dimanche 31 juillet 2022

Par hasard

 
 
Voilà,
un soir de juin, c'était le dernier samedi du mois, alors que je trainais entre République et la rue Jean-Pierre Timbaud, dans le dixième arrondissement, avant de me rendre dans un atelier  d'artiste où une connaissance perdue de vue depuis longtemps — mais qui cependant m'avait invité par mail – allait se donner en spectacle pour raconter une histoire qui lui tenait à cœur depuis longtemps, j'ai aperçu, par hasard, ce mural, qui avait des faux airs d'un tableau de Kandinsky dans sa période constructiviste.
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jeudi 28 juillet 2022

Jour du dépassement

 
Voilà, 
Selon Global Footprint Network, cette année, le 28 juillet (soit un jour plus tôt que l'année dernière) marque la date à partir de laquelle l’humanité a consommé (empreinte écologique) l’ensemble des ressources que la Terre peut reconstituer en une année (biocapacité). Autrement dit : pour régénérer ce que l’humanité consomme aujourd’hui, il nous faudrait l’équivalent de “1,75 Terre” en termes de surface. A partir d’aujourd’hui, nous vivrons donc cinq mois dans le rouge en entamant le capital naturel nécessaire au maintien de la vie sur Terre. Mais bon que la fête continue n'est-ce pas ? Y-a-t-il une soirée sur un roof-top pour fêter l'événement, une garden-party végan pour célébrer ce jour ⸮ Quelqu'un aurait-il une invitation à me refiler ⸮ 
Je rappelle au passage que le jour du dépassement pour le strict territoire français est advenu le 5 mai et aussi que, en Juillet 2019, la justice de ce pays a estimé, "eu égard à la persistance des dépassements observés dans la région", que l’État avait commis une faute de nature à engager sa responsabilité face aux pics de pollution de l'air en Ile-de-France en 2016 et 2017. "L'insuffisance des mesures prises les conditions de mise en œuvre de ces mesures ne permettent pas de réduire le plus rapidement possible les valeurs de dioxyde d’azote et de particules fines dans l'air, en méconnaissance des objectifs européens repris par le Code de l'environnement", avait en particulier notifié le tribunal.

mercredi 27 juillet 2022

Un mois de juillet sur la terre

 

Voilà,

Le nord-est de l’Inde, une région isolée, a été frappé par de fortes précipitations, qui ont causé des glissements de terrain et des inondations ces dernières semaines. Deux jours après que l'un d'entre eux ait emporté un camp de construction ferroviaire dans l’Etat du Manipur, le bilan ne cesse de s’alourdir. Le gouvernement local et l’armée ont annoncé samedi 2 juillet que vingt-cinq personnes avaient été tuées dans la catastrophe, et que près de quarante autres étaient toujours disparues. Il est à noter qu'au début de l’année, au moins dix personnes ont péri dans de telles catastrophes naturelles à la suite de pluies d’une violence inhabituelle dans plusieurs parties de l’Inde.

Un énorme bloc s'est détaché, le dimanche 3 Juillet du glacier de la Marmolada dans les alpes du nord de l'Italie faisant au moins six morts et huit blessés. Selon le rapports GIEC sur l'évolution du du climat paru en mars dernier, la fonte des glaces et des neiges est l'une des dix menaces majeures causées par le dérèglement climatique, perturbant les écosystèmes et menaçant certaines infrastructures

Le géant de l’agroalimentaire Nestlé a tenté de bloquer un étiquetage contre la malbouffe au Mexique, affirme l’organisation non gouvernementale suisse Public Eye Dans un rapport publié vendredi 1er juillet. Elle lève le voile, copies d’échanges de courriels à l’appui, sur le lobbying mené, fin 2019, par le fleuron helvétique dans un pays où sept Mexicains sur dix sont en surpoids ou obèses.

Des milliers d’habitants de Sydney ont été appelés, lundi 4 juillet 2022 à évacuer leurs foyers, au troisième jour de pluies torrentielles, les rivières en crue ayant submergé des pans entiers de terrain et des torrents d’eau s’étant échappés du principal barrage de la plus grande métropole d’Australie.

En Italie toujours très peu d'eau depuis Noël. Un désastre pour le grenier à blé, à maïs et à riz de l'Italie. Le Pô semble à bout de souffle, même lorsque l’on s’enfonce dans le delta, plus à l’est, en direction de l’embouchure, où pourtant le vert des champs est encore de rigueur. Mais l’aspect est trompeur, car, depuis plusieurs années, un mal inquiétant ronge les terres à bas bruit, particulièrement amplifié en cette année de sécheresse : celui du « biseau salé », une remontée de la mer Adriatique dans le lit du Pô, qui a pour conséquence l’invasion des sols par de l’eau saumâtre, sous l’effet des marées. En ce début juillet, ce « biseau » est remonté plus de 30 kilomètres dans les terres, un triste record. Durant le mois de juin, le débit du fleuve est passé sous les 200 mètres cubes par seconde. Il était de plus de 320 mètres cubes par seconde en 2006, lors de la dernière sécheresse. En s’approchant de l’embouchure, il suffit de jeter un bâton dans l’eau pour prendre la mesure de cette anomalie, celle d’un fleuve dont le courant a été inversé. La mer semble avoir pris possession du grand fleuve fatigué, et c’est tout un écosystème qui est menacé par le sel."

