vendredi 4 mai 2012

Ce matin, de ma fenêtre


Voilà
le ciel de Paris plus doux que celui d'Alep. Le ciel indifférent, mais si apaisant après une nuit d'insomnie et de questions. Ces voix apeurées au téléphone, lointaines qui bégaient leur colère et leur effroi alors que la terreur autrefois envisagée comme possible se fait désormais de plus en plus probable, palpable... Un autre jour commence. Il faudra faire comme si de rien n'était, le passer avec des salariés qui attendent de moi des réponses que je ne suis pas toujours en mesure de leur donner... J'envie parfois leur capacité à supporter ce qu'ils endurent, et qui est pourtant sans commune mesure et bien douillet au regard des épreuves que traversent d'autres peuples. Sans doute sont ils mieux adaptés aux temps que nous vivons. Et puis l'illusion du confort de la stabilité, leur mois de vacances assuré, la nécessité de rembourser leur crédit et la croyance en la pérennité de ce monde et de ce système les rend peut-être à la fois plus robustes et plus aptes à accepter l'aliénation. Nous partageons brièvement un moment d'échange. Il me donnent à voir des choses d'eux qu'ils ne soupçonnent même pas et qui ont parfois la beauté et l'intensité d'une "petite étoile qui danse". Et puis chacun retourne à ses histoires. 
"Toutes ces vies... toutes ces vies" murmure Nina dans la douceur de la nuit. Les gens sérieux écoutent ce poème avec une condescendance amusée. Treplev voudrait devenir invisible, disparaître. Il sent bien qu'il n'a pas sa place dans ce monde parmi eux et qu'il ne la trouvera pas. Sans doute, est il de tous ces personnages de "La mouette" celui qui a le plus conscience des temps tourmentés où ils vont s'abîmer. Je crains souvent que nous ne soyons à leur image.

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