samedi 6 septembre 2025

Ou ce qui reste de singe en moi

 
Voilà,
depuis deux trois ans je vais au cinéma comme on se drogue. C’est la façon la moins toxique que j’ai trouvée de m’absenter de ma vie. Le spectateur que je suis adopte alors la position du rêveur qui se laisse traverser par des histoires. Cela me permet de tenir mes angoisses à distance. Pas toujours, mais la plupart du temps. Pendant ce temps là je ne parle pas, je n’écris pas, je n'ai pas de tentation morbide ni de prétention à produire de la pensée. Je vois des corps des paysages, je m'abandonne à ce transport si particulier. Je suis seul avec moi-même, parmi d'autres solitudes. Et pendant ce temps là, au moins, je n'essaye pas de paraître intellectuellement — et ce blog malheureusement participe en partie de cette pathétique tentation  — pertinent à l'attention des autres. Chacun ses failles narcissiques. Ce n’était pourtant pas le projet initial quand j'ai commencé. Je ne sais pas quand ça m’a pris exactement, cette tendance à commenter bien au delà des images. Au moment de Fukushima peut-être. Faudrait que je regarde.
En fait je suis un gros paresseux. Sans doute parce que je me suis toujours senti en porte-à-faux, autant avec les choses qu'avec les gens. Pour cette raison j'ai préféré éviter de trop sociabiliser.  C'est ce qui m'a amené à réaliser des collages des photos et bricoler des textes. Si j'avais été à l'aise dans la vie je ne me serais jamais engagé dans cette voie. 
En tout cas mon travail graphique est ce qui me ressemble le plus.  
J’aurais pu me contenter de simplement publier des images. Mais je ne pouvais m’empêcher d’y associer des mots. C’est stupide. Ça me bouffe tellement de temps. 
Je fais en outre l'acteur depuis longtemps parce que ça aussi me fait du bien. Et puis sans doute que je n'ai jamais eu envie d'abandonner l'enfant que j'ai été. Essayer de vivre comme dans une cour de récréation, alors que le monde est ce qu'il est (et j'ai compris assez tôt un certains nombre de trucs à ce sujet), c'est une façon comme une autre de sauver sa peau.
A moins que ce soit ce qui reste de singe en moi qui m'ait amené là.
D'ailleurs au passage, si tout se passe comme prévu, je remets ça pendant deux mois deux fois par semaine. 



Quoi qu'il advienne, j'aurais au moins fait quelques rencontres dans cette vie, avec des personnes qui souvent m'auront pris pour un autre. Toutefois quelques unes m'auront vraiment connu et compris, et certaines même m'auront aimé  — du moins je l'espère. En cette matière on n'est jamais sûr de rien.  

vendredi 5 septembre 2025

Chibanis

Voilà,
Chibani vient de l'arabe maghrébin et signifie vieux, vieillard, ancien ou encore "cheveux blancs". Initialement le terme est utilisé pour désigner dans leur propre langue les familles de combattants harkis, émigrées en France au moment de l'indépendance et dont les membres sont parvenus à l'âge de la retraite.
À partir du début du vingt-et-unième siècle, le terme est appliqué à une catégorie de population originaire d'anciennes colonies françaises (majoritairement du Maghreb et dans une moindre mesure Afrique subsaharienne et Extrême-Orient), émigrés en France durant les Trente Glorieuses (1945-1975) sans réussir à se forger une situation stable dans le pays et parvenus à l'âge de la retraite dans des conditions précaires. Par extension, le mot, depuis quelques années qualifie, en langage familier — du moins dans les banlieues et les quartiers populaires à forte densité d'immigrés ou de descendants d'immigrés — n’importe quelle personne âgée. (sources wikipedia)

jeudi 4 septembre 2025

Quai des grands Augustins

Voilà,
je ne me lasse pas des quais de Paris. j'aime m'y promener à toute heure. Là c'était le soir, il n’y a pas si longtemps, un soir d'été. De l'autre côté, on aperçoit la pointe du Vert-Galant sur l'île de la cité où les jeunes ont de tous temps aimé se retrouver.
Juste avant que je ne prenne cette photo, une femme a franchi la passerelle, alors baissée, de la première péniche et, pendant qu'elle disparaissait dans la cabine, j'ai vu a passerelle se relever. J'ai pensé qu'elle allait sûrement passer un moment tranquille et amoureux avec le propriétaire. J'ai aussi songé qu'il fallait avoir sacrément confiance. Au cas où les choses tourneraient mal, la sortie serait difficile. Mais peut-être au fond que c'était elle, la propriétaire. Des idées très stupides, traversent parfois mon esprit. Voici d'ailleurs l'une des dernières, en forme de résolution :
 
des quatrains j'ai décidé comme François Cheng
 d'écrire des quatrains mais en alexandrins
c'est une sorte de sport cérébral c'est bien
après tout vu mon état d'être un peu folingue
 
