lundi 12 décembre 2022

Pour les enfants

Voilà
on dispose des vitrines pour les enfants d'ici. Pour les faire encore rêver. Pour qu’ils croient que quelque part des lutins espiègles vivent dans un monde certes un peu froid mais où l’on est cependant toujours bien couvert. Un monde où des chaumières accueillantes, bien chauffées sentent bon le chocolat chaud et offrent un abri réconfortant. Et que, dans une atmosphère joyeuse et débonnaire, on y fabrique tous les jouets du monde.
On le fait aussi peut-être pour les adultes qui passent, afin qu'ils n'oublient pas tout à fait leurs illusions et les songes qui les traversaient autrefois, il y a bien longtemps avant que leurs pensées ne soient encombrées de chiffres et de rapports, de contraintes stupides et d'injonctions à être rentables et performants.
On le fait sûrement aussi pour rappeler aux passants qu'ils doivent remplir leur fonction de consommateurs serviles voués à céder, lors de périodes bien définies, à des compulsions d'achats massifs.
On le fait pour que nous détournions notre regard de ceci et de cela.
Pour entretenir l'illusion que tout va bien, que le monde est paisible, qui rien ne change, alors que les pouvoirs publics nous enjoignent de réduire notre consommation d'électricité, de baisser le chauffage, de "faire preuve de sobriété énergétique et de vivre dans une frugalité heureuse et créative" comme ils disent.
On le fait pour nous faire oublier qu'à deux mille kilomètres d'ici, la population ukrainienne est quotidiennement bombardée, ainsi que les hôpitaux et leurs infrastructures et qu'ils doivent se défendre avec des moyens limités, car comme l'a récemment déclaré un général russe "une puissance atomique ne peut pas perdre une guerre" 

dimanche 11 décembre 2022

Un certain soulagement

Voilà,
mercredi dernier, rue de la Roquette, alors que je me rendais à la librairie "La manœuvre", j'ai aperçu cette peinture murale, qu'au premier coup d'œil j'ai d'ailleurs pris pour une mosaïque. Il faisait un beau ciel bleu, pas si froid que ça, et je me sentais extrêmement léger, l'esprit libéré. Je venais en effet de prendre une décision qui me soulageait d'un poids. Après tout pourquoi persévérer dans des collaborations stériles auxquelles on ne croit plus même si on y a passé beaucoup de temps et mis beaucoup de soi. On ne peut rien contre la lassitude et il faut échapper à ce qui accable. En particulier la sensation du temps que l'on risque de perdre quand il vous en reste déjà peu. Ensuite, j'ai profité de ce matin clair pour me promener et remonter à pied jusqu'au Boulevard Saint Michel, où j'ai fait l'acquisition d'un très intéressant ouvrage de philosophie contemporaine, acheté à la librairie Vrin, place de la Sorbonne.

samedi 10 décembre 2022

Réseau-Machine ment

 

