samedi 7 novembre 2026

Depuis l'île Seguin

 
 
Voilà,
Trois jours après sa cuisante défaite aux élections de mi-mandat et le rejet par les électeurs de sa politique, le président américain “persiste et signe”, constate la presse américaine. Il  a nommé vendredi l’un de ses conseillers les plus “extrémistes”, Stephen Miller, au poste de directeur de cabinet de la Maison-Blanche. Cet homme qui entrera en fonction dès lundi considère par exemple que le Parti démocrate "n’est pas un parti politique, mais une organisation terroriste". Comme on le voit le peuple américain n'a pas le cul sorti des ronces comme on dit dans nos campagnes. 
D'ailleurs il se dit que Donald Trump envisagerait d'ores et déjà de signer un décret qui lui donnerait le pouvoir de qualifier des associations à but non lucratif américaines de "soutiens du terrorisme". Cette désignation leur ferait immédiatement perdre leurs exonérations fiscales, a rapporté vendredi le Wall Street Journal. Ce mécanisme relève d’une disposition obscure du code fiscal connue sous le nom de section 501(p). Les législateurs l’avaient dissimulée dans un ensemble de mesures d’allègement fiscal de 2003 destinées aux familles de militaires. Elle visait à l’origine les organisations caritatives servant de façade à des réseaux terroristes étrangers. 
En vertu de cette disposition, un président peut, par décret, désigner un groupe comme soutenant le terrorisme. L’exonération fiscale disparaît immédiatement, et l’organisation n’est pas autorisée à contester cette décision dans le cadre d’une procédure fiscale. Les dons ne sont plus déductibles. Les sources de financement s’effondrent.
Selon le  Wall Street Journal, depuis l'existence de cet article neuf organisations ont déjà été déchues de leur statut par cette voie ; mais aucune de ces désignations n’est venue directement de la Maison Blanche.
Durant des mois les autorités ont passé au crible les registres financiers des associations à but non lucratif afin de dresser une liste de cibles. Aucun nom n’a encore été révélé. Mais les alliés de Trump ont déjà évoqué les "Open Society Foundations" de George Soros, le "Southern Poverty Law Center" et le "Council on American-Islamic Relations". 
La Floride a déjà donné un avant-goût de ce qui peut suivre. Le "Council on American-Islamic Relations" a cessé ses activités dans cet État jeudi, après l’entrée en vigueur de la qualification d’ "organisation terroriste" prononcée par le gouverneur de Floride Ron DeSantis. Le "Council on American-Islamic Relations" n’a jamais fait l’objet d’une seule accusation de terrorisme dans ce pays, et le gouvernement fédéral ne le classe pas parmi les organisations terroristes.
Si l'on peut contester une contravention de stationnement, cela n'est pas possible pour ce genre de sanction. Ainsi, du jour au lendemain, une organisation qui surveille les crimes de haine ou défend les droits civils des Américains musulmans peut être détruite sur la seule parole d’un homme, et certaines des preuves retenues contre elle pourraient même être classées confidentielles. On attribue à Stephen Miller la rédaction de la note de septembre 2025 qui compte "l’anticapitalisme" et "l’antichristianisme" parmi les marqueurs du terrorisme intérieur. Il considère en outre que qualifier les politiques d’immigration de Trump de "fascistes" reviendrait à une incitation à la haine. En juillet, il a déclaré devant un public du Département d’État que le gouvernement pouvait "perturber, identifier, priver de financement, priver d’accès aux services bancaires, arrêter et poursuivre" les groupes qu’il désigne comme tels.
Bien que les électeurs aient confié aux démocrates les deux chambres du Congrès, rejetant sans ambages le programme de Trump et de sa bande de gangsters, ceux-ci ont encore les mains libres jusqu'à début janvier et donc beaucoup de pouvoir de nuisance dans les deux années qui suivront. Les États-Unis et le reste du monde ont encore beaucoup de soucis à se faire. Comme dit l'autre tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Ici l'angoisse se dilue (pour quelques heures) dans les surprises qu'offre la ville. Sur l'île Seguin, à Boulogne Billancourt, autrefois le siège des usines Renault, un nouveau musée d'Art moderne, récemment édifié, offre depuis sa terrasse de nouvelles perspectives. On ne boude pas de petits bonheurs, même si, en la circonstance, je ne peux m'empêcher de repenser au titre d'un recueil de poésies de Franck Venaille qui hanta ma jeunesse "Pourquoi tu pleures, dis pourquoi tu pleures ?  Parce que le ciel est bleu ... parce que le ciel est bleu"

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