jeudi 29 décembre 2011

Un hasard providentiel



Voilà
peut-être parlait il trop fort dans la cafetaria presque déserte du musée. La femme qui lui faisait face tenait absolument à ce qu'il raconte ce qu'il était devenu durant de ces quatre années qu'elle avait passées comme journaliste dans les émirats du golfe, car disait elle "tu m'as trop fait causer, c'est ton tour maintenant". Il lui semblait pourtant qu'elle n'avait pas dit grand chose. Donc il s'essayait à donner un peu de relief à ce qui n'en avait guère, (le temps de sa splendeur était passé) sans pouvoir s'empêcher de jeter des coups d'œil furtifs vers cette jeune femme qui, attablée non loin en compagnie de son ami, semblait guetter son regard. A moins que ce ne fut qu'une impression ; ce visage qui lui semblait familier, peut-être ne l'était-il qu'à cause de sa  ressemblance avec celui d'une femme aimée et perdue dont le souvenir continuait de le hanter. Toutefois lorsqu'elle lui demanda s'il était bien Constantin Gouget il sentit une sorte de panique l'envahir. Il s'approcha donc de sa table pour la saluer ainsi que son compagnon. Elle eut, devinant son embarras, la délicatesse de décliner son identité, et de préciser les circonstances professionnelles qui les avaient réunis, une dizaine d'années auparavant, et aussi le poste qu'elle avait alors occupé. Il se souvenait parfaitement d'elle à présent, sans toutefois parvenir à se remémorer le nom de cette collaboratrice discrète et efficace qui l'avait à l'époque beaucoup impressionné et pour laquelle il avait éprouvé attirance et sympathie sans pour autant lui en faire part. Aussitôt, il évoqua deux ou trois choses qu'elle avait, au cours d'un repas, racontées au sujet de son enfance, ainsi qu'à propos d'un voyage qu'elle avait entrepris en curragh, ces vieux bateaux gaeliques, entre Ecosse et Irlande, histoire de lui signifier, qu'en dépit des apparences il ne l'avait pas vraiment oubliée. S'ensuivit une brève conversation ou chacun donna des nouvelles de soi mais aussi de ceux, parmi leurs collègues de l'époque avec qui ils étaient restés en relation. Ce n'étaient pas les mêmes. Son débit à lui était un peu précipité, car il essayait de donner le maximum d'informations dans un minimum de temps. Il lui faudrait retrouver celle qu'il avait délaissée à l'autre table et qui en profitait pour passer quelques SMS. A ce moment là, il aurait voulu rester avec ce couple, elle qu'il retrouvait et lui qu'il découvrait et semblait très sympathique. Plus tard dans la soirée, de nouveau seul, diverses questions l'assaillirent au sujet des cette ressemblance qu'il venait rétrospectivement de découvrir et qui suscitait en lui un trouble indéfinissable.

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