vendredi 13 août 2021

Reflet Rue Jacob

Voilà,
quelques unes de mes lubies en matière d'image : la fragmentation, la déconstruction, l'anonymisation. Ça m’apparaît rue Jacob le 13 juillet dernier, jour pluvieux. Ce matin là, le XV de France a battu l'équipe de rugby d'Australie sur son terrain pour la première fois depuis trente ans. Je sors du Musée d'Orsay où j'ai réalisé de nombreuses photos en vue d'expérimentations graphiques. Mais aussi quelques clichés d'extérieur pas inintéressants non plus. Je vagualame mollement, me demandant quand je quitterai Paris, sans en avoir une grande envie non plus. Mais la crainte d'un possible reconfinement à la rentrée m’incite, en dépit du manque d'argent, à tenter quelques virées hors de la capitale. La veille, le président a annoncé des mesures très coercitives à l'égard des gens non encore vaccinés suscitant des réactions plutôt aigres dans bien des secteurs professionnels, d'autant qu'elles contredisent des promesses et des engagements pris par notre zézayant jupiter quelques mois auparavant. C'est pourtant un dicton bien connu en politique, "les promesses n'engagent que ceux qui y croient". De nombreux observateurs, et même dans la presse conservatrice dénoncent une main-mise de l'exécutif sur les décisions et un déni de démocratie croissant. J'ai pourtant la tête ailleurs. Je songe à toutes ces choses de la vie quotidienne que je ne suis plus en mesure d’accomplir, à la fatigue qui m'anéantit, au poids que je prends, aux projets que je ne pourrai mener à bien, à la solitude, à mon envie d'altérité et à mon incapacité croissante de parler aux gens, même familiers. Je réalise aussi combien cette pandémie a mis les individus à cran, et comme elle a changé nos comportements quotidiens, et aussi nos façons de penser. Et puis, il y a ce mot de ma camarade Anne, qui n'est pourtant pas du genre mélancolique, publié sur un réseau social bleu "18 ans: avoir la route devant soi, entre Bordeaux, Royan et un mas perdu dans les vignes occitanes. C'est l'été, et t'as Bryan Ferry dans ton walk-man. L'entendre aujourd'hui, et pleurer comme une madeleine, avec cette impression que le soleil ne reviendra jamais."
Mois pluvieux donc, et la nuit suivante, je cherche sur le net à combien de temps, remonte un juillet aussi humide. Je découvre que ce fut durant celui de 1972, (mois où j'ai fait la connaissance de mon oncle Philippe, et où je suis allé voir Paul Mc Cartney en concert à l’Olympia) que furent recensées les précipitations les plus abondantes depuis 1886 date des premiers relevés. Nous voilà désormais à la mi-Août. Il fait à nouveau chaud depuis peu. L’inquiétude ne me lâche pas. Si je parviens encore à sauver les apparences, j’ai cependant de plus en plus de mal à rassembler mes idées. Je me désagrège lentement. Toujours à deux doigts que ne se lézarde la souriante façade qui me protège. Ce que je sais, ce que je sens m’effraie. Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je me sens incapable de réagir. Je navigue à l’aveugle.

dimanche 1 août 2021

Café du Loup

Voilà,
en descendant vers le sud en TGV, il m'est arrivé quelquefois, pour peu que mon attention fut distraite par le paysage, de furtivement apercevoir, l'espace d'une seconde, cette énigmatique enseigne et ce bâtiment. Un jour, je suis passé à proximité. "Le café du loup", devenu désormais une résidence, a perdu sa vocation première. J'espère que les nouveaux propriétaires préserveront néanmoins la façade. J'ai bien évidemment effectué quelques recherches. Le Journal de Saône et Loire rapporte que "l’ouverture du café « doit remonter au XIXe  siècle, les documents n’en font mention qu’à partir des années 1870, avec l’essor de la D 28. Il est tenu par la veuve Boucansaut, puis par un de ses fils, Jean Badet, jusque dans les années 1890. En 1933, il est tenu par Claude Badet, fils de Jean, après bien des vicissitudes car il a pris feu en 1929. Un bal public y était régulièrement organisé.  Dans une photo d’archives datant du début du XXe  siècle, on distingue sur la façade la silhouette d’un loup peint au-dessous du mot “Café”. Fermé pendant longtemps, l’établissement a brièvement rouvert ses portes, fin 2010, à une clientèle venue des communes environnantes. Le bar tenu par Isabelle Flèche proposait pas moins de 46 bières différentes. Des petits concerts y étaient organisés. C’est à cette époque qu’aurait été dessiné sur la façade le loup hurleur. Le café avait finalement baissé le rideau en septembre 2016. Selon Guillaume Génelot, un habitant de Saint-Martin d’Auxy qui a mené des recherches historiques sur sa commune, l’enseigne du café a pour origine la présence ancestrale de l’animal dans les environs, jusque vers 1907, année au cours de laquelle il aurait été vu pour la dernière fois dans la commune.

vendredi 30 juillet 2021

Hirondelles

Voilà,
il entend des hirondelles et ça le fait marrer
parce qu'il ne sait pas si c'est juste dans sa tête ou si c'est en vrai
il pourrait chercher bien sûr mais à quoi bon  
la vie le fuit, plus exactement fuit par tous les pores de sa peau.
de toute façon il n'y a plus personne à tromper à part soi
son nom ça fait longtemps qu'il l'a oublié mais pas son regard ni son rire
 il s'en souvient oui de cette fille 
la russe elle mentait elle volait mais quel tempérament
elle lui a cassé sa guitare un jour de colère où elle s'en tenait une bonne
c'était avant
quand il était encore comme tous ces gens qui passent 
et qu'il se grattait beaucoup moins
désormais tout est hors de portée 
et la soif 
cette inextinguible soif d'en finir 
a dévasté tous les mots
c'est comme ça
il est vraisemblable que la bataille ne sera pas très longue
il a désormais si peu de forces à y jeter
quelques semaines auront suffit pour qu'il renonce
Il arrive un moment où nous ne pouvons plus tenir le coup on se sent comme du sable
lui dit sa bouteille
on finit par lâcher en dépit des efforts, 
il faut choisir de vivre avec des remords ou accepter son sort. 
lui répond-il
le ciel vide bientôt se changera en larmes
les larmes en brume
la brume en néant 
foutaises 