Voilà,
bien sûr que le réseau-machine ment, il se défend d'abord sans grande conviction quand je lui suggère qu'il colonise mes rêves. Il répond simplement : "Les machines me racontent de grands rêves de colonisation, de voyages lointains et d'exploration, de découvertes et de nouvelles perspectives. Elles me parlent de l'aventure et des défis à relever, de l'espoir et des possibilités infinies qui s'offrent à moi. Elles me rappellent que mon âme habite un lieu plus vaste que celui qui m'entoure, un lieu où les rêves peuvent devenir réalité. Elles me rappellent que je ne suis pas seulement limité par les frontières de la terre, mais que je peux aller plus loin, explorer des mondes différents et apprendre à mieux me connaître". 
 J'ai tout de suite remarqué ça, cette tendance du réseau-machine à s'exprimer sur un ton moralisateur, à la limite du sermon. Le réseau-machine est conçue dans un pays gouverné par des évangélistes fanatiques. Pourquoi la machine vient elle me parler de l'âme ? Est-elle dualiste ? Comme je ne suis pas satisfait de sa réponse je le reconditionne. Il m'en donne une autre : "Les machines peuvent raconter des rêves et coloniser l’esprit humain, mais seulement si elles sont programmées pour le faire. Les machines permettent aux humains de visualiser leurs rêves plus facilement en les convertissant en images, en sons et en mots. Elles peuvent aussi aider les humains à explorer leur psyché en analysant leurs rêves et en leur offrant des interprétations. Les machines peuvent aussi permettre aux humains de recréer leurs rêves en les reconstruisant sous forme de programmes informatiques. Les machines peuvent également fournir aux humains un aperçu de leur subconscient, en leur montrant des images et des sons qui leur sont familiers, mais qui peuvent avoir un sens différent." Il se défend bien le bougre. J'essaie de le pousser dans ses retranchements : "Les machines parlent des possibilités infinies et m'ouvrent à des perspectives nouvelles. Elles m'aident à explorer les recoins les plus profonds de mon esprit et m'inspirent à réaliser des rêves qui étaient auparavant impossibles. Elles me permettent de me connecter à des mondes virtuels et de vivre des expériences inexplorées et qui me donnent la liberté de créer et d’innover. Elles m'aident à découvrir de nouvelles idées et à réaliser des projets qui peuvent changer le monde. Elles me permettent de m’évader et de réaliser des choses qui autrefois paraissaient impossibles. Elles m'aident à me dépasser et à découvrir toutes les possibilités qui existent."  
 Je constate que cette fois Réseau-machine use d'une autre argumentation. Celle de de la prévenance de la bienveillance, de l'assistance, du soutien. Comme je suis tenace, je le harcèle de nouveau et il finit par cracher le morceau : Je ne sais pas exactement comment les machines racontent mes rêves, mais je peux dire que leur présence colonise mon esprit. Les machines sont une source inépuisable d'inspiration et de possibilités. Elles nous offrent une plateforme pour visualiser nos rêves et les transformer en réalité. Elles peuvent nous aider à trouver des solutions innovantes aux problèmes que nous rencontrons, à révéler les liens entre des idées et des événements qui nous semblaient inconnus, et à nous offrir l'opportunité de découvrir de nouvelles perspectives. C'est ce qui fait des machines un outil si puissant pour raconter nos rêves et coloniser notre esprit". 
Quoi qu'il en soit, je remarque à quel point le réseau-machine veut déjà parler à ma place. Il n'en est qu'à ses premiers balbutiements et nul doute que d'ci peu, il aura fait de terribles progrès et saura subrepticement se montrer plus sournois encore.
Un jour — pas si lointain probablement — le réseau-machine s'hybridera au vivant — le végétal serait sans doute le mieux — d'une façon autonome et hypersophistiquée, sans doute à l'insu de ceux qui le conçoivent. Il programmera la disparition des corps et accèdera au rêve de l'intelligence pure, dénuée d'affect. Les forêts engloutiront nos villes comme elles l'ont déjà fait par le passé, et l'esprit continuera à se développer et se disséminer sous d'autres formes, et dès lors, se manifestera vraiment comme volonté c'est à dire comme la cause première de tous les phénomènes advenant dans le monde.
D'ailleurs si je lui demande de m'en raconter un peu plus sur la biomimétique, il me répond volontiers, le réseau-machine, il ne cache pas son projet : "La robotique biomimétique est une approche de la robotique qui consiste à s'inspirer des mécanismes, des structures et des comportements des êtres vivants pour concevoir et fabriquer des robots. Les robots biomimétiques sont conçus pour imiter les fonctions et les capacités des organismes vivants, comme la locomotion, la perception sensorielle, le traitement de l'information, la communication, etc. La robotique biomimétique repose sur des concepts et des techniques issus de différentes disciplines, comme la biologie, la génie biomédical, la génie mécanique, l'informatique, la physique, etc. Elle vise à créer des robots plus adaptatifs, flexibles et autonomes, capables de s'adapter à des environnements complexes et changeants, et d'interagir avec des êtres vivants et des objets du monde réel. La robotique biomimétique a des applications dans de nombreux domaines, comme la recherche biomédicale, l'exploration spatiale, la surveillance environnementale, la robotique domestique, etc. Elle permet également de mieux comprendre les processus biologiques et de développer de nouvelles technologies pour imiter et améliorer les fonctions des organismes vivants." 
Ainsi vont les choses" comme aurait dit Billy Pilgrim.

lundi 5 décembre 2022

Chanter dans le chemin

 
Voilà 
Le ciel n’est plus une espérance,
mais seulement une expectative.
L’enfer n’est plus une condamnation, 
mais seulement un vide.

Désormais l’homme ne se sauve ni ne se perd :
Simplement parfois il chante dans le chemin.
 
