Voilà,
"Les
idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s'anéantit,
tout périt, tout passe. Il n'y a que le monde qui reste. Il n'y a que le
temps qui dure. Qu'il est vieux ce monde ! Je marche entre deux
éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui
m'entourent m'annoncent une fin, et me résignent à celle qui m'attend.
Qu'est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce
rocher qui s'affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui
chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui
s'ébranlent ? Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière ; et je
ne veux pas mourir ! et j'envie un faible tissu de fibres et de chair à
une loi générale qui s'exécute sur le bronze ! Un torrent entraîne les
nations les unes sur les autres, au fond d'un abîme commun ; moi, moi
seul, je prétends m'arrêter sur le bord, et fendre le flot qui coule à
mes côtés !
Si le lieu
d'une ruine est périlleux, je frémis. Si je m'y promets le secret et la
sécurité, je suis plus libre, plus seul, plus à moi, plus près de moi.
C'est là que j'appelle mon ami. C'est là que je regrette mon amie.
C'est là que nous jouirons de nous sans trouble, sans témoins, sans
importuns, sans jaloux. C'est là que je sonde mon cœur. C'est là que
j'interroge le sien, que je m'alarme et me rassure. De ce lien,
jusqu'aux habitants des villes, jusqu'aux demeures du tumulte, au séjour
de l'intérêt des passions, des vices, des crimes, des préjugés, des
erreurs, il y a loin.
Si
mon âme est prévenue d'un sentiment tendre, je m'y livrerai sans gêne.
Si mon cœur est calme, je goûterai toute la douceur de son repos.
Dans
cet asile désert, solitaire et vaste, je n'entends rien, j'ai rompu
avec tous les embarras de la vie. Personne ne me presse et ne m'écoute.
Je puis me parler tout haut, m'affliger, verser des larmes sans
contrainte."
Denis Diderot, Salon de 1767 à propos du tableau d'Hubert Robert "Grande galerie antique".

In the silence of ruins he finds both the humbling scale of eternity and the rare freedom to confront the deepest truths of the human heart.
RépondreSupprimerSuperbe !
RépondreSupprimerRuins really are humbling. I always get the feeling that this to shall pass.
RépondreSupprimerit seems a melancholy place
RépondreSupprimerBeautiful post!
RépondreSupprimerBeautiful ruins.
RépondreSupprimerGreat shot.
RépondreSupprimerWorth a Thousand Words
I'm just glad that people didn't have spray cans of paint centuries ago-- otherwise ruins would have tagging all over them. But I thought Roentare expressed it beautifully.
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