mercredi 18 août 2021

Pas de quoi pavoiser


Voilà,
quelques jours durant, il avait emprunté un chemin dont jamais il n'accèderait au terme, s'infligeant une épreuve bien au-delà de ses forces, comme s'il s'était agi de se punir d'une faute obscure et lointaine qu'il eût été incapable de nommer. Sans doute cherchait-t-il à s'oublier lui-même, en même temps qu'à se détacher des nouvelles alarmantes que pourtant, avec une délectation maussade, il avait, sur sa petite machine qu'il ne pouvait s'empêcher de consulter, obstinément recensées durant des semaines, tant leur inquiétante et presque irréelle accumulation le fascinait. Incendies géants, records de températures, crues monstrueuses, fontes glaciaires, vagues épidémiques, tout ça parmi d'autres informations absurdes, saisonnières, dont l'avènement lui suggérait que l'humanité, glissait sur une pente sinon irrémédiable, du moins passablement funeste. La bêtise et l'ignorance le disputaient souvent à la rancœur, et les pensées, réduites à des slogans creux jaillissaient dans un désordre et une confusion toxiques, aussi vite que ce virus qui s'était propagé sur la planète. En dépit des catastrophes annoncées, ou peut-être pour cette raison, on s'ingéniait à en inventer d'autres et, sous certaines latitudes, on en venait à se massacrer avec une ferveur stupéfiante frisant l'allégresse, et cela le laissait vraiment pantois. Sous d'autres cieux, la grande messe olympique se déroulait, fait sans précédent, dans des stades entièrement vides. Des États autrefois prospères, chaviraient comme de vieux gréements ne supportant plus la houle. Il lui semblait n'apercevoir partout que débâcle et chaos. Franchement il n'y avait pas de quoi pavoiser, songeait-il en se grattant, car les moustiques eux, semblaient s'en donner à cœur-joie dans tout cet inextricable merdier. Devant ce paysage il s'était rappelé Van Gogh — après tout un champ de maïs, vaut bien un champ de blé, non ? —. Mais il n'était absolument pas équipé pour le suicide. De cette excursion il avait plutôt escompté une extase mystique qui tardait à venir. Un truc du genre "merveilleuse visite" ou bien "quelque part un visage m'attend" ou encore "cruel et savoureux martyre". Ça tombait parfois sur des bien plus cons que lui, alors pourquoi n'y aurait il pas droit lui non plus ? Au lieu de quoi, en plus de toutes les boufioles qui le démangeaient, ses pieds le torturaient autant que son bide, quand ce n'étaient de soudaines envies de pisser qui lui incendiaient la bite. Il redoutait parfois qu'il n'y ait désormais jamais plus d'été synonymes de vacances et de relâchement, qu'il était voué à ce qu'il y ait toujours un truc pour le contrarier, que ce soit sa viande ses gamberges ou le contexte, et que de toute façon quoi qu'il fasse c'était trop tard — pour ça comme pour le reste — il ne serait jamais bon pour la grâce. (Linked with my corner of the world - skyview - skywatch friday - my sunday best

14 commentaires:

  1. Corn--- It is a fine picture. How does one guard against hopelessness?

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  2. De vrais mots, le monde est en feu ou il se noie, dans tous les coins du monde il s'effondre lentement, mais le ciel sombre au-dessus du champ de maïs est d'une beauté captivante !

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  3. It feels like the world is closing in with that dark sky. A photo full of emotion!

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  4. Greetings and Salutations! I could not translate page into English. Duh? I love the road less travelled. (Must be for a tractor). Corn is knee high by fourth of July a saying we have in the good ole U.S.A. The sky is surrounding the area promising a farmer's rain not a pounding rain, I am hoping. Enjoy the week end.

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  5. j'ai apris un mot - pavoiser :-)

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  6. Superbe photo, je vais la garder.
    J'émerge après 5 jours à 39º. Nos corps ne sont pas faits pour tant de choses existantes, inadaptés, piqués par les moustiques ou si vite découragés. Peut-on devenir plus résistants ?

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  7. There is always a glimmer of hope if we look hard enough to see it. I do hope this person is in your imagination as it's a rather sad view of life.

    Thanks for sharing your link at My Corner of the World this week!

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  8. hello kwarkito, i like this-the ominous clouds up there seem to echo the turmoil and tumult of the thoughts you are describing...

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  9. An ominous firmament, a paddock bursting with verdant herbage, a boscage hiding secrets and a path that divides reason from madness. The scene is set, let the play begin...
    Thank you for taking part in the "My Sunday Best" meme.

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