trancher cette question pour le sud-est de la France, par exemple», admet le chercheur du service national de météorologie

Le devenir des vents est scientifiquement irrésolu. Et la future organisation spatiale des nuages n’est pas encore bien comprise. Ces deux éléments majeurs pourraient dessiner l’identité complète des prochaines pluies. «Il est possible que des routes dépressionnaires dévient de leur chemin, selon des vents plus ou moins puissants et le brassage plus ou moins fort des couvertures nuageuses, développe Caroline Muller, chercheuse en sciences de l’atmosphère et du climat au CNRS et à l’Institut autrichien des sciences et technologies (ISTA). De même, si les nuages commencent à s’agglomérer et se déplacer en bande plus qu’à l’accoutumée, ou, au contraire, partir davantage en mode solitaire, la retombée des pluies sur le sol ne sera pas identique. Cela peut paraître pointu, mais derrière toutes ces interrogations se cache la réalité des sécheresses et des saisons pluvieuses de demain. L’étude des nuages concerne tout le monde.»

Prenez les cyclones, ces nuages monstrueux et redoutés jusque dans l’imaginaire. Le réchauffement climatique va-t-il les rendre plus menaçants encore ? Ce n’est pas un détail, alors la science fouille, tâtonne, explore. «Pour l’heure, nous ne savons pas si le nombre global de cyclones va augmenter, on pense même qu’il pourrait baisser. En revanche, de plus en plus d’études montrent que la proportion de cyclones intenses va significativement s’amplifier par rapport au nombre total de perturbations tropicales par an, clarifie Fabrice Chauvin, spécialiste de ces tourbillons au Centre national de recherches météorologiques. On est quand même dans les limites de l’exercice. Les projections de l’activité cyclonique dépendent de la qualité de nos modèles et de leur degré de raffinement pour représenter les phénomènes de petite échelle, notamment la microphysique des nuages qui est très difficile à appréhender.»

Voilà en partie pourquoi les nuages demeurent des ovnis scientifiques. Ce qui se trame dans le ciel n’est que partiellement détectable par les outils techniques. Les particules qui composent les nuées sont trop minuscules pour la résolution utilisée dans les modèles climatiques. «Les gouttes d’eau ou les cristaux de glace des nuages sont millimétriques, alors que les modélisations météorologiques sont destinées à couvrir des surfaces d’une dizaine de kilomètres dans leur maillage le plus fin, explicite Andrea Flossmann, coprésidente du groupe d’experts sur la modification météorologique de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et professeure à l’université Clermont Auvergne. Ces tout petits processus sont imperceptibles, pourtant ils cachent l’une des clés d’accès aux prévisions du changement climatique. On cherche, on trouve des indices, mais la route est longue et brumeuse.»
 
*
 
Sinon, il y a quelques heures, j’ai appris la disparition de Veronika Varga. Cette nouvelle m’accable. Elle était encore si jeune. C’était non seulement une actrice rare, mais une personne belle souriante et lumineuse comme on en rencontre peu dans une vie. C'est une chance de l'avoir croisée. Je me souviens de ce court métrage d'Yvon Marciano "Emilie Muller" où elle est tout à fait stupéfiante (le lien est sous-titré en anglais). J’avais eu le plaisir de travailler avec elle, il y a bien longtemps, durant un mois sur un atelier consacré à "La mouette" de Tchekhov. Elle m’avait aussi ébloui dans l’interprétation d’un texte étrange "Solomonie, la possédée" de Gilbert Lely mis en scène par Christian Rist, que j’avais vu en Septembre 1996, à la maison de la poésie où je me trouvais précisément hier soir, parce que Mathieu Simonet y lisait des extraits de son livre « La fin des nuages ». Oui Veronika avait la grâce et la légèreté d'un nuage. Elle pouvait aussi susciter de puissantes émotions. Toujours mise en scène par Christian Rist, elle fut en outre une Phèdre de Racine insurpassable. La plus juste la plus touchante la plus vulnérable qu'il m'a été donné de voir.
 

samedi 30 septembre 2023

Amnésie


Place des Vosges, septembre 2023
 
Voilà,
C’est le dernier jour du mois. Jamais paraît-il, Septembre n’a été aussi chaud en France. C’est une chose que je n’ai même pas réalisée ni ressentie. J'ai juste pensé — comme lorsque je passais la semaine dernière par la Place des Vosges — "c'est une belle arrière-saison". Ce n'est pas spectaculaire comme les pluies diluviennes qui se sont abattues sur New-York pour nous rappeler qu'il y a vraiment un changement climatique. Et, pour celui qui vit en ville, l'aridité dramatique et la sécheresse des campagnes  n'a pour le moment rien de concret. Sauf le prix des fruits et des légumes. En ayant passé un mois d'Août à Paris plutôt frais, j'en ai presque oublié le juillet torride d'Avignon. Et puis sont arrivées les soirées tièdes et festives de la coupe du monde de Rugby, qui crée un peu de joie et d'insouciance aux amoureux de ce jeu. On oublie vite. Tant d'informations de tous ordres s'accumulent. 