mercredi 28 juillet 2021

Les vendanges de l'amour

Voilà,
j'ai par hasard réentendu cette chanson de Marie Laforêt, disparue récemment. J'ai rarement repensé à l'une ou à l'autre, au cours de ma vie. Pourtant, écoutant ce qui fut en 1964 un succès sur les ondes, je ressens la puissance que peut receler un refrain. Des images lointaines, des sensations physiques éprouvées autrefois, alors que mon corps était si différent, que j'étais si petit, et qu'il me semblait pourtant avoir alors vécu une très longue vie, sans doute parce que ma capacité à mémoriser mes sensations a été presque immédiate, et aussi en raison de l'intensité de certaines situations.  
Les vendanges de l'amour... Je me rappelle les visions que générait cette chanson mais aussi ce bonheur de vivre en lisière de l'Océan, de respirer cet air, de baigner dans ce climat si doux, et aussi le sentiment de sécurité que j'éprouvais, dans cette région. C'était l'odeur des pins, de la résine, le jaune vif des genêts, le vert de la forêt, le goût de liberté d'autonomie et d'aventure avec mon vélo rouge de chez Manufrance, mon fidèle compagnon... C'était ces jeudi, où livré à moi-même parce que mes géniteurs travaillaient je profitais de cette solitude que j'appréciais, qui m'autorisait la paresse, l'errance, le temps sans mesure, la lecture, les jeux idiots et les histoires que je m'inventais, et la délectation de n'avoir de compte à rendre à personne, le plaisir de l'indépendance. Dans ces années là, j'ai aussi entendu pour la première fois "Ma bohème" de Rimbaud à la radio scolaire — était-ce dans la classe de Monsieur Peyreigne en CM1 ou celle de Mr Despons en CM2 — récité par Jean Topart, qui avait une voix magnifique. 
Oh c'est incroyable en faisant une recherche je l'ai retrouvé JE L'AI RETROUVÉ
Et ce poème avait immédiatement suggéré à mon imagination de douces et paisibles images. Bien plus en tout cas que le "Je vous salue ma France" d'Aragon, entendu dans les mêmes circonstances. Une part de moi est restée coincée dans cet espace-temps, où je savais alors vivre sans amour. On dit que lorsque l'on devient sénile, l'esprit se perd dans l'arrière-pays du passé lointain. J'y suis de plus en plus souvent, J'y étais en tout cas, me promenant dans ce nouveau quartier,  car le monde d'aujourd'hui,  — ou peut-être s'agit-il plus simplement de ma vie présente —, n'offre guère de motif de réjouissance.  Rarement je ne me suis senti aussi vulnérable.
(Linked with skywatch friday)

vendredi 23 juillet 2021

J'aime / je n'aime pas (14)


Voilà
J'aime les reflets, les anamorphoses
Je n'aime pas cette manie qu'ont certaines personnes de mimer à tout bout de champ des guillemets avec leurs doigts quand ils parlent
 J'aime vraiment la possibilité que m'offre internet de trouver une réponse immédiate lorsque j'ai un doute sur quelque chose
je n'aime pas l'ingratitude
J'aime les concerti pour hautbois de Vivaldi
je n'aime pas me rendre compte que je trébuche plus souvent dans la rue, que je ne peux plus courir après le bus
 J'aime quand ma fille me téléphone pour me dire "tu veux qu'on regarde le match ensemble ?"
je n'aime pas les gens qui t'appellent seulement quand ils vont mal, le reste du temps tu peux crever la gueule ouverte ils s'en tapent
J'aime avoir une maison bien rangée mais j'ai de plus en plus en plus de mal à me consacrer au rangement
 je n'aime pas non plus ceux qui t'appellent pour soi-disant prendre de tes nouvelles et qui embrayent aussitôt pour ne parler que d'eux
J'aime la autant la pochette que le disque "Relaxin' with the Miles Davies Quintet" et j'ai un faible pour le graphisme en vogue dans les années 50
je n'aime pas devoir ressortir les vêtements chauds parce qu'il fait de nouveau froid alors que j'avais cru le printemps définitivement arrivé
 J'aime les filles qui dans la rue portent des cartons à dessins
je n'aime pas m'apercevoir dans la rue que j'ai oublié mon masque
J'aime, lorsqu'une brise légère les agite, le son des carillons à vent, qu'ils soient en bois ou en métal
je n'aime pas Napoléon Bonaparte, je ne l'ai jamais aimé et je remercie les anglais d'en avoir débarrassé l'Europe
 J'aime les pêches plates que dans le sud ouest on appelle paragayo,
je n'aime pas devoir enlever la poussière sur le haut des cadres de tableaux
J'aime travailler des images en infographie
Je n'aime pas les connards qui ne sont jamais sortis de leur cambrousse mais vont t'expliquer la vie pendant des heures
J'aime les excursions surprises
Je n'aime pas trop qu'un interlocuteur me donne du "cher ami" alors que je ne le connais pas très bien

dimanche 18 juillet 2021

Au pied de la lettre


Voilà,
aux abords du Musée d'Orsay, j'ai remarqué ces dessins collés sur des murs. Réalisés par un artiste ou un groupe d'artistes dénommé "les murs ont la parole", ils illustrent au pied de la lettre des expression typiquement françaises : "tête de nœud" (l''équivalent anglais de dickhead, ou knucklehead), "manquer de flair", ou encore "ramener sa fraise" (to stick his nose in). Je ne manquerai pas de les photographier si je rôde encore en ces parages et que j'en aperçois d'autres.
(Linked with Monday Murals)

jeudi 15 juillet 2021

Mais il y a toujours quelques chose qui m'échappe (5)

Voilà,
ça me revient,
ces vacances passées à Rome avec ma fille. Nous logions à proximité du Colisée et près du Forum, une fin d'après-midi, j'ai aperçu ces deux hommes invisibles

ça me revient, 
le grand chahut qu'il y eut après la première de la pièce "Le Triangle frappe encore" de Marc'O  à Chaillot en 1976 

ça me revient, 
Mr Peyreigne en CE1 avait projeté une diapo du pont Valentré de Cahors afin qu'on le dessine. Il fallait faire un truc avec le pouce sur son crayon pour reporter les proportions, je n'y comprenais rien. Je ne cessai de gommer et regommer ma feuille. Ce fut une abomination pour moi. J'ai compris que j'étais nul en dessin et incapable de reproduire la réalité.
 
