mercredi 21 octobre 2015

Une brève histoire du Comment et du Pourquoi


Voilà,
depuis quelques semaines je ne sais plus comment me débrouiller des mots, des images, ensemble et séparément. Comme si cette entreprise était devenue un piège que je me suis tendu à moi-même.  Voulant me rassembler je me suis encore plus éparpillé. Bah oui. Était-il judicieux d'écrire certaines choses de tenter certaines formes au risque d'être mécompris, mal interprété ? Je n'ai pas toujours su trouver la juste distance entre ce que je me proposais d'écrire ou de montrer et certains événements, certaines circonstances. En fait les mots eussent-ils été prononcés de ma bouche, énoncés par ma voix, la réception en aurait été différente, atténuée et sûrement plus conforme à mes intentions. C'est la voix, la présence qui crée l'exacte mesure du propos. Parfois aussi j'ai cédé à la nécessité de m'exprimer, indifférent à qui pouvait me lire. Juste pour tenir certains monstres à l'écart. Mais agir ainsi en faisait naître d'autres, cependant que ne rien faire m'aurait, inévitablement, condamné à être dévoré par ceux qui existaient déjà. J'essaie depuis des années de les apprivoiser mais je sens bien maintenant qu'ils se font de plus en plus nombreux et menaçants. "Tes simagrées, tes misérables clowneries ne nous amusent plus" semblent-t-il me dire "trouve autre chose à présent". Je comprends, mais il est tout de même bien tard pour m'essayer à la musique. Ce qui est pénible dans cette affaire c'est que je les distingue à peine. Leur présence a quelque chose de très fantômatique. Peut-être au fond ne sont ils pas si redoutables que cela et que la peur que j'en ai ne tient qu'à l'idée que je m'en fais. "Change ! Change ! Distrais nous encore ! Mais autrement ! autrement !" murmurent-ils dans leur étrange langue que je comprends néanmoins parfaitement (ça donne à peu près "Tak ĝţů zĵaï øxflų ouj stőŋdt, króź Tount") Oui, après tout il est possible que je ne m'adresse qu'à eux, qu'ils soient mes seuls vrais spectateurs, mes seuls partenaires et moi toujours l'enfant solitaire qui s'invente des histoires et des jeux pour se retrancher du monde qu'il ne comprend pas. À moins que je ne sois moi-même tous ces monstres et qu'une muette et secrète injonction ne me contraigne à traduire ce que je crois comprendre d'eux, l'injonction se révélant alors la forme la plus accomplie de la monstruosité.

4 commentaires:

  1. A mon avis on ne s'adresse qu'à soi et on est seul à répondre de temps à autre. Il me semble que le pire de tout serait de chercher à être crédible même si la crédibilité convainc davantage que le réel à multiples facettes.

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  2. A marvelous image--- I see fear, uncertainty, being out of control. While I like how your express these things, I do hope they do not reflect the depth of the artist's feelings.

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    1. Thank you Bill for your caring words. I sometimes have a few moments of doubt about what I am trying to do on this blog. Words are not always reliable companions. I can't really control them as much as I want. Sometimes I feel they take me on impracticable roads. But I carry on and try to do my best....

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  3. Un jour, je me disais que l'écriture est le plus humain des tyrans... C'est dire ce rapport toujours ambivalent à l'acte : entre soumission aux mots et émancipation vers, peut-être, un peu plus d'humanité (?)...
    Tant pis, laissons les mots et images surgir et s'emmêler (les pinceaux !).
    J'aime bien toujours venir vous lire et observer ces belles photos et créations. Belle journée !

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