Le village rugby, place de la Concorde

Également connue sous le nom d'amnésie environnementale, l'amnésie écologique (shifting baseline syndrome), se caractérise par la perte progressive de la mémoire collective de la société concernant l'état précédent de l'environnement naturel et les changements qui ont eu lieu au fil du temps. Les humains ont donc tendance à oublier ou à sous-estimer l'ampleur des dégradations environnementales et des perturbations qui sont advenues au cours de leur vie ou de générations précédentes. Ce phénomène se manifeste par une perception erronée de ce qui est considéré comme "normal" en matière d'environnement.
Plusieurs facteurs en sont la cause : les changements environnementaux sont graduels et se produisent souvent sur une longue période de temps et rend difficile la perception de ces changements par les individus au jour le jour. On a ainsi tendance à s'habituer à notre environnement immédiat et à ne pas remarquer les altérations subtiles qui se sont produites au fil du temps.  
En second lieu il faut tenir compte des biais de comparaison : les individus ont tendance à comparer leur environnement actuel à ce qu'ils ont connu dans leur enfance ou au début de leur vie, ce qui peut conduire à une perception déformée de l'environnement. Si l'environnement a déjà subi des dégradations avant que quelqu'un n'atteigne l'âge adulte, cette personne peut considérer ces altérations comme normales.
Cela tient aussi à ce que j'évoquais plus haut : notre déconnexion vis-à-vis à la nature : dans les sociétés industrialisées, les environnements urbains se sont multipliés et les individus sont de moins en moins en contact direct avec la nature. Cette déconnexion peut entraîner une ignorance accrue des problèmes environnementaux. On identifie facilement un morceau de musique à la radio, on n'est incapable de distinguer les différents chants d'oiseaux ou  d'identifier des arbres. 
Ainsi la dégradation tend à se normaliser. Comme si elle constituait une contrepartie normale du processus de développement de nos société. Les médias et la publicité ne cessent en outre de présenter une image biaisée de l'environnement. Ils mettent en avant des paysages naturels intacts dans lesquels se déplacent par exemple des voitures puissantes qu'on nous vante comme étant cent pour cent écologiques. Ce greenwashing contribue évidemment à propager une perception erronée d'un environnement en meilleur état qu'il ne l'est réellement. Ainsi la sous-estimation des problèmes environnementaux entraîne-t-elle une lenteur funeste dans la mise en place de mesures nécessaire, quand il y aurait grande urgence à le faire.
On continue de vivre dans une sorte d’illusion. D’exubérantes végétations ornent parfois les murs de la ville. Si elles flattent nos yeux, elles ne nous protègent cependant guère des particules fines.


Celle-ci, intitulée "Look-up", haute de 22 mètres, a été réalisée par Julien Colombier, en Septembre 2022 pour l'hôpital des 15-20, exclusivement dédié à l'ophtalmologie.

vendredi 29 septembre 2023

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (13)

Voilà,
ça me revient, 
parfois au détour d'une rue, derrière la grille d'un terrain clôturé, d'étranges silhouettes s'offraient au regard. De quel mirage étaient-ils les gardiens, ces épouvantails de carton et de chiffons ? Qui les avait placés là ? Ce land art urbain et éphémère apportait, au mitan des années 80 un peu de poésie dans ces quartiers vétustes, à l'abandon, du lower east side. 
 
ça me revient, 
le jour de l'annonce de la mort de Léo Ferré en Juillet 1993, j'ai croisé plein de gens dans la rue qui sifflotaient ses chansons
 
ça me revient
avoir vu les petits chanteurs à la croix de bois à l'église de Fontenay-Rohan-Rohan, en compagnie de ma mère et de sa tante, en avoir été émerveillé, et espéré, le soir avant de m'endormir que Dieu (j'y croyais alors) me donne une belle voix
 
ça me revient
la première fois où j'ai opté pour le co-voiturage — et c'était une circonstance fort singulière — au cours du voyage, en conversant avec le conducteur, j'ai réalisé que nous avions lui et moi deux connaissances en commun.
 
ça me revient
que la série de billets intitulée "Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe" doit moins à Georges Perec qu'à Roland Barthes et ses passages en italiques intitulés anamnèses dans le "Roland Barthes par lui-même" qui fut vraiment le seul livre de la collection vraiment écrit par son auteur.
 