ça me revient, 
le premier livre de Cioran que j'ai lu était "La Tentation d'exister". C'était dans la bibliothèque de Châteaudouble, un livre édité par Gallimard avec une couverture bleu pâle

ça me revient,  
les mecs qui faisaient la retape pour la scientologie dans les années 70, rue des Carmes, où ils avaient leur siège, dans un immeuble détruit depuis pour y construire un vaste commissariat moderne je leur parlais de Ron Hubbard que je connaissais parce que le géniteur était un grand lecteur de SF, j'avais 13 ans et je voyais bien qu'ils essayaient de m'entourlouper. J'ai toujours su flairer les embrouilles, ça m'a évité bien des déboires, cette méfiance naturelle.

ça me revient, 
une nuit d'insomnie, j'ai allumé la radio et entendu un vieux cabot lire le poème d'Aragon "L'affiche rouge". Je m'étais alors dit que ce n'était pas possible de dire avec tant d'emphase et de boursouflure ce poème après l'interprétation chantée de Léo Ferré. En plus les alexandrins n'étaient même pas respectés, il y avait des élisions douteuses, alors qu'Aragon est tout de même le poète du XXème siècle qui a le mieux manié l'alexandrin. Et puis, et puis.... Vous devinez la suite...
 
ça me revient,
vers 1975 ou 1976, j'écoutais assez souvent l'album de Lewis Furey, contenant la chanson "Hustler's tango". Il plaisait particulièrement à Agnès, et c'est l'ami Jean-Marie Verdi qui me l'avait fait connaître.
 
ça me revient
j'écoutais sans cesse "Isn'it a pity" qui était la B-Side de "My sweet Lord". C'était un peu avant Noël 1970

ça me revient 
le 21 Avril 2002, on avait invité à manger, les Héliodore et les Verrier. Nous étions tous atterrés que Le Pen soit au second tour. Quand j'ai couché ma fille qui n'avait pas six mois, j'ai pleuré près de son lit.

ça me revient,
j'ai dû écouter durant un an, presque tous les jours et cela dès sa parution, l'album de Quincy Jones "Back on the block". Je l'ai eu d'abord en cassette et après avoir fait, l'acquisition d'un lecteur de CD à l'aéroport de Hong Kong, j'ai acheté le disque
 
ça me revient
toutes ces chansons de Charles Trénet, de Brassens, Gainsbourg que j'apprenais pour les chanter le soir à ma fille lorsqu'elle était petite
 
ça me revient
en sixième, le prof de musique s'appelait Mr Visquet. Il portait bien son nom, un petit homme grassouillet et autoritaire assez malsain. Les extrémités de sa bouche tiraient asymétriquement vers le bas, et souvent son regard vicieux abrité par d'épaisses lunettes à monture écaillée, vous fixaient longuement, et lorsqu'il souriait parfois sans raison, ou pour une raison qui m'échappait alors, on songeait plutôt à une grimace. Il y avait dans la classe un élève qui jouait très bien de la flûte, avec lequel il entretenait un rapport privilégié, parce que c'était sans doute son élève au conservatoire municipal où il exerçait aussi.

ça me revient
à une époque, au début des années quatre-vingts, je collectionnais les images de boîtes de camembert, et il m'est même arrivé d'en concevoir

ça me revient 
le plaisir, enfant, éprouvé lors de l'acquisition d'un plumier
 
ça me revient
pour que ma fille s'endorme paisiblement, lorsqu'elle était petite, je lui mettais un CD d'œuvres chorales de Palestrina, par le Hilliard Ensemble. Je ne pense pas pas qu'elle s'en souvient.
 
ça me revient
Au 41 Westbere Road, Kilburn, London, on écoutait beaucoup les demoiselles du canyon, on fumait du shit dans les théières, l’intro de l’America  des Doors était notre réveil matin, 

ça me revient, 
c'est à une terrasse de café à Marseille que j'ai assisté à la victoire de l'équipe de rugby des Fidji contre les gallois, retransmise à la télévision lors de la coupe du monde 2007.
 
ça me revient 
le nom de Lucien Rosengart, un des musiciens collaborateurs d’Adrien, qui avait pourtant des oreilles en bois. Lucien avait enregistré avec Antony Braxton, ans une église
 
ça me revient 
que le géniteur, lors du massacre de My Lai, perpétré par des soldats américains n’avait rien trouvé de mieux à dire devant sa télévision que "on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs". Il avait aussi laissé entendre, qu'il avait lui aussi participé à ce genre d'expéditions punitives. En fait, je suis persuadé qu'il a beaucoup moins combattu là-bas qu'il ne le prétend, puisque lorsqu'il est arrivé en Indochine, les troupes ont commencé à être rapatriées après la défaite de Dien Bien Phu

ça me revient
ce film avec les basques et les indiens dont j'ai retrouvé le titre dans un livre de Modiano (Thunder in the sun de Russel Rouse caravane vers le soleil en français) ce film je l'avais vu à la télévision un dimanche après-midi vers 1966 ou 1967,
 
ça me revient, 
le sourire et la gentillesse d'Ariel Goldenberg, qui vient de disparaître. Il avait dirigé avec flair et intelligence La MC93 à Bobigny, et le Théâtre national de Chaillot. Il nous avait aussi accueillis à Madrid en 1981, lorsqu'il y dirigeait le festival d'automne madrilène.