Le 10 juillet Reuters annonce qu’un feu de forêt hors de contrôle depuis trois jours dans le parc national de Yosemite, dans l’est de la Californie, menace désormais ses séquoias géants. Les pompiers préparent le « Grizzly Giant », l’arbre le plus spectaculaire du parc américain, à l’approche des flammes en l’arrosant. Et tous les autres feux dont je n'ai pas eu connaissance qui rugissent en ce moment même ravageant le peu de végétation que nous avons laissée à la terre...  Que dire de l'impact sur le bilan carbone causé par toutes ces fumées dans un premier temps, et la destruction de la végétation ensuite ? Et je ne parle pas des animaux

C’était en 2020 en Australie. Des méga-feux ravageaient l’équivalent de la surface du Danemark provoquant des nuages "cracheurs de feu". Aujourd’hui, c’est l’Europe du sud qui est dévorée par les flammes. En France, en Gironde, plus de  20 000 hectares de forêts ont brûlé. La situation n’est toujours pas résolue alors que les pompiers affrontent ces incendies depuis le 12 juillet.  A la fin de ce mois si les feux sont enfin fixés, ils ne sont toujours pas éteints

En seulement 8 ans, en France, les principaux opérateurs publics nationaux dont la mission est l’adaptation au changement climatique ont quasiment tous subi des réductions d’effectifs. -20 % pour Météo France, -16% pour les Agences de l’eau, -12 % pour l’Institut national de l’information géographique et forestière… Or, selon l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) aujourd’hui la France n’est pas assez bien armée pour s’adapter aux canicules, incendies, inondations. Il faudrait que l’État investisse au moins 2,3 milliards d’euros par an pour rattraper son retard. Manque d’avions, failles matérielles à répétition, mauvaises conditions de travail… La capacité à lutter contre les futurs incendies est loin d’être assurée, alertent les pilotes de bombardiers d’eau.

Le 26 Juillet on entend dire que des dizaines d’incendies ravagent la Grèce. L’un fait rage sur l’île de Lesbos, un autre dans le parc national de Dadiá, un « poumon vert » qui abrite les derniers vautours moines des Balkans.

Ce même jour les ministres de l’Énergie des 27 États membres de l’Union européenne se sont engagés à réduire leur consommation de gaz de 15 % au cours des huit prochains mois, lors d’une réunion extraordinaire, mardi 26 juillet. Un mécanisme d’alerte est également prévu. S’il est enclenché, cet objectif de réduction de la demande en gaz deviendra obligatoire. Cette décision est intervenue quelques heures après l’annonce d’une nouvelle réduction des livraisons de gaz russe à l’Europe par Gazprom. Après cet été funeste on nous promet un hiver pénible. 

Jamais un mois de Juillet n'a été aussi sec sur l'ensemble du territoire français depuis les relevés météos.

Des pluies diluviennes se sont abattues sur le Qatar au cœur de la saison sèche causant des inondations et de multiples dégâts

 

Ainsi va le monde on cherche des bonnes nouvelles, significatives qui donneraient des motifs d’espérer. Je songe à cette photo de Roland Penrose prise en 1937 à Mougins, où l'on voit Eluard, Nusch sa femme, Adrienne Fidelin, Man Ray, Lee Miller, pique-niquer paisibles, dans la plus grande décontraction. Il y a déjà la guerre civile en Espagne, la contagion ne va pas tarder à gagner l'Europe, ils doivent bien s'en douter. Mais ils s'efforcent d'être un peu futiles quand même. Est-ce plus facile pour eux parce qu'ils sont moins informés que nous ne le sommes ? Peu importe au fond... Mais impossible de ne pas y penser par les temps qui courent. D'ailleurs moi aussi je me livre à quelque futilités. Je baguenaude sur les quais et dans les parcs, je prends quelques photos. Un certain air de Count Basie chanté par les double-six, trotte dans ma tête et semble de circonstance. Juillet à Paris cette année c'est ça aussi, je veux dire, cette photo de bord de Seine. Tout semble si normal en apparence. Je voudrais bien y croire. Mais je n'ai pas l'esprit tranquille. La douleur pour le monde, ce que l'allemand nomme Weltschmerz, ne me quitte pas. Et j'aimerais ressentir cette étreinte rassurante, que le gallois appelle Cwtch que l'on pourrait traduire par "un câlin qui crée un endroit sûr".

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dimanche 24 juillet 2022

Attestation


 
Voilà,
j'atteste sur l'honneur n'être en rien responsable, de près ou de loin, de ce fâcheux tic de langage qui, ces derniers temps, se répand de plus en plus et dans toute les sphères de la société, et consistant à essaimer à tort et à travers, au début au milieu et à la fin des phrases l'adverbe voilà. Ou alors, je serais devenu à mon insu, ce qu'on appelle aujourd'hui un influenceur, hypothèse hautement improbable au regard du faible mais toutefois excellent lectorat de ce blog. Quoi qu'il en soit, j'aime bien les graffiti sauvages comme celui-ci.

jeudi 21 juillet 2022

Surprise

Voilà,
je l'avais vu des dizaines de fois auparavant, mais cela ne m'était jamais apparu comme ça, avec cette évidence. Le moment a exigé d'être cadré. Je ne sais pas pourquoi, c'est assez mystérieux. Je ne pensais à rien, je remontais du sous-sol, l'intérieur me semblait à l'extérieur, et j'ai eu envie de faire l'image. (shared with skywatch friday

mardi 19 juillet 2022

Canicule (2)

 
Voilà,
aujourd'hui pour me mettre à l'abri de la chaleur (il faisait 41° à Paris et mon appartement ressemblait à un grille-pain), je suis allé me réfugier dans une salle de cinéma climatisée pour y voir un long et passionnant documentaire consacré à Ennio Morricone.  En sortant, une terrible sensation d'étouffement m'a saisi. Il faisait lourd et l'air était irrespirable, acre et opaque. Comme une odeur de fumée. J'ai appris plus tard, que c'était celle des incendies de Gironde, remontée jusqu'en région parisienne. Des rafales de vent brûlant balayaient les rues. Parvenu à hauteur de cet arbre, non loin de chez moi, la lumière m'a paru belle. Pourtant, une atmosphère de catastrophe se mêlait à la banalité des choses. J'ai pressé le pas.
 