ça me revient 
Il y a cinquante j’avais vu, au Palais des Papes l'exposition des dernières toiles de Picasso peintes entre 1970 et 1972, que le maître avait offert à la ville d'Avignon. Un grand nombre d’entre elles (cent dix-neuf) furent volées trois ans plus tard, ce qui constitua le plus grand vol de tableaux jamais commis.
 
ça me revient
En 1996 lorsque nous jouions "La Cerisaie" au festival d’Avignon je logeais avec Christelle non loin de la place des Carmes et toutes les nuits je regardais le tournoi de foot des jeux olympiques d’Atlanta à la télévision. Cette année-là, le Nigeria avait gagné et c’était la première fois qu’une équipe africaine était victorieuse. 

ça me revient
avoir pensé en écoutant le morceau "misterioso", sur l'album du même nom enregistré en live au club Five spot en 1958, que Thelonious Monk "épluchait" la mélodie.
 
ça me revient, 
une fois j’ai vu les portraits de William Untermohlen peints tout au long de sa maladie d’Alzheimer, et j’en ai été très impressionné

ça me revient
Quand les guignols de l’info, la marionnette de Chirac appelait celle du chancelier Schröder Gérard avec l'accent français

ça me revient,
En 1985 alors que je jouais le spectacle Rêves de Kafka au Pepsico Summerfare Festival de Purchase, près de New-York j’ai rencontré deux vieilles dames qui, dans leur jeunesse avaient connu Max Brod qui leur avait parlé de Kafka.

ça me revient
Lorsque j’étais enfant il y avait des petits cadeaux dans les paquets de lessive « bonux »
 
ça me revient
c’est Jean-Pol F. qui m’a fait découvrir Tracy Chapman, en 1988 lorsqu’il était venu loger à la maison un peu plus longtemps qu’initialement prévu.
 
ça me revient
le premier spectacle que j'ai vu dans un théâtre subventionné ce fut au Théâtre de l'Est Parisien, avec Philippe et Dominique Tiry, et Agnès leur fille. On y donnait "La Tempête" de Shakespeare qu'avait mis en scène Bernard Sobel. Une seule fois auparavant, au cours d'une sortie scolaire, j'étais allé voir une pièce. Quelque chose de Jean Anouilh au théâtre Antoine. Il se peut que ce fut la pièce intitulée "Tu étais gentil quand tu étais petit", mais je n'en suis pas très sûr. Je n'en ai d'autre souvenir que cette façon ridicule, à mon goût, que les comédiens avaient de parler. De la mise en scène de Sobel, je n'ai que le souvenir d'un décor qui représentait une tente géante, et pour être tout à fait honnête, je n'avais pas compris grand chose à la pièce de Shakespeare. Mais bon, j'avais des excuses, bordel, je n'étais pas souvent sorti des casernes et des bases militaires où j'avais grandi. Enfin, je lisais quand même les poèmes d'Artaud, je connaissais par cœur " la lettre aux recteurs de l'université", grâce à un numéro spécial de la Revue Planète (il faudrait que j'écrive quelque chose un jour sur cette énigme éditoriale) que j'ai plus tard prêté à un mec qui s'appelait Jérôme Leclercq, un grand gars avec un gros nez qui me l'a jamais rendu. Mais mon amie Agnès de Cayeux a retrouvé un exemplaire chez un bouquiniste et me l'a offert.  Et Rimbaud  et Lautréamont, et même les poètes contemporains vivants je les connaissais bien et j'avais découvert les impressionnistes tout seul. À l'époque je piquais des bouquins à la librairie 73, bd St Michel pour me faire une culture. Mais Shakespeare c'était une marche un peu trop haute à ce moment-là.
 
ça me revient
en 2007, depuis la terrasse d'un café de Marseille non loin du vieux port, j'ai assisté à la retransmission du match de la coupe du monde de rugby Galles Fidji, gagné par les fidjiens
 
ça me revient
vers 1988, alors que j'étais très chagrin, trois livres en très peu de temps, m'ont bouleversé. "L'histoire du crayon" de Peter Handke, constitué de notes et d'aphorismes, "La fontaine pétrifiante" de Christopher Priest, et "Rituels" de Cees Noteboom. Je n'ai jamais osé relire ce dernier
 
ça me revient, en juillet 73 lorsque sur ma pétrolette, revenant de Riscle où j'écimais le maïs pour mon job d'été, peu après Beaumarchès, où la route commence à monter je m'engageais en direction de Bassoues à la nuit tombante et que je voyais alors les moissonneuses batteuses tous phares allumés sur les coteaux 
 