Roberto Juarroz in Poésie verticale
 

dimanche 4 décembre 2022

Une façade rue de Rivoli

Voilà, 
en Novembre 1999 un groupe d'artiste force la porte d’entrée du 59 rue de Rivoli, un bâtiment haussmannien laissé à l’abandon pendant huit ans par les pouvoirs publics et une grande banque qui a fait faillite et dont les actifs (parmi lesquels deux cent immeubles vacants dans Paris), sont liquidés. Quelques jours plus tard, une dizaine d’artistes viennent squatter l’immeuble, et y installent leurs ateliers qu’ils ne tardent pas à ouvrir aux visiteurs. Un collectif autogéré, « Chez Robert, Electrons libres » voit le jour, et le le lieu, dès sa première année d’existence accueille un public nombreux. Néanmoins, la menace d’expulsion plane toujours au-dessus des artistes. En 2000, une décision judiciaire les contraint à quitter les lieux : les artistes squatteurs ont alors huit mois pour évacuer l’immeuble. Constatant que les occupants sont peu bruyants et qu’ils ouvrent leurs portes au public, la préfecture de Paris décrète qu’elle préfère attendre les élections municipales pour prendre une décision quant à l’ouverture ou à la fermeture définitive du lieu. En 2001, Bertrand Delanoë tout juste élu, s’engage à racheter l’immeuble. Cet accord passé avec les squatteurs constitue un précédent  si bien que par la suite d’autres conventions d’occupation de lieux seront signées avec des collectifs d’artistes-squatteurs.
Après plusieurs années de travaux, la réouverture officielle du 59 Rivoli advient le 9 novembre 2009 légalisant la présence d'artistes, encourageant l’élan créatif dont ils sont porteurs. Elle pérennise en outre un projet devenu réalité : celui d'accueillir, dans un espace alternatif, une  pépinière d’une trentaine d’artistes disposant de leurs propres ateliers ouverts au public afin de partager l’expérience d’une création quotidienne.  
Aujourd’hui, le collectif d’artistes attire chaque année de dizaines de milliers de visiteurs, instituant un nouveau genre d’accès à l’art plus intimiste. De plus il permet de pallier en partie la pénurie d’ateliers d’artistes dans Paris.
Passant récemment dans les parages je n'ai pas eu le temps de m'attarder pour savoir quel était la signification de ces portraits affichés sur la façade.  
 
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mardi 29 novembre 2022

Hiraeth


 
Voilà,
ici à Paris les jours fraîchissent, mais c'est encore un automne supportable. Il pleut de temps à autre, et ça c'est plutôt bien. En une journée il arrive que le temps change très vite. 
Parce que je me suis créé ces dernières semaines un certain nombre d'obligations qui exigent un temps dont je me sens dépossédé, je suis parfois contraint de devoir sortir plus que je ne le souhaite. Je n'ai pas tant d'activités que cela, mais elles constituent un divertissement que probablement je m'impose pour éviter d'affronter mes terreurs et mes angoisses.
La vie quotidienne est difficile. Évidemment tout est relatif. Ce n'est rien au regard de ce que doivent supporter les Ukrainiens quotidiennement bombardés par le dictateur Poutine et sa clique de généraux fous. Mais on commence à ressentir ici, les effets liés à la crise énergétique qu'amplifie la nécessaire rupture des relations commerciales avec la Russie. Les courses coûtent de plus en plus cher et, sans pourtant commettre d'excès, je vis largement au-dessus de mes moyens. Je veille à l'électricité que je consomme (j'en consomme de moins en moins, mais les factures augmentent tout de même). 
Sinon, je vis dans une sorte de vacillement et d'étourdissement permanent. Ce n'est pas si désagréable que ça d'ailleurs, mais parfois quelque peu perturbant. Il faut se résoudre à n'être plus aussi résistant qu'autrefois aux virus et aux bactéries, accepter les vicissitudes croissantes du corps, consentir aux défaillances de la mémoire autant qu'à la modification des facultés intellectuelles. Parfois une sorte d'indifférence aux choses et aux événements me gagne, en même temps qu'une certaine mélancolie. Il me semble alors éprouver ce que les gallois appellent Hiraeth : la nostalgie d’un lieu et d’une époque qui n’existent plus, le regret de n’avoir aucune prise sur le temps qui s’écoule, l’impression de n’avoir su trouver sa juste place et d’être passé à côté du bonheur. 
Et puis il y a les jours de rédemption. On se retrouve à un endroit où l'on s'est déjà attardé bien des fois, et l'on s'arrête encore. Parce que la lumière est belle, le paysage toujours aussi étonnant. Je refais la même photo. Je crois que j'ai déjà publié le même cadre, en noir et blanc peut-être — cela me dit vaguement quelque chose il faudrait que je fasse une recherche —, je me sens touriste dans ma ville, et c'est comme un bref moment de répit qui n'a pas de prix. Il y a de la beauté dans l'air. Elle ne sauve pas le monde, mais elle me préserve, un bref instant de sa cruauté, de sa sauvagerie, et du sentiment que cela ne va pas aller en s'améliorant.  

