jeudi 18 avril 2019

Sans Toit



Voilà,
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cet incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris nous rappelle comme est fragile la beauté que l'humanité à su ajouter au monde, comme pour se dédommager de tous les ravages qu'elle a commis autant contre elle-même que contre la Nature, ravages que d'ailleurs elle continue d'infliger à cette planète qu'elle considère comme sa possession.
La folie des Talibans a détruit les bouddhas géants de la vallée de Bâmiyân qui avaient survécu plus de quinze siècles.
Les salafistes ont démoli les mosquées en terre de Tombouctou (rebâties depuis), en Syrie les ruines d'Alep ont été bombardées. Aujourd'hui Sanaa au Yemen, un des joyaux de l'humanité dont les constructions datent toutes d'avant le XIeme siècle est rasée par les bombes françaises vendues à l'Arabie Saoudite faisant ainsi le bonheur de l'industrie de l'armement et par la même renflouant les caisses de l'État.
A Séoul Namdaemun, la Grande porte du Sud, premier trésor national Coréen datant de 1398, a été détruite en 2008 à cause d’un incendie criminel. En 2013, la reconstruction s'est terminée, mais ce n’est plus tout a fait l’œuvre originale de Taejo désormais.
La citadelle de Bam, en Iran, construite au cinquième siècle avant Jésus-Christ a été intégralement détruite par un tremblement de terre en 2003. Pays sous embargo, l'Iran  voit l'aide internationale pour la reconstruction ne parvenir qu'au compte-gouttes.  
Dans la ville de Canton, en Chine, d’anciennes tombes, vieilles de 3000 ans, ont été démolies pour construire une ligne de métro. 
 Noh Mul, une pyramide maya, vieille de 2500 ans, située au Belize, a été pulvérisée par une entreprise de travaux publics. Le but de cette compagnie était de pouvoir utiliser les gravats pour la construction d’une route.
Pensons aussi à Bénin City qui était un grand ensemble urbain mondial. Son palais royal était l'un des plus importants complexes culturels d'Afrique et la cité avait l'importance d'une ville européenne. Elle disposait de squares, de galeries et les murs des maisons étaient décorés de nombreuses fresques. Le palais des Obas, la dynastie régnante, était si beau que les Hollandais l'ont reproduit en gravure comme ils l'auraient fait de Florence. Et puis en 1897 les Anglais sont venus et l'ont réduite en cendres en moins de 17 jours lors d'une expédition punitive.
Rappelons nous aussi la pierre de Singapour qui pouvait être considérée, avec  le même intérêt que la pierre de Rosette, déchiffrée par Champollion. Elle faisait trois mètres de haut sur trois mètres de large et était couverte, lors de sa découverte en 1819 d'une ancienne écriture que personne ne savait décrypter. On pense aujourd'hui que c'était du vieux javanais ou du sanskrit. Lorsqu'en 1843 l'armée britannique décida de construire un fort à cet endroit, elle fit exploser le bloc et utiliser les fragments pour des constructions ou le terrassement des routes. Seuls quelques fragments ont survécu et se trouvent désormais au musée de Singapour où elle est considérée comme un trésor national. On pourrait multiplier les exemples à l'infini.
Nous savons que les Civilisations sont mortelles écrivait Paul Valery. Certaines d'ailleurs se suicident. Notre mémoire est peuplée de ruines.

Mais revenons à Notre-Dame.

Aujourd'hui nos milliardaires se penchent à son chevet. Ils proposent, pour la restauration de la Cathédrale, un peu de leur fortune, comme autrefois la noblesse s'achetait des indulgences, pour gagner le Paradis. Donc soyons clairs, parlons chiffres : la fortune de Pinault, est évaluée à 34 milliards. Celle d'Arnault à 91 milliards. Pinault, dont on sait que le groupe Kering dont il est propriétaire a soustrait pour 2,5 milliards d'impôts au fisc français, débloque 100 millions, cela représente donc 0,3 % de sa fortune personnelle. Donc pour ceux qui gagnent comme moi 2000€ mensuels dans leurs moments fastes et de plus en plus rares, cela représente 6€. Bernard Arnault dont on sait qu'il a économisé 518 millions d'Euros d'impôts grâce à la fondation Louis Vuitton débloque 200 millions, cela représente, 0,2% soit 4€ pour moi. il paraît même que l'entreprise Total, qui souille et pollue avec frénésie la planète (qui est notre seule vraie cathédrale) un peu partout dans le monde y va de son obole. On va lancer un grand emprunt National. Il est probable que des personnes bien moins fortunées donneront proportionnellement une plus grande part de leur argent. 
Mais peut-être nos milliardaires en gardent ils de côté pour les vraies catastrophes à venir. Auquel cas ils devraient anticiper un peu. L'état de nos centrales nucléaires n'est pas fameux. Quand il y aura un problème, et l'on sait que tôt ou tard et avant que trente ans ne s'écoulent il aura lieu, l'accident sera autrement plus sérieux que ce que nous avons vu cette nuit et je crois qu'à ce moment là plus personne n'en aura rien à branler du toit de Notre-Dame. Et il y aura sûrement moins de gens pour se tenir dans les parages et faire des selfies devant la catastrophe (mais il y en aura tout de même).