ça me revient
lorsque j'avais enregistré pour M.A. l'album "New-York state of mind" de Mark&Almond, elle m'avait dit quelques jours plus tard, "je ne savais pas que tu aimais le sucré". J'avais trouvé ça un peu vexant. Bon évidemment à l'époque elle écoutait en boucle ce morceau de Peaches.
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

mercredi 27 septembre 2023

J'habite les brouillards

Musée d'Art Moderne, Septembre 2023
 
Voilà,
cette photo m’est, lors de l’exposition Nicolas de Staël, arrivée plus que je ne l’ai prise. Comme de nombreuses toiles de ce peintre — bien que d'un genre fort différent — elle est à mi-chemin entre l’abstraction et la figuration. 
Chaque fois que m’arrive ce genre d’incident je me demande ce qui m’empêche de systématiquement photographier de la sorte. Car, à ce qui se se donne ouvertement à voir, je préfère ce qui échappe — ce que Jankelevitch nommait les "apparitions disparaissantes"—. Ce n’est aucunement par goût du paradoxe ou de l’oxymore, mais simplement parce qu’il me semble que dans l’existence, je me suis, en quelque endroit où je me trouvais, le plus souvent senti perdu. Que cet endroit me paraissait plutôt l’envers d’une réalité toujours plus incertaine, spectrale et fantomatique. 
En fait je n’ai rien compris à ce que j’ai vu, je n’ai jamais su où j’allais, tout s’est toujours plus ou moins dérobé. Je me suis égaré sans jamais vraiment rien saisir. J’ai traversé des mirages, nourri beaucoup d’illusions. Je suis peuplé d’incertitudes. J’habite les brouillards. 

mardi 26 septembre 2023

La raison vole au vent

Périgord, Août 2021

Voilà,
C’est une sorte d’état nébuleux. La pensée ressemble à l’automne. Les idées asséchées se détachent, s’éparpillent. La raison vole au vent. On demeure dans une sorte d’hébétude. On se voudrait pierre, caillou. D’ailleurs tout pèse. Ce n’est pas que l’on soit indifférent aux choses. Mais elles semblent si lointaines, inaccessibles. Il n'y a plus d'enchaînement, juste des juxtapositions. De fugitifs épiphénomènes, des apparitions disparaissantes, des fondus enchaînés de séquences affleurant à la conscience. Des bribes de phrases. On voudrait un être à étreindre, une peau où voyager. Sans vraiment le réaliser on se tient à l'écart de soi. On regarde ce corps devenant sournoisement pantin, qui peu à peu se désarticule. Perd sa prestance, son équilibre. Des lieux désormais inaccessibles que l'on n'a fait qu'entrevoir. On y repense. On s'invente des vies imaginaires. On serait venu ici en vacances enfant. Dans la maison de famille. On s'imagine des possessions. Quelque chose qui ressemble à des racines. Mais non. Bientôt, sans que nulle part on ne se soit vraiment tenu, on quittera le monde. On quittera le souffle. Ténèbre ou lumière, il n'y aura plus de différence. L'église champêtre, son paisible cimetière survivront. On n'aura fait que passer.

dimanche 24 septembre 2023

Mona Lisa Café Pera

 
Voilà,
celle-ci fera sans doute plaisir à Mae qui collectionne les Mona Lisa. Elle se trouve dans le neuvième arrondissement. Je m’y rends quelquefois pour des raisons professionnelles. La Société des auteurs met à disposition dans ses locaux quelques salles de répétitions.
 
 

Ce mural, nous rappelle qu'avec l'automne, les virus de toutes sortes vont refaire leur apparition. Si le covid ne fait plus la une des journaux, il est toujours là rampant. On n'est jamais à l'abri d'une reprise ou d'une mutation. Après tout, il n'est peut-être pas inutile de continuer à porter des masques comme le font les asiatiques, pour se protéger et protéger ses proches des virus de l'automne et de l'hiver.