Bien sûr ce n'est pas aussi élevé mystique et inspiré que ses poèmes. Mais bon, peut-être que ça viendra. Il y a longtemps tout de même que je ne pratique plus ce genre d'exercice. Je ne suis pas Aragon très adroit quant à lui dans l'art de la versification. D'ailleurs il n'y a pas si longtemps je me suis souvenu de  "Je vous salue ma France" que j'avais, en même temps que "Ma Bohème" de Rimbaud, dit par Jean Topart, découvert dans la classe de Monsieur Despons en CM2,  quand la radio d'État diffusait des programmes scolaires. C'était le bon temps de la propagande nationaliste avec des poèmes de la résistance communiste sous l'Occupation. Je me souviens de ces vers qui m'avaient alors vraiment plu, le deuxième surtout, dont je me dis encore aujourd'hui, "ça, c'est bien balancé"

Je vous salue, ma France aux yeux de tourterelle,
Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop. 
Ma France, mon ancienne et nouvelle querelle,
 Sol semé de héros, ciel plein de passereaux…

lundi 1 septembre 2025

L’été 2025

 
Voilà, 
C’est déjà la fin des vacances d'été. C’est toujours un peu triste cette période. Cet été là aura été particulier tout de même
 
Cet été une fois de plus, pour la troisième année consécutive j'aurais passé le mois de Juillet à Avignon. Pour moi la boisson de ce festival aura été une mixture à base de jus de citron et de jus de gingembre dont je remplissais ma gourde chaque matin avant de partir. C’était frais rafraîchissant mais sans doute peu compatible avec mon traitement contre l’hypertension J’aurais aussi découvert le Gambetta bitter au café de la place Pasteur et une  blonde de garde, plus verte que blonde à la liqueur de Chartreuse dans un café de la place des Carmes le soir de mon arrivée. 
 
Cet été, rue du Vice Légat j'aurais aussi vu Diogène converser avec une jolie festivalière.


Cet été il y aura eu en France deux longues périodes de canicule intense, une fin juin mi juillet, une autre courant Août et des nouvelles températures extrêmes auront été enregistrées un peu partout en France métropolitaine


Cet été j’aurai assez peu rêvé

 

Cet été j'aurai eu plein de nouvelles douleurs et des symptômes bizarres


Cet été en août j’aurai vu beaucoup de films

 

Cet été j'aurais mis des visages et des voix sur des noms plus ou moins familiers qui désignaient auparavant des inconnus

 

Cet été j'aurai assisté à une messe à Taizé

 

Cet été les États-Unis auront suspendu la livraison de systèmes de défense antiaérienne Patriot, de missiles antichar Hellfire et de munitions à l'Ukraine, officiellement en raison de la diminution des stocks de l’armée américaine


Cet été j’aurais, impuissant, assisté sur les écrans tactiles à la débâclé morale du monde occidental dont je fais partie, et vraisemblablement au début de son effondrement politique et culturel aussi

 

Cet été aux États-Unis, des inondations dans l'état du Texas auront fait plus de 135 morts Si parmi eux il y avait des climatosceptiques trumpistes j'en suis ravi, ça fera quelques cons en moins 

 

Cet été ma cousine aura quitté ce monde ou cette version du monde 

 

Cet été la Russie sera devenue le premier pays à reconnaître officiellement le gouvernement taliban en Afghanistan  

 

Cet été des combattants des Forces démocratiques alliées (FDA), affiliés à l'État islamique, auront tué 66 personnes dans le territoire d'Irumu, en République démocratique du Congo


Cet été beaucoup d'acteurs et d'actrices de théâtre que j'ai croisés dans ma vie auront trépassé.