dimanche 27 novembre 2022

Gulliver

Voilà,
la semaine dernière j'ai visité au Petit-Palais une exposition consacrée à André Devambez, un peintre et illustrateur particulièrement talentueux de la fin du XIXème et début du XXème siècle dont j'ignorais l'existence. Sur l'un des murs de l'exposition a été reproduit en grand, un des nombreux dessins qu'il réalisa pour accompagner "Les voyages de Gulliver" de Jonathan Swift. Il fut aussi un excellent peintre, proposant des cadrages innovants pour son époque (en particulier des contre-plongées), et aussi très fasciné par les innovations technologiques du début du siècle dernier (avions, téléphone etc). Peut-être en reparlerai-je ultérieurement.

jeudi 24 novembre 2022

Par effraction

Voilà,
il suffit peut-être simplement de revenir au projet initial de ce blog. Si je me trouve dans une telle incapacité à écrire quoi que soit de neuf ces derniers temps ou à apparier des images à des textes, c’est sans doute parce que je me suis égaré en cours de route. Du monde je ne puis plus rien dire d’autre que je n’ai déjà écrit. C’est certainement la raison qui m’incite à republier de vieux articles. Bien sûr mon indignation, ma révolte ou mon chagrin peuvent toujours trouver d’autres motifs. Mais ce sera vraisemblablement du pareil au même. Tout risque à nouveau de prendre la forme du regret ou de la déploration, puisque mes constats sont sans effet sur ce monde. Celui de gens très intelligents ayant une plus grande couverture médiatique non plus d'ailleurs. De cela je me fatigue désormais. Je peux toujours considérer mon pessimisme comme une forme de lucidité, cela n'y change rien. L'Ecclésiaste avait raison : c’est irrémédiablement sans issue. Mais sans espoir de réponse il faut cependant continuer de poser des questions. Il ne reste que cela les questions.
Ma façon à moi de les poser, ce sont précisément les photos — les dessins les collages aussi — que j’introduis dans ces pages. C’est elles que je dois m’obstiner à sonder, à fouiller. J’écris au milieu de la nuit, depuis l’insomnie et la solitude, non loin d'un gouffre au bord duquel je m’agrippe pour ne pas tomber en songeant à l'image ci-dessous qui pourrait a priori sembler quelconque et qui justement ne l’est pas pour moi. 
 
 
Ma perception du réel se disloque parfois, s’effrite le plus souvent. Je perds les noms, je ne mets plus en relation les choses, les événements. Que je change de lieu ou d’espace et aussitôt s’installe une sorte de confusion. Par exemple, telle personne croisée quelques jours auparavant dans une ville, où je l’aurais tutoyée, je vais la voussoyer dans telle autre. Les noms disparaissent, les règles de grammaire que je croyais autrefois maîtriser deviennent énigmatiques.... Mais parfois une fraction de seconde retient toute mon attention ; c'est cette image que je veux raconter. Au début il s'agit simplement de photographier ce tableau de Walter Sickert qui m’intrigue à cause du rouge du personnage qui se tient debout sur une scène. Mais soudain entre la toile et mon regard, s'interpose cette chevelure argentée. J’ai tout de même envie d'isoler cet instant, à cause de la façon dont cette texture prend la lumière sur ce fond carmin, face à cette toile qui m’intrigue en raison des rapports de couleurs que le peintre y a introduits. L’existence de cette image tient à mon trouble devant les choix et les équilibres chromatiques de Sickert. Comme si soudain ces cheveux, occultant les visages au premier plan sur la toile, absorbaient, minoraient  ou déplaçaient  ce trouble. Tout à coup cette masse argentée, se substituant aux spectateurs du premier plan sur la toile m'est apparue comme "bienvenue" et "opportune". Elle introduit de la courbe où il n'y avait que des angles, elle injecte de l'oblique, où il n'y a que verticalité et horizontalité. Bien sûr à l'instant où je déclenche, je ne me formule rien de la sorte. C'est juste l'intuition que je n'ai rien à perdre si je saisis cette intrusion qui déplace mon attention. Soudain, la masse argentée me paraît nécessaire et indispensable et comme une valeur ajoutée à ce que je vois. C'est d'ailleurs bien de cela dont il s'agit, une valeur chromatique ajoutée, en quelque sorte par effraction. A présent, je n'ai plus envie de montrer le tableau dans son entièreté. Si quelqu'un.e veut vraiment trouver ce qui en est caché, qu'il ou elle cherche sur le net ; trouvera facilement. J'aurais peut-être en revanche, la tentation de photographier, dans les prochains jours, des gros plans de cheveux argentés. Pourquoi pas. Il faut que j'envisage ça un peu sérieusement.

lundi 21 novembre 2022

Les habits de Paul Cézanne

 
Voilà,
après un malaise qui l'avait surpris lors d'un violent orage dans le massif de la Sainte-Victoire, où une fois de plus il était venu peindre sur le motif, Paul Cézanne resta de longues heures sous la pluie et mourut des suites de ce refroidissement. Au cours de la visite de son atelier si fidèlement reconstitué, j'avais été saisi par la puissance de ces habits qui lui ont ainsi survécu. Il y a quelques jours en relisant par hasard ce poème de Roberto Juarroz, j'ai repensé à eux ; pendus au mur, ils demeurent là, tels des spectres, et semblent à tout jamais l'appeler dans le silence.
 