samedi 23 septembre 2023

vendredi 22 septembre 2023

Barber Shop

 
Voilà,
il y a très longtemps, à Manhattan, dans le haut de Broadway j'ai photographié cette boutique de barbier avec son enseigne traditionnelle appelée Barber Pole.
Le Barber Pole, littéralement bâton ou poteau de barbier, est au barbier ce que la carotte est au bureau de tabac, ou la croix verte à la pharmacie. Souvent bleu-blanc-rouge en spirale, parfois juste blanche et rouge, les barbiers l'installaient devant leur devanture.
Dans certains pays étrangers (Italie, USA, Turquie…), la tradition du barbier est toujours restée forte et cette enseigne est une évidence pour la population, Après avoir disparu en France, elle revient de plus en plus ces dernières années dans nos villes. 
Cette tradition remonte au Moyen-Âge. Comme à l'époque la majorité de la population était analphabète, on désignait son lieu d’activité par un signe ou un symbole universellement reconnu. En outre, les barbiers de l’époque non seulement coupaient les cheveux et taillaient les barbes, mais ils utilisaient leur savoir-faire, leurs outils et leur dextérité notamment pour pratiquer des saignées, des petites opérations chirurgicales ou des arrachages de dents. Ce service s’expliquait par l’interdiction faite aux membres du clergé d’effectuer de telles interventions. L’Eglise a le sang en horreur (« Ecclesia abhorret a sanguine »). Lors du concile de Tours en 1163, elle décrète la chirurgie pratique interdite au sein du clergé et la relègue à un rang inférieur à celui de la médecine. La plupart des médecins étant justement des hommes d’Eglise,  les barbiers en viennent à prendre la place des médecins pour réaliser toutes ces interventions de petite chirurgie. C’est la naissance du métier de chirurgien barbier : votre coiffeur barbier était alors aussi votre chirurgien. Souvent considéré comme le père de la chirurgie moderne en France, Ambroise Paré a d'ailleurs commencé sa formation en prenant une place d’apprenti barbier chez un chirurgien-barbier. Il y apprit à manier le rasoir et se familiarisa avec la saignée avant d’être admis en qualité de barbier infirmier à l’Hôtel Dieu de Paris en 1533 où il passa d’apprenti à maître-barbier-chirurgien et réalisa la carrière qu’on lui connait aujourd’hui.

 

 
Le poteau de barbier symbolisait le bâton que le patient tenait dans sa bouche pour rendre ses veines plus saillantes et favoriser la circulation sanguine. Et puis par la même occasion cela permettait de canaliser la douleur du patient car à cette période il n’y avait pas encore d’anesthésie et il fallait bien mordre dans quelque chose.
Pour les couleurs du poteau de barbier, le rouge et le blanc proviennent de la pratique répandue de la saignée qui consistait à prélever du sang chez le patient pour tenter de le guérir d’une maladie ou d’une infection. Les saignées et les sangsues étaient deux des pratiques médicales, très fréquentes à l'époque (souvenons-nous de Molière). Grâce aux progrès de la médecine moderne, nous savons désormais que ce n’était peut-être pas la meilleure idée. Cependant, cette méthode a été utilisée au Moyen Âge pour tout traiter, des simples rhumes aux maladies les plus mortelles. Les pansements blancs imbibés de sang associés à la saignée ont inspiré les rayures rouges et blanches. Les rayures bleues qui ne sont pas toujours présentes symbolisent également la couleur des veines coupées pendant les saignées. Selon une autre interprétation  la bande bleue serait due aux premiers barbiers américains comme un hommage aux couleurs du drapeau.
La sphère en laiton au sommet du poteau serait un rappel du bassin qui contenait les sangsues, tandis que la large base évoque le bol utilisé pour recueillir le sang. Quand le poteau est attaché au mur, la base est remplacée généralement par une boule rappelant celle de son sommet.
En rédigeant de billet, je me suis souvenu des enseignes du Pakistan, peintes sur des plaques de tôle qui permettent de repérer les dentistes. 
 
 

mercredi 20 septembre 2023

Mais il y a cette ville

Voilà,
je ne marche plus désormais d'un pas léger et insouciant. Toujours quelque chose dans mon corps, une gêne une douleur, me rappelle à ma condition de sursitaire. Mais il y a cette ville, où je peux encore déambuler. Elle s'offre parfois au regard telle une vision de rêve. La nuit tombe. À cette heure autrefois passaient encore des voitures. Les berges maintenant rendues aux piétons, aux runners, aux cyclistes, aux badauds aux touristes, avec leurs guinguettes au bord du fleuve, donnent l'image d'une cité frivole, hédoniste. Je vais redescendre, me mêler à la foule des promeneurs, flâner solitaire. Je serai sans âge pour un moment, perdu dans des rêveries ; aux songes anciens se mêleront des virtualités inaccomplies. J'irai avec le secret espoir de croiser un improbable regard où entrevoir une possibilité de joie de salut d'abandon.

