vendredi 20 février 2026

Résignation


 
Voilà,
j'ai pris cette photo en février 2012, non loin de la section chinoise du troisième arrondissement, à l'angle de la rue Beaubourg et du passage des Ménétriers alors que l'on fêtait l'avènement de l'année du Dragon. D'ailleurs dans le reflet de la vitre on peut deviner la procession. L'attitude de cet homme assoupi — fatigue, accablement, découragement ou peut-être, en guise de défi, suprême indifférence à son propre sort — m'a ému. 
Peu à peu le corps qui n'a plus été touché depuis si longtemps, devient un champ de bataille saccagé par trop de douleurs. La rue chaque jour plus hostile et confuse, n'offre d'autre répit qu'un porche crasseux ou un bout de trottoir. Face à l'incompréhension de ceux qui ne vous regardent même plus, accablé par la fatigue d'une perpétuelle errance, on sombre dans le sommeil. On vient à espérer qu'il nous fera glisser doucement vers la mort qui lui ressemble, et qui nous allègerait du poids de toute cette misère.
Qu'est il devenu celui qui faisait la manche avec si peu de conviction ?

jeudi 19 février 2026

Épiphanie


Voilà,
ce n'est pas seulement l'instant radieux que l'on cherche à fixer ou l'éclat du moment que l'on veut retenir. C'est aussi que l'on cède au besoin de manifester qu'on est encore présent au monde, toujours sensible à son charme et, qu'en dépit de tout ce qu'il nous ôte à mesure que les années passent, on aime ce qu'il continue de nous offrir : sa lumière, son ciel et ses nuages, cette singulière perspective qui, jusque là nous avait échappé. Et pendant que l'on tente de saisir ce qui jamais plus ne se représentera, un regret nous étreint. Cette illusoire fraction de seconde dissimule un mystère bien trop vaste pour nous dont rien ne dit en outre que nous serons un jour à même de le résoudre.

mercredi 18 février 2026

La statue de Vulpian


Voilà,
entre 1793 et 1796 cette rue fut appelée rue de l'Ami-du-Peuple parce que l'imprimerie où Marat éditait son journal se trouvait à proximité. Cette voie dit-on a été ouverte en 1671. Je ne sais si les escaliers existaient alors, — en tout cas pas la statue de Vulpian c'est sûr — mais j'aime l'idée que le fantôme de Marat puisse encore parfois rôder par là... Ici aussi c'est un endroit où j'aime bien passer. En dépit de la tristesse et du chagrin, flâner quand même. Oui flâner malgré cette impression que tout ce à quoi je crois compte pour bien peu dans le monde où je vis. (première publication 9/01/2015 à 19:07

lundi 16 février 2026

Chatoiement


Voilà,
je me souviens du livre de Cees Noteboom "Rituels". Lu en 1988, il m’avait alors durablement impressionné. Il en fut de même pour ses ouvrages ultérieurs. Et puis je me me rappelle aussi le Festival de Chateauvallon en Août 1973. En première partie de Cecil TaylorLe Michel Portal Unit, avec parfois d'étranges instruments. Ce fut mon premier concert de Jazz. Assez déconcertant. J'ai retrouvé sur le net une trace de cette performance. Je suis quelque part dans le public avec Agnès. Portal et Noteboom ont l'un et l'autre disparu la semaine dernière. D'eux subsiste encore les chatoyantes impressions que leurs créations ont fixées dans ma mémoire. 

dimanche 15 février 2026

Sur le bout de la langue

 

