mercredi 12 août 2015

O Inglês



Voilà,
Cet endroit il l'a toujours connu. Il ne l'a jamais quitté que pour aller pêcher en mer, et à chaque fois c'était bon d'y revenir. C'est ici qu'il a fait ses premiers pas, à l'ombre des filets séchant sous de grands arceaux d'osier. Enfant, il a couru après les chats et les chiens, joué à cache-cache avec les copains parmi les barques bariolées en cale sèche. Plus tard, ici, jeune homme, il a dansé les soirs de fête, et c'est là, derrière la jetée, qu'il a échangé son premier baiser avec celle qui deviendrait sa femme. Pendant quelques jours, il y avait eu sur le belvédère ce gros et riche anglais avec son chevalet et sa palette dont personne n'osait s'approcher. La rumeur disait que c'était un grand chef de guerre et les anciens en parlait avec respect. Qu'un si grand homme portât autant d'intérêt au village qui les avait vus naître les rendait plus fiers encore. Un soir alors que l'anglais rangeait ses pinceaux et pliait son attirail, le père de Cesar Verdhelo — il devait avoir alors une dizaine d'années — l'avait prié de lui remettre le poisson frais qu'il lui tendait, emballé dans du papier journal. O Inglês l'avait accepté en riant et pour le remercier avait dessiné son portrait au crayon sur une petite feuille de papier qui demeura longtemps cachée entre les pages de son vieux missel. Comme si c'était un cadeau du Bon Dieu.

3 commentaires:

  1. The payoff is once again in that last line... Lovely shot, very rich story.

    RépondreSupprimer
  2. Simplicité de ton récit, simplicité d'une vie banale là où on est né.
    Bien-être et beauté, merci!

    RépondreSupprimer
  3. Bel histoire et la photo est magnifique! Bonjour de Montreal, Canada! :)

    RépondreSupprimer

N'hésitez pas à laisser un petit message ça fait toujours plaisir