C'est donc à cela que ressemblait le monde, aujourd'hui à 16 heures. 
J'ai repensé à une chanson de ma jeunesse.
 

dimanche 17 juillet 2022

Il faut se méfier des mots

 
Voilà,
comme je me l'étais récemment promis, je suis allé faire une petite excursion dans le vingtième arrondissement, et je suis passé à proximité de cette place où se trouve ce mural très connu et très ancien, réalisé à partir d'une des ardoises de Ben cette célèbre figure du groupe Fluxus, et de l'avant garde française du début des années soixante. A noter que son échoppe dans laquelle il vendait des disques d’occasion rue Tondutti-de-l'Escarène, dont il transforma la façade par l'accumulation se quantité d’objets a été reproduite en fac similé et demeure exposée au musée national d'art moderne du centre Georges Pompidou. Elle fut un lieu de rencontres et d’expositions où se retrouvaient les principaux membres de l’École de Nice : César, Arman, Martial Raysse et bien d'autres. Je n’en dirai pas plus, sinon que Ben a bien raison.

jeudi 14 juillet 2022

Pont de Grenelle

 
Voilà,
il y a quelques jours, par une chaude journée, en revenant de la maison de la radio où j'étais allé enregistrer un voice-over pour une émission scientifique, je suis repassé par le pont de Grenelle. Avant d'accéder à la rive droite où se trouve le quartier Beaugrenelle, autrement appelé Front de Seine, il enjambe l'île aux cygnes au bout de laquelle on peut apercevoir une réplique miniature (mais il en existe une encore plus petite au Jardin du Luxembourg) de la statue de la liberté, érigée à cet endroit en 1889.


Il s'agit d'un quartier résidentiel et commercial, bâti dans les années 1970. Son nom est hérité d'un projet urbain antérieur du début du XIXe siècle. C'est un des rares quartiers de Paris à comporter de nombreux immeubles de grande hauteur : Le quartier de Beaugrenelle se situe sur les quartiers administratifs de Grenelle (au nord-est) et de Javel (au sud-ouest). Bien qu'il soit en rupture avec l'espace urbain hausmannien, j'aime bien ce quartier et sa skyline. Je me souviens qu'au début des années 80, lorsque le gouvernement socialiste a libéré la bande FM l'attribuant aux radios libres, autrefois pirates, l'une d'elles où travaillait mon ami Jean-Jacques avait son studio dans une de ces grandes tours. Dans le film de Wim Wenders "l'Ami américain" (que j'adore)— mais je l'ai déjà raconté — une scène se passe dans ce quartier encore en construction. On y voit Bruno Ganz, dans une chambre d'hôtel et de sa fenêtre il aperçoit une grue en mouvement. On peut aussi remarquer au pied des tours de grands bateaux qui proposent des croisières et redescendent la Seine, jusqu'à son estuaire.



J'aime aussi cette étrange Île aux Cygnes. Longue de 890 mètres elle ne mesure que onze mètres de large. Elle accueille depuis 1878, une promenade publique nommée l'allée des cygnes, bordée de chaque côté par une rangée d'arbres (pour un total de 322, de 61 espèces différentes) et par une série de bancs. D'une superficie d'environ 1,3 hectare, c'est la plus petite des trois îles parisiennes mais est plus longue que l'île Saint-Louis (dont la plus grande diagonale mesure un peu plus de 700 m). J'en reparlerai ultérieurement avec des photos.
 
Et puis comme c'est le 14 Juillet, un petit Georges Brassens de circonstance. J'en fais une petite traduction en anglais : 
In the village, without pretence
I have a bad reputation
Whether I'm working hard or keeping quiet
I look like a nobody
But I'm not doing anyone any harm
By following my little man's path
But good people don't like it when
You follow a different path than them
No, good people don't like it when
You follow another road than them
Everyone bitch about me
Except for the dumb, of course
 
On July 14th
I stay in my warm bed
The music playing in step
It's none of my business
Yet I do no harm to anyone
By not listening to the bugle call
But good people don't like it when
You follow another road than them
No, good people don't like
You follow another road than them
Everyone points at me
except for the armless people, it goes without saying.

when I meet an unlucky thief
chased by a redneck
I stretch out my leg and why keep it shut
the redneck falls on the ground
I'm not doing anyone any harm
By letting the apple thieves run
But the good people don't like it
If you take a different path from them
No, good people don't like
To go any other way than their own
Everyone rushes to me
Except the legless, of course

You don't have to be Jeremiah
To guess what my fate will be
If they find a rope they like
They'll put it around my neck
Yet I do no harm to anyone
By following paths that don't lead to Rome
But the good people don't like it
You follow another road than them
No, good people don't like it when
To follow another road than them
Everyone will come to see me hanged
Except the blind, of course


 