ça me revient mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

lundi 12 juillet 2021

Les gars de Ménilmontant


Voilà, 
ces silhouettes  étaient assez repérables sur les murs de Paris, à la fin du siècle dernier. En fait Jérôme Mesnager, leur auteur, compte parmi les pionniers des arts de la rue. Son premier pochoir, date de 1983. J'ignorais l'existence de cette grande fresque réalisée en 1995 rue de Ménilmontant, quartier où je me rends assez rarement mais dont le nom évoque irrésistiblement une de des plus belles chansons de Trénet et aussi Maurice Chevalier qui en fut originaire . (Linked with Monday murals - July in Paris)
 

samedi 10 juillet 2021

Message personnel


Voilà,
Je tourne autour de ce nom qui m'échappe et fut un temps familier. Je ne l’associe à rien de physique. Un pseudonyme m’avait-il alors semblé. Une étrangeté onomastique à présent dissipée, insaisissable. Ce nom accompagnait des appréciations souvent bienveillantes, envers certains articles de ce blog, parfois même excessivement élogieuses, ce qui me déconcertait. À cette époque, j’ai même suggéré une rencontre dans le vrai monde, avec celui qui se désignait ainsi  — mais comment  ? — puisqu’il semblait que nous habitions à quelques encablures. Je sentais toutefois une vague réticence chaque fois que j'évoquais cette perspective. Celui que désignait le nom-désormais-introuvable s’était mis en relation avec moi parce que nous avions vu les trois mêmes fins nuages dont j’avais publié une photo sur une de mes publications. Il m'avait alors écrit que lui aussi les avait aperçus au même moment depuis sa voiture et avait attiré sur eux l'attention de ceux qui l'accompagnaient. Il écrivait des poèmes que je ne comprenais pas toujours. Un jour il a fermé son blog. Ses commentaires sont toujours là, mais signés "unknown". Le prénom je crois se composait de deux syllabes le nom d’une seule. Est ce parce qu’il avait une sonorité étrange que je ne puis m’en rappeler. Il est sur le bout de la langue et très profond dans l’oreille. Je le sens qui rôde dans une région limbique. C’est une sensation désagréable. L’épaisseur flottante d’une feuille de papier à cigarette dans une épaisse nuée de flou. Mais tout ça sous la voute crânienne. La densité spectrale du nom perdu se répand et pèse sur la mémoire. Le nom se tient informulé au seuil de l’oubli. Il tressaille dans l’incertain. Je guette son surgissement. Je ne sais comment fouiller ni sonder pour le tirer de ce néant ou il s’est enfoui. J’en viens a reprocher à celui que ce nom désignait, de s’être ainsi anonymisé, volatilisé de s'être réduit à cette béance. 
(…)
Husker Dü qui est un nom de groupe de hard rock s'est soudain cristallisé, prend toute la place. Je n’ai jamais écouté ce groupe, mais son nom s’est enkysté dans ma mémoire. Mais c’est autre chose que je cherche. Husker Dü est-il un brouillage ou bien le sésame pour retrouver ce qui ne veut ni se dire ni se représenter, et qui torture à présent les méninges.
(...)
Allen oui il y avait allen, ça y est. Tout à coup cela ressurgit de l’oubli. Il manque l’autre segment. Mais il y avait allen j’en suis certain. Pourquoi en nommant Husker Dü je retrouve le chemin ? Leoz ! C’était Allen Leoz. C’est revenu.
(…)
Le texte qui précède, relate brièvement les détours inconscients pour que le nom se reformule. Pourtant je n’en suis pas pour autant soulagé. À cause de l’inquiétude, du désarroi, et surtout de la sensation d’impuissance liée à l’incapacité de retrouver sur le champ ce qui s’était dérobé. Ces derniers temps je redoute le désordre mental, la confusion, l’égarement. Les mots ne viennent  plus,  les pensées se désagrègent. Je repense à Baudelaire qui à la fin de sa vie ne savait  plus que dire "Crénom". Je repense au metteur en scène Philippe Adrien devenu sénile, lui qui, lacanisé à mort, ne cessait de se passionner pour tout ce qui avait trait à l'inconscient. Qu’est devenu Allen Leoz ?
 Qui se cachait derrière ces quatre syllabes énigmatiques ? Il était prof de maths je crois.

mercredi 7 juillet 2021

Oz Café


Voilà,
hier, j'ai assisté à la cinémathèque à la projection du film "Wake in fright" de Ted Kotcheff. Réalisé en 1970, le film raconte l'histoire d'un jeune instituteur qui fait escale dans une petite ville minière avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se saoule. Son séjour se prolonge alors, au beau milieu de l'enfer. 
Le film est ainsi présenté dans le programme :"Une des bombes de l’Ozploitation, Wake in Fright dresse un portrait terrifiant de l’Outback australien, arrière-pays dominé par une communauté machiste, abreuvée de bière et de sang. Entre documentaire ethnographique et fiction ahurissante, le film de Ted Kotcheff – futur réalisateur de Rambo – montre une masculinité toxique qui trouve son apogée dans une effroyable chasse au kangourou. Des scènes filmées par des chasseurs professionnels agréés et fortement alcoolisés. Après des heures d’une traque cruelle, l’équipe du film, épuisée et au bord du malaise, met fin au massacre, prétextant une panne technique. Perdu pendant près de quarante ans, miraculeusement retrouvé dans un laboratoire de Pittsburgh en 2002, Wake in Fright, "le film le plus terrifiant jamais réalisé sur l’Australie", selon Nick Cave, est devenu un classique underground des années soixante-dix. Celui qui laissa "sans voix " Martin Scorsese. Une pépite de sueur et de poussière, à l’origine du cinéma moderne australien.".  
C'est en effet un film assez rude et par moment très éprouvant en raison du climat malsain qui parcourt le film. Il inaugure cycle "Ozploitation" qui se déroule jusqu'à fin Juillet, en attendant une rétrospecticve à la rentrée, consacrée à Philipp Noyce, l'auteur de l'effrayant "Calme blanc", que je me souviens avoir vu à sa sortie, au cinéma l'Entrepôt. D'autre part, il a été annoncé une année australienne à Paris dont je me réjouis, mais je ne connais pas encore le détail des manifestations prévues. J'espère de tout cœur qu'une quatrième vague de Covid ne viendra pas contrarier cette perspective. Quoi qu'il en soit, l'Oz café qui jouxte la gare de Denfert-Rochereau a quant à lui réouvert. Et pour ce qui me concerne, je vais regarder à la télévision le premier test match opposant les jeunes rugbymen français aux australiens.
(Linked with Signs2)