Voilà,
autour, tout est à sa place. Le décor tient. Les rues, les gens qui passent, les images parfois énigmatiques sur les murs. Il regarde, il s'attarde peut même encore sourire. Mais quelque chose en lui s’est absenté. L’idée du lendemain peut-être. Le corps continue de faire son travail, sans grande conviction, la tête aussi, mais de plus en plus difficilement. Les mots n'accèdent plus aussi aisément à la pensée. Parfois ils affleurent  et s'effacent aussitôt. Ne se laissent pas retrouver. Durant une bonne partie de l'après midi, il y avait ce mot sur le bout de la langue. Un nom de métier ayant à voir avec les assurances. En vain. Et puis il est revenu comme ça, en début de soirée alors qu'il n'y pensait plus. "Actuaire". Au moins sait-il encore ce que cela signifie. Cela survient de plus en plus souvent. Est ce que ce sont les années ? Un traumatisme précis ? Il fait peu d'efforts, mais tout l'épuise. Et il y a cet ennui. Un ennui calme, sans raison, sans plainte. Il est là, c’est tout. Quelque chose s'est achevé à son insu, pense-t-il, mais quand ? Y-a-t-il un nom à donner à cela ? Pourtant, la peur du dimanche soir ne le quitte toujours pas et une ritournelle, dans son crâne, elle ne se laisse pas oublier. On dit qu'il va neiger cette nuit.
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samedi 14 février 2026

J'aime / Je n'aime pas (19)

 
 
Voilà,
j'aime l'atmosphère paisible de cette photo prise au pays basque à Fontarrabie en Août 2012
 
Je n'aime pas les gens qui vous postillonnent dessus quand ils vous parlent. Ce sont souvent les mêmes qui n'ont pas le sens de la distance sociale et qui s'approchent toujours trop près de vous
 
J'aime ces petits rituels alimentaires qui s'installent pour quelques temps : boire un mélange de citron et de gingembre, acheter de l'araignée de porc tous les vendredis au marché,
 
Je n'aime pas le fait que les All Blacks dont le jeu est devenu prévisible et stéréotypé perdent autant ces dernières années et qu'ils ne soient plus la fantastique équipe de rugby qu'ils étaient il y a dix ans
 
J'aime la téoulette, ce fromage de brebis fabriqué en Lozère
 
Je n'aime pas les interviewers qui a la radio ou à la télévision essaient de briller au dépens de la personne qu'ils sont supposer interroger et faire parler
 
J'aime regarder de vieilles cartes routières "Michelin" surtout celles que j'utilisais dans ma jeunesse, avec mes itinéraires surlignés
 
Je n'aime pas, je ne supporte plus ces voix synthétiques qui se ressemblent toutes et toujours plus  nombreuses dans les "reels" et les stories inondant les réseaux sociaux
 
J'aime revoir cette vidéo où, lors de la cérémonie d'ouverture du festival de Cannes,  Zao de Sagazan chante "modern Love"  de David Bowie  en hommage à Greta Gerwig, présidente du jury cette année-là. La performance de Zaho de Sagazan a été conçue comme un clin d’œil à au  film, "Frances Ha" (2012), danse dans les rues de New York ou Greta Gerwig danse sur cette même chanson dans les rues de New York., reprenant le célèbre plan séquence dans "Mauvais sang" de Leos Carax. Le moment où les deux femmes se prennent la main est très émouvant.
 
Je n'aime pas relire les livres de Roland Barthes dont le maniérisme et le style pseudo-scientiste m'exaspèrent aujourd'hui et me rendre compte que oui, tout de même à une certaine époque, dans les années soixante-dix j'y ai tout de même été sensible, parce qu'il était à la mode dans le milieu universitaire.

J'aime cependant la structure fragmentaire et l'architecture du livre "Roland Barthes par lui-même" avec ses photos insérées
 
Je n'aime pas quand la grisaille froide et humide de l'automne s'installe durablement sur la ville et rend tout morose
 
J'aime à peu près autant les chansons de variété indienne que celle de variété italienne. Et même si ça peut paraître très ringard, je m'en fous
 
Je n'aime pas le bavardage des coiffeurs, surtout lorsqu'ils sont enrhumés
 
J'aime les livres de Chris Marker intitulés "Commentaires 1 & 2" parus aux aux éditions du Seuil en 1961 avec leur typographie si particulière, des Egyptiennes grasses avec des empattements solides et des Garamond.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
les expérimentations de Chris Marker mêle divers documents – coupures de presse, bandes dessinées, gravures… – à des photographies et des textes qui commente ses propres films.

