Voilà,
hier, 31 Juillet, Bob Wilson est mort. Il est parti s'enfoncer plus loin encore dans le regard du sourd. Grâce à lui j'ai découvert en voyant "Einstein on the Beach" en 1976 au festival d'Avignon, du théâtre qui ne ressemblait pas à toutes ces vieilleries qu'on nous infligeait alors. C'était du théâtre de la modernité, un théâtre d'images où le texte n'était pas prépondérant. Un théâtre de visions, résolument contemporain et qui était parfois comme une réminiscence de choses que j'avais vues ou lues dans mon enfance. Un théâtre d'apparitions où l'inconscient, le rêve affleuraient sans cesse. Un théâtre comme surgi d'un outre-monde qui semblait exaucer le vœu d'Arthur Gordon Craig pour qui "l’artiste du théâtre futur devrait composer avec le mouvement, le décor, la voix" .
Après avoir vu "Le Regard du sourd", Aragon, en Juin 1971, s'était, à l'adresse d'André Breton mort depuis cinq ans, fendu d'une sorte de lettre de réconciliation posthume, où il affirmait à propos du spectacle de Bob Wilson "Je n'ai jamais rien vu de plus beau en ce monde depuis que j'y suis né. Jamais. Jamais aucun spectacle n'est arrivé à la cheville de celui-ci, parce qu'il est à la fois la vie éveillée et la vie aux yeux clos, la confusion qui se fait entre le monde de tous les jours et le monde de chaque nuit (...) C'est le rêve de ce que nous fûmes, c'est l'avenir que nous prédisions".
Il est probable que bien des collages que j'ai commis dans ma jeunesse au début des année 80, comme celui-ci ou bien cet autre ou encore celui-là ou ce dernier, — autant d'images que je définissais comme appartenant à mon théâtre intérieur —, doivent beaucoup à la déflagration que constitua pour moi la découverte de "Einstein on the Beach".
Après la disparition de David Lynch en Janvier dernier, c'est un autre artiste de mon panthéon personnel qui s’éteint. Je commence de plus en plus à me sentir d'une autre époque. Quoi qu'il en soit, pour ceux que cela intéresse, toutes les gazettes (du moins en Europe) sur tous leurs supports évoquent le départ de cet artiste majeur et délivrent — pour certaines — quelques savantes analyses de son œuvre. Je me contenterai pour ma part d'exhumer une vieille vignette d'autrefois, une de celles que, tel un somnambule égaré entre torpeur et hébétude, je réalisais parfois la nuit, pour conjurer la peur et donner une forme acceptable à mes angoisses. Les mots en la circonstance ne m’étant pas d’un grand secours, je trouvais une forme de salut dans la lente restitution d’images qui, presque à mon insu, s’élaboraient dans mon esprit.
shared with friday face off - art for fun friday
Lovely work
RépondreSupprimerHappy Friday
RépondreSupprimerThank you for linking to AFFF
much♡love
Very intresting
RépondreSupprimerI have clicked on your links and the images are gorgeous. I will take time to read the text. Thank you for joining FFO and have a wonderful weekend.
RépondreSupprimerYour reflections capture how deeply transformative and hauntingly beautiful Wilson’s work was, not just for theatre, but for the inner landscapes it helped illuminate
RépondreSupprimerI read about him--- and thought of you. Interesting. It was good to see these earlier posts, including one from 10 years ago that had a comment from a younger me.
RépondreSupprimerImpresionante
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