mardi 19 septembre 2023

Hier

Tréguier, Mai 2005
  

Voilà,
hier la pluie tombait doucement, enveloppant le port d'une brume apaisante
 
hier, un homme a songé à rédiger ses directives anticipées sans pour autant y parvenir 
 
hier, sur l'autre hémisphère un vieux monsieur a profité de ce que personne ne pouvait le voir pour dessiner une bite sur le pare-brise embué d'une voiture parce que vraiment là c'était trop tentant

hier, un enfant a vu effrayé, tomber la grêle pour la première fois
 
hier un lobbyiste s'est réjoui d'avoir mis un député de plus dans sa poche
 
hier, une femme s'est demandé si elle reverrait un jour les gorges du Verdon
 
hier, assis confortablement dans un restaurant, consultant la carte, un commercial qui venait de faire une bonne vente a hésite entre un filet mignon au cidre et un sauté de veau Marengo
 
hier, un vieil homosexuel passant devant un sauna gay s'est dit qu'il avait une heure à tuer avant de prendre son train et qu'il pourrait en profiter pour aller se faire sucer un petit coup
 
hier un homme souffrant d'une douleur intercostale a dit à son interlocuteur au téléphone, alors qu'il marchait dans la rue "oui mais le choux au bout d’un jour c’est tout mou"
 
hier, un intellectuel dans un colloque a affirmé avec une excessive conviction que le zéro était la plus grande invention de l’humanité 

hier, quelqu’un a entendu pour la première fois le mouvement intitulé « le jour se lève » dans Daphnis et Chloé de Debussy et il en est resté tout transi
 
hier, quelqu'un, dans un lieu public s'est demandé comment trouver un endroit pour se gratter discrètement le cul
 
hier, une petite quadragénaire nerveuse affligée d'un tic labial suggérant des intentions ambigües s'est laissée rattraper par un souvenir et  a senti un irrépressible chagrin la submerger
 
hier, un type a demandé dans le métro "vous pouvez m’aider messieurs-dames cinquante centime un euro"
 
hier, assise sur la moelleuse banquette d’une terrasse de café une fille a dit à sa copine que Lucie n’est jamais actrice de sa relation et qu’il faudrait qu’elle arrête de vivre ses histoires comme au 19me siècle
 
hier, un chat errant a pissé sous un porche dans une ville du proche Orient
 
hier, un enfant kurde a sauté sur une vieille mine antipersonnel qui était là depuis des années
 
hier, un jeune homme est tombé dans le regard et le désir de l’étudiante qui lui souriait
 
hier, un homme grippé gardant la chambre, a lu dans son lit un article sur son smartphone selon lequel L’Angleterre était minée par "la marchandisation de la prise en charge" des personnes âgées dépendantes
 
hier, un zodiac surchargé de migrants a chaviré dans les eaux froides de la Méditerranée 

hier, un jeune homme dans un jardin botanique a eu l'intuition que les fleurs exprimaient toute la beauté d'une nature où l'humanité n'est qu'une tumeur 
 
hier, quelque part en Nouvelle-Zélande un petit garçon s'est réjoui de claquer pour la première fois un drop entre les perches devant son père présent dans les tribunes
 
hier, un spécialiste en oncologie pédiatrique s'est pris la tête entre les mains en se demandant combien de temps encore ça allait durer tout ça
 
hier un mec s'est réveillé et s'est dit c'est quoi ce rêve à la con avec des histoires de chargeur qui ne fonctionne pas
 
hier quelqu'un a songé que la sensation d'émerveillement devant la beauté, les premiers hommes avaient dû aussi l'éprouver lors de certains couchers de soleil, ou en voyant des papillons, ou en observant l'éclosion de certaines fleurs, ou plus simplement en découvrant des paysages. Que peut-être même l'attrait exercé par quelques uns de leurs semblables, avait pu éveiller quelque chose de l'ordre d'un sentiment esthétique. 
 
hier un homme s'est interrogé sur le temps qu'il a fallu pour que s'opère ce glissement de sens de compassion à compassé 
 
hier, un écrivaillon français végan et déprimé a fait rimer extase et métastase
 

dimanche 17 septembre 2023

Corps de métier

Voilà,
dans la station Opéra, on peut remarquer sur les murs des couloirs de correspondances, des petites silhouettes représentant tous les corps de métier que l'on peut trouver à l'Opéra de Paris, des techniciens jusqu'aux artistes.
 
Imaginée par Itsok (je ne sais si c'est le nom d'un grapheur ou d'un studio de communication), cette installation culturelle visuelle met en scène près de 1000 petites silhouettes aux ombres noires disséminées sur les murs racontent l'histoire des coulisses de l'opéra.
 
 
 
Via un dispositif de QR code, il est possible de poursuivre ce parcours visuel en le transformant en expérience sonore. Utilisant nos casques ou nos écouteurs, il est possible, porté par la voix de la soprano Giulia Semenzato de se laisser transporter dans les coulisses et de plonger en totale immersion grâce à des enregistrements d’ambiance des différents protagonistes de l’Opéra. 
 
 
 
Musiciens accordant leurs instruments, costumiers retouchant les vêtements, Chef d’orchestre feuilletant les partitions ou encore coiffeurs, maquilleurs, machinistes et éclairagistes œuvrant à préparer une représentation.
 