Le recueil de ses Commentaires II (Seuil, 1967) contient un projet, Soy México, inabouti faute d’accord avec François Reichenbach.
 
Je n'aime pas que des gens exigent de moi une attention qu’ils n’ont pas été capables de m’accorder quand j'en avais besoin
 
J'aime le jus de pommes pétillant "Apibul" au gingembre. C'est ma nouvelle boisson favorite depuis cet automne

Je n'aime pas les gens qui disent inclinaison à la place d’inclination, surtout lorsqu’ils s’expriment sur une chaîne culturelle.
 
J'aime la satisfaction éprouvée après avoir fait un grand ménage dans la maison
 
Je n'aime pas le comportement des gens qui portent un sac à dos dans les transports en commun et ne se rendent pas compte, de l'espace qu'ils occupent, et ne s'aperçoivent pas de votre présence derrière eux

J'aime le fait qu’en France, depuis quelques années, il puisse y avoir tous les dimanches matins un émission consacrée à Bach sans coupures publicitaires et avec quelques informations pédagogiques.
 
Je n'aime pas subir l’odeur des fumeurs dont le corps sent le tabac même quand ils ne sont pas en train de fumer
 
J'aime le goût citronné de certaines tomates, en particulier les zebra 
 
Je n'aime pas ces derniers temps entendre chaque matin une nouvelle connerie proférée par Trump ou une nouvelle menace de sa part adressée au reste du monde
 
J'aime les bandes dessinées de Daniel Clowes qui décrivent une Amérique profonde bien glauque
 
Je n'aime pas l’émission protestante le dimanche matin sur France-Culture. Je la trouve souvent niaise et compassée
 
J'aime l'Alexion cette mixture conçue à partir d’un mélange secret de 52 plantes naturelles. Cet élixir unique est reconnu pour ses bienfaits sur l’organisme et sa richesse en vitamines et minéraux. Fabriqué par les moines trappistes de l'Abbaye d'Aiguebelle dans la Drôme, on ne peut se le procurer que dans les boutiques d'artisanat monastique.

Je n'aime pas cette sensation que j’ai éprouvée récemment le matin au sortir d’un rêve où ma dernière phrase était "je n’ai plus envie de vivre" raison pour laquelle vraisemblablement je me suis réveillé. Mais peut-être après tout les rêves ne font ils qu’exprimer des vérités qu’on n’ose s’avouer même à demi-mots.

J’aime l'arrivée en train à Bordeaux lorsque l'on franchit la Garonne

jeudi 12 février 2026

Vacanciers

 
Voilà,
à vingt ans on regarde la mer sur un inconfortable rocher, on fait des projets, une vie passe et pour peu qu'on l'ait traversée sans trop d'encombre, on finit — si l'on est encore en relativement bon état — par emporter ses pliants avec soi pour paisiblement contempler le fleuve et la ville au loin. Je me souviens très bien de cette fin d’après-midi de Juillet sur l’île de la Barthelasse face à la cité des Papes. Les vieux, les familles et les fumeurs de joints se promenaient ou pique-niquaient sur les berges du Rhône. La température tombait doucement sans pour autant atteindre la fraîcheur. Je n'étais déjà plus tout à fait là, songeant à mon retour sur Paris.

mercredi 11 février 2026

Dormir pour oublier (35)


Voilà, 
ce que montre cette photo est scandaleux, comme c’est le cas pour la plupart des photos de la rubrique "Dormeurs". Mais tant de choses sont scandaleuses de nos jours en France. Elle est loin la belle euphorie des J.O. de 2024 qui ne furent somme toute qu'un trompe-l'œil. D'ailleurs un article du journal Ouest-France daté du 30 Octobre 2025 faisait le point sur ce que cette année olympique avait été pour les sans-domicile. Là encore des records ont été battus.