mercredi 13 juillet 2022

Fête Nationale

 
Voilà,
ce quatorze juillet, comme tous les ans, le Président de la République et son état-major vont célébrer en grande pompe, l'attaque à main armée d'une prison d'état par un groupe de casseurs radicalisés qui contestaient des lois et un système injustes ne servant que les intérêts d'une classe dominante au détriment de toutes les autres. 
 En 1880, dix ans après la défaite de 1870 contre les Prussiens et la capture de Napoléon III, la France de la troisième république veut montrer qu'elle a reconstitué son armée et institue pour la fête nationale cette parade militaire devenue depuis une tradition. Ça réjouit le populo et les touristes en même temps que cela entretient chez certains l'illusion que ce pays compte encore dans le monde.  Sûrement ce défilé a-t-il aussi quelque chose à voir avec "l'art d'être français" concept fumeux dont notre président s'est gargarisé pendant un temps. Ce serait, d'après lui, "une manière très particulière d'être ce que nous sommes"  caractérisée par "la volonté de bâtir ensemble profondément résolument". Bâtir profondément, fichtre pour quoi faire ? Pour toucher le fond ? pour creuser notre tombe ? enfouir des déchets ? L'art d'être français, c'est surtout l'art d'être con, arrogant, prétentieux, de vouloir tout expliquer ("le français ne te parle jamais, il t'explique" constatait avec humour un éditorialiste suisse), tâche dont notre actuel leader s'acquitte avec un certain brio et sans crainte du ridicule. Il suffit de se rappeler qu'il y a bientôt deux ans — je ne sais toujours pas quelle mouche l'avait alors piqué —, mais tout à coup lui était venue l'idée de réformer le Liban. La France, où lui et sa clique d'incompétents avaient, – l'a-t-on déjà oublié ? – particulièrement brillé lors de la crise du Covid ne lui suffisait plus, il fallait qu'il aille faire le malin de l'autre côté de la Méditerranée. "Réformez vous où je vais me fâcher". Alors que la corruption régnait (et règne toujours) dans l'hexagone, et que bien des membres de sa majorité sont loin d'avoir les mains propres, il décidait de s'attaquer à celle qui gangrène le Liban. Et voilà qu'avec sa voix de fausset il jouait au Père Fouettard, dans un pays étranger, tançant ses dirigeants et invectivant même au passage un journaliste français qui, pour y avoir vécu, connaissait pourtant sûrement mieux que lui les arcanes du Moyen-Orient. 
Mais bon, sa Suffisance Manu le Premier qui fait souvent penser à Rusty le petit compagnon du chien Rintintin, l'a souvent dit, il se sent "porté par le destin". Persuadé que son verbe zozotant peut changer le monde, le voilà qui va prêcher et donner des leçons au delà de nos frontières, alors qu' il est incapable de convaincre la nation qui l'a élu par défaut. A ce titre, son attitude depuis le début du conflit en Ukraine est assez parlante. 
Ce pays est aussi celui de La Fontaine, qui a écrit la fable de "la grenouille un voulait se faire aussi grosse que le bœuf" et celui de Gide pour qui "c'est presque toujours par vanité qu'on montre ses limites en cherchant à les dépasser", mais peu s'en souviennent. 

*
 
Ces derniers jours, les uberfiles (une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber, adressées anonymement au quotidien britannique The Guardian et transmis au consortium international des journalistes d'investigation et à 42 médias partenaires, dont le journal "Le Monde") laissent supposer que, lorsqu'il était ministre du budget, Macron a favorisé l'entreprise Uber au détriment de l'intérêt général et qu'il a activement œuvré pour tenter d'imposer une dérégulation du marché alors que le premier ministre de l'époque y était opposé. On apprend en outre que cette société utilisait en France et dans d'autres pays une technique (intitulée kill switch) lui permettant de verrouiller à distance ses ordinateurs, lors des visites des forces de l'ordre, tout en multipliant les pressions politiques.

*

Cette photo de la femme au périscope, prise en 1983, lors du défilé sur les Champs-Elysées, comme en atteste le programme qu'ell tient à la main, me touche. Simplement parce qu'elle me rappelle ma jeunesse, et que l'avenir était alors beaucoup plus riche de possible qu'il ne l'est maintenant. Et c'est comme si elle regardait par-delà les années ce que le monde où elle n'est sûrement plus et où je demeure encore, est devenu.
Ce jour là, j'avais passé la matinée à photographier des groupes sur des bancs regardant passer le défilé. Certains avaient dû arriver très tôt et pour rien au monde n'auraient quitté leur piédestal, même si le fait d'être photographié leur déplaisait.


J'étais alors maladroit, pas très bon pour faire un cadre. Ça me permettait de prendre mon temps pour faire le point, ajuster ma convenance. D'ailleurs la plupart du temps, absorbé par le spectacle, les gens ne s'apercevaient pas que j'existais. J'avais eu à l'époque, l'idée de me rendre à tous les défilés du 14 juillet tant que la présidence serait socialiste. J'avais en tête que les français ne changeaient pas, même sous un nouveau régime et que la fascination nationaliste demeurait intacte. Et puis j'ai vite laissé tomber. Je me suis lassé. Comme de bien des choses et de bien des gens. Je crois me souvenir que c'est cet été là que j'ai lu la trilogie de Céline, Rigodon - Nord - D'un château l'autre. 
Tiens, Céline, à propos du peuple qui aime les défilés. C'est dans "Voyage au bout de la nuit" : « Il n’y a de repos, vous dis-je, pour les petits, que dans le mépris des grands qui ne peuvent penser au peuple que par intérêt ou sadisme… Les philosophes, ce sont eux, notez-le encore pendant que nous y sommes, qui ont commencé par raconter des histoires au bon peuple… Lui qui ne connaissait que le catéchisme ! Ils se sont mis, proclamèrent-ils, à l’éduquer… Ah ! ils en avaient des vérités à lui révéler ! et des belles ! Et des pas fatiguées ! Qui brillaient ! Qu’on en restait tout ébloui ! C’est ça ! qu’il a commencé par dire, le bon peuple, c’est bien ça ! C’est tout à fait ça ! Mourons tous pour ça ! Il ne demande jamais qu’à mourir le peuple ! Il est ainsi. “Vive Diderot !” qu’ils ont gueulé et puis “Bravo Voltaire !” En voilà au moins des philosophes ! Et vive aussi Carnot qui organise si bien les victoires ! Et vive tout le monde ! Voilà au moins des gars qui ne le laissent pas crever dans l’ignorance et le fétichisme le bon peuple ! Ils lui montrent eux les routes de la Liberté ! Ils l’émancipent ! Ça n’a pas traîné ! Que tout le monde d’abord sache lire les journaux ! C’est le salut ! Nom de Dieu ! Et en vitesse ! Plus d’illettrés ! Il en faut plus ! Rien que des soldats citoyens ! Qui votent ! Qui lisent ! Et qui se battent ! Et qui marchent ! Et qui envoient des baisers ! À ce régime-là, bientôt il fut fin mûr le bon peuple. Alors n’est-ce pas l’enthousiasme d’être libéré il faut bien que ça serve à quelque chose ? Danton n’était pas éloquent pour les prunes. Par quelques coups de gueule si bien sentis, qu’on les entend encore, il vous l’a mobilisé en un tour de main le bon peuple ! Et ce fut le premier départ des premiers bataillons d’émancipés frénétiques ! Des premiers couillons voteurs et drapeautiques qu’emmena le Dumouriez se faire trouer dans les Flandres ! »