Que ce soit clair. Je ne suis pas insensible au sort de notre Cathédrale. désormais sans toit, comme ceux qui vivent, pas très loin de l'Île de la Cité, sous ces bâches au pied de l'église Saint-Gervais qui fut d'ailleurs bombardée par la "Grosse Bertha" des Allemands en mars 1918 et où 98 personnes trouvèrent la mort. J'en suis sincèrement attristé et je souhaite ardemment qu'elle soit restaurée. Revenant hier sur les berges de la Seine, j'ai réalisé que je ne vivrais peut-être pas suffisamment d'années pour la revoir couverte d'un toit et de nouveau me promener à l'intérieur. Au passage j'ai réalisé que cette flèche datant du XIX ème, inspirée de celle de la Saine-Chapelle et ajoutée par Eugène Viollet-le-Duc, l'architecte de la première grande restauration était aussi ce qui donnait un cachet particulier à cet édifice. Désormais, Avril à Paris n'aura plus la même saveur et les promenades sur ce quai de Montebello que j'aime tant, auront toujours un parfum de mélancolie. 
Je partage pour une fois la réflexion poétique et inspirée de Mélenchon, cet homme politique imprévisible, irascible et sanguin, à l'ego hypertrophié et aux stratégies politiques confuses, parlant de la cathédrale. "Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune. Le vaisseau, la nef qui nous porte tous sur le flot du temps. Et je crois que nous l’aimons de la même façon. Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y parait si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame. Et d’autres, ceux qui connaissent le vide de l’Univers privé de sens et l’absurde de la condition humaine, y voient par-dessus tout cette apothéose de l’esprit et du travail de milliers de femmes et d’hommes durant deux siècles et depuis plus de huit cent ans. Ils ressentent ce que la cathédrale a signifié depuis sa première heure, quand elle n’était encore qu’un plan, et à l’instant où fut planté le clou d’or d’où seront tirées toutes les lignes et commencés tous les calculs. (...)Notre-Dame est le signal d’un temps nouveau qui commençait. Il symbolise la douleur du savoir qui doute de lui-même pour avancer, l’inébranlable confiance dans l’esprit et dans sa victoire possible contre l’ombre qui masque, la mort qui soustrait et l’ignorance qui trompe. Notre-Dame est un message universel. Le peuple de France ne s’y est pas trompé. Tous ses grandes heures y ont transité. Des premiers États Généraux à la victoire sur les nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel."

J'ai aussi été très touché par le texte d'Etienne Klein qui circulait sur le réseau social bleu : "Je ressens une vive émotion en voyant Notre-Dame brûler. Pourquoi notre émotion est-elle si intense, si singulière ?
Lorsque nous regardons un objet matériel, qu’il s’agisse d’une cathédrale, d’un immeuble, d’une pierre, d’une vieille montre, le seul fait d’y prêter attention nous porte en effet à nous enfoncer dans son histoire, à nous décaler, par l’imagination, de la surface de son présent. Nous percevons alors quelque chose qui semble encore l’attacher à sa lointaine provenance. Vladimir Nabokov évoquait à ce propos une « transparence des choses, à travers lesquelles brille leur passé » ?
Et puis il y a, surtout, ces phrases sublimes de Marcel Proust :
" Tout cela faisait pour moi [de l’église] quelque chose d’entièrement différent du reste de la ville : un édifice occupant, si l’on peut dire, un espace à quatre dimensions – la quatrième étant celle du temps – déployant au travers des siècles son vaisseau qui, de travée en travée, de chapelle en chapelle, semblait vaincre et franchir, non pas seulement quelques mètres, mais des époques successives d’où il sortait victorieux."