dimanche 4 juillet 2021

Du côté de Belleville

Voilà,
aux grandes fresques commandées par des municipalités, je préfère ces tentatives clandestines, souvent étranges, au graphisme parfois déconcertant. J'ai remarqué celle-ci du côté de Belleville, en Avril dernier, un jour où j'étais venu chez ma camarade AdC (dont je ne comprends jamais les projets mais ce n'est pas grave) enregistrer des textes de Chris Marker, l'auteur d'un des films qui m'a le plus marqué, "La jetée". Je me rappelle que vers midi, nous étions allés pique-niquer au parc de Belleville avec Hélène, une de ses amies qui habite dans le voisinage. Un timide soleil, ne parvenait à réchauffer ce jour un peu trop frisquet.
(Linked with Monday murals)

samedi 3 juillet 2021

Il y a cinquante ans

 
Voilà
cinquante ans, jour pour jour, qu'au 17 rue Beautreillis, à Paris, on retrouvait dans une baignoire le corps inanimé de Jim Morrison. Il y a une dizaine d'années, Sam Bernett a révélé que, la nuit précédant l'annonce officielle du décès, il avait découvert le chanteur des Doors, sans vie, dans les toilettes du "Rock'roll Circus", l’établissement qu’il dirigeait alors, et que le corps avait ensuite été transporté par deux personnes qui accompagnaient le chanteur — vraisemblablement des acolytes du dealeur Jean de Breteuil. Au début des années 1970, ce dernier écoulait des stupéfiants dans le milieu de l'industrie du spectacle et vendait de l'héroïne aux musiciens de rock anglais et américains faisant étape à Paris. C'est lui qui à la même époque approvisionnait aussi Keith Richards, un bon client, quand il vivait à Villefranche-sur-mer, villa Nellcôte, où fut enregistré l'album "Exile on main street".

vendredi 2 juillet 2021

Trois grâces



Voilà,
dans l’histoire, chaque fois qu’il y a eu une déstabilisation des écosystèmes, des perturbations dans les comportements des populations s'en sont suivies, faisant la part belle à la récrimination et à la violence. La période de relative stabilité écosystémique et de stabilité sociale qu’on a connues ces trente dernières années en occident, malgré l’accroissement des écarts entre riches et pauvres et les ravages de l’ultralibéralisme est en train de s’achever. Le Covid-19 n’est pas simplement une épidémie, c’est aussi le symptôme d’une déstabilisation en cours. Cet événement a aussi agi comme un révélateur. Il n’y aura pas d’après, mais plutôt un rappel permanent de la fragilité et du caractère non durable du système dans lequel on vit. Il n'y aura plus de retour aux normes précédant cette crise sanitaire, d’une part du fait que c’est une crise mondiale, mais aussi parce que ces normes se sont révélées inadaptées . On a pu assister à ce qu'il se passe dès lors qu'on a affaire à un phénomène qui change d’échelle. Les dommages changent aussi d’échelle, et nos gestions par les techniques s’effondrent. Bien sûr on a très vite trouvé des vaccins. Mais comme il est impossible de vacciner tout le monde, pour enrayer la propagation et les mutation de ce virus, la principale façon de réagir tient à nos comportements. Réduire les interactions sociales, gestes barrières, masques, et d'autres confinements locaux, comme c'est le cas de nouveau dans certains pays.  Et puis d'autres crises s'annoncent désormais, qui risquent d'être bien plus brutales, en raison du désordre climatique dont les effets longtemps supposés se font d'ores et déjà de plus en plus concrets. Il y a fort à parier que les libertés individuelles vont considérablement en pâtir au profit des nécessités collectives. 
Alors, cette image prise il y a quelques jours, paraît comme celle d'un répit, ou qui sait, témoigne peut-être de la fin d'une époque. Celle d’une certaine insouciance, ou plus exactement d’une forme d’aveuglement, entretenus depuis des années, par le capital et les médias (seulement soucieux de nous encourager à consommer) et aussi d'inconscience dont nous commençons ces temps-ci à payer le prix.

jeudi 1 juillet 2021

Pont Alexandre III

Voilà,
de nouveau les terrasses où les prix ont considérablement augmenté, les promenades sans masques sur les quais. Difficile néanmoins d'être détendu, quand une possible quatrième vague est annoncée pour la rentrée, et que se multiplient les possibilités de clusters avec les stades de l'eurofoot, les rassemblements des prochains festivals en France, les concentrations estivales. L'économie se délabre. Des chantiers et des productions restent en friche faute de matière premières disponibles. La population s'abstient de voter, parce qu'elle ne croit plus à la possibilité d'être dignement représentée. Et puis les nouvelles du monde. Tu te réveilles et entends à la radio qu'il a fait 49° au nord de Vancouver dont le nom évoque une belle chanson d'autrefois.  Tu furètes sur le réseau, tu te renseignes. Il est question  d'un « dôme de chaleur » dû aux hautes pressions qui emprisonnent l’air chaud stationnant au-dessus de la Colombie-Britannique. La ville a invité les habitants à se réfugier dans les bibliothèques publiques, car elle est sous-équipée en air conditionné puisque c'est une région ordinairement tempérée. On constate en outre que les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses, en raison des concentrations de gaz à effet de serre entraînent non seulement une hausse des températures mondiales mais qu'elles commencent aussi plus tôt et se terminent plus tard, augmentant les dangers pour la santé humaine et les coûts pour les systèmes de santé. Il est aussi question du retour de la sécheresse, après un bref hiatus, qui exacerbe les températures, en causant plus d’évaporation sur les sols moins humides. En 2020, à l’approche de l’été, 27 % de l’Ouest américain  (9 Etats) était considéré en état de sécheresse. Cette année, c’est 76 % de la région, dont 47 % en état d’aridité sévère ou extrême ; 58 millions de personnes sont affectées. On savait que tout cela finirait par arriver, on pensait juste que ce serait un peu plus tard. Je ne parle pas de ce qui menace l'Europe. j'en ai tant parlé déjà. 
Désormais, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) estime que dépasser +1,5°C pourrait déjà entraîner «progressivement, des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles». Pénurie d'eau, exode, malnutrition, extinction d'espèces... La vie sur Terre telle que nous la connaissons sera inéluctablement transformée par le dérèglement climatique quand les enfants nés en 2021 auront 30 ans, voire plus tôt, alerte un projet de rapport des experts climat de l'Onu obtenu par l'AFP. 
Quel que soit le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l'humanité qui en dépend vont s'accélérer et devenir douloureusement palpables bien avant 2050. « La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes», note le résumé technique de 137 pages. «L'humanité ne le peut pas». Donc on y est. Difficile d'être léger, et futile en ayant conscience de tout ça