 

Cet été l'UNESCO aura classé la galerie d'art rupestre du parc national de Murujuga en Australie occidentale comme site du patrimoine mondial et ça c'est plutôt une bonne nouvelle

 

Cet été des tirs auront été échangés à la frontière entre les armées cambodgienne et thaïlandaise faisant douze morts


Cet été des scientifiques se seront inquiétés sans être plus entendus que de coutume de la situation climatique alarmante. leur cri d'alarme répété depuis des années aura pourtant été clair : dépasser les +1,5°C va créer beaucoup, beaucoup de malheurs. Monter au-delà va les augmenter pour chaque dixième de degré en plus.  Avec une sensibilité climatique plus élevée, le franchissement de ce niveau de malheur supplémentaire va advenir assez rapidement.

Il est en outre très peu probable que nous puissions revenir en arrière. Le délabrement que cela entraînera risque donc de durer des siècles. Voilà pourquoi selon eux nous devrions l'éviter à tout prix.

 

Cet été il y aura eu de gigantesques incendies sur le pourtour méditerranéen, en France dans l'Aude, dans l'Ouest et le Nord Ouest de l'Espagne , et aussi au Portugal


Cet été en Alsace la récolte de Crémant aura commencé le 20 août ce qui constitue un record de précocité 

 

Cet été Israël aura mis en place les bases d'une annexion de la Cisjordanie après avoir affamé et rasé Gaza qu'elle veut désormais occuper. Elle aura continué sa politique d'éradication ethnique sur la bande de Gaza et plusieurs sommités juives en Israël et hors des frontières auront qualifié ces actions de génocide .

 

Cet été on aura constaté grâce au large panorama de la santé pédiatrique outre-Atlantique, dressé par une étude publiée dans le "Journal of the American Medical Association" ("JAMA"),  que l'état de santé des enfants se dégrade rapidement aux Etats-Unis, creusant l’écart avec les pays à haut revenu et que cela présente les traits d’une catastrophe invisible.

 

Cet été j'aurai pour la première fois mangé du foie de lotte 

 

Cet été en Espagne la vague de chaleur du mois d’Août aura été la plus intense jamais enregistrée. Du 8 au 18 août, la péninsule ibérique aura subi la vague de chaleur « la plus intense depuis qu’il existe des relevés d’après son agence météorologique nationale. Avec des températures dépassant par endroit les 40 °C, la vague de chaleur d’août 2025 aura surpassé celle, alors historique, de juillet 2022 avec des températures supérieures de 4,6 °C à celle d’une vague de chaleur considérée comme normale en Espagne.


Cet été plusieurs bains publics auront été aménagés sur les bords de Seine à Paris

 

Cet été Donald Trump aura accentué son emprises sur tous les rouages du pouvoir aux États-Unis sans rencontrer une grande opposition, et continué à constituer sa propre force paramilitaire en vue d’influer sur le fonctionnement des élections de mi-mandat

 

Cet été selon les dernières données de l’Observatoire européen de la sécheresse (EDO), celle-ci aura affecté 51,3% des sols européens, un taux inédit depuis le début des observations, en 2012

 

Cet été on aura décidé que le dioxyde de titane, jugé dangereux comme additif alimentaire pourrait rester autorisé dans les médicaments 


Cet été la Turquie aura enregistré son record de température, avec 50,5 °C relevés à Silopi

 

Cet été un séisme de magnitude 8,8 aura eu lieu près des côtes russes de la péninsule du Kamtchatka


Cet été un épisode extrême de mousson au Pakistan aura fait plus de 400 morts en quelques jours


Cet été des négociations en vue d'un traité international pour enrayer la pollution par les plastiques auront échoué à cause de l’obstruction des pays pétroliers


Cet été vers la fin du mois d'Août l'ONU (mais qui se soucie encore de l'ONU) aura déclaré l'état de famine dans la bande de Gaza


Cet été en France, un streamer sera mort en direct des suites de sévices qu'il subissait plus ou moins volontairement dans des mises en scènes trash qui attiraient de nombreux abonnés


Cet été le tyran Poutine se sera joué du gangster fasciste Trump, et les pauvres ukrainiens auront continué à être les dindons d'une farce sanglante qui dure depuis plus de trois ans


Cet été Tokyo a connu une vague de chaleur exceptionnelle en enregistrant un dixième jour consécutif avec des températures de 35°C ou plus. Ce record, qui n’avait jamais été observé depuis le début des relevés en 1875, témoigne de l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique. Selon l'agence météorologique japonaise (JMA), cette série de températures élevées pourrait prendre fin le 28 août 2025, avec des températures attendues inférieures à 35°

 

Cet été le Danemark a convoqué le chargé d'affaires américain après un reportage de la télévision publique faisant état de "tentatives d'ingérence" au Groenland, a annoncé mercredi la diplomatie danoise. 