lundi 9 février 2026

Tout est là pourtant


Voilà, 
figés dans la lumière artificielle des réseaux, leurs visages comme autant d’empreintes. Ils sourient, posent, écrivent quelques mots sous des photos instantanées où ils sourient en premier plan — mais rien de tout cela n’a de poids ni d’épaisseur. Je les connais à peine, ou je les ai connus, autrefois, dans une autre vie, quand les saisons semblaient avoir un sens. Pourtant, chaque jour, sans y penser, je les aperçois furtivement comme des silhouettes passagères depuis la vitre d’un train. S'ensuit une étrange et presque douloureuse impression de proximité sans présence ni chaleur. Sans corps réel.
Je vis dans un étourdissement, une sorte de calme et lent vertige, comme si le temps de vivre s’était désagrégé. Il n’y a plus de lendemain clair, juste des journées qui s’effacent à mesure qu’elles s’étirent. Et parfois, j’entends parler d’eux. Un message, une photo, un nom qui réapparaît. Un chagrin sournois me gagne : je réalise alors que certains sont déjà partis, je ne les reverrai plus.
Je me retire peu à peu de cette foule silencieuse. Je m’éloigne de ces silhouettes numériques comme on s’écarte d’un bal trop bruyant, le cœur battant encore de ce qu’on a cru partager. Je m’entête à consigner ce qui me traverse, comme si les mots pouvaient fixer ce qui, autrement, glisserait vers l'oubli. Je m’y accroche pour ne pas sombrer dans ce flou permanent qui m’enveloppe.
Me reste cette fragile sensation de transparence, comme si je devenais peu à peu le témoin silencieux de ma propre vie. Tout est là, pourtant — les souvenirs, les visages, les instants volés — mais comme à travers un voile. Je continue d'écrire, non pour retrouver le fil, mais pour ne pas le perdre tout à fait. Je finirai bien par m'effacer moi aussi.

dimanche 8 février 2026

Une nuit je fus papillon


Voilà,
sur un mur de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne, j'ai aperçu ce papillon peint par l'artiste C215, connu pour ses portraits de célébrités disséminés un peu partout dans Paris. J'en ai déjà montré ici, et encore , et aussi sur cette page.
Le  groupe hospitalier souhaitait donner poésie et couleurs à des sites a priori rébarbatifs, chargés du tabou de la maladie mentale. Désireux, selon un des responsables du projet, de déstigmatiser les troubles mentaux, et de remettre l'hôpital dans la ville afin que celui-ci ne soit plus un lieu à part, il a été demandé à C215 d'intervenir. Il a tout de suite pensé au papillon, car selon lui "sa dimension métaphorique correspond bien à l'idée initiale. Le papillon c'est l'évasion, c'est éphémère, insaisissable et léger… C'est aussi la transformation, comme les gens qui viennent ici pour évoluer, se transformer". Il paraît qu'il y en a d'autres, mais je n'ai aperçu que celui-ci. 
M'est alors revenu en mémoire l'apologue de Zhuāng Zhōu, un penseur taoïste chinois du quatrième siècle siècle av. J.-C.  Il dit en substance ceci : Jadis, une nuit, je fus un papillon, voltigeant content de son sort. Puis je m'éveillai, étant Zhuāng Zhōu. Je me demandai alors suis-je bien le philosophe Zhuāng Zhōu qui se souvient d'avoir rêvé qu'il fut papillon, ou suis-je un papillon qui rêve maintenant qu'il est le philosophe Zhuāng Zhōu ? Qui suis-je en réalité ? Dans mon cas, y a-t-il deux individualités réelles ? Y a-t-il eu transformation réelle d'une individualité en une autre ? Ni l'un ni l'autre, est la réponse. Il y a eu deux modifications irréelles de l'être unique, de la norme universelle, dans laquelle tous les êtres dans tous leurs états sont Un. "
 
 
Sinon, pour passer à un sujet plus léger, le tournoi de rugby des six nations a commencé ce weekend. À ce propos j'aimerais rappeler que si l'on connaît bien Montaigne pour ses Essais, on a tendance à oublier qu'il a aussi claqué quelques bons drops. Il est probable que cette plaisanterie n'atteindra que peu de gens, — essentiellement francophones — mais bon, je fais ce que je peux pour démentir ceux qui me considèrent comme un esprit chagrin qui voit toujours tout en noir.
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jeudi 5 février 2026