Elles disent que, sans en avoir forcément conscience, nous regardions Notre-Dame comme la théorie de la relativité d’Einstein, lue rigoureusement, invite à le faire : ce bâtiment somptueux n’était pas une chose statique dans l’espace, mais une suite d’événements dans l’espace-temps ; il n’était pas un volume à trois dimensions, mais un hypervolume à quatre dimensions qui a commencé de prendre corps dans la profondeur du passé et n’a jamais cessé de se translater dans le temps, instant après instant, tout en demeurant invariablement au même endroit. En somme, Notre-Dame a perduré en se répétant identiquement à elle-même, continûment, sans jamais s’absenter, sans rater le moindre instant présent passant par là. Fascinante mise en perspective, en abîme même : la persistance de cette grande chose immobile cachait une dynamique invisible, profonde, celle de la succession ininterrompue des instants qui ont transporté sa présence depuis sa première apparition. Notre-Dame était un morceau de notre passé projeté dans notre présent

touché aussi par les mots d'André Markowicz
"Nous perdons la beauté. — Ce que nous avions, là, sous nos yeux. Pas même sous nos yeux, parce que, de fait, combien d’entre nous ne regardions même pas quand nous passions devant ? Parce qu’elle était là, cette beauté. Cette beauté — que nous avions.
Parce que, vivre en présence de la beauté, de l’immense travail des gens à travers les siècles, c’est ce qui nous donne, à nous, pris que nous sommes dans nos passions quotidiennes, nos soucis, nos maladies, pris que nous sommes dans nos vies, la sensation que nous sommes vivants.
La sensation que nous vivons dans le temps. La sensation de joie et de réconfort d’être témoins de la durée. La sensation que le monde ne nous est pas donné pour notre usage à nous — que nous n’en sommes que les dépositaires, et que, notre bonheur, non, notre honneur, c’est ça, de savoir que nous ne sommes pas seuls, et que jamais nous n’avons été seuls.
Non, la sensation, terrible, que c’est elle, Notre-Dame, que nous avons laissée seule. Que nous avons brûlée, par incurie. Comme nous nous brûlons nous-mêmes, dans notre rage de détruire tout ce qui n’est pas nous." (André Markowicz)

Mais bon, cet effondrement du toit, cette charpente de bois quasi millénaire brûlant en quelques heures, cette flèche audacieuse s'affaissant sur elle même, beaucoup y ont vu une image de notre temps. Certains bien sûr se sont rappelés l'Apocalypse de Jean qu'on ressort à chaque grand événement où il y a du feu :  "Alors ils pleureront et se lamenteront sur elle, les rois de la terre qui ont partagé sa prostitution et son luxe, quand ils verront la fumée de son embrasement. Ils se tiendront à distance par crainte de son tourment, et ils diront: Malheur! Malheur! O grande cité, Babylone cité puissante, il a suffi d'une heure pour que tu sois jugée! "

Certains aussi comme le réalisateur Guillaume Brac se posent la question "ce pays mérite-t-il Notre-Dame ?  et  après tout son point de vue ne manque pas de pertinence
 "On me dira sûrement que je mélange tout, que je fais de la politique là où je devrais seulement me recueillir en silence. Qu’un joyau de l’humanité et le fruit du travail de tant d’hommes et de femmes vient de partir en fumée. Que c’est une tragédie pour tous les Français, pour tous les Chrétiens, et bien au-delà pour tous les amoureux de la beauté. C’est vrai bien sûr. Et l’émotion qui inonde médias et réseaux sociaux est – jusqu’à un certain point - légitime. Mais comment ne pas voir – aussi - dans cet incendie de Notre-Dame le triste symbole d’une faillite morale ? Un pays, qui au mépris de ses valeurs humanistes, ferme ses frontières et laisse périr des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants en Méditerranée, mérite-t-il Notre-Dame ? Un pays dont les élites piétinent l’intérêt général et ignorent une grande partie de leurs concitoyens mérite-t-il Notre-Dame ? Un pays qui laisse matraquer, éborgner, emprisonner celles et ceux qui ont le courage de résister mérite-t-il Notre-Dame ? Un pays qui trahit ses engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique et la destruction programmée de notre humanité mérite-t-il Notre-Dame ? Peut-être est-ce la raison pour laquelle je suis resté étrangement insensible devant des images qui auraient dû me bouleverser. Peut-être est-ce parce qu’à mes yeux une vie humaine restera toujours plus importante qu’une cathédrale, aussi sublime soit-elle. Peut-être est-ce parce que je ne peux m’empêcher de me dire que parmi les dizaines de milliers d’ouvriers, de compagnons, d’artisans, d’artistes qui ont œuvré à sa construction, qui lui ont consacré leur existence, beaucoup auraient porté un gilet jaune aujourd’hui. Et que pleurer la destruction de ce symbole des valeurs chrétiennes et humanistes, tout en restant sourd à la détresse et la colère que tentent désespérément de faire entendre les plus fragiles, les plus courageux, les plus lucides d’entre nous, me paraît un non-sens. Quelques minutes de BFM TV, hier soir, m’ont laissé un goût amer. Qu’y ai-je vu ? Un président, piètre comédien, rassemblant de force les Français dans un combat masquant opportunément tous les autres, suivi des jérémiades d’un hipster et d’une grande bourgeoise semblant considérer Paris comme le centre du monde. Je n’ai alors pu m’empêcher de me dire, que nombreux sont les Françaises et les Français qui ne voient pas Notre-Dame tous les jours en sortant de chez eux, qui n’ont peut-être même jamais vu Notre-Dame autrement qu’en photo, et qui n’ont pas envie de verser des larmes de crocodile au diapason de privilégiés, qui ne se souviennent de leur existence que lorsqu’ils ont besoin de leurs suffrages une fois tous les cinq ans ou lorsqu’une poignée d’entre eux a la géniale idée d'enfoncer avec un fenwick la porte d’un ministère. Sur ce, je me déconnecte, non pas pour fuir la discussion – que ces quelques lignes, qui n'engagent que moi, n’appellent d’ailleurs pas nécessairement – mais parce que j’ai un scénario à écrire…"

