samedi 9 mars 2019

Leathermen




Voilà,
ça fait trente ans aujourd'hui que Robert Mapplethorpe est mort. Cette photo constitue juste un clin d'œil et ne se prétend aucunement une imitation. Comme il aimait bien les gays en cuir, qu'il en a en photographié pas mal et s'est souvent autoportraituré avec des vêtements et des accessoires SM,  il m'a semblé que ces deux là qui, lors de la Gay Pride de 2012, paradaient sur un char des gays et lesbiennes d'EDF, GDF (comme quoi on ne sait jamais trop qui vient relever les compteurs), étaient tout à fait appropriés pour illustrer cette publication.
Ils me font en outre, bien qu'ils ne leur ressemblent pas, songer à Hugues Autexier et François Braunschweig, qui furent les premiers à exposer à Paris ce photographe. Je les avais rencontrés un soir chez Jacques Nolot qui nous avait, Agnès et moi, invités à diner en leur compagnie. A l'issue de cette soirée, Agnès qui, n'était pas du genre narcissique ou autocentrée, m'avait tout de même confié qu'elle avait eu la désagréable impression d'être totalement inexistante à leur yeux. Ils faisaient en effet partie de cette catégorie de  gays-cuirs, obstinément virilistes, obsédés par les grosses bites et les pectoraux et captivés tout autant par la force que par la violence, et fort peu intéressés par la féminité. Tous deux se ressemblaient, et cheveux ras barbe négligée et petite moustache cultivaient cette apparence gémellaire, au point que pour ma part, je fus souvent par la suite incapable de les distinguer l'un de l'autre lorsque je les croisais. Mais bon j'ai toujours été plus ou moins prosopagnosique, je ne le savais pas encore à l'époque.
J'appris par la suite qu'ils s'étaient connus adolescents, avaient ensemble fréquenté le séminaire de Barthes (F. est d'ailleurs le dédicataire des Essais Critiques) et vécu ensemble 23 ans d'une indéfectible amitié. Il existe un livre intitiulé "Épine du bazar de la Charité" écrit par Hugues Autexier, mais j'ignore s'il s'agit de la même personne et ce que cela raconte.
Ce soir là, c'était surtout moi qui les intéressait, non en raison les sus-dits attributs, ou d'une inclination partagée, mais parce que travaillant alors dans une grande institution culturelle, j'étais à même de leur fournir un listing récent de journalistes et critiques spécialisés dans la photographie.
Tous deux de famille bourgeoise, disposant d'un capital certain, et non dénués du sens des affaires, ils avaient, dans un premier temps acquis au cours des années 70, dans une boutique qu'ils tenaient aux puces de Saint-Ouen des plaques photographiques en verre de primitifs français, tels Charles Nègre, Le Gray, mais aussi des photos anonymes qu'ils s'étaient procurées pour presque rien et revendaient un bon prix. Ils avaient peu à peu constitué une collection singulière et conséquente.
 La première exposition dans leur galerie Texbraun située rue Mazarine, juste derrière l'Académie Française, eut lieu en 1980 et rassemblait des tirages papier réalisés à partir de plaques photographiques représentant des malades mentaux dans différentes attitudes sans doute afin d'établir à la fin du XIXème siècle une classification des maladies relevant de la psychiatrie. Plus tard, dans les cinq années qui suivirent, ils furent les premiers à présenter en France, Joel-Peter Witkin (ce qui n'est tout de même pas rien), MapplethorpePierre et Gilles ainsi que bien d'autres artistes intéressants et novateurs. Ils avaient indiscutablement un goût sûr et audacieux. Hélas, l'aventure de la galerie fut trop brève. Comme bien des "leathermen" qui partageaient les goûts SM, et pratiquaient dans des clubs tels que le Bronx rue Saint Anne, le Keller dans la rue du même nom —très prisé à l'époque — ou le Manhattan, le Daytona, le B.H., évoqués dans son premier livre "Tricks" par Renaud Camus (devenu depuis un auteur d'extrême droite très moralisateur souvent taxé d'antisémitisme mais jamais condamné par la justice), Autexier et Braunschweig contractèrent assez vite le SIDA. François Braunschweig mourut au printemps 86, et Hugues Autexier se suicida six semaines plus tard. J'ai retrouvé sur le net, une photo dont je ne connais malheureusement pas l'auteur qui les représente tous les deux, François de profil et Hugues de face.


Sinon à part ça, le forsythia, commence à fleurir sur mon balcon, c'est une des floraisons les plus précoces depuis que je tiens ce blog

4 commentaires:

  1. j'aime mille fois mieux un forsythia qui fleurit ! que les photos de Witkin et Mappelthorpe !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mapplethorpe à aussi photographié des fleurs :-)

      Supprimer
  2. Quels personnages extra-ordinaires!
    Je ne connaissais pas Joel Peter Witkins qui me fait grimacer, par contre Mappelthorpe m'émerveille. J'ai vu une photo de lui d'une dame âgée, yeux fermés, cheveux blancs le 8 mars, superbe.

    RépondreSupprimer
  3. There is no doubt Maplethorpe had an extraordinary talent, the content a matter of taste. Your closing forsythia observation made me smile Kwarkito, an alternative response 😉

    RépondreSupprimer

La modération des commentaires a été activée. Les commentaires ne seront publiés qu'après approbation de l'auteur de ce blog.

Publications les plus consultėes cette année