Psycho the rapist


Voilà,
pas une journée sans quelque éructation. Rien jamais n'épuise cette diarrhée verbale. Psycho the rapist donne son avis sur tout avec le vocabulaire d'un enfant de six ans. Il occupe le terrain à longueur de journée. Certains spéculent que ce sinistre clown a perdu la raison. L’a-t-il jamais eue ? Quoi qu’il en soit c’est le visage que l’amerikkka s’est aujourd’hui choisi et qui fait l’affaire des capitalistes libertariens. 
Menaces, vociférations, décisions tonitruantes, visées expansionnistes, dérapages plus ou moins maîtrisés, brutalité administrative : le chaos, mais en costume cravate. Avec toujours un brin de mégalomanie : projet d'un arc de triomphe, d'institution culturelle à son nom, d'un défilé militaire ridicule. Sinon quoi d’autre ? Ah oui, l'État fédéral transformé en games center. Pour recruter, l'administration dite "républicaine" a publié des clips inspirés de jeux vidéo. Les migrants comme des silhouettes à abattre. ICE en mode joystick. Elle terrorise sa population pour la dissuader d'aller voter dans dix mois. Milices privées, intimidations, assassinats ciblés, mépris du peuple. Toutes les fraudes et tous les coups sont permis. C’est à la fois grotesque et effrayant.
Quand il ne tweete pas, Donnie le taré parle parle... partout, à n’importe quelle heure, dans son bureau, à l'étranger, dans son avion. C'est toujours stupéfiant de connerie, de bassesse, de vulgarité. Il fait le show. Mais il suscite encore l’adhésion d’un grand nombre de ses compatriotes. Gênés devant le triste spectacle de ce concentré de bêtise qui se pavane avec arrogance et se perd parfois dans des logorrhées délirantes, les dirigeants "alliés" de lOTAN qui soudain découvrent qu'ils n'ont toujours été que des vassaux et qu'ils seront désormais traités sans ménagement, le regardent, l’écoutent, sidérés. Lapsus en série, messages privés publiés par erreur. Gouverne-t-il encore ?  Improvise-t-il ? Quoi qu'il en soit l'ordre ancien vacille, une certaine idée du monde s’effondre.
La Chine calcule. Poutine sourit. Pour se soustraire des scandales, à quelques mois des midterms, Donnie le taré qui prétend avoir réussi haut la main tous ses tests cognitifs, les plus beaux les plus merveilleux que les médecins ont jamais vus, s'en va-t-en guerre. Un coup au Vénézuela, un autre en Iran. Menaces par-ci, invectives par là. Propositions indécentes ailleurs.  
Pendant que l’Américain moyen compte ses centimes, que l’inflation grignote les salaires, que le plein d’essence devient un luxe, la Maison-Blanche, elle, regarde vers le Nord. Très au Nord. Le gangster orange ne lâche pas son idée d’acquérir le Groenland au prix d’un gros chèque. Un million de dollars pour chacun des 57 000 Groenlandais. Soit plus de 40 milliards de dollars au total. De quoi faire rêver. Surtout quand on vit dans l’Ohio ou le Michigan, où le niveau de vie baisse mais où personne ne recevra jamais un chèque à sept chiffres. 
L’idée dit-on serait à l’étude. Un référendum, un vote et un virement bancaire géant. Une méthode présentée comme une alternative élégante et pacifique à la force militaire. Moins de missiles, plus de dollars, il suffit de faire marcher la planche à billets croit-on encore. L'administration républicaine juge l’opération raisonnable. Après tout, 40 milliards, ce n’est presque rien. Comparé aux 600 milliards du budget du Ministère de la Guerre (puisque c'est ainsi qu'il a été rebaptisé). Une broutille stratégique. Pendant ce temps, les citoyens ordinaires regardent leurs factures et se serrent la ceinture. Ils pourraient se dire que, décidément, mieux vaut être Groenlandais qu’américain. Aux premiers, on propose un vote et une prime ; aux seconds, on explique tranquillement que leur droit de vote, en novembre prochain, est une option négociable. Mais bon la vie continue : bientôt la cérémonie des oscars et la finale du super bowl… That’ s entertainment !
Haut les cœurs ! en ces temps déraisonnables, on n'est pas au bout de nos surprises. Mais cela me donne toutefois l'occasion de réaliser un collage comme j'en faisais dans mes jeunes années...
Ainsi vont les choses dans le meilleur des mondes possibles.
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mercredi 4 février 2026