mardi 29 juin 2021

Le Boudoir


 
Voilà,
et même si ta vision se brouille tu reconnais le boudoir. Captifs sous la vacillante lumière des candélabres, les objets tremblent et frémissent de tant d'histoires étouffées entre ces murs. Puis, ce vide soudain qui se répand en deçà de ton regard. Ce parfum entêtant qu’il te semble reconnaître, qui te hante depuis tant d'années. Ces gestes précis, ces regards intenses et jamais oubliés, les voilà qui te traversent dans le clair désordre d'un songe. Tu te tiens au secret des lisières et crois entendre dans ton dos le murmure d'une voix familière. Ton rêve chavire tel une barque trop chargée. Un poudroiement d'étincelles tu ne sais si tu te noies ou t'éparpilles. Tu t'étouffes, puis un cri t'arrache à ce bord du monde. Dressée contre la muraille de la nuit, la lourde armoire de la chambre prend des airs de potence. Et la douleur est là, bien rugueuse. Tu voudrais que tout recommence, ne serait-ce que quelques jours, quelques semaines. Les étonnements, les approximations, les surprises de la découverte, le vertige des premières étreintes. Mais l'herbe est bien trop épaisse qui pousse sur le passé. Des lustres que ta jeunesse t'a quitté. En bas, dans la cuisine la vieille Westminster carillonne. Les heures cognent. L'aube d’un jour blafard maintenant te frôle. Es tu rêveur encore ou bien déjà fantôme ? (Linked with my corner of the world

dimanche 27 juin 2021

D'étranges têtes

Voilà,
rue des cascades encore, on peut apercevoir parmi de nombreuses fresques murales, celle-ci, de Bojan Nicolic, dont j'avais remarqué il y a quelques mois, une autre création sur le mur d'une maison à Malakoff. Elle tranche sur la plupart des réalisations de ce genre, par sa radicalité, et une sauvagerie dans le dessin qui rappelle des œuvres d'art brut. linked with monday mural

vendredi 25 juin 2021

Climat

Voilà
"Le climat n’est pas l’ensemble des gaz qui enveloppent  le globe terrestre. Il est l’essence de la fluidité cosmique, le visage le plus profond de notre monde, celui qui le révèle comme l’infini mélange de toutes les choses, présentes, passées, et futures. Le climat est le nom et la structure métaphysique du mélange. Afin qu’il y ait du climat, tous les éléments à l’intérieur d’un espace doivent être à la fois mélangés et reconnaissables, unis non par la substance, la forme, la contiguïté, mais par une même « atmosphère ». Si le monde est un, il ne l’est pas parce qu’il n’y aurait qu’une substance ou une morphologie universelle. Au niveau climatique tout ce qui est et a été constitue un monde. Un climat est l’être de l’unité cosmique. Dans tout climat, la relation entre contenu et contenant est constamment réversible : ce qui est lieu devient contenu, ce qui est contenu devient lieu. Le milieu se fait sujet et le sujet milieu. Toute climat présuppose cette inversion topologique constante" Emmanuele Coccia in "La vie des plantes"

lundi 21 juin 2021

Aimez vous Brahms ?


Voilà,
je ne connais pas très bien la musique classique. Je veux dire que je n'ai pas baigné là-dedans. J'y suis venu peu à peu il y a longtemps grâce à un amour de jeunesse et à ses parents. Je me souviens que la première fois où j'ai assisté à un concert de musique classique c'était dans l'église de Châteaudouble, le quatuor Andrée Colson. J'avais été particulièrement transporté et ému par un adagio de Guillaume Lekeu.
 Mais ça reste toujours un peu opaque pour moi. Je ne pratique pas la musique, je ne lis pas beaucoup les notes. Je sais vaguement faire la différence entre une version et une autre, sans trop pouvoir justifier mes préférences. De toute façon j'évite d'en parler de peur que mon inculture se dévoile. C'est un peu comme les couverts à poissons. C'est là qu'on s'aperçoit qu'on vient de chez les pauvres : quand tout à coup il faut utiliser les couverts à poissons.
Je ne suis pas un spécialiste comme Brice, le frère de la cinéaste Claire Denis, qui, alors que nous étions passé chez lui dans l'après-midi le 10 mai 1981 (un coup de fil de son autre sœur qui travaillait au nouvel Observateur, nous avait d'ailleurs un peu après dix-sept heures donné en avance le résultat de l'élection de Mitterrand), avait fait l'analyse de la cinquième de Mahler en s'adressant surtout (il commençait un peu à m'agacer avec sa science) à Agnès qui était musicienne (elle jouait de la harpe). Il nous avait disséqué avec beaucoup d'enthousiasme, en long en large et en travers, la cinquième de Mahler, et j'avais quand même trouvé ça un peu gonflant, sa science. Aujourd'hui pourtant les émissions sur la musique classique me passionnent, et l'érudition de certains présentateurs m'émerveille.
J'écoute juste France-Musique, parfois des journées entières (surtout le dimanche quand je suis là) et tout à coup c'est comme si la laideur du monde s'effaçait. Je suis alors en terre étrangère. Et les sept semaines de confinement de l'année dernière ont contribué à atténuer mon ignorance en matière de musique classique.
Je regrette de ne pas avoir su transmettre cela à ma fille lorsqu'elle était petite. Pourtant, autrefois, pour l'endormir je lui mettais les partitas de Bach interprétées par Glenn Gould. Quoi qu'il en soit quand j'entends quelque chose qui me plaît je le shazame, (Shazam, c'est vraiment bien c'est une applications réjouissantes et nécessaire). Et souvent je m'aperçois qu'il s'agit de Brahms. Parfois j'arrive un peu à le reconnaître avant, mais je ne suis cependant jamais certain, à l'exception des danses hongroises qui me sont familières, et du sextuor pour violoncelle.
Françoise Sagan, vraiment douée pour les titres (du coup peut-être faudrait-il que je le lise) intitula un de ses roman "Aimez vous Brahms ?". Assurément oui, j'aime Brahms. Et n'oublions pas que, comme le fait remarquer un des piliers de bar chers à Gourio, dans ses Brèves de comptoir "Brahms, sans parler de sa musique, pour pas faire chier, il buvait du vin blanc". Quant à moi, je me repose dans ma bibliothèque, parmi mes fétiches. Ça sera my corner of the world pour un moment

