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mercredi 13 mai 2015

Palais de Mari


Voilà
il y a peu, j'ai entendu "Palais de Mari" que je ne connaissais pas. il s'agit d'une pièce pour piano de Morton Feldman. Découvrir cette musique qui me semble pourtant si familière, si intime au point d'avoir l'impression de la retrouver m'a particulièrement ému. Ce mystère, cette naïveté, je les ai reconnus comme quelque chose de lointain qui m'avait appartenu. Qu'un compositeur confirmé ait pu, à la fin de sa vie, s'y abandonner me touche particulièrement et, d'une certaine façon me rassure.
Voilà les faits : entre 14 et 18 ans, j'ai habité à l'École Polytechnique, rue de la montagne Ste Geneviève. Mes parents y travaillaient et nous logions sous les toits du Bâtiment Boncourt devenu aujourd'hui le siège du Ministère de la Recherche. Le samedis après-midi il m'arrivait d''explorer les moindre recoins de cette vénérable institution. Il y avait un endroit que j'aimais particulièrement c'était l'amphithéâtre Poincaré. Un piano s'y trouvait, comme un animal étrange et énigmatique. Je n'avais alors aucune éducation musicale. La musique, le piano, c'était pour les riches. Approcher de cet instrument, oser en soulever le couvercle, poser mes doigts sur ces touches, c'était braver un interdit. Cependant, certains weekend, je venais m'asseoir derrière, égrenant des sons hasardeux, m'essayant à quelques accords dans le silence du grand amphi. Et c'était comme fabriquer un temps à part que la composition de Feldman fait aujourd'hui ressurgir quand tant d'années se sont écoulées. Aujourd’hui je voudrais me réfugier dans les silences qui trouent ces notes, y trouver asile. Ne plus en sortir. Je me sens tellement inadéquat à ce monde.  (Shared with art for fun friday try it on tuesday challenge  -  


samedi 28 mai 2022

Les 24 préludes

 
Voilà,
j'ai entendu par hasard cette nuit à la radio, quelques uns des 24 préludes pour piano de Maurice Ohana, et j'ai repensé à l'amphithéâtre Poincaré de l'École Polytechnique, rue de la Montagne Sainte Geneviève. J'en ai déjà parlé il y a quelques années. Je suis donc allé sur Youtube, pour les réécouter plus attentivement. Étrangement, comme pour le morceau de Feldman "Palais de Mari", je retrouve la même sensation et d'une certaine façon le même transport en réentendant ces préludes. Non d'ailleurs, je ne les réentend pas, puisque je les découvre. Mais c'est l'écho d'un lointain désir qui me parvient aujourd'hui (dans le dixième ou onzième prélude par exemple) C'était ainsi que j'éprouvais, intuitivement le son. Ce type d'harmonies et de timbres, ces alternances de rythmes. J'explorais maladroitement le clavier, fasciné par la profondeur des graves, les échos de la pédale que je faisais durer jusqu'au silence. Ou alors je dispersais d'aigrelettes notes sur les dernières touches. Recommençant, osant même parfois quelques trilles — comme au début du huitième du dix septième, ou dans le 22 ème prélude — et aussi de vagues accords dispersés et — puisque je n'y connaissais rien —  forcément dissonants que je faisais durer. Mais ça me plaisait. J'aimais ce que cela me faisait, à moi. J'avais l'impression de pénétrer du mystère. Que ce soit clair. Je ne dis pas que je faisais du Ohana — j'ignorais jusqu'à son existence —, mais c'est vers quelque chose de semblable, que m'entraînait le contact de ce piano dans l'amphithéâtre désert. Oui le lieu et le moment appelaient ça, ce genre de climat musical. C'était comme si le présent se matérialisait en une suite d'instants aux couleurs dissemblables, comme si je pouvais tout à coup palper le temps, lui assigner une forme. Rien d'autre alors ne comptait que ce qui advenait au hasard des touches.
Je ne veux pas dire non plus, que la musique d'Ohana ressemble à celle d'un ignorant musical. Ce sont au contraire des compositions subtiles qui ont exigé beaucoup de temps pour être conçues. Mais elles possèdent pourtant la force et la puissance de la spontanéité. Ces pièces, dit-on constituent un hommage aux préludes de Chopin. Pour ma part, c'est surtout l'affranchissement des conventions qui me touche. Le côté "buissonnier" face au clavier. Enfin, je dis peut-être des conneries, parce que je n'y connais pas grand chose en musique, je n'ai pas les mots pour en parler — et c'est bien en cela que la musique est stupéfiante, c'est qu'elle peut aisément se dispenser des mots — mais pour moi, ces préludes d'Ohana ont la saveur et le charme infini des premières fois, la grâce des commencements, et constituent une suite d'apparitions disparaissantes comme aurait dit Vladimir Jankélévitch.
Il est aussi possible que les formes ne soient pas crées, mais qu'elles apparaissent soudain et que certains les perçoivent les saisissent et les transforment, à la façon d’un cristal que l'on taille et qui devient diamant. C'est exactement ce que j'éprouve à l'écoute cette musique. Elle exprime parfaitement ce dont je rêvais alors, secrètement sans être en mesure de le formuler.
En plus je trouve les partitions très belles graphiquement.

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