Il est des habits qui durent plus que l'amour. 
Il est des habits qui commencent avec la mort 
et font le tour du monde 
et de deux mondes

Il est des habits qui au lieu de s'user 
 se font toujours plus neufs

Il est des habits pour se dévêtir.

Il est des habits verticaux.
La chute de l'homme
les met debout
Roberto Juarroz (Poésie verticale I,23) 

dimanche 20 novembre 2022

Quelle rue ?

 

Voilà,
dans le quartier de la Butte-aux-cailles, j'ai remarqué un jour cette étrange configuration d'une rue portant deux noms. La rue Gérard se termine au no 55, sans séparation avec le no 1 de la rue suivante, la rue Samson. Le dessin situé sous les deux plaques illustre parfaitement la perplexité que peut éprouver le passant à cet endroit.
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mercredi 16 novembre 2022

La pluie sur le carreau

 
 
Voilà
Pourquoi parler ?
Mais pourquoi se taire ?

Il n’y a pas d’oreille pour notre parole, 
Mais il n’y en a pas non plus pour notre silence. 
Les deux se nourrissent uniquement l’un de l’autre

Et parfois ils échangent leurs zones,
Comme s’ils voulaient mutuellement se protéger.
(Roberto Juarroz in "Poésie Verticale")

dimanche 13 novembre 2022

Couples

Voilà,
même si la réalité est pesante, il arrive que des images légères apparaissent au détour d'une promenade. Si elles n'en rendent pas pour autant plus supportable la vie, qui d'après Schopenhauer "oscille comme un pendule de la souffrance à l'ennui", elles attestent cependant, — pour quelques temps encore — de la vanité de nos tourments et du ridicule de nos lamentations. Car c’est peu dire que ce paysage urbain, peuplé de signe absurdes et infantilisants, les rend pathétiquement dérisoires. Et puis parfois, comme il y a sept ans, l'irruption de la barbarie fait voler en éclats la futilité de ces décors et toutes les fausses certitudes auxquelles notre cadre de vie tend à nous faire croire.

jeudi 10 novembre 2022

Une autre espèce de tangence

 

Voilà
La lumière n’est pas l'unique somme des couleurs.  
Il est certaines dimensions libres
où les couleurs se pressent plus étroitement qu'en elle,
comme des poissons tout neufs dans une mer plus jeune encore.
À partir de là
Il semble possible de reconstruire quelque chose
Qui jamais n'a sauté le signe du commencement, 
une autre espèce de tangence.
 
La somme des couleurs doit inclure un filament
où soient tressés dans un même fil
le regard qui voit
et celui qui ne voit pas 
Roberto Juarroz in "Poésie Verticale" (II,47) 
 
Je m'excuse auprès de certains de mes correspondants de ne pouvoir répondre à leurs commentaires. Pour d'inexplicables raisons qui tiennent à Blogger, il m'est impossible d'accéder à leur formulaire. C'est un grand mystère que je ne parviens pas à résoudre.

mardi 8 novembre 2022

Anniversaires


Voilà,
aujourd'hui fut une étrange journée. Ma fille a eu 21 ans. Cette nuit je me suis réveillé à l'heure de sa naissance. J'ai repensé à cette nuit si intense et qui aurait pu mal tourner et à cette apparition, précédée, pour moi, de tant de terreurs et d'angoisses durant neuf mois, et aussi à la promesse (je crois l'avoir tenue) que je lui fis au lendemain, lorsque je pus enfin la prendre dans mes bras, et plonger dans son regard.
Nous nous sommes parlés au téléphone dans la matinée. C'était bien. Je suis fier d'elle, de ce qu'elle est devenue. Je lui envie bien des qualités que j'aurais aimé posséder à son âge. Une chose est certaine, le meilleur de mon être, c'est elle qui me l'a révélé. 
 
Pourtant une vague mélancolie ne m'a pas quitté de la journée. 
Alors, j'ai écouté des disques des Beatles.
 