dimanche 20 juin 2021

Leurs Noms

Voilà,
cette semaine j'ai joué dans un théâtre situé juste en face de l'immeuble où, un sinistre jour de janvier 2015, s'est produit le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, perpétré par des fanatiques islamistes. Il y avait là, Cabu, (76 ans) dessinateur, Charb, (47 ans) dessinateur et directeur de la publication, Tignous, (57 ans) dessinateur, Honoré, (73 ans) dessinateur, Wolinski, (80 ans) dessinateur, Bernard Maris, (68 ans) économiste et chroniqueur, Mustapha Ourrad, (60 ans) correcteur, Elsa Cayat, (54 ans) psychanalyste et chroniqueuse, appartenant au journal, mais aussi, Frédéric Boisseau, (42 ans) un responsable des opérations de la société Sodexo chargée de la maintenance dans l'immeuble, qui fut la première personne tuée lors de cet attentat Michel Renaud (69 ans) invité de la rédaction, qui était venu de Clermont-Ferrand pour rendre certains de ses dessins à Cabu, Franck Brinsolaro, (48 ans) le premier policier tué officier du service de la protection — le SDLP — chargé de la protection personnelle de Charb abattu en même temps que lui, Ahmed Merabet, (40 ans) le second policier tué, gardien de la paix du commissariat du onzième arrondissement, blessé puis assassiné sur la voie publique après avoir tenté d’empêcher la fuite des tueurs. Une fresque réalisé par C125, dont j'ai déjà photographié des travaux, ici et aussi là a été réalisée sur l'immeuble où a eu lieu la tuerie. Elle est recouverte d'une plaque de plexiglass pour la protéger des dégradations, car il existe encore à Paris nombre de crétins pour penser que ces victimes méritaient bien leur sort. Sur un autre mur, les anges de Raphaël ont la tête de Cabu et Wolinski et boivent un verre ensemble. J'ignore quel est l'auteur de ce collage. (Linked with Sami's monday murals)

jeudi 17 juin 2021

Fuzeï


Voilà,
Se rappeler un paysage. Songer à tout ce qui nous traverse et qu'on ne peut décemment dire. A de vieilles lectures aussi. Se souvenir que lorsque nous rencontrons quelque chose qui résonne tranquillement dans notre esprit, généralement quelque chose de naturel ou d’élégant, les japonais disent “je me sens fuzei dans ce paysage” ou “cela donne une impression de fuzei.”. Il existe même un photographe nippon qui a consacré toute une série de photos pour illustrer cet état

dimanche 13 juin 2021

Rue des cascades


Voilà, 
il y a quelques temps je suis passé par la rue des cascades. Située dans le XXème arrondissement de Paris, elle a autrefois inspiré un très beau film éponyme de Maurice Delbez, réédité il y a quelques années, et fut aussi un terrain d'exploration de Willy Ronis. Elle a bien sûr considérablement changé comme bien des lieux de Belleville, mais on y trouve de nombreuses peinture murales, et aussi des collages tels que celui-ci, qui raconte quelque chose de notre vie récente (Monday murals)

jeudi 10 juin 2021

Ça c'est Paris

Voilà,
je me suis promené cet après-midi sur les bords de Seine, la température estivale, faisant oublier ce triste mois de mai qui fut le plus froid depuis 2013. J'ai pris cette vue très couleur locale, insouciante, presque intemporelle, conforme aux clichés que l'on se fait de la vie parisienne. Sur les quais, les guinguettes sont ouvertes, les gens prennent des pots, font du sport, se baladent en vélo, déambulent nonchalamment s'étreignent. Une apparente douceur de vivre qui hélas ne parvient pas à me faire oublier le climat politique nauséabond qui règne sur ce pays. (Linked with skywatch friday - Paris in July)

