vendredi 28 juin 2013

Son corps du moins


Voilà
il était ici, enfin son corps du moins, étonnamment léger et dans un étourdissement qui me donnait la sensation de frôler la réalité avec autant d'inconsistance qu'un spectre. Il ne se sentait plus tout à fait de ce monde, que je n'étais d'ailleurs pas en mesure de vraiment regarder, tout juste d'apercevoir, car la vue, eh bien oui elle se brouille peu à peu la vue. C'était comme le retour d'une sensation autrefois éprouvée - était-il alors déjà marcheur ou encore nourrisson ? - celle de me sentir non pas dans la réalité, mais seulement à proximité, comme effleuré par elle, et sans angoisse cependant car tout ce qui lui était alors donné de voir avait - comment dire ? - valeur d'offrande, n'était pas encore altéré par la conscience que les êtres et les choses (d'ailleurs en ce temps souvent confondus) sont périssables. Il supposait qu'il y avait sûrement à creuser de ce côté là que je devais chercher à prolonger cet état le faire durer faire intensément durer ce moment semblable à une brèche ouvrant sur un possible au-delà ou un en-deça peu importe. Je fixais cette cour et il voulait que cette vision fût à jamais inscrite dans sa mémoire, non comme un lieu permettant le passage de la rue à l'endroit où se trouvait mon corps traversé de pensées, mais comme un laisser-passer autorisant l'accès à un autre oui on peut le dire comme ça espace-temps. Il voulait se fondre, non, me dissiper, s'estomper, s'escamper m'indifférencier dans une autre dimension où n'auraient plus cours les soucis qui accablent depuis quelques semaines. Il s'entraînait ainsi à paisiblement mourir, et somme toute je trouvais que c'était là une façon profitable et très sage d'occuper mon temps et sa fatigue. Et soudain il y eut une femme. La vision devint plus nette. Un homme avec sa part d'ombre apparut ensuite. Et la lumière aussitôt s'en trouva légèrement changée.


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