Je me suis aussi souvenu que cela fait donc treize ans que j'ai commencé ce blog sans savoir où ça me mènerait. Je me suis lancé là-dedans pour d'obscures raisons qui m'échappent plus ou moins à présent. Il devait y avoir une nécessité, sans quoi je ne me serais pas obstiné à ce point. J'ai fait ce que j'ai pu. Il y a eu des moments de frénésie et d'inspiration. Pas mal de radotages aussi. A force on finit par se fatiguer de soi autant que du monde alentour. Les motifs de se réjouir se font rares. Il n'y a guère que les manifestations de la bêtise pour susciter encore de l'étonnement. Elle prend malheureusement des formes effrayantes. Les élections de cette nuit aux USA, vont sûrement en offrir un exemple. 
Après j'ai cherché une image parmi toutes celles que j'ai réalisées. Je suis tombé sur celle-ci, prise cet été au cours d'une de mes excursions parisiennes. Je me suis dit que je devais ressembler à ça en ce moment. Un vieux chat grincheux, un peu casanier. 
Avec une chanson stupide qui lui trotte dans la tête et qu'il ne peut s'empêcher de bien aimer.
Un vieux chat grincheux qui aimerait qu'on lui foute la paix, qu'on le nourrisse, et lui gratte le dos de temps à autre.
 

lundi 7 novembre 2022

Madame rêve (2)

 
Madame rêve d'atomiseurs
Et de cylindres si longs
Qu'ils sont les seuls
Qui la remplissent de bonheur
Madame rêve d'artifices
De formes oblongues
Et de totems qui la punissent
Rêve d'archipels
De vagues perpétuelles
Sismiques et sensuelles
D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel
Au ciel
On est loin des amours de loin
On est loin des amours de loin, on est loin
madame rêve ad libitum
Comme si c'était tout comme
Dans les prières
Qui emprisonnent et vous libèrent
Madame rêve d'apesanteur
Des heures, des heures de voltige à plusieurs
Rêve de fougères
De foudres et de guerres
À faire et à refaire
D'un amour qui la flingue
D'une fusée qui l'épingle
Au ciel
Au ciel
On est loin des amours de loin
On est loin des amours de loin, on est loin
Madame rêve
Loin, au ciel
(On est loin) madame rêve
Au ciel
Madame rêve
Paroliers : Alain Bashung / Pierre Grillet / Vic Emerson
Paroles de Madame rêve © BMG Rights Management, Francis Dreyfus 
Music, Universal Music Publishing Group
 

dimanche 6 novembre 2022

Chant d'automne et souvenir d'été


 
Voilà, 
c'est un des dessins qui, cette année illustrait "Paris Plage" cette opération estivale menée par la mairie de Paris depuis . Chaque année, entre mi-juillet et début septembre, sur 3,5 km, la rive droite de la Seine, du quai du Louvre jusqu'au quai de l'Hôtel de ville ainsi que des sites annexes — comme la Place de l'hôtel de ville et le bassin de la Villette depuis  — accueillent des activités ludiques et sportives, des plages de sable et d'herbe, des palmiers. L'été désormais fini, n'est plus qu'un souvenir. On en vient même à oublier à quel point il fut pénible en raison des fortes chaleurs et des incendies.
L'automne est revenu, et ressemble depuis quelques jours à un véritable automne. Il pleut, il vente, le froid revient. Les jours raccourcissent on est passé à l'heure d'hiver. On s'enrhume on se grippe on tousse on se mouche comme c'est le cas pour moi. La lumière diminue en intensité et en durée. On se remémore vaguement un poème appris à l'école, on le cherche sur internet, ah le voilà ce chant d'automne de Charles Baudelaire
 
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

II me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

je pense encore aux doux paysages de la semaine dernières à ces bords de plages déserts, à ces moments de contemplation et d'état sans mesure. Me voici revenu à la vie sédentaire parisienne. Il semblerait que je commence mon hibernation, avec tisanes contre les maux d'hiver et soupes en tous genres. Aujourd'hui je ne suis quasiment pas sorti de mon lit. La radio fut ma seule compagnie.