mercredi 6 juillet 2022

la pure et souveraine grandeur de mes rêveries


 
Voilà,
mon aversion pour l'effort grandit jusqu'à l'horreur presque gesticulante, devant toutes les formes d'efforts violents – et la guerre, le travail énergique et productif, l'aide qu'on apporte aux autres, etc., tout cela n'est à mes yeux qu'une espèce d'impudeur.
Et, face a la réalité suprême de mon âme, tout ce qui est utile, tout ce qui est extérieur me paraît frivole et trivial, comparé à la pure et souveraine grandeur de mes rêveries les plus originales, les plus souvent rêvées. À mes yeux, ce sont ces rêves-là qui sont les plus réels. (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité"

dimanche 3 juillet 2022

Les Rigoles

 
 
Voilà,
dans les années 70, derrière la gare du Nord, au coin du boulevard de La Chapelle et de la rue du Faubourg-Saint-Martin entre un café et un magasin de farces et attrapes, se trouvait un théâtre abandonné. Il pleuvait à l’intérieur, la coupole était en ruine, et comme de nombreux clochards (qu'on n'appelait pas encore des SDF) y avaient élu domicile et fait du feu, les murs et le sol étaient calcinés. Lorsqu'il le découvrit Peter Brook vit dans ce lieu la synthèse de tout ce qu’il recherchait. Un théâtre installé dans un quartier populaire et cosmopolite, porteur d’une histoire et d’une mémoire inscrite sur ses murs comme sur une peau. Plus tard il découvrit que ses proportions étaient pareilles à celles du Théâtre de la Rose, l’un des deux théâtres de Shakespeare à Londres… C'est d'ailleurs une des pièces du dramaturge anglais, alors rarement montée en France, "Timon d'Athènes", que Brook mit en scène dans ce lieu dont il conserva les murs craquelés, calcinés et gris. Il y réalisa par la suite toutes ses créations. 
Ce fut le premier théâtre parisien où j'ai joué. "Prends bien garde aux zeppelins", écrit et mis en scène par Didier Flamand, y fut créé en 1977 puis rejoué en 1978. Il m'arriva alors de croiser Brook dans les couloirs et toujours il me saluait (comme il le faisait avec chacun) et s’enquérait de savoir si tout allait bien. Et dans le bref temps de l’échange, il gardait cette faculté d’être présent à l'instant, de créer un lien avec son interlocuteur. Ses yeux légèrement plissés à l'iris bleu clair lui donnaient un regard à la fois doux paisible et malicieux. Il avait toujours le sourire au bord des lèvres.
Le premier spectacle de lui que j’ai vu s’intitulait "Les Iks". Adapté de l'ouvrage de l'anthropologue Colin Turnbull, il relatait la rencontre d'un groupe de "Blancs civilisés" avec une petite peuplade d'Afrique qui, jusqu'en 1947, vivait de la chasse. À cette date, le territoire des Iks fut transformé en parc national. Pour cette raison, de chasseurs cueilleurs ils durent passer à l’état d’agriculteurs, c'est-à-dire effectuer, en quelques années, un changement qui avait nécessité 
des millénaires au reste de l'humanité. Dans cette tribu, tout lien social et même familial disparut alors, tout ce que nous appelons "valeur humaine", et que nous considérons comme partie intégrante de notre "nature". De ce spectacle je me souviens comment avec peu de moyens, les acteurs parvenaient à l’aide de quelques piquets à évoquer un village de brousse. Mais le plus étonnant est qu'une image s'est inscrite en moi, celle d'un groupe de d'anthropologues débarquant en jeep dans le village. Or, je sais qu'il n'y avait pas de jeep ni même d'accessoire qui de près ou de loin y ressemblât. Je ne me rappelle plus, aujourd'hui par quel artifice les comédiens sont parvenus à créer l'illusion, mais c'est celle-ci qui demeure et non la façon dont elle a été réalisée. Ave des moyens simples, Brook donnait la possibilité au spectateur que j'étais de fabriquer son propre livre d'images.
Je garde aussi un souvenir ému de son film "Rencontre avec des hommes remarquables" que j'avais vu au cinéma Saint André des Arts réalisé en Afghanistan pour y évoquer je crois, la jeunesse de Gurdjieff.
Peter Brook est mort samedi à 97 ans. De nombreux hommages lui sont d’ores et déjà rendus et nul doute que cela continuera dans les jours qui viennent, puisque c’était un maître du théâtre mondial. Cette disparition n'est pas une surprise. Les nécrologies étaient prêtes depuis longtemps dans les rédactions. Mais cet événement me renvoie à une époque où j'étais encore dans l'enfance de l'art, où chaque jour était riche de découvertes et de promesses, où j'écoutais souvent cet album de Léonard Cohen.