Jeux de Plage


Voilà,
plaisirs d'enfance. Sauter, rebondir. On pourrait faire ça des heures, j'imagine. Je suis trop vieux pour avoir connu les joies du trampoline. Je n'ai sauté, enfant, que sur des matelas posés sur des sommiers à ressorts. Mais je peux encore, en moi, par le souvenir, éprouver cette ivresse, ce sentiment exaltant de redessiner l'espace et de se sentir protégé, puisque même la chute est un plaisir, pourvu qu'on ne sorte pas du périmètre. Jouer, et oublier les nuages qui s'amoncellent au loin. prmière publication 6 Octbre 2017 à 13:04

lundi 2 février 2026

Kafka et Chaplin


Voilà,
souvent ces temps-ci, je repense au fait que Franz Kafka, dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il vivait à Berlin a peut-être vu avec Dora Diamant (la seule femme, en dehors de ses sœurs avec qui il a partagé un toit) le film de Charlie Chaplin "The Kid". Il écrit dans une carte postale adressée à sa sœur "je ne sais même pas ce qui passe dans les salles de cinéma — et puis on n'en apprend guère ici à ce sujet, Berlin a si longtemps été pauvre, c'est tout récemment qu'on a pu s'y offrir The Kid. Il est donné ici pendant des mois entiers". La formule est ambigüe. A-t-il assisté ou non à une projection ? Quoiqu'il en soit — c'est du moins ce que rapporte Gustav Janouch dans son livre "Conversation avec Kafka" — ce dernier aurait vu des films de Charlot : Je le cite : Quand apparurent à Prague, après la Première Guerre mondiale, les premiers grands films américains, et avec eux les courts films burlesques de Charlie Chaplin, je reçus de Ludwig Venclick, alors jeune cinéphile enthousiaste et aujourd'hui journaliste de cinéma, tout un paquet de revues américaines de cinéma ainsi que quelques photographies publicitaires des films burlesques de Chaplin. Kafka, à qui je montrais les photographies, les accueillit d'un sourire amical. Vous connaissez Chaplin, demandai-je. "De loin", répondit Kafka. "J'ai vu un ou deux de ses burlesques". Il examina très gravement et attentivement les photographies que j'avais disposées devant lui et dit alors pensivement : "C'est un homme très énergique, un fanatique du travail. Dans ses yeux brûle la flamme du désespoir face au destin invariable des faibles, mais il ne capitule pas. Comme tout véritable humoriste, il possède une dentition de fauve et s'élance avec elle sur le monde. Il le fait d'une manière qui n'est qu'à lui. Malgré son visage blanc et les sombres cernes de ses yeux, il n'est pas un Pierrot sentimental ni non plus un critique hargneux. Chaplin est un technicien. Il est l'homme d'un monde de machines, dans lequel la plupart de ses semblables ne disposent plus du sentiment ni des outils mentaux nécessaires pour s'approprier vraiment la vie qui leur est accordée. Ils n'ont pas d'imagination. Chaplin commence alors à travailler. Comme un prothésiste dentaire fabrique de fausses dents, il fabrique ainsi des prothèses de l'imagination. Ce sont ses films. C'est en général cela, le cinéma". L'ami qui m'a donné les photographies m'a dit que toute une série de films burlesques de Chaplin vont passer à la Bourse du cinéma. Ne voulez-vous pas y aller avec moi ? Venclick nous y emmènerait certainement avec plaisir. "Non, merci. Je ne préfère pas", dit Kafka en secouant la tête. "Le divertissement est pour moi une affaire beaucoup trop sérieuse. Je pourrais facilement me retrouver là comme un clown entièrement démaquillé.". Mais revenons au dernier séjour berlinois de Kafka. Je ne peux m'empêcher de penser que l'anecdote de la poupée que j'ai déjà évoquée ici a quelque chose de très chaplinesque. Pour ma part je me souviens avoir été submergé par l'émotion lorsque nous étions allé voir le film en version restaurée au Cinéma Champollion avec Agnès et Delphine. Nous avions dix huit ans. Je l'ai revu il y a peu de temps et j'étais sensiblement dans le même état. (première publication 18/02/2016 à 20:42)

dimanche 1 février 2026

Pêle-mêle au pied de la lettre

 
Voilà,
le hasard de certaines promenades, m'a, ces derniers mois, remis en présence avec ces collages intitulés "au pied de la lettre" réalisés par le collectif "les murs ont la paroles". J'ai déjà montré leurs travaux ici ou bien ou encore . Ils illustrent des métaphores courantes de la langue française. Celle du haut s'intitule "le cœur sur la main" ; expression qui désigne la générosité et la seconde s'appelle "tourner de l'œil" ce qui signifie, s'évanouir.

 

Cela me fait toujours plaisir de tomber par hasard sur une nouvelle image de cette série, car je les trouve particulièrement élégantes. Et puis d'une certaine façon cela flatte mon goût pour la collection. 
 

 
À part ça, j'ai fini de lire "Portrait d"une traductrice", sous-titré "Ludmila Savitsky à la lumière de l'archive". C'est un ouvrage universitaire de Patrick Hersant et Leonid Livak, précis détaillé, regorgeant d'informations. J'ai souvent entendu parler de "Lud" dans ma jeunesse. C'était la mère de Nicole Védrès et la grand-mère de Dominique pour qui elle compta beaucoup. Elle fut la première à traduire Joyce, en français, mais aussi Ezra Pound, Virginia Woolf et Isherwood. C'est elle qui avait fait l'acquisition de la maison de Lestiou, à quelque kilomètres de celle du poète André Spire avec qui elle entretint une longue correspondance tout au long de sa vie. Je ne sais d'ailleurs lequel des deux attira l'autre sur les bords de Loire. 
Bien des passages de ce livre sont tout à fait passionnants. Entre autres, ceux concernant les vingt premières années du XXeme siècle où l'on évoque, entre autres  "la question juive" — c'est une expression de l'époque (l'affaire Dreyfus est encore fraîche) et plusieurs ouvrages portent ce titre —, mais aussi  les débats idéologiques après l'apparition du bolchevisme. Il y est fait mention des controverses qui opposaient à ce propos les intellectuels français, et de la situation des exilés russes en France. 
Cela résonne parfois étrangement avec notre époque ; on y trouve la même confusion idéologique, et cela me paraît incroyable qu'on en soit encore là, un siècle après. Comme le constatait Aldous Huxley "le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne".. 
Mais l'intérêt du livre réside surtout dans la découverte de la méthode de travail de Ludmilla Savitzky. On peut suivre, grâce à de nombreux documents — fac-similés de manuscrits — qui témoignent des différentes étapes sur un même texte, son lent et patient cheminement pour restituer au plus juste l'intention et le style de l'auteur qu'elle traduit. 
Lisant ceci ma pensée vagabonde. Je repense à Mireille Havet dont Ludmilla Savitsky était l'amie. A la valise que Mireille Havet confia au début des années trente à Lud avec la promesse que jamais elle ne serait ouverte de son vivant, et qui fut trouvée dans le grenier de Lestiou au début du siècle suivant. Elle contenait une correspondance avec Apollinaire (entre autres), et son journal intime. Dominique en favorisa l'édition et en assura la préface. 
 
 
Le photogramme de Dominique, est extrait du film de Nicole Védrès qui s'appelle "la vie commence demain". Elle a alors dix-neuf ans. La ressemblance sur cette photo avec sa fille cadette au même âge m'étonne toujours autant.
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