 

Ainsi vont les choses (et j'en omets beaucoup) dans le meilleur des mondes possibles et si je les rappelle c'est parce qu'il est plus que vraisemblable que nous les oublierons vite pour la plupart

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dimanche 31 août 2025

La bonne place


Voilà,
en prenant de l’âge je trouve qu'elle est de plus en plus difficile à trouver la bonne place. Selon Alejandro Jodorowsky, "il faut apprendre à marcher plus lentement, à faire nos adieux à celui que nous étions, et à accueillir celui que nous sommes devenus. Vieillir, ce n’est pas seulement une affaire de temps, c’est une épreuve de courage : accepter notre nouveau visage, embrasser avec fierté ce corps qui nous a portés, et laisser tomber les peurs, les jugements, les fardeaux que les années n’ont pas su effacer. Devenir vieux, c’est apprendre à être en paix avec soi-même, à lâcher ce qui ne nourrit plus, et à chérir ce qui demeure encore. C’est comprendre que la vie se transforme, que les adieux jalonnent la route, et que chaque larme versée peut ouvrir la voie à un sourire nouveau, à un rêve inattendu, à une raison de plus de continuer d’avancer.". Je note, je note... Je vais faire de mon mieux, mais ce n'est pas gagné...
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vendredi 29 août 2025

Comme une journée glacée

Voilà,
"Je vois clairement aujourd’hui que j’ai échoué, et je m’étonne seulement, parfois, de n’avoir pas prévu que j’allais justement échouer. Qui avait-il donc en moi qui annonçât une victoire ? Je n’avais ni la force aveugle des vainqueurs, ni la vue pénétrante des fous.… J’étais lucide et triste comme une journée glacée." Fernando Pessoa Le livre de l'intranquillité 319

mardi 26 août 2025

Poço iniciático

Voilà,
conçu, entre 1904 et 1910 tout comme le palais et l'ensemble des jardins par l'architecte italien Luigi Manini, le puits initiatique (en portugais : poço iniciático) est une construction située dans le jardin du palais de la Regaleira de Sintra (Portugal) qui "conduit"  symboliquement l'initié des ténèbres vers la lumière en passant par plusieurs "paliers".  S'il porte ce nom c'est qu'on suppose qu’il a été utilisé dans les rituels d’initiation à la franc-maçonnerie.  Il a l'aspect d'une tour inversée de 27 mètres de haut qui s'enfonce dans la terre. C’est une galerie souterraine avec un escalier en colimaçon, soutenu par des colonnes aux chapîteaux sculptés, qui descend au fond du puits. La terre est le symbole de l'utérus maternel, en même temps que le lieu de la sépulture, où chacun retournera. Ses neuf paliers pourraient être une évocation des neuf cercles, de l'Enfer, du Paradis et du Purgatoire, de la Divine Comédie de Dante. Au fond du puits se trouve encastrée une rose des vents de marbre à huit pointes, disposée sur une croix des Templiers. Parvenu en bas, il faut cheminer à travers un labyrinthe de grottes humides où l'on est contraint de progresser en se penchant, avant de retrouver l'air libre. J’ai déjà évoqué les circonstances de cette excursion avec ma fille. Cela demeure l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. Telle était la couleur du ciel ce jour-là.


lundi 25 août 2025

Au milieu de ce qui devient

 


