lundi 9 février 2026

Tout est là pourtant


Voilà, 
figée dans la lumière artificielle des réseaux, l’empreinte de leurs visages. Ils sourient, posent, écrivent quelques mots sous des photos instantanées où ils sourient en premier plan — mais rien de tout cela n’a de poids, rien n’a d’épaisseur. Je les connais à peine, ou je les ai connus, autrefois, dans une autre vie, quand les saisons semblaient avoir un sens. Pourtant, chaque jour, sans y penser, je les aperçois furtivement comme des silhouettes passagères depuis la vitre d’un train. S'ensuit une étrange et presque douloureuse impression de proximité sans présence ni chaleur. Sans corps réel.
Je vis dans un étourdissement, une sorte de calme et lent vertige, comme si le temps de vivre s’était désagrégé. Il n’y a plus de lendemain clair, juste des journées qui s’effacent à mesure qu’elles s’écrivent. Et parfois, j’entends parler d’eux. Un message, une photo, un nom qui réapparaît. Un chagrin sournois me gagne : je réalise alors que certains sont déjà partis, je ne les reverrai plus.
Je me retire peu à peu de cette foule silencieuse. Je m’éloigne de ces silhouettes numériques comme on s’écarte d’un bal trop bruyant, le cœur battant encore de ce qu’on a cru partager. Je m’entête à écrire, à retenir ce qui me traverse, comme si les mots pouvaient fixer ce qui, autrement, glisserait entre mes doigts. Je m’y accroche pour ne pas sombrer dans ce flou permanent qui m’enveloppe.
Me reste cette fragile sensation de transparence, comme si je devenais peu à peu le témoin silencieux de ma propre vie. Tout est là, pourtant — les souvenirs, les visages, les instants volés — mais comme à travers un voile. Je continue d'écrire, non pour retrouver le fil, mais pour ne pas le perdre tout à fait. Je finirai bien par m'effacer moi aussi.

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