 
Enfin, il arrive encore malgré tout que des surprises surgissent au coin d'une rue. Ainsi ces bois peints à la devanture de ce bistrot du XXème arrondissement, non loin du métro Jourdain et de la rue des Rigoles, où je devrais aller traîner un peu plus souvent, car c'est un quartier populaire et très animé, que Willy Ronis a autrefois beaucoup photographié et où il est encore possible, j'en suis certain, de faire d'excellentes trouvailles. Écrivant cela je réalise soudain que dans ce spectacle très visuel créé aux Bouffes du Nord, et constitué d’une suite de tableaux muets soutenus par une bande son, j’interprétais, entre autres, un photographe d’ambassade, et un vieux photographe de campagne organisant péniblement une photo de classe. Je ne pense ps qu'il y ait une relation de cause à effet, mais toujours est-il qu'alors je n'imaginais pas que je prendrais tant de photos dans ma vie. 
Quoi d'autre ? il recommence à faire chaud dans la ville.

mardi 28 juin 2022

Mélanges


 
Voilà,
ces temps-ci se tient à la cinémathèque une rétrospective consacrée aux films noirs britanniques à laquelle je me rends plutôt assidument, même si je n'ai pas eu le temps de tout voir. Cela faisait longtemps que je n'avais pas enchaîné tant de films et j'ai vu quelques chefs-d'œuvre, tels que "Hell is a city" de Val Guest qui se passe à Manchester, le magnifique "wanted for murder" de Lawrence Huntington, et aussi "It always rains on Sunday" de Robert Hamer avec une musique de Georges Auric, dont l'intrigue se passe dans l'east end, d'après guerre, et qui est un film qui tient à la fois du néo réalisme italien, du film social français d'avant guerre comme ceux de Carné, avec cette touche anglaise le sens de l'intrigue, l'humour, des personnages hauts en couleurs. Un film que je ne connaissais pas et qui est une merveille. Robert Hamer, qui est aussi l'auteur, dans un genre tout à fait différent, de "Noblesse oblige" qui mettait en joie Philippe Tiry à sa seule évocation — rien que le doux écho de son rire gaillard de bon vivant et sa figure qui s'illuminait alors me le rend doux à mon souvenir et continue de m'enchanter par delà les années —. 
Le soir, je rentre à vélo le long des quais profitant de la tiédeur nocturne. Paris apparaît alors comme une ville un peu futile, désinvolte où il fait bon flâner. Les gens dansent ou pique-niquent sur les quais, s'attablent en nombre à l'une des nombreuses guinguettes au bord du fleuve. parfois je m'arrête pour photographier (J'ai attendu longtemps que le métro passe. J'y tenais absolument mais je craignais que les deux amoureux du bord de l'eau s'en aillent)
 
 
 
 
On ne songe pas à la guerre qui  menace de s'étendre à toute l'Europe. Je ne sais si tous ces gens n'en ont pas conscience ou feignent de l'oublier. A la vue de ce spectacle, parfois, je pense à la chanson de Claude Nougaro "Il y avait une ville"Sans doute suis-je très secoué aussi par la lecture du journal de guerre d'Evgenia Belorusets qui, au quinzième jour de son journal de guerre intitulé "Il est 15h30 et nous sommes toujours vivants", note ceci :"J’ai toujours du mal à imaginer ce qui se passe quand on apprend à l’avance, qu’une guerre est à nos portes, une guerre dont le cycle consiste a terroriser des villes pacifiques en larguant des bombes et à assassiner des milliers de personnes. On annonçait aujourd’hui aux informations que les pertes de la population civile ukrainienne sont bien plus élevées que celle de l’armée. Je suppose qu’avant le début de la guerre, même les hommes politiques qui l’avaient prophétisée n’y croyaient pas et espéraient qu’on pourrait l’éviter. Sans quoi le monde aurait tout fait et plus encore – pour ne pas laisser s’ouvrir cet abîme. La guerre était irréaliste, absurde, inimaginable. Et quand on se réveille au milieu de la guerre, elle conserver exactement cette qualité : elle reste toujours inconcevable. C’est la peur que nous a ligoté. La prudence paraissait une sage attitude. Chacun attendait que la catastrophe commence réellement. Désormais, à Kiev, je suis condamnée à voir en même temps que le reste du monde les maisons, les vies humaines, et les souvenirs disparaître dans un gigantesque brasier." 
Je ne peux pas m’empêcher de penser que Poutine qui fait toujours ce qu’il dit, a menacé de lancer une bombe nucléaire sur Paris Bruxelles ou Strasbourg qui sont des symboles de tout ce qu’il abhorre. 
 
*
 
Ces temps-ci les nouvelles sont consternantes aussi d'outre-Atlantique. J'ai trouvé ce dessin de Biche, paru dans Charlie-Hebdo et qui circule sur le net et que je traduis pour mes lecteurs non francophones : End of the abortion, the americans are reassured : "patience in five years he will be murdered in the school."

 

 


En décembre 2020 , j'avais rassemblé quelques notes pour un texte laissé en souffrance : en Iran, si une fille de 13 ans est violée et mise enceinte par son père, elle doit porter l'enfant à terme ou être jetée en prison jusqu'à la fin de ses jours. Ah non, pardon, c'est en Alabama. Dieu bénisse l'Alabama. Danielle Thornton a très justement remarqué que lorsque la sentence pour l'avortement est plus sévère que celle punissant le viol, on sait alors que c'est une guerre contre les femmes qui est déclarée. La raison pour laquelle un fœtus à plus de droit qu'une femme aux USA c'est qu'il peut éventuellement devenir un homme.