Je n'ai pas eu le temps de parcourir toute la station qui est immense, et de trouver les silhouettes du corps de ballet. Mais ces petites ombres, agrémentent avec humour et poésie, les déplacements souvent fébriles et précipités qu'on est amenés à y faire.

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vendredi 15 septembre 2023

Grocery


Voilà,
il y a longtemps en septembre 2012, j'avais publié cette photo sans autre légende que "this morning, I feel in a "New York state of mind". Je l'ai partagée il y a peu sur facebook, dans ce formidable groupe "Manhattan before 1990" où, chaque fois que j'envoie une photo, de nombreuses personnes réagissent, et rajoutent des informations. De lieu le plus souvent — ainsi ai-je appris que cet endroit se situe au 243 Mulberry St — mais parfois aussi sur les gens qui vivaient là ou des événements qui s'y rapportent. Ainsi, cette dame que l'on distingue à travers la fenêtre s'appelait Jean et elle avait parait-il coutume d'être à proximité de sa fenêtre toute la journée. J'ai aussi appris que quelques mois après que cette photo fut prise, advint un fait divers dramatique dans cette échoppe. 


Ce New-York que j'ai photographié n'existe évidemment plus. Presque quarante déjà. Quelqu'un m'a envoyé une photo de l'endroit tel qu'il est devenu.


(première publication 13/09/2012 à 8:36)

jeudi 14 septembre 2023

Tant de ciel

 
Voilà,
"ô tant de ciel s'en allant vu de si près ; 
ô tant de ciel sur tant d'horizon."
Je me suis souvenu de ces vers de Rilke, l'année dernière, c'était fin Juillet, alors que je me promenais sur une nouvelle piste cyclable que je venais tout juste de découvrir. Elle m'offrait un panorama insolite que bien sûr j'avais déjà vu, passant en voiture, mais sans qu'il me fut pour autant possible de m'attarder un moment et de sentir l'odeur du fleuve. 
Je ne m'explique pas pourquoi cette perspective me touche. Peut-être y vois-je un Paris, inhabituel, presque fictif. Il y là une sorte d'utopie new-yorkaise miniature que j'ai déjà évoquée dans un billet précédent, , avec cette mini skyline et la statue de Bartholdi. Je me sens toujours dans un curieux transport, à cet endroit. Tout me semble un peu irréel, fictif, comme s'il s'agissait d'un décor. Bon heureusement la tour Eiffel, est toujours aussi aérienne, élégante et légère. La tour Eiffel semble toujours jeune.
Il n'y a rien d’haussmannien là. Et puis la Seine, qui n'est plus tout à fait parisienne parce que les bateaux-mouches ne s'y aventurent plus. Ce sont des navires plus gros qui embarquent là pour des croisières longues conduisant à l'estuaire du fleuve. D'ailleurs ce point de vue est assez peu touristique, car de ce côté-ci des berges — celui d'où j'ai pris la photo — il n'est guère possible de marcher à pied, et les étrangers ne s'y aventurent pas.
Ces tours que l'on aperçoit ont la particularité d'être habitées par de nombreux iraniens qui avaient acheté des pieds-à-terre avec les bénéfices engrangés lors du premier choc pétrolier de 1973 particulièrement profitable à la haute bourgeoisie sous le règne du Shah. Les tours étaient alors encore en construction, mais représentaient un excellent investissement. C'est ainsi que le quartier devint le premier point de chute des riches exilés après la révolution de 1979.
Sinon, mais c'est très anecdotique, ce billet est le 2500me de ce blog. Je me demande de plus en plus souvent, pourquoi je continue. Si tout cela est bien utile.

mercredi 13 septembre 2023

Pas grand-chose

 
 
Voilà 
"Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste. Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose." (Louis-Ferdinand Céline in "Mort à crédit")

 


"Tout est beau dehors : l'air tiède, le chant des oiseaux, la musique indistincte. Il n'y a que moi qui n'en fais pas partie"  
(Peter Handke in "L'Histoire du Crayon")
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dimanche 10 septembre 2023