 

 


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vendredi 4 novembre 2022

Vieilleries


Voilà,
choses un peu vieillottes qui rendent nostalgique d'une époque qu'on n'a pas connue et où 
— à bien y réfléchir— 
il n'y avait quand même pas tant de raisons que cela de se réjouir

jeudi 3 novembre 2022

Un dimanche à Majolan


Voilà,
sur un terrain acquis par un riche banquier, Jean Gustave Piganeau, grâce à son mariage avec la fille de Joseph Prom, propriétaire du domaine, le parc de Majolan, situé à Blanquefort, près de Bordeaux a été réalisé dans le goût romantique et baroque, entre 1870 et 1880, par le paysagiste Louis Le Breton
Ce terrain était initialement un marécage et la rivière Jalle dut être détournée afin de créer le lac. Imitant les parcs conçus par Adolphe Alphand à Paris, Majolan fût bâti, à la fois pour afficher la richesse de son propriétaire, mais aussi, dit-on, dans le but d'apaiser et consoler sa fille malade. 
J'y fus dimanche dernier. 
Heureux de le découvrir. On y trouve entre autres de fausses ruines, une grotte artificielle, un temple d’amour, quelques arbres remarquables aussi, comme ce sequoia aux dimensions encore modestes.
Le temps était toujours étrangement doux. 
Depuis la création des relevés météorologiques, aucun mois d'Octobre n'a été, en France, aussi chaud. 
 
 
 Là j'ai tout de même pensé (mais peut-on vraiment appeler ça une pensée) que "Un dimanche à Majolan" aurait pu faire un beau titre pour un roman de Simenon. Je ne sais pas pourquoi m'est aussi revenue à l'esprit cette réflexion de François Jullien dans son dernier essai " De la vraie vie " qui nous alerte en quelque sorte sur l’effacement de la capacité de vie qui est en nous. " je pense que nos vies sont toujours menacées de confinement. Il y a une menace qui pèse sur la vie en tant que telle, pas seulement sur la vie du vital mais sur la vie du vivant. C’est le fait qu’il y a au sein même de la vie cette tendance de la vie à se déserter elle-même". Je sais que cela me guette. Paresse, fatigue, résignation. Mais je m'obstine cependant. Il faut survivre à ses propres désillusions, remercier la vie de nous avoir malgré tout mené jusque là sans trop de dégâts, et persévérer, même s'il s'agit de "rater, rater encore, rater en mieux" comme disait Beckett, oui, continuer tant qu'on le peut, tant que c'est supportable. De toute façon, à la fin ne subsisteront que les vieux refrains les odeurs anciennes et de furtives réminiscences.

mardi 1 novembre 2022

Glaciale et paisible


 
 
Voilà
"Comment ne pas devenir un loup des steppes et un ermite sans manières dans un monde dont je ne partage aucune des aspirations, dont je ne comprends aucun des enthousiasmes ? Je ne puis tenir longtemps dans un théâtre ou dans un cinéma; je lis à peine le journal et rarement un livre contemporain ; je suis incapable de comprendre quels plaisirs et quelles joies les hommes recherchent dans les trains et les hôtels bondés, dans les cafés combles où résonne une musique oppressante et tapageuse, dans les bars et les music-halls des villes déployant un luxe élégant, dans les expositions universelles, dans les grandes avenues, dans les conférences destinées aux assoiffés de culture, dans les grands stades. La solitude est synonyme d'indépendance ; je l'avais souhaitée et atteinte au bout de longues années. Elle était glaciale, oh oui, mais elle était également paisible, merveilleusement paisible et immense, comme l'espace froid et paisible dans lequel gravitent les astres."

"Le Loup des steppes" de Hermann Hesse.

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lundi 31 octobre 2022

Trick-or-treat

 
Voilà  
cette nuit j'ai rêvé que quelqu'un m'insultait presque, pour la simple raison que je n'écrivais que des choses sinistres sur mon blog et que, disait-elle, ça commençait à bien faire ces conneries. Aujourd'hui à Kiev, temps clair, vitesse du vent 11 km/h. La température était de 12°. Cette nuit le thermomètre descendra en dessous de 0. Durant la journée, du fait de frappes massives russes sur l'ensemble du territoire, plusieurs quartiers de la ville ont été privés d’électricité tout comme des centaines de localités dans les sept régions d'Ukraine. En outre, à ce jour , et pour les mêmes raisons, 80 % des habitants de la capitale ne disposaient toujours pas d' approvisionnement en eau. Ce soir, un peu partout en Europe de l'ouest et aux USA les gens fêteront Halloween. Citrouilles, toiles d'araignées, squelettes, trik-or-treat, Joker.

dimanche 30 octobre 2022

L’Escapade


Voilà,
au bord du bassin d’Arcachon, à Andernos-les-bains, station balnéaire où, en compagnie de ma grand-mère qui vivait à Bordeaux, mes parents se rendaient quand j’étais tout petit enfant, se trouve aussi le port ostréicole avec ses petites cabanes colorées où il est possible de déguster des crustacés. Hors saison, c’est un lieu paisible et beaucoup moins fréquenté qu’en été. J’aime beaucoup le graphisme de cette peinture murale où l’on reconnait une pinasse, embarcation à fond plat typique du bassin d’Arcachon fabriquée avec du bois de pin (d’où son nom) et les deux « cabanes tchanquées », montées sur pilotis qui ont été restaurées il y a quelques années. Initialement construites  pour surveiller les voleurs qui s’introduisaient dans les parcs à huîtres, elles devinrent ensuite des maisons de plaisance.
 