Ils votent une loi qui interdit l'avortement même en cas de viol ou d'inceste. Au nom du respect de la vie ils condamnent la destruction d'un ovule fécondé mais en même temps ils ont instauré la peine de mort.
En même temps l'Alabama est paraît-il l’État où l'impôt pour les riches est le plus faible du pays mais où la TVA sur les produits de première nécessité, la plus élevé. C'est aussi l’État qui vampirise les plus pauvres en leur prélevant leur sang en guise d'amende, l’État où les bureaux de votes sont inaccessibles mais où il y a le plus de débits de boissons, l’État où où il y a le plus de prisonniers mais aussi où les prisons sont abandonnées faute de personnel et où la criminalité explose à tel point que l’État fédéral US a du condamner l'Alabama pour l'insalubrité de ses prisons, etc, etc... 
A part ça 28 autres États américains ont instauré des restrictions au droit à l'avortement maintenu seulement dans les états de la côte Ouest et du Nord-Est de la confédération.
Aujourd'hui ce qui fut la première démocratie et le leader du monde libre, devient une théocratie aux mains de fanatiques religieux qui n'ont rien à envier aux mollahs iraniens. Les droits y régressent au point que les armes y sont mieux protégées que les femmes et les enfants. On ne peut plus guère considérer ce pays comme un modèle de civilisation. Pourtant, j'écris sur un ordinateur conçu là-bas, j'écoute du jazz et du rock, je porte des jeans, je vois encore quelques films indépendant US... C'est aussi, hélas, la seule puissance militaire occidentale sur laquelle l'Europe insuffisamment armée peut compter...
 

 Sinon, aujourd'hui je me suis souvenu des vieux et des adultes qui dans ma jeunesse ne comprenaient pas nos tenues vestimentaires, nos cheveux longs, nos rites, n’imaginaient pas nos vies sexuelles, ne soupçonnaient pas nos activités clandestines, s’étonnaient de nos enthousiasmes pour tel artiste ou tel courant de pensée. Leurs canons esthétiques et idéologiques n’étaient pas les mêmes. et souvent nous devions leur paraître arrogants naïfs ou irrespectueux. Je suis à présent à leur place dans un autre temps qui m’échappe. Je n’imaginais pas que tant de filles seraient tatouées ou auraient un anneau dans le nez par exemple. Que tant de jeunes gens seraient travaillés par les questions de genre et d’identité sexuelle. Mais leurs sourires autant que leurs indignations et leurs inquiétudes m’émeuvent même si je ne comprends pas toujours leurs engouements. 

 
Cinquante années, que je n'ai pas vu passer et que je n'ai pas non plus vraiment comprises. Je me suis débrouillé jusqu'à présent pour me faufiler entre les gouttes, pour survivre tant bien que mal. Bien qu'assez sauvage et peu doué pour la socialisation, la providence m'a tout de même fait quelques beaux cadeaux.

dimanche 26 juin 2022

Un heureux concours de circonstances

Voilà,
hier, je me suis retrouvé par hasard rue Jean-Pierre Timbaud et j'ai aperçu de loin, cette gigantesque peinture murale, en partie dissimulée par le feuillage des arbres. Comme elle recouvre un vaste pan de mur, et que de près, il est difficile de la photographier, j'ai choisi de n'en montrer que le haut, car le graphisme et les couleurs me plaisent. Elle a été réalisée en 1997 par Sarah Wilkins, dont je viens de découvrir sur internet, qu'elle est une illustratrice néo-zélandaise plutôt réputée. Il est d'ailleurs possible de voir sur son remarquable site une photo où l'on distingue plus nettement la fresque. Cet heureux concours de circonstances m'aura permis de faire connaissance avec le travail de cette artiste talentueuse et inspirée. 
(shared with Monday mural)

mardi 21 juin 2022

Le fleuve comme un miroir


 
Voilà,
ce n'est pas moi qui me répète, c'est l'humanité à laquelle j'appartiens qui non seulement recommence les même erreurs et reproduit les folies dont elle est si coutumière depuis des siècles mais qui en plus, mettant toute l'intelligence et le savoir-faire ancestral dont elle dispose, au service du mal et et de la destruction, s'ingénie à en inventer d'autres, désormais irréversibles.

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Le 3 juin 1958, Enzo Paci écrit dans son journal métaphysique "dans le vent frais qui se lève dans la nuit – et nos espérances et nos douleurs sont parfois liées aux saisons et semblent se fondre dans la pluie la neige le réveil du printemps — se ravive peut-être un souffle de confiance : confiance dans le fait que les horreurs de la vie puissent être oubliées et que ces problèmes labyrinthiques et déchirants se transforment en valeur avec le passage du temps, la tolérance, la patience, dans le lent et irréversible chemin qui nous mène à la mort. Un sourire nous console, un élan d’affection nous attend, même s'il ignore notre angoisse". Certes, certes... Mais il y a trois jours, en cette fin de printemps il faisait 39° à Paris et dans le sud Ouest de la France des records absolus de températures ont été battus. Ils dataient pour la plupart de la canicule de 2003. Et c'est cloîtré chez moi, les volets clos, les fenêtres ouvertes, à proximité d'un ventilateur que j'ai rêvé du sourire consolateur et de l'élan d'affection.
 
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Il n'est déjà pas très réjouissant de vivre dans une époque chaotique, mais encore moins lorsque ceux qui sont supposés nous gouverner ou qui aspirent à nous représenter disposent pour la plupart du QI d'une limande, et d'une conscience historique proche du zéro,  
 
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Je vois bien à travers ce que je lis — sur les réseaux sociaux ou dans la presse — à quel point, concernant l’invasion ukrainienne la plupart des gens prennent leurs désirs pour des réalités. Ceux que la détermination de l’autocrate russe inquiète, se raccrochent à des signes ténus pour dire que Poutine a déjà perdu. Bien sûr qu’il perdra, à terme, mais entre aujourd’hui et sa disparition du circuit, combien de morts, de blessés, de vies brisées, de champs de ruines, de surfaces agricoles contaminées, de pays ravagés, de villes dévastées ? Et qui aura gagné ? Pas les civils c’est sûr, ni la civilisation. Un peu plus de surface terrestre aura juste été rendue inhabitable, sur cette planète où la place vient à manquer.