Soir de fête


Voilà,
vendredi soir après la victoire du XV de France contre une décevante équipe néo-zélandaise, indisciplinée, sans inspiration, sans fantaisie, jouant (en dépit de quelques rares éclairs de génie) un rugby prévisible, que même un entraîneur de division régionale pourrait décrypter, fait,  la plupart du temps de charges d'avants, de progression à une passe, d'up-and-under répétés, avec un alignement en touche médiocre et une mêlée plus poussive que poussante, bref une équipe loin des standards qui ont fait sa réputation (il est temps que Scott Robertson le prochain entraîneur, redore le blason de cette équipe, mal dirigée depuis quatre ans) je suis allé faire un tour du côté de la rue Princesse, autrement appelée rue de la soif, rendez-vous bien connu et très prisé des passionnés de rugby, qui se retrouvent là après les matches internationaux pour écluser des pintes de bières et des verres de vin. L'heure était déjà un peu avancée et le taux d'ébriété assez élevé. J'ai pris quelques photos, bien sûr des scaphandriers en train de trinquer collés sur une facades, amis aussi de ces supporters en marinière et béret basque, rappelant ces baigneurs de la fin du XIXme siècle. Ils étaient somme toute bien à l'image de cette cérémonie d'ouverture franchouillarde donnant une image de carte postale rétro à notre pays qui va à vau-l'eau. Comme l'a titré le journal "Libération" toujours friand de jeux de mots "allez le rance". Avec la célébration du jambon de pays, de la baguette, du pinard, de la France des campagnes.
 

Comme si l'on avait oublié que c'est dans la France des campagnes que sont nés les gilets jaunes — peut-être y en avait-il parmi ceux qui ont hué le président tête-à-claques —, comme si le prix de la meilleure baguette n'était pas souvent décerné ces dernières années à des artisans boulangers maghrébins, comme si l'on ne vivait pas dans un pays où si tu es trop basané, tu peux te faire descendre sans sommation par les flics, comme si nous n'étions pas un pays faisant l'objet de la part d'Amnesty international d'une campagne d'information ciblée, comme si sous ces latitudes les principes démocratiques et les droits sociaux, l'équité et la justice, n'étaient pas chaque jour de plus en plus bafoués, et la corruption sans cesse plus apparente.
Mais l'ambiance était toutefois bon-enfant, joyeuse et conviviale. C'était après tout un soir de liesse et de communion. D'autres photos viendront sans doute, pour illustrer ces moments festifs. Pendant que le populo s'amuse, et supporte son équipe il oublie ses conditions de vie rendues plus difficiles par la cynique politique de ses dirigeants.

(...)

Sinon dans le cadre des travaux de restauration du Palais Garnier, l'Opéra national de Paris a invité l'artiste JR à habiller les échafaudages recouvrant la façade de ce temple de la musique et de la danse. Et c'est très réussi.

 
Une gigantesque toile représente l’entrée d’une immense caverne ouvrant sur une perspective de roche et de lumière. On songe aux grands décors scéniques et aux trompe-l'œil des mises en scènes du XIXème siècle. Sont en outre représentés dans cette vision romantique les nombreux échafaudages présents, clin d’œil aux travaux réels et nécessaires qui servent physiquement de support à cette installation. C'est très beau et très spectaculaire, comme la plupart des travaux de cet artiste auquel il est souvent fait appel à Paris.

vendredi 8 septembre 2023

Une étrange sensation

Voilà,
je suis plus bas, vraiment je suis plus bas, et plus lourd aussi. Qu’est-ce que je fais dans ce corps ? ce n'est pas le mien! Je suis gêné aux entournures. Le coude me fait mal, n'est pas à sa place. En plus j'ai une moustache. Ce matin en me levant je n'avais pas de moustache. Je n'ai rien senti et pourtant il semblerait bien que je sois un autre. Et puis ma main droite a une d'odeur comment dire, étrange, que je ne parviens pas à identifier, quelque chose comme une odeur de vieille bête. Je crois que les gens me regardent bizarrement. J'ai la vague sensation que tout déconne. C’est peut-être à cause de ce type là tout à l’heure qui promenait son chien en lui parlant. "Tu vas faire un gros popo et après j’irais au boulot". Je crois bien que c'est ça, j'ai vraiment entendu ça, j'ai pensé c'est dingue, c'est moi ou c'est le monde qui déconne, mais non j'ai vraiment entendu ça, après j’ai eu un moment d’absence je ne me souviens plus, j'ai marché j'ai continué de marcher en pensant à ce que je venais d'entendre, les rues les gens plus rien ne me semblait réel, tout est devenu un peu cotonneux, comment je vais faire qu'est ce que je vais devenir je ne peux pas finir mes jours comme ça il va falloir que je me regarde comment je vais supporter mon dieu dites moi que ce n'est pas vrai que c'est juste un cauchemar que je vais me réveiller...
—  tu Me parles à Moi, enfin tu Me parles, maintenant que tu es dans la merde, tu Me parles, J'existe enfin pour toi, tu crois que c'est aussi simple, que tu vas t'en sortir comme ça ? Tu veux que Je te dise, tu es mal barré, vraiment mal barré, ne compte pas sur Moi, tu peux te brosser, démerdes toi il fallait y penser avant espèce de mécréant...

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