Voilà,
quelques unes de mes lubies en matière d'image : la fragmentation, la déconstruction, l'anonymisation. Ça m’apparaît rue Jacob le 13 juillet dernier, jour pluvieux. Ce matin là, le XV de France a battu l'équipe de rugby d'Australie sur son terrain pour la première fois depuis trente ans. Je sors du Musée d'Orsay où j'ai réalisé de nombreuses photos en vue d'expérimentations graphiques. Mais aussi quelques clichés d'extérieur pas inintéressants non plus. Je vagualame mollement, me demandant quand je quitterai Paris, sans en avoir une grande envie non plus. Mais la crainte d'un possible reconfinement à la rentrée m’incite, en dépit du manque d'argent, à tenter quelques virées hors de la capitale. La veille, le président a annoncé des mesures très coercitives à l'égard des gens non encore vaccinés suscitant des réactions plutôt aigres dans bien des secteurs professionnels, d'autant qu'elles contredisent des promesses et des engagements pris par notre zézayant jupiter quelques mois auparavant. C'est pourtant un dicton bien connu en politique, "les promesses n'engagent que ceux qui y croient". De nombreux observateurs, et même dans la presse conservatrice dénoncent une main-mise de l'exécutif sur les décisions et un déni de démocratie croissant. J'ai pourtant la tête ailleurs. Je songe à toutes ces choses de la vie quotidienne que je ne suis plus en mesure d’accomplir, à la fatigue qui m'anéantit, au poids que je prends, aux projets que je ne pourrai mener à bien, à la solitude, à mon envie d'altérité et à mon incapacité croissante de parler aux gens, même familiers. Je réalise aussi combien cette pandémie a mis les individus à cran, et comme elle a changé nos comportements quotidiens, et aussi nos façons de penser. Et puis, il y a ce mot de ma camarade Anne, qui n'est pourtant pas du genre mélancolique, publié sur un réseau social bleu "18 ans: avoir la route devant soi, entre Bordeaux, Royan et un mas perdu dans les vignes occitanes. C'est l'été, et t'as Bryan Ferry dans ton walk-man. L'entendre aujourd'hui, et pleurer comme une madeleine, avec cette impression que le soleil ne reviendra jamais."
Mois pluvieux donc, et la nuit suivante, je cherche sur le net à combien de temps, remonte un juillet aussi humide. Je découvre que ce fut durant celui de 1972, (mois où j'ai fait la connaissance de mon oncle Philippe, et où je suis allé voir Paul Mc Cartney en concert à l’Olympia) que furent recensées les précipitations les plus abondantes depuis 1886 date des premiers relevés. Nous voilà désormais à la mi-Août. Il fait à nouveau chaud depuis peu. L’inquiétude ne me lâche pas. Si je parviens encore à sauver les apparences, j’ai cependant de plus en plus de mal à rassembler mes idées. Je me désagrège lentement. Toujours à deux doigts que ne se lézarde la souriante façade qui me protège. Ce que je sais, ce que je sens m’effraie. Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je me sens incapable de réagir. Je navigue à l’aveugle.
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