Voilà,
les choses sont là, parmi les forces les mouvements les possibles. Elles demeurent au milieu de tout ce qui devient. 
Supposons un être humain, de ceux que l’on dit doué de raison. Imaginons-le ensemble, dans ce léger écart temporel qui fonde notre relation toi le lecteur ou la lectrice face à  ton écran et moi derrière mon clavier. Faisons pour une fois œuvre commune. Il est là donc, depuis un petit nombre d’années – du moins au regard de l’histoire de l’humanité. Mais, parce qu’elles se brouillent, les choses peu à peu s’effacent de son propre horizon. Elles ne se manifestent plus désormais que comme des signaux indicateurs de sa défaillance croissante, de sa débâcle prochaine. Bien évidemment il a du mal à se faire à cette réalité autant qu’à cette perspective. Cela le contrarie. S’il fait encore illusion, il lui arrive de plus en plus souvent de perdre pied. La terre tourne, sa tête aussi. Mais c’est comme si sa tête voulait tourner ailleurs que sur cette terre. Il va lui être bien difficile pense-t-il, de continuer à distraire – comme on le lui demande avec empressement (on lui reconnaîtrait quelques dispositions pour cela) – son prochain. Rien ne dit en outre que le prochain viendra. Il a tellement de trucs à  faire, le prochain. Lui aussi guette les signes, rassemble des indices et se soucie de son avenir. Il projette même de tout arrêter en récriminant. Tout arrêter, la bonne blague. Mais, d’ici-là, qui sait si cet être auquel nous avons encore le loisir de nous intéresser, ou plus précisément, la relation de cet être, aux choses qui l’entourent et au prochain qui s’éloigne, ne sera pas d’une tout autre nature. Ça s’est déjà vu. Alors, ne le négligeons pas et soyons indulgents avec lui, tant qu’il s’agite encore.

vendredi 22 août 2025

Silience


  
Voilà,
dans son dictionnaire des obscure sorrows
 John Koenig désigne sous le terme de silience
l'art caché autour de soi

jeudi 21 août 2025

Vers le bleu du jour

 

Voilà,
Il y a des choses qui se refusent à ma raison comme un chat se refuse à l’eau. La foi par exemple. Bien qu’elle ait, en certaines époques et dans certaines communautés inspiré des merveilles, comme cette chapelle d'un village de Bourgogne – et ça c’est très concret –, elle reste une énigme. J'en ai déjà précédemment parlé, et j'y reviendrai sans doute. Ce n'est pas que je traverse une crise mystique, mais cela occupe mon esprit ces derniers temps. Certains lieux, certaines circonstances favorisent ce genre de supinations et pronations mentales. Il m'arrive de temps à autre d'interroger cette idée, de chercher, de la tourner dans tous les sens. Elle est, depuis que je suis en âge de réfléchir, toujours présente avec plus ou moins d'intensité enfouie dans mes pensées. Comme un vieux Rubik’s cube dont je ne serais jamais parvenu à me débrouiller mais que je garderais tout de même, au cas où, dans un tiroir...

Les églises se remplissent et se vident au gré des siècles, les dieux meurent et renaissent sous d’autres noms, mais la foi, elle, persiste, en dépit des objections. Elle n’exige pas de preuves, se moque des arguments. Elle est là, obstinée, comme l’herbe entre les pavés ou les pierres. Certains prétendent qu’elle console, qu’elle donne un sens, qu’elle réchauffe les nuits trop longues. Peut-être. Mais il est aussi possible qu’elle ne soit qu’un leurre, un déni de réalité une de ces belles histoires qu’on se raconte pour conjurer la peur du silence.
 
Des savants, des philosophes, des poètes l’ont justifiée au prix de contorsions intellectuelles. Ce n’est ni une équation, ni un théorème. Pour Kierkegaard elle se présentait comme un saut subjectif, un engagement personnel envers une vérité excédant la logique. Wittgenstein la considérait comme une forme de vie intérieure exprimée dans des pratiques des rituels et un langage spécifique et pour cela, pensait-il, elle ne pouvait être envisagée de l’extérieur.
D’autres y voient une réponse à l’appel d’un mystère qui nous dépasse. Certains la considèrent comme une illusion correspondant à un besoin de protection infantile. Il est toujours facile de la réfuter puisque la foi est une adhésion à l’Invérifiable.
 

 
 
Quoi qu’il en soit, elle échappe. Autant à ceux qui la possèdent qu’à ceux qui la refusent. Elle semble parfois surgir en des moments étranges où l’on se surprend à espérer sans savoir quoi.
Chercher à comprendre ? Peut-être vaut-il mieux l’observer de loin, comme on regarde un avion s’éloigner dans la nuit étoilée. On ne saura jamais où il va, mais on a la certitude qu’il mène quelque part. Après tout, le mystère qui désigne bien des choses n’est pas fait pour être percé, mais pour nous rappeler que le monde est plus grand que nos doutes et nos certitudes.

                                                         Marianne   : un mystère s’il vous plaît 
                                                         Le serveur : il n’y a plus de mystère 
                                                         Marianne   : alors un verre d’eau
                                                         In "Pierrot le fou" de Jean-Luc Godard

Et si la foi n’était, au fond, qu’une façon d’admettre qu’on ne sait pas, tout en constituant le meilleur moteur pour avancer dans la vie ? un pari, comme le suggérait Pascal — le seul où l’on mise tout en sachant qu’on ne verra jamais les dés. Après tout, dans un monde où tout s’explique, il reste bien peu de place pour l’émerveillement. Oui la foi c’est cette certitude tenace que quelque chose, quelque part, répond dans l’écho du silence.
Plutôt que d’y voir une lâcheté, une fuite devant l’absurde, on peut tout aussi bien y reconnaître une forme achevée de lucidité sur le fait que la raison, si puissante soit-elle, ne comble pas tout. Pourquoi, dès lors, ne pourrait on pas s’accrocher, non à une vérité, mais à l’idée qu’il y en a une. Moins par naïveté, que par défi. Parce que croire, même sans preuve, c’est encore une façon de refuser que le dernier mot revienne au néant. 
Faute de compréhension, tourner son regard vers le ciel. Vers le bleu du jour qui nous cache toutes les énigmes qui scintillent dans la nuit ouverte sur l'infini.

mardi 19 août 2025

Juste penser à elle

 
Voilà, 
j'avais repris contact avec ma cousine en décembre 1984. Je me souviens très bien j'étais descendu à Bordeaux parce que quelques camarades du spectacle "Rêves de Kafka" y habitaient. À l'occasion de ce sympathique séjour durant lequel j'avais été hébergé par Léon Napias et Patricia Jeanneau qui possédaient une "échoppe" près de la gare, j'en avais profité pour rendre visite à ma cousine perdue de vue depuis une dizaine d'années. J'avais alors fait connaissance avec son fils âgé d'un an. Quelques mois plus tard elle était montée à Paris avec une copine, et à l'occasion de ce séjour elle était venue me voir jouer. Dans les années qui suivirent nous nous sommes quelques fois croisés de loin en loin. Au début des années 2000 nous avons recommencé à nous voir souvent. Je descendais parfois en Dordogne où elle vivait avec son époux. Elle passait parfois à Paris et je l'hébergeais alors durant ses séjours qui étaient pour elle l'occasion de faire moisson d'expositions et des spectacles auxquels je l'accompagnais parfois.
Ma cousine Cathy nourrissait une rancœur jamais rassasiée, contre ses parents d'une part et contre ses grands-parents maternels aussi, pour des raisons plus que justifiées mais qu'il ne m'appartient pas de dévoiler ici. Elle était très soucieuse de sa généalogie et passa beaucoup d'énergie à remuer de vieilles histoires de famille. C’était un de ses sujets de conversation favoris. Que son frère et sa sœur ne fussent pas aussi remontés qu'elle contre leurs aïeux l'indignait. Elle a ainsi fini par se fâcher avec eux aussi, et se couper de toute sa parentèle. Sans concession face aux injustices, elle voulait être, sinon aimée, du moins comprise inconditionnellement. Elle le fut par son mari.  
Bien que très différents nous aimions à nous retrouver. Nous avions une grand-mère commune quelques souvenirs d'enfance partagés et de l'affection l'un pour l'autre.
J'ai découvert l'existence de mes cousins par la branche paternelle en 1964 lorsque nous sommes, mes géniteurs et moi arrivés à Biscarrosse. J'avais huit ans. C'était une nouvelle vie qui commençait. Après l'Algérie et Châlons-sur-Marne, j'ai, sous ces latitudes, pour la première fois ressenti la sensation de paix, et l'impression de vivre dans un endroit paradisiaque. Je garde un doux souvenir de cette période entre 1964 et 1969. La cellule familiale essentiellement réduite à mes parents s'étendait soudain. Mon cousin, ma cousine, mon oncle et ma tante ainsi que ma grand-mère venaient parfois nous visiter, ou bien nous allions les voir à Bordeaux. Il y eut même des repas de famille, des fêtes de Noël partagées, des anniversaires. C'était bien, c'était nouveau – car ces gens n’étaient pas des militaires –, et tout pour moi était source d'étonnement. 
 
 
Des fragments de ma vie ressurgissent. Je retrouve de vieille photos scannées sur mon ordinateur. Celle du haut, prise en 2010 lors d'un de ses passages dans la capitale. La seconde datant de l'été 1971 cadrée par son père sans doute, à Biscarrosse devant sa caravane, dans un pré à l’entrée du bourg. Mes parents y avaient posé la leur une pliante erka. Nous revenions dans ce village où nous avions vécu durant cinq ans. Je me souviens, c'était la mode du camping à la ferme, chez l’habitant. L'oncle la tante mes cousins et la grand-mère paternelle étaient venus nous rejoindre. Ma cousine sur la gauche regarde l’objectif et mon cousin observe mon frère cadet de neuf ou dix mois dans les bras de notre grand-mère. À côté je fais la gueule. C'est une période ingrate, je suis mal dans ma peau je n'aime pas être photographié. Près de moi se trouve mon autre cousine avec qui je n’ai pas de souvenirs communs.
Au milieu du mois à la fin d’une journée extraordinairement caniculaire, le cerveau rongé par une tumeur, ma cousine est morte irréconciliée avec son frère et sa sœur. Ceux là ne sont pas venus pour sa crémation. L’aurait-elle désiré d’ailleurs ? Rien n’est moins sûr. Mais beaucoup de gens qui l'appréciaient étaient présents et de jolies choses furent dites à son sujet, et avec beaucoup d'émotion et d'amitié.
Elle avait sensiblement l’âge de notre grand-mère sur la dernière photo, je m’en rends compte à présent. Soixante-sept ans, c'est tout de même bien jeune pour mourir.

samedi 16 août 2025

Pressé d’écrire


 
Voilà,
"tu es pressé d'écrire
comme si tu étais en retard sur la vie
s'il en est ainsi fais cortège à tes sources
hâte-toi
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
effectivement tu es en retard sur la vie
la vie inexprimable
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci
hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
si tu rencontres la mort durant ton labeur
reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
en t'inclinant
si tu veux rire
offre ta soumission
jamais tes armes
tu as été créé pour des moments peu communs
modifie-toi disparais sans regret
au gré de la rigueur suave
quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
sans interruption
sans égarement" 
suggérait au cours des années trente René Char dans son recueil le "Marteau sans maître". Je ne sais si ces consignes s'adressaient à lui-même ou au lecteur éventuel, mais elles me semblent toujours aussi pertinentes. Cela ne vaut d'ailleurs pas que pour les écrivains. Je m'efforce — dans la mesure de mes moyens — d'y souscrire depuis longtemps. Les années amassées et la présente époque chaque jour plus tumultueuse angoissante et confuse, donnent plus d'intensité à ce poème. C'est pourquoi, moi aussi, sommé par je ne sais quelle obscure nécessité, je m'obstine à continuer de bricoler dans mon coin. Je n'ai pas le choix. Je ne peux pas faire autrement. 

jeudi 14 août 2025

Comme une eau calme


Voilà,
j'ai pris cette photo à Fontarrabie. Dieu me semble une idée absurde, mais j'aime l'ombre fraîche des églises, leur odeur de cire et d'encens et le doux repos qu'elles offrent. Les statues parfois semblent m'y observer avec indulgence. Le soleil, filtré par les vitraux, colore les vieilles dalles que tant de croyants ont polies. Des grains de poussière flottent dans un rai de lumière. Restées au bord des lèvres, d’anciennes et secrètes prières peuplent le silence. 
Souvent, j'envie la disposition mentale de ceux qui croient. Ils ont, chevillé au corps, l’espoir, ce crédit qu’on accorde à l’avenir sans savoir si le destin est solvable. Confiants dans une force invisible qui les soutient, ils n’ont pas besoin de preuves ; leur certitude est un sol ferme sous leurs pas. Je voudrais moi aussi oublier le poids des questions. Me laisser porter et songer que l'éternité se répand en moi comme une eau calme. Devenir leur semblable et pouvoir m’adosser à l'invisible.
Mais bon, je n'ai que mes épaules fatiguées, et je ne connais ni la foi ni la ferveur.

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