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Un petit peu de sarcasme. Tous mes camarades artistes bien pensants de gauche, si prompts à s'insurger quand l'extrême-droite gouverne en Autriche, qui refusent la venue d'artistes russes au prétexte de la guerre en Ukraine, qui mettent un point d'honneur à ne pas bouffer des oranges de Jaffa par solidarité avec les palestiniens, vont quand même aller jouer à Avignon, dans ce département du Vaucluse qui a élu 4 député sur 5 du Front National, boire des verres de rosé là-bas, claquer leur fric dans les restaus là-bas, bref s'accommoder du fascisme local, parce que "tu comprends, le festival d'Avignon c'est une vitrine importante, pour le spectacle."

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Ce qui caractérise notre époque c'est vraiment l'ivresse du présent et son corollaire, la mémoire courte. Ici en Europe, on a déjà oublié le sénile aux cheveux orange, avec ses colères, ses caprices, ses délires paranoïaques traduits en tweets compulsifs, ses solutions fantasques comme de détourner les ouragans à coup de bombe atomique ou de soigner le covid avec des injections d'eau de Javel. On ne se rappelle pas le président brésilien qui encourageait les incendiaires de la forêt amazonienne. Ce premier ministre britannique totalement fantasque qui s'obstine à suivre sa propre idée sans écouter les conseils de son entourage continue de gouverner. Ces gens là ont été élus. Ils ne sont pas arrivés au pouvoir par la force. Ce sont des tyrans ou des idiots qui ont été désirés. Et il y a tous les autres, plus ou moins sanguinaires qui usent et abusent de la force et de la violence et qui sont persuadés que le monde s'arrêtera à leur mort. Ils sont tout de même mes semblables. A présent dans mon pays, un parti d'extrême droite constitue le premier parti d'opposition alors qu'il y a cinq ans le président nouvellement élu faisait la promesse solennelle de réduire son influence. 

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Je repense à ces mots de Cioran. ... "nous voici maintenant à la fin des anomalies prévues, plus d'un signe annonce l'hégémonie du délire... ". Que la réalité puisse être dramatique, ne me surprend pas vraiment. Mais que les principaux protagonistes du drame soient à ce point grotesques, m'étonne encore en dépit de tous les précédents historiques. "Tis the time's plague when madmen lead the blind"
La puissance de la bêtise est fascinante. Surtout lorsqu'elle apparaît dans des pays qui se réclament d'une ancestrale culture. L'apparition du nazisme au pays de Kant, Goethe, Hegel, Bach, Brahms, etc aurait dû nous servir de leçon. Mais non, l'art, la Culture, l'éducation ne nous immunisent pas contre la force brute de la stupidité. Ces brasiers qui s'allument un peu partout constituent de sinistres présages. Cioran encore "Nous savons maintenant que la civilisation est mortelle, que nous galopons vers des horizons d'apoplexie, vers les les miracles du pire, vers l'âge d'or de l'effroi". 
 
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Le fleuve comme un miroir d'eau, sans aucune ride. Cette image paisible d'un pêcheur, prise il y a quelques jours en bord de Seine, au petit matin d'une journée s'annonçant caniculaire, a quelque chose d'irréel et de trompeur. Elle ne dit pas cette sensation de plus en plus vive que chaque seconde qui passe me sépare un peu plus du monde.

dimanche 19 juin 2022

Une curieuse coïncidence


Voilà,
rue de la mare, dans le vingtième arrondissement de Paris, j'ai découvert cette fresque récemment réalisée en mémoire de Josette et Maurice Audin. Ce dernier, né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie) et déclaré mort le 21 juin 1957 à Alger fut un mathématicien français, assistant à l'université d'Alger, membre du Parti communiste algérien et militant de l'indépendance algérienne. Après son arrestation le 11 juin 1957 au cours de la bataille d'Alger, il disparaît et meurt assassiné à une date inconnue. Son corps n'a jamais été retrouvé. Pour ses proches ainsi que pour nombre de journalistes et d'historiens, il a été tué par des parachutistes pendant son interrogatoire. Cette thèse a longtemps été rejetée par l'armée et l'État français, qui prétendait qu'il s'était évadé, jusqu'à ce que le général Aussaresses affirme avoir donné l'ordre de le tuer au couteau pour faire croire à un meurtre par des Algériens. Quant à Josette sa femme, qui partageait les engagements politiques de son époux, elle a passé toute sa vie pour que soit établie la vérité sur la mort de son mari. Ce n'est qu'en 2018, que le président Macron a reconnu la responsabilité de l'État français dans la mort de Maurice Audin en même temps qu'il prononçait la dérogation générale des archives relatives aux disparus de la guerre d'Algérie encourageant les témoins à faire connaître la vérité. Josette  est morte en 2019 à Bobigny.
La coïncidence — Chris Marker disait des coïncidences, qu'elles étaient "les pseudonymes de la grâce pour ceux qui ne savent pas les reconnaître"— m'a étonné car, quelques heures auparavant j'avais lu la publication de Mae faisant mention d'un livre de leur fille Michèle Audin, elle aussi mathématicienne, et en outre romancière et membre de l’Oulipo.
 
 

 
Il est à probable que cette fresque, réalisée par l'artiste Orel Ruys, (vraisemblablement une commande municipale commémorant par la même occasion le soixantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie) ne restera pas longtemps en l'état dans un pays où, avec son entrée fracassante à l'assemblée nationale, l'extrême-droite, dès ce soir, s'installe durablement dans le paysage politique français. D'ailleurs une plaque à eux dédiée a déjà été vandalisée en janvier 2021, à Bagnolet.
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