vendredi 14 août 2015

Soft Machine Fifth


Voilà,
ces derniers temps je réécoute en boucle le cinquième album de Soft Machine. Celui dont la pochette d'origine représentait un cinq noir, sur fond noir (procédé qui a été réutilisé par Art Spiegelman en couverture du New-Yorker au lendemain de l'attentat du 11 Septembre). Cet album je l'ai découvert en 1973 parce qu'Agnès l'avait dans sa chambre de la rue de Vaugirard. Il est aussi associé à un souvenir très heureux du 22 mars 1974. C'était un bel après-midi ensoleillé pour commencer le printemps.



Cet album m'a toujours fasciné, surtout à cause du son du saxello qui fait la singularité de ce disque. Je ne connaissais rien au jazz moderne à l'époque, mais le climat de cet album excitait mon imagination, suscitait des images mentales, alimentait mes tendances contemplatives, stimulait les rêveries éveillées. Si j'essaie de me mettre dans de semblables dispositions aujourd'hui, je ne parviens pas à avoir la même disponibilité, Sans doute cette musique me ramène-t-elle trop loin en arrière vers quelqu'un que je ne suis plus et qui rêvait de devenir quelqu'un que je n'ai pas su être. Pourtant cet album me fait encore du bien et cette musique me saisit toujours. J'en aime le tempo, la cadence des morceaux, l'accord parfait qui existe entre les instrumentistes, qui tient souvent de la grâce et j'entends par ce mot quelque chose qui allie tout à la fois le charme et l'élévation.


Et puis c'est tout un cortège d'images lointaines que charrient ces notes. Ce fut la découverte d'un autre monde, de sensations nouvelles, d'émotions inconnues, la rencontre de gens ouverts et bienveillants, attentifs, aimants, préoccupés d'art et de culture, œuvrant à des tâches généreuses bien éloignées des rêves médiocres que l'on faisait pour moi et dont on cherchait à me convaincre qu'ils étaient salutaires pour mon avenir. Sans doute ma vie aurait-elle été bien plus pénible s'ils n'étaient pas devenus mes tuteurs. 
Tout semblait alors possible. Tout était expérience...

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