mardi 26 novembre 2013

Baguette et béret


Voilà,
je vais encore évoquer un événement qui est arrivé il y a longtemps, même si comme l'écrit Céline Malraux, l'art et l'ego forment un mariage malheureux. Bon je me sens un peu concerné par son propos (sinon je n'en parlerai pas) même si pour ma part je ne contribue que très modestement et de façon mineure à l'art : je tiens juste une chronique avec des photos légendées. Une chronique qui commence par "voilà" et qui dit juste que ce que je vois là, n'est pas toujours conforme à ce que j'aperçois, et que ce que je constate "ici et maintenant" me renvoie souvent à "ailleurs et autrefois". Je tente simplement de faire en sorte que les photos ne soient pas trop moches, ni les textes trop quelconques. Bref j'essaie de bricoler une forme ayant un peu de tenue et de cohérence et qui me ressemble à peu près. En cela je crois adopter une démarche artistique, même si j'admets qu'une démarche ne fait pas forcément un artiste. Donc il y a longtemps, j'étais au CE1 de l'école primaire de la rue Emile Schmidt à Châlons-sur-Marne, ville de garnison qui ne s'appelait pas encore Châlons-en-Champagne. J'avais eu, en cours de travaux manuels, à réaliser dans un moule en latex de la marque Mako moulages, une reproduction en plâtre d'un pingouin. Lorsqu'il s'était agi de le peindre, plutôt qu'un ventre blanc et des ailes noires, j'avais choisi pour mon pingouin un ventre jaune et des ailes vertes. On m'avait alors demandé pourquoi j'avais préféré ces couleurs et j'avais donc répondu que je trouvais mon pingouin plus gai et plus joli comme ça et qu'en plus je serais sûr de le reconnaître de loin si jamais on venait à l'égarer dans la classe. Bien sûr, cela n'avait pas manqué de susciter quelques moqueries. Eh bien mes photos, je les développe comme j'ai peint mon pingouin. Bien sûr qu'il est en réalité plus terne, ce pan de mur de Vitry-sur-Seine, avec sa réinterprétation amusante de l'image traditionnelle du français portant sa baguette et son béret. Mais ce n'est pas ça le sujet. Ce que j'ai envie d'interpréter et de traduire c'est le moment où de bon matin dans cette rue froide déserte je l'ai aperçu et où il s'est imprimé dans mon cerveau. S'il n'est pas tel que je l'ai vu, c'est pourtant ainsi que je l'ai ressenti. C'est ça que je veux partager : la transformation, et m'en tenir à cette si merveilleuse si juste et si poétique formule de Robert Doisneau à propos de la photographie : "l'imparfait du subjectif"

3 commentaires:

  1. "L'art et l'ego..." Quand une phrase est si forte, même y ajouter sa négation n'arrive pas à dire le contraire. Eh bien aujourd'hui, encore une magnifique production d'une personne (toi) que plusieurs s'accordent à trouver belle. Oui, encore une rencontre magique entre image et texte qui me fait te suivre. C'est au-delà de l'aspect conventionnel des blogs qui associent mécaniquement image et texte. "Ego" m'y risque très rarement, je ne possède pas ce don : en général, pas d'image.
    Ami ! Ta modestie me confond. J'imagine qu'on ne te changera pas complètement sur ce point. Pour moi, fondamentalement, quand on crée, orgueil et modestie ne sont pas en jeu. On est peut-être étonné d'être une parcelle du Créateur (ici nul dogme et même de religion, juste un mot pratique TA création, pour moi, est cette étrange, bluffante, juste, régulière, sensible association entre une image qui pourrait n'être qu'une image et un texte qui pourrait n'être qu'un texte. Tu sais faire ça, moi non, et tu m'aidesà vivre. Et même, à me tenir. Merci kwarkito. Mon credo de maintenant et à toi : on n'a jamais à s'excuser de créer

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    1. Merci Alen, ça me fait plaisir, même si cet enthousiasme me déconcerte. Mais si j'aide quelqu'un que je ne connais pas à vivre, et même à se tenir (en dépit du fait qu'il m'arrive pour ma part d'avoir envie de très mal me tenir), tant mieux (même si ce n'est pas là mon but)

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  2. Ugh ! Mais je vois que j'ai oublié de fermer ma parenthèse, c'est mal. Je ne suis pas un fol enthousiaste, je réagis à ce qui et à qui me touche. Et je te prie de le croire, pas par politesse. Je pourrais, puisque tu contribues, dans Tes commentaires, à me donner envie et courage, oh non pas d'écrire, mais de publier en ligne, à la modee à la modee. Vraiment pas de quoi se déconcerter. Bien à toi.

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