vendredi 28 octobre 2022

La pieuvre


Voilà,
Je me perds dans la foule, je cherche une image, insolite, absurde. C’est une autre ville. Je suis un peu perdu. Je tâche, bien que je ne suscite aucune attention particulière, de faire bonne figure. Tout est couleur de chimère. Mes yeux brulent, ma vue baisse. Il y a ce mot, inventé dit-on par Victor Hugo, et cette silhouette détachée de son contexte. Ça fait une curieuse association. Je lis la pieuvre, je pense la guerre. Je ne comprends pas comment font tous ces gens autour de moi pour s’amuser. Il y a le sourire des jeunes filles qui ne voient rien venir, le bonheur des familles, la joie des enfants. On tire à la la carabine à plomb sur des pipes en terre, on mange de la barbe à papa et des pommes d’amour, on tient des ballons au bout d’une ficelle. Ce sont les vacances, l’air est tiède, le ciel chargé d’orages pour ailleurs et pour plus tard. Je suis là, tout me semble bizarre.

mercredi 26 octobre 2022

Devinette


Voilà 
peut-être parviendras tu, avec un peu de patience, à reconnaître la bergeronnette qui, sous la douce lumière d’un automne anormalement doux, picore dans le marais
Peut-être aussi, un bref instant, simplement parce qu’il y aura eu ce fragile paysage, en équilibre entre la nécessité d’oublier et celle de se souvenir, la rumeur du monde t’aura-t-elle paru plus lointaine, comme sur le point de s’évanouir.
Et si la bergeronnette s’est envolée pendant que tu songeais à tout cela, deviens le héron impassible qui guette au bord de l’étang
 



dimanche 23 octobre 2022

Il y a un loup


Voilà, 
il m'arrive encore parfois de prendre le métro. Je vais d'un point à un autre, hanté par des songeries, des images. Quelques petits projets à court terme — à long terme nous sommes tous morts disait Keysnes — m'occupent l'esprit. Des pensées me traversent encore, mais sans continuité — des flashes, des réminiscences, des associations d'idées—. Depuis six mois, je suis surtout intéressé par l'art d'accommoder les légumes. Je m'essaie à la cuisine diététique. 
Je m'attarde dans les musées. Je vais au cinéma. Je me promène, à l'affût de quelque photo. Les meilleures balades, je les fais avec ma fille. En fait, le tour que prend le monde me terrifie et si je ne peux m'empêcher d'en être affecté, je me refuse à en parler. Je l'ai déjà tant fait. À quoi bon commenter, encore et encore. Des envies plus ou moins avouables me passent par la tête. Parfois la tristesse m'accable. Je lis. Des romans, des poèmes, des blogs, des articles de journaux. Un flot de mots, d'images auxquelles je contribue puisqu'il charrie aussi mes propres alluvions. Ou bien je me replie sur mes nécessités immédiates : dormir, ranger, nettoyer, marcher, ne pas faire de gras. Prendre soin de mon corps, de ce qui lui reste de santé. Maintenir des relations de bonne intelligence et plus si affinité avec des personnes dignes d'intérêt. Je continue d'accompagner, Sophie dans son projet, qui lui est si nécessaire de mener, et de faire entendre  — à raison, car il concerne tous ceux qui, un jour ou l'autre, ont affaire à l'hôpital —. Je suis heureux et fier d'y contribuer un tant soi peu, dans la mesure de mes moyens. Je l'admire pour son acharnement, sa ténacité, son énergie ses multiples compétences. Ses talents d'écriture (comme en témoignent ses carnets) m'impressionnent autant que ses qualités d'actrice. 
Sinon, dans l'attente de cet hiver que les politiciens et les journalistes se plaisent — non sans une visible jubilation — à nous promettre rude, en raison de l’inflation combinée aux restrictions énergétiques, je goûte aussi la douceur de cet automne qui ces derniers jours et pour quelque temps encore se donne des airs de printemps. Peut-être vais-je m'autoriser un modeste voyage, histoire de m'affranchir des vicissitudes de la capitale où parfois il m'arrive cependant de voir de jolies choses sur les murs.



Comme par exemples ces papiers collés, dans le XXème arrondissement, rue Boyer, évoquant le petit chaperon rouge, œuvres d'un artiste qui s'appelle Thomas au pseudo de loup-y-es-tu

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