Ce que cet événement met tout à coup en relief, c'est qu'en France on trouve très vite de l'argent pour rebâtir un monument qui certes est plus qu'un monument, un symbole, aussi, alors que que cela fait des années qu'on nous dit qu'il n'y a plus d'argent pour nos infrastructures, nos hôpitaux, nos écoles et universités, pour la recherche, pour l'écologie, pour construire des logements décents et j'en passe. Et puis on a vu le spectacle obscène de ce jeune président manifestant plus d'émotion pour Notre-Dame, que pour les gens qui peinent à vivre décemment dans ce pays. Il aurait dû mettre le même empressement à réagir en novembre dernier lors des premières émeute populaires. Il n'est pas certain que tout cela calme les esprits. Notre-Dame a brûlé, mais le monde aussi brûle sans que cela suscite autant d'émotion.
Enfin pour conclure, j'ai bien aimé cette remarque savoureuse — qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux — d'Olivier Pourriol, enseignant de Philosophie : "Victor Hugo remercie les généreux donateurs prêts à sauver Notre Dame de Paris et leur propose de faire la même chose avec les Misérables" (Linked with the weekend in black and white )


12 commentaires:

  1. Oui, les remerciements d'Hugo forts et à propos !

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  2. j'ai du respect pour les tailleurs de pierres et tous les artisans qui se sont succédé
    pendant deux siècles pour construire Notre Dame ! elle a mis si peu de temps pour brûler !
    et voilà que la France, la télé, les grosses fortunes se mobilisent ! ça me faire rire et pleurer à la fois
    tellement c'est énorme ! Notre Dame ne sera plus jamais ce qu'elle était de toute façon même reconstruite à l'identique.
    aujourd'hui je pense à ceux que tu nous montres si souvent et qui n'ont RIEN et pour lesquels personne ne se mobilise !
    Dans La dernière phrase tout est dit !

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  3. Yes, it is a sad event. Money will help the restoration, I know. But as you point out, so much more could be done (with less money!) to help people rather than buildings.
    These are fine and telling photos.

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  4. this is really heart breaking
    I watched tv in horror, lost for words.

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  5. Oh yes, this was a Tragedy.
    We witnessed this terrible fire through a television broadcast.
    My admiration goes to the fire brigade and all the helpers.
    Thankfully one could still save something from this magnificent building!
    The photo is now a contemporary witness.
    My contribution...



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  6. People have mercy of objects and worship them, they forget the poor. They dont care about the poor.

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  7. It is sad that the fire occurred Kwarkito, but I too am amazed at the money flowing in to rebuild when there are people sleeping on the street. The balance of empathy is all wrong, even more appalling is that a cathedral seems to be more important than mankind ✨

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  8. Wonderful commentary accompanying the images. Humanity burnt.

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  9. Tough to see the Notre Dame burning, on tv. It's sad, but incredibly surprised how easy money can be gathered for this when social services and money for poor people for food is difficult to find. I don't know what to think. I really want the restoration/rebuilding, also.

    Happy Easter.

    Frankly My Dear

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  10. It was a disaster for sure. But the building is old so not really unexpected.

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  11. Magnifique dernière citation ..:)

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