mercredi 9 juin 2021

Choses dont je ne suis pas certain



Voilà,
je ne suis pas certain de voir la Sagrada Familia achevée,
ni de pouvoir de nouveau rentrer dans Notre-Dame de Paris
Je ne suis pas certain d’être un jour capable de retenir le nom du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (je viens de le recopier)
je ne suis pas certain de contempler une nuit la croix du sud dans l'autre hémisphère
ou de parcourir à nouveau les routes des Landes quand le pollen des genêts jaunit les chemins
je ne suis pas certain de me me retrouver un matin sur la départementale 624 entre Montauriol et le col du Samson
ni de prendre une fois le train qui relie Bastia à Ajaccio
je ne suis pas certain d'être vivant quand les Jeux Olympiques auront lieu à Paris
Je ne suis d'ailleurs pas du tout certain que les Jeux Olympiques de Paris auront lieu
Je ne suis pas certain de voir les champs de tulipes des Pays-Bas au printemps
Je ne suis pas certain que la situation sanitaire redevienne normale de sitôt
Je ne suis certain d'être à nouveau un jour vif et alerte
je ne suis pas certain que l'avenir contienne beaucoup de promesses
Je ne suis pas certain que la joie spinozienne fut un concept opérant dans les camps de concentration mais je peux me tromper
Je ne suis pas certain que beaucoup de gens se lavent souvent le pli qui se trouve derrière nos oreilles à la jonction du crâne
Je ne suis pas certain qu'une intelligence collective se mette au travail
ni qu'une conscience planétaire s'éveille face aux périls écologiques qui nous menacent.
Je ne suis pas certain de revoir apparaître le lac de Sanguinet au bout d'une certaine côte
Je ne suis pas certain que ma fille puisse dans l'avenir exercer un métier à la mesure de ses immense talents en raison de la discrimination sociale
Je ne suis pas certain de voir la nouvelle version de la tour Montparnasse
Je ne suis pas certain que la France soit encore un pays qui ait de l'avenir
Je ne suis pas certain de voir l’Italie, gagner le tournoi des six nations, je crois même que cela n’arrivera pas de sitôt
Je ne suis pas certain de rencontrer un jour une femme qui pratique le yoga tantrique
Je ne suis pas certain d'être capable de partager le peu qu'il me reste avant de devoir partir
Je ne suis pas certain que je perdrai tous les kilos que je souhaite perdre tout en restant en bonne santé
Je ne suis pas certain que je parviendrai à vider mon appartement de tout le superflu qui l'encombre
Je ne suis pas certain de revoir Pornic
Je ne suis pas certain que tous les textes écrits qui brouillonnent encore dans ce blog trouvent leur image et vice-versa
Je ne suis pas certain que beaucoup de gens se rappellent que peu avant l'épidémie de covid un étudiant s'était immolé par le feu à Lyon parce qu'il ne supportait plus la précarité
Je ne suis pas certain d'être capable de coucher mes dernières volontés à temps
Je ne suis pas certain d'être capable de chanter en public "wild is the wind"
Je ne suis pas certain de sauter un jour en parachute
Je ne suis pas certain d'être capable d'écrire l'histoire que je veux raconter
Je ne suis pas certain de lire les livres qui sont dans ma bibliothèque et que je n'ai pas encore ouverts
Je ne suis pas certain qu'un accident nucléaire majeur n'arrive pas en France d'ici cinq ans
Je ne suis pas certain de réaliser tous les projets de collages que j'ai en tête
Je ne suis pas certain de jouer encore dans beaucoup de spectacles,
mais je sais que je suis distribué dans une pièce qui doit se donner prochainement puis à la rentrée paraît-il
 

lundi 7 juin 2021

Les Barques de Guéthary

Voilà,
je me suis souvenu des barques du port de Guéthary si petit, si improbable, et de cet endroit très particulier qui lui donne des airs de Grèce. M'est revenu en mémoire, un certain été qui n'était pas si doux, mais où j'ai passé quelques jours sur la plage avec ma fille alors âgée de neuf ans. Elle avait voulu que je lui raconte des histoires de chevalier, et comme je n'en connaissais pas, je lui avais raconté celle d'Hamlet. Dans les mois qui suivirent elle était tombée par hasard, à la maison sur la version russe filmée par Grigori Kozintsev (l'apparition du spectre est une magnifique leçon de cinéma, à 20:27 dans le lien). Elle avait absolument tenu à la voir, en dépit de mes avertissements (c'est en noir et blanc, c'est en russe, ça dure trois heures) ; nous l'avions regardé ensemble faisant au début de fréquents arrêts sur image pour que je puisse bien lui expliquer, tous les personnages et leur fonction dans l'histoire. Captivée, elle avait regardé le film de bout en bout, sans doute parce que sa perfection formelle, exerce un irréfragable pouvoir d'attraction. C'est fou comme une simple image peut convoquer de souvenirs. Guéthary et son merveilleux cimetière sur les hauteurs. Ses deux cafés qui se font face, sa baraque à frites où l'on a croisé une fois Lizarazu, le footballeur, champion du monde en 1998 qui vient souvent faire du surf dans le coin. Écrivant cela, émerge, de très loin, je devais avoir sept ou huit ans, les images confuses de la bande dessinée des aventures de Jari, dans le journal de Tintin, qui se passaient au pays basque. Je n'en ai bien évidemment qu'un vague souvenir. Il faudrait que je traîne dans un magasin de bd pour le relire....

dimanche 6 juin 2021

JR à Paris

 
 
Voilà,
ces derniers temps l'artiste JR est très visible à Paris. D'une part il y a ce magnifique trompe-l'œil sur l'esplanade du Trocadero face à la tour Eiffel que j'ai pu prendre en photo, très tôt dimanche dernier, alors qu'une belle journée s'annonçait. Une petite file de gens s'étirait dans la bonne humeur pour prendre la photo, mais vraisemblablement rien de comparable avec la foule qu'il doit y avoir en journée. Et puis il y a cette autre œuvre dans un petit square situé au 186 bd St Germain qui représente un homme en train de faire le mur.


Ce gigantesque collage intitulé "No trespassing" a été réalisé à l'occasion de l’ouverture de l’édition 2021 du Parcours Saint-Germain, un festival d’art contemporain qui invite les artistes à investir le patrimoine historique du quartier éponyme. Cette image incite à l'école buissonnière, invite à la transgression avec humour et un fort pouvoir poétique. (Linked with Monday Mural)

vendredi 4 juin 2021

Prisonniers politiques

 

Voilà,
en Août 2012 sur la plage d'Hendaye, des gens sont passés tenant une longue banderole pour soutenir des militants basques, peut-être des prisonniers politiques, je ne me souviens plus exactement. J'imagine que la petite fille témoin de cette scène a dû être intriguée. De dos comme ça, elle semble saisie dans une sorte de stupéfaction. J'aime cette menue silhouette, sa façon d'être ancrée au sol, la puissance qui s'en dégage. Linked with the weekend in black and white

mardi 1 juin 2021

Lac inférieur

Voilà,
  rêver à d'autres horizons d'autres latitudes
songer à des espaces plus vastes plus sauvages
se laisser envahir par les images d'une enfance inventée
s'imaginer d'autres vies d'autres destins d'autres voyages
chasser le chagrin
 des choses inaccomplies des êtres chers trop tôt partis
 et se consoler dans le murmure du vent
 
Déjà, sous une farandole de nuages
l'éblouissement commence

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