Voilà,
au cours de mes promenades je suis retombé sur ces collages intitulés "au pied de la lettre" appliqués sur les murs par ce collectif "les murs ont la paroles", dont j'ai déjà montré des travaux ici ou bien là ou encore là et dont les artistes illustrent des métaphores courantes de la langue française. Celle du haut s'intitule "le cœur sur la main" qui signifie être généreux et la seconde s'appelle "tourner de l'œil" ce qui signifie, s'évanouir.
Cela me fait toujours plaisir de tomber par hasard sur une nouvelle image de cette série, car je les trouve particulièrement élégantes. Et puis d'une certaine façon cela flatte mon côté collectionneur.
À part ça, j'ai fini de lire "Portrait d"une traductrice", sous-titré "Ludmila Savitsky à la lumière de l'archive".
C'est un ouvrage universitaire de Patrick Hersant et Leonid Livak,
précis détaillé, regorgeant d'informations. J'ai souvent entendu parler
de "Lud" dans ma jeunesse. C'était la mère de Nicole Védrès et la
grand-mère de Dominique
pour qui elle compta beaucoup. Elle fut la première à traduire Joyce,
en français, mais aussi Ezra Pound, Virginia Woolf et Isherwood. C'est
elle qui avait fait l'acquisition de la maison de Lestiou, à quelque kilomètres de celle du poète André Spire
avec qui elle entretint une longue correspondance tout au long de sa
vie. Je ne sais d'ailleurs lequel des deux attira l'autre sur les bords
de Loire.
Bien
des passages de ce livre sont tout à fait passionnants. Entre autres,
ceux concernant les vingt premières années du XXeme siècle où l'on
évoque, entre autres "la question juive" — c'est une expression de
l'époque (l'affaire Dreyfus est encore fraîche) et plusieurs ouvrages portent ce titre
—, mais aussi les débats idéologiques après l'apparition du
bolchevisme. Il y est fait mention des controverses qui opposaient à ce
propos les intellectuels français, et de la situation des exilés russes
en France.
Cela résonne parfois étrangement avec notre époque ; on y trouve la même confusion idéologique, et cela me paraît incroyable
qu'on en soit encore là, un siècle après. Comme le constatait Huxley "le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne"..
Mais
l'intérêt du livre réside surtout dans la découverte de la méthode de
travail de Ludmilla Savitzky. On peut suivre, grâce à de nombreux
documents — fac-similés de manuscrits — qui témoignent des différentes
étapes sur un même texte, son lent et patient cheminement pour restituer au plus juste l'intention et le style de l'auteur qu'elle traduit.
Lisant ceci ma pensée vagabonde. Je repense à Mireille Havet
dont Ludmilla Savitsky était l'amie. A la valise que Mireille Havet
confia au début des années trente à Lud avec la promesse que jamais elle
ne serait ouverte de son vivant, et qui fut trouvée dans le grenier de
Lestiou au début du siècle suivant. Elle contenait une correspondance
avec Apollinaire (entre autres), et son journal intime. Dominique en
favorisa l'édition et en assura la préface.
Le photogramme de Dominique, est extrait du film de Nicole Védrès qui s'appelle "la vie commence demain". Elle a alors dix-neuf ans. La ressemblance sur cette photo avec sa fille
cadette au même âge